Qu’est ce qui pousse les humains à empiler des pierres ?

Inukshuk

inukshuk des JO 2010 de vancouver.png

En cette période Olympique, on aperçoit souvent le logo des jeux de Vancouver. Si l’on creuse un peu pour savoir ce qu’il représente, on découvre qu’en fait c’est un symbole des amérindiens du Canada. Il sagit d’un Inukshuk, un empilement de pierres qui représente un humain.

Selon wikipedia, Inukshuk est un terme inuktitut composé des morphèmes inuk (être humain) et -suk (substitut, agissant à la place de), signifiant « ce qui a la capacité d’agir comme un être humain »

L’Inukshuk, logo des jeux de 2010, est un symbole des premières nations.

A la base, un tel empilement de pierre était utilisé pour la chasse au caribou. Le but était de faire croire au caribou qu’il était encerclé par une foule d’humaine !

Ainsi on comprend aisément l’origine du nom inukshuk: agit comme un humain.

Actuellement ce genre d’empliement n’est plus très utilisé pour la chasse au caribou. Cependant, il est devenu le symbole des inuits du Canada.

Hormis son rôle d’oeuvre d’art. L’inukshuk est aussi utilisé  comme point de repère dans les régions arctiques de l’amérique du nord. Les inukshuk sont donc l’équivalent inuit du cairn.

Il semble qu’il existe des innukshuks qui ont plus de mille ans ! (le gèle ça conserve)

Les cairns dans le monde

Il n’y a pas qu’au Canada que l’on trouve des empilements de pierres. On en trouve un peu partout dans le vaste monde.

Etrangement, souvent leur nom signifie humain. Ainsi, en allemand et en néerlandais, les cairns sont appelés respectivement Steinmann et Steenman, qui signifient littéralement « homme de pierre ».

Dans l’antiquité, en grèce, on trouvait déjà des empilements de pierres pour marquer les routes. En grec, on appelle ces empilements de pierre des Hermios. Ce nom n’est pas sans rappeller le nom du dieu Hermès, le dieu des routes et des voyages!

Ce n’est certainement pas un hasard si il y a un lien entre ce dieu des routes et les empilements de pierre.

Dans nos régions on trouve également beaucoup d’empilements de pierre au sommet des montagnes ou pour marquer des itinéraires dans les pierriers.

cairn au sommet de la bella tola.jpg cairn au dessus d'ovronnaz

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans nos contrées, ces empilements de pierres sont le plus souvent appelé des cairns.

Le mot vient de l’écossais càrn. Il désigne plusieurs types de collines ou des tas de pierres naturels. En Ecosse, l’empilement de pierre sur des collines semble être une vieille coutume. En effet, il y a beaucoup d’écossais qui déposent une pierre au sommet des colline qu’ils visitent. Il y a même un vieux dicton qui dit: Cuiridh mi clach air do chàrn. Ce qui signifie: J’irai déposer une pierre sur ton cairn.

Tombeau

Parfois, les empilements de pierre sont destinés à être des tombeaux. Au Néolithique cette pratique était très courrante, en Inde ou au Tibet, les stûpas ont probablement été érigés pour les mêmes raisons. En Bretagne, le grand cairn de Barnenez est un bon exemple d’un ensemble de tombeau recouvert de pierre.

la-girafe_et_les_pyramides_de_gizeh_en_egypte.jpgEn latin, on parle de tumulus pour désigner une bosse qui recouvre une tombe. Le tumulus peut être très simplement fait de terre, ou plus élaboré avec un empilement de pierre, ou encore construit avec une chambre funéraire mégalithique. Ce dernier type de tumulus est plus connu sous le nom de Dolmen.

On a l’habitude de se représenter les dolmens comme des grandes tables de pierres empilées. Mais on oublie parfois qu’à l’origine la structure de pierre était totalement recouverte de terre. C’est l’errosion qui a enlevé la terre au fil des siècles et qui nous permet de voir les empilements de pierre à nu.

Les tombeaux de pierres empilées les plus connus sont certainement les pyramides égyptiennes. Là il s’agit de démesure totale.

Dans la tradition juive, c’est tout l’opposé de la démesure, on ne fait pas des montagnes de cailloux. Mais la tradition est tout autant présente: on dépose des cailloux sur la tombe des morts !

Menhir

Dans le même esprit que les empilements de pierre, on peut également parler des menhir. Ce n’est à proprement parlé pas un empilement de pierres. Mais l’idée est proche. Ce sont de pierres qui ne sont pas disposées naturellement. En effet, le propre d’un menhir c’est d’être une pierre dressée pour être la plus haute possible. On retrouve cette idée dans l’étymologie du mot menhir. Ce terme a été construit à partir du breton maen, « pierre », et hir, « longue ».

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Le soleil se pose sur un des menhirs de l’alignement d’Yverdon

Une mode qui dure

Lorsque l’on dit que les modes sont éphémères, je crois que l’on ne parle pas de la mode des empilements de pierres. Avec tout ce que l’on a vu ci-dessus, empiler des pierres facinent toujours autant les humains !

En 2002, un des plus grand succès de l’exposition nationale suisse, Expo02, était les empilements de galets patiemment réalisés par un facteur neuchâtelois.

