Les 7 points à ne pas négliger pour créer une épicerie coopérative participative

Dernièrement partout autour de moi j’entend parler des créations d’épicerie coopératives participatives…

Mais qu’est-ce que c’est vraiment ? Pourquoi un tel engouement soudain ? Qu’est-ce que ça change vraiment par rapport aux 2 géants orange qui dominent le marché Suisse de la grande distribution ?
Coop et Migros sont déjà des coopératives pourquoi réinventer la roue?

J’ai eu l’occasion dernièrement de participer à une réunion organisée par AGRIDEA qui rassemblait plein d’acteurs d’épicerie coopérative participatives de Suisse Romande.

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C’était très intéressant. Ça a été l’occasion de faire un forum ouvert afin de discuter et d’échanger autour des principales préoccupations et questions autour de la création d’une épicerie coopérative participative.

Nous allons voir ci-dessous les points les plus importants qui ont été soulevés, ça peut être intéressant si tu a envie de créer une épicerie coopérative participative.

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Avec des bons yeux on devine les questions du forum ouvert…

Une épicerie coopérative participative c’est quoi ?

Une épicerie, c’est un petit magasin, quand il devient grand c’est un super marché ! 😜 .. mais le même modèle peut s’appliquer c’est pas là la différence.

Aperçu de l’épicerie Chez-Emmy

Une coopérative c’est une forme juridique d’organisation dans laquelle des personnes achètent une part, elles sont donc propriétaire de l’organisation, de l’entreprise, en l’occurence de l’épicerie.

La particularité de la coopérative par rapport à la société anonyme, c’est que dans une coopérative c’est toujours 1 personne = 1 voix. Ainsi ce n’est pas le plus riche qui dirige.

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Dans une coopérative chaque personne a 1 seule voix même si elle détient plusieurs parts.

Participative ? C’est bien là pour moi la principale différence. En effet, en Suisse le marché de la grande distribution est déjà dominé par les deux grosses fédérations de coopératives que sont Migros (37%) et Coop (35%).

Dans une épicerie participative, les coopérateurs s’engagent à travailler 2h-3h par mois pour assurer le fonctionnement de l’épicerie.
(La durée varie selon les coopératives, les tâches aussi. Pour le gros des gens c’est tenir l’épicerie pendant les heures d’ouverture, pour d’autres c’est participer aux tâches de soutiens et parfois à des événements spéciaux.)

C’est ce travail en nature qui permet de baisser nettement les prix, de l’ordre de 25% et/ou de consommer des produits bio et locaux pour un prix très raisonnable. (La marge prise par les épiceries coopérative participatives est de 20% à 30%, mais de combien est la marge d’un magasin « normal » ? Il semble que Migros a des marges brut de 40% , mais les marges dans le bio sont plus élevées ?, si c’est ça on est bien dans le 25% de rabais pour une épicerie coopérative participative.)

Ce mouvement mondial de coopératives alimentaires participatives a comme origine la coopérative Park Slope Food Coop, située à New York qui a été créée en 1973 et qui a de nos jours ~16 000 coopérateurs.

Le film Food Coop raconte l’histoire de cette coopérative.

Voici un petit documentaire sur la Park Slope Food Coop pour entrer dans le vif du sujet.

Les 7 points importants pour la création d’une épicerie coopérative participative

Maintenant que l’on sait ce qu’est une épicerie coopérative participative, entrons dans le vif du sujet des points importants auxquels les épiceries coopérative participatives sont confrontés:

  1. Quelle est l’intention, la vision de le but d’une épicerie coopérative participative ?
  2. Comment organiser la gouvernance d’une épicerie coopérative participative ?
  3. Quel moyen de communication utiliser avec les coopérateurs, comment gérer les membres de l’épicerie participative ?
  4. Quels moyens de paiement utiliser ? Est-ce que l’on a vraiment besoin d’une caisse dans une épicerie coopérative participative ?
  5. Les producteurs qui vont alimenter les rayons de l’épicerie, comment les trouver ? Quelle marge financière pratiquer sur les produits ? (Comment ne pas concurrencer ses propres fournisseurs !?!)
  6. Quel assortiment de produits avoir ? Comment gérer son stock ?
  7. Comment financer la création de son épicerie coopérative participative ? Don, crowd-funding, subvention ?

1: Buts de la création d’une épicerie coopérative participatives

En discutant avec les gens, j’ai découvert que les intentions fondatrices des différentes épiceries coopératives participatives ne sont pas toutes les mêmes !

Une foule de labels…. reflets de pleins de valeurs.

Quelles valeurs sont prioritaires ? Local ou bio ?

Les priorités ne sont pas forcément les mêmes en ce qui concerne l’éthique de consommation, même si globalement ça se rejoint.

C’est quoi le plus important bio, local, bon marché, sans emballage ?

A ce propos voir le livre de mon pote Lucien qui a tenté de répondre à la question: Que choisir entre une carotte non-bio locale et une carotte bio de l’étranger ?

save-farmer-eat-local-manger-local
  • Est-ce que le fait d’avoir une charte de consommation est un frein à la bonne marche de l’épicerie ?
  • Est-ce qu’au contraire la charte est ce qui marque clairement la différence et considéré comme un plus ?

Les différentes expériences faites dans les coopératives les plus anciennes comme Park Slope à New York (plusieurs décennies d’expérience) montrent que la charte de valeur est plutôt un frein à la mixité sociale, à l’inclusivité de tous.

Ceci car les produits bio sont régulièrement plus chers. Si l’on a que du bio, on risque de se couper de gens qui iraient ailleurs juste pour des questions de prix.

De plus le fait d’avoir un assortiment restreint par rapport à une grande surface où l’on trouve tout peut être un frein au succès d’une épicerie coopérative participative.

Le sujet de l’assortiment sera traité en détail ci-dessous.
De plus, il y a une section qui traite de l’Equilibre entre l’inclusivité et la « pureté » de l’offre dans les les annexes p41 du manuel des membres de la Louve… pdf

Il vaut donc la peine de bien clarifier les intentions de base des coopérateurs pour être sur la même longueur d’onde durant la durée du projet ! Ça peut éviter beaucoup de conflits et d’incompréhensions !

La technique du photolangage peut être utilisée pour expliciter les intentions des membres d’un groupe. Chaque personne prend une image qui lui plait et explique pourquoi elle a rejoint le groupe, qu’est ce qui la motive dans ce projet…

Clarifier et aligner les intentions du groupe.

Ouvert à tous clients ou juste aux coopérateurs ?

Il y a aussi des différences importantes dans le mode d’organisation communautaire. Il y a des épiceries participatives qui sont ouvertes à tous les clients et des épiceries participatives qui sont réservées aux coopérateurs.

Parfois il y a même une notion d’amis, de sympathisant ou bénévole occasionnel de l’épicerie qui offre des rabais.

Il y a aussi des épiceries qui fonctionnent uniquement avec des coopérateurs bénévoles et d’autres épiceries ou plutôt supermarchés (car la taille à son importance !) qui engagent des salariés.

Selon les choix ça change passablement l’organisation, la gouvernance, mais aussi les marges qui peuvent être pratiquées, et en conséquence les prix. (des marges qui s’échelonnent entre 30%, 25% et 20% suivant le statut des clients)

Juste consommer et payer… ou aussi participer à un projet ?

Personnellement, ma préférence va au système le plus simple. Soit un système avec un seul type de personne: des coopérateurs.

Et une épicerie réservée aux coopérateurs. Comme on le verra ci-dessous, ça simplifie la gouvernance, le système de gestion, le calcul des prix, ça permet des marges plus faibles et donc des prix plus bas.

De plus, comme je l’explique en fin de cet article, sur le long terme, je pense que c’est ce modèle simple, fermé et petit qui est le plus durable et révolutionnaire !

2: Quelle forme de gouvernance choisir pour une épicerie coopérative participative ?

La manière de s’organiser est très importante pour faire un projet durable. D’autant plus un projet en communauté dans lequel chacun est co-propriétaire de son magasin et de plus doit travailler dans celui-ci avec d’autres.

Vouloir faire de la mutualisation et du travail participatif bénévole, c’est vraiment rechercher la difficulté !

Ainsi, pour moi, une bonne gouvernance est nécessaire pour que le projet d’épicerie n’explose pas en vol !

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Landsgemeinde de Glaris. Chaque personne a 1 voix… comme dans les coopératives.
Est-ce que le vote est la meilleure méthode de décision ?

Le mode d’organisation est le reflet d’une vision du monde

Le sujet de la gouvernance est en pleine ébullition ces derniers temps. C’est aussi un de mes sujets favoris. Donc quand je vois qu’il est à l’ordre du jour dans une réunion à propos d’épicerie coopérative participative. Je suis très heureux.

La manière dont s’organise un groupe est le reflet de sa vision du monde. J’en parle abondamment dans mon article à propos de la spirale dynamique qui montre les 8 visions du monde principales qui cohabitent de nos jours.

spirale_dynamique

Est-ce que tu veux organiser ton épicerie comme une tribu ? un gang ? une administration ? une entreprise ? une association ? un réseau ? une holarchie ?

En fait le terme même de « coopérative » montre une appartenance à la vision du monde « verte » de la spirale dynamique. La vision du monde égalitaire, soit 1 personne = 1 voix peut importe le nombre de part.

Cette vision du monde est suffisamment ancienne pour qu’elle soit formalisée de façon juridique. Cependant il existe des épiceries qui sur la base de coopérative, s’organisent avec des modes de fonctionnement rattachés à une vision du monde plus récente, comme par exemple l’holarchie.
(Une holarchie est une hiérarchie de holon, le holon étant un tout en lui même, mais aussi une partie d’un tout plus grand. Le corps humain et ses organes fonctionnent ainsi !)

structure-en-holon-holarchie

Dans son livre Réinventing Organisations, Frédéric Laloux, décrit le fonctionnement de nouveaux types d’organisation. Ce livre est passionnant et inspirant.

Personnellement, ça m’a inspiré quelques idées sur la création de ce que j’appelle un écosystème, car on est au delà de la notion d’organisation.

livre reinventing organization frédéric laloux

L’organisation la plus courante d’une épicerie coopérative participative

En listant quelques manuels d’utilisateur et statuts d’épiceries coopératives, j’ai observé une certaine similitude entre les modèles d’organisation.

La structure de base est la suivante:

  • une Assemblée Générale qui regroupe tous les coopérateurs
  • un comité ou conseil d’administration élu par l’AG
  • un organe de révision des comptes. C’est une obligation légale.
  • de multiples, commissions ou groupe de travail, secteurs, etc à qui on délègues des tâches particulières.

L’assemblée générale est souveraine. Elle détient des pouvoirs qu’on ne peut lui enlever. Les décision se prennent au vote. Chaque coopérateur a une voix.

Le comité ou conseil est l’organe de direction. Il dirige la bonne marche de l’organisation pour toute les tâches qui ne sont pas du ressort de l’AG.

Les différents groupes de travail, secteurs, etc… effectuent les tâches qu’on leur a confiées. (gestion des coopérateurs, des commandes et producteur, des finances, des animations, du lieu du magasin, etc…)

Le mode de décision est intéressant. C’est en général quand il faut décider que ça coince !
Souvent par défaut, c’est le vote. Avec des variantes, à majorité simple ou qualifiée.

Le vote est très connu. Mais personnellement, je le vois comme un mode de décision violent qui opprime les minorités.
C’est l’évolution non sanglante d’une campagne militaire, on compte le nombre de soldat et l’armée qui a le plus de soldat a gagné. Sans combat.
Les mots sont révélateurs. On parle aussi de campagne de votation !

vote bataille sans violence

Il existe d’autres modes de décision qui sont plus inclusifs, qui permettent de créer du « nous », d’améliorer une proposition pour prendre en compte les avis.

La gouvernance partagée et les décisions par « Consentement »

Chez Système B, on trouve une notion de Consensus (art 37) pour les décision du comité.. C’est un mode de décision dans lequel il y a fréquemment des blocages. Ainsi en cas de blocage la décision est transmise à l’AG qui décide à la majorité simple.

Ce qui est très intéressant, c’est que dans la coopérative Chez Emmy on sent que les statuts ont été très inspirés de ceux de Système B… mais avec une différence de taille: le mot Consensus a été remplacé par Consentement.

  • le consensus, c’est tout le monde dit OUI
  • le consentement, c’est personne ne dit NON

A première vue ça parait identique, mais c’est très différent.

Avec le consentement on a pas besoin d’être POUR une proposition pour qu’elle soit acceptée. On peut dire: « Je ne suis pas pour, c’est pas utile.. ça sert à rien, mais je peux vivre avec.. » C’est toute la différence qui débloque souvent des situations.

gouvernance-role-regles
Des rôles sont créé pas Consentement. Chaque personne qui incarne un rôle décide seule dans ce qui concerne le rôle. (et/ou par sollicitation d’avis)

Le processus de Gestion Par Consentement fonctionne en plusieurs étapes :

  • Une proposition est faite. (et on ne traite qu’elle)
  • Un tour de compréhension est fait. (histoire de comprendre les mots)
  • Un tour de réaction est fait pour que chaque personne donne son avis
  • Le proposeur peut retirer ou modifier sa proposition selon ce qu’il a entendu comme avis.
  • Un tour d’objection est proposé. Si quelqu’un a une objection, elle est testée. Elle ne peut être valable que si c’est une objection concrète réelle, pas une préférence, pas une peur irrationnelle, pas une autre proposition…
  • La proposition est acceptée quand toutes les oppositions sont levées.
  • Ne pas oublier de célébrer la décision 🙂

L’université du Nous propose une fiche pour aider à pratiquer le processus de gestion par consentement… (pdf), ceci parmi plein d’autres outils…

La coopérative EpiCoop a Vevey s’est aussi lancé dans la gouvernance partagée.

Donc il y a déjà quelques références chez qui se tourner pour comprendre comment ça marche.

Formations à la gouvernance partagée

Pour t’aider à démarrer dans la gouvernance partagée tu peux faire appel à ces gens que je connais:

  • Les Ateliers de l’instant Z
  • les Artisans du Liens (même si ils aiment parler de « gouvernance horizontale, alors que pour moi c’est pas horizontal si on fait une hiérarchie de holon !! »)
  • L’Université du Nous (avec qui j’ai eu la chance d’être formé lors d’un très rare passage en Suisse en 2015) Vu son succès, l’UdN en collaboration avec les colibris a déjà organisé 2 MOOC à propos de la gouvernance partagée, c’est une manière de former plus de gens, mais pour avoir suivi le deux… la version en chaire et en os était nettement mieux !! (des webinaires intéressants…)
  • … et du coté du mouvement citoyen de Morges et environs on fait aussi de la gouvernance partagée, quelques personnes qui veulent créer une épicerie participative ont été formée dans ce cadre là…. si besoin, me contacter 😉

3: Quels moyens de communication utiliser entre les membres de la coopérative ?

… Mais aussi comment gérer les membres ? Comment gérer le planning des horaires de travail des coopérateurs ?

Beaucoup de moyens de communiquer.. mais sans communiquer mieux !

Une des questions venue lors du forum ouvert organisé par AGRIDEA était liée à la communication interne entre les participants de l’épicerie participative.

Forcément quand il faut coopérer avec beaucoup de monde il est nécessaire de communiquer.

affiche-pouvoir-coopérer-abeille

C’est pas forcément évident. A notre époque, à l’ère de l’information, nous sommes submergé par les moyens de communication, mais ça ne veut pas dire qu’on communique mieux !!

Les grecs de l’antiquité avaient déjà tout dit… Ethos, Pathos, Logos.

L’essentiel de la communication passe par la posture de l’orateur, par les gestes non verbaux. 🙅‍♂️ 😎 

Puis, c’est l’émotion qu’on sens dans le ton de la voix qui fait une bonne partie de la communication, et enfin c’est les mots, le contenu logique.

Ainsi, utiliser un média écrit c’est couper la majorité de la communication. Plus de posture, plus de retour non verbal en direct, plus d’interaction. Il ne reste que la logique froide, des mots qui ont des connotations différentes pour chaque personne.

Heureusement, grâce aux smiley 😜😋😪🤔🤩😤😅🤣😇 on peut faire passer quelques émotions, un peu d’ironie, du second degré…. mais ça reste faible.

Conclusion: rien ne remplacer l’expérience humaine de se rencontrer physiquement.

psychologie des foules gustave le bon bruxelles apero du parlement europen
Apéro quotidien des employés du parlement européen à Bruxelles…

Mais il faut quand même avouer que d’autres moyens de communication sont pratiques, mais il est nécessaire de les utiliser en toute connaissance de cause et ce pour quoi ils sont fait.

Le e-mail reste encore et toujours le moyen le plus courant et fiable pour communiquer mais…

☎️Le téléphone, la voix c’est quand même bien. Son évolution la plus récente avec la visio conférence est pratique. Mais l’image n’est pas souvent nécessaire. C’est plus souvent une source d’ennuis technique qu’autre choses.

C’est le logiciel jitsi.org que je trouve le plus simple et le plus fonctionnel de nos jours. On en trouve encore d’autre instance comme celle de https://framatalk.org ou des colibris: https://www.colibris-outilslibres.org/services/visioconference-jitsi-meet/

Il suffit de choisir une adresse (url) et de l’envoyer aux autre participants ou d’utiliser régulièrement la même. Une fois mise dans la barre d’adresse de son navigateur web. C’est parti on est en conférence !

Le e-mail 📩c’est pratique pour la diffusion pour les notifications qui ne demandent pas d’interactivité.

Pour une lettre de nouvelles c’est l’idéal. Le e-mail est toujours et encore l’outil moderne le plus courant, le plus ouvert pour communiquer massivement une information.

Les messageries instantanées sont en plein boom. Whastapp, messenger, telegram, signal, et… Chacun de mes amis me dit que je devrai aller sur une autre…. et je me retrouve avec au moins 4 messageries différentes !!

📩👩🏼‍💻📷🔋📞🥐👨🏻‍💻🎥📱☕️

La loi de Metcalfe, dit que la valeur d’un réseau, son utilité dépend du carré de nombre d’utilisateurs. En effet, plus j’ai d’amis sur une messagerie, plus je vais choisir celle là, et plus ça va renforcer le fait que ce choix devient incontournable. Même si en soi c’est pas le meilleur outil !

Ces messageries instantanées c’est pratique, justement par ce que c’est instantané, qu‘il y a de l’interaction. C’est simple à utiliser. On peut y faire des groupes et avoir toujours ses amis dans la poches. Mais quand le nombre de personnes augmente, ça devient vite la galère. Les notifications arrivent en masse. Ça demande quelques règles de base dans les conversations pour ne pas polluer