De nombreux visiteurs ont observé durant des heures la création de ces savants équilibres. Actuellement, sur le site neuchâtelois d’expo02, il ne reste plus rien, hormis un empilement de galet gardé en souvenir sur un pillier trop profondément ancré dans le lac !

empilements devant les galets expo02.jpgempileur de galets expo 02.jpg

Petite annecdote, durant expo02, c’est un facteur de métier qui s’est lancé dans l’empilement de galets. Une centaine d’années plus tôt, c’est un autre facteur qui est connu pour avoir construit son palais idéal avec des cailloux ramassés pendant 33 ans lors de ses tournées !

Mais qu’est ce qu’ils ont ces facteurs à ramasser des cailloux ?

Qu’est ce que les humains trouvent de si facinant dans l’empilement de cailloux ?

Je n’ai pas de réponse précise à donner. Mais on ne peut que constater que l‘engouement pour les empilements de pierre est universel chez les humains.

L’empilement de pierre est universellement connu dans la culture humaine probablement car il y a des pierres partout où il y a des humains. De plus, la pierre est la matière première la plus facile à trouver. (à quand les empilements sur la lune ou mars ? Il y a bien l’histoire du monolithe dans 2001 odyssée de l’espace!)

De part sa nature, l’être humain est un être néguentropique, un être qui se bat contre l’entropie, contre le nivellement et l’usure qui règne dans tous les systèmes physiques. L’être humain est un batisseur. Il se bat contre le temps. La pierre est un des matériaux qui résiste le plus à l’usure du temps. C’est probablement pour ça que l’on ne retrouve que des empilements de pierres des civilisations disparues qui ont précédé la notre.

D’ailleurs la pyramide de Khéops est la seule des 7 merveilles du monde antique à être toujours debout ! (c’est probablement du à sa forme pyramidale. Elle ne peut pas s’effondrer !)

En construisant des empilements de pierres, l’humain se révolte contre les lois de la physique. Il défie l’univers!

Ce n’est peut être pas un hasard que les empilements de pierres sont souvent assimilés a une représentation d’humain. Le mot inuksuk signifie même qui a la capacité d’agir comme un humain. Si c’est vrai dans la chasse au caribou. C’est également vrai face aux lois de la physique: l’inukshuk défie l’univers en se tenant debout, tout comme l’humain défie l’univers en se tenant debout; en vivant.

Si l’empilement de pierre est souvent utilisé comme tombeau, c’est peut être également pour manifester cette volonté de l’humain de défier l’univers: Je suis mort, mais mon tombeau est là encore longtemps pour que l’on se rappelle de moi !

L’empilement de pierre est donc le symbole de la volonté humaine de résister aux dures lois de l’univers !

équilibre des empillements de galet.jpg

Equilibre et fragilité de la vie

Voici une photo prise en septembre 2006 lors d’une balade à la pointe de l’Areuse.

Ces empilements de galets sont une construction très fragile en regard des vagues déferlantes qui les menaces à chaque instant!

Cependant, cela fait maintenant 7 ans que des improbables équilibristes recouvrent la pointe de l’Areuse. Ce ne sont plus les mêmes qu’au début, mais on trouve toujours des visiteurs de bonne volonté pour les reconstruires après les tempêtes!

Je trouve que ces galets illustrent très bien la vie et toutes ces créations. Une des meilleures définitions de la vie que j’ai trouvée est de dire que la vie est un phénomène néguentropique. Cela signifie que la vie échappe à l’entropie, au nivellement, à l’usure et à la desorganisation qui règnent dans les système physique.

Forcément qu’un jour, une vague ou un coup de vent va faire effondrer, va niveler et faire disparaître l’empilement de galet. Mais la vie se souviens qu’un jour se tenais un équilibre fragile, une improbabilité et la vie est capable de mettre en oeuvre la reconstruction de cet improbable édifice.

La vie utilise l’information comme vecteur pour se répandre. La vie est de l’information. La théorie de l’information (utilisée pour déterminer quelle est la quantité d’information maximum que votre connexion internet est capable de faire transiter) définit qu’une information est une improbabilité. Notre empilement de galet est improbable, il est de l’information, il est le fruit d’une forme de vie !

Il devient donc logique, qu’a l’ère de l’information dans laquelle nous vivons, la vie se répend à une vitesse toujours plus grande. Il est donc évident de comprendre que favoriser les échanges et le partage fait partie de la nature même de la vie; de notre propre nature.

Il faut donc se méfier de toute organisation qui veut juguler les échanges, qui veut empêcher le partage de création, d’information, il faut se méfier de ceux qui veulent s’approprier l’information en exclusivité pour leur propre compte. Ce genre de pratique est une attaque directe contre le vivant et donc contre nous même !

Ce genre d’attaque n’est pas une vue d’esprit, mais une réalité que l’on retrouve dans les projets de loi de musèlement d’internet pour la sauvegarde de ceux qui bénéficie de rentes sur le droit d’auteur. On retrouve le même genre de pratiques dans le monde des brevets. Peut on breveter les programmes informatiques ou les êtres vivants ?

Ce sont des questions très actuelles.

L’ère de l’information est une ère qui apporte de nouvelles règles. C’est l’ère de la vie. En tant qu’être vivant il nous faut combattre pour la vie!

équilibre des empillements de galet.jpgPour les intéressés, il est possible d’obtenir des tirages papier de cette photo via vosgaleries.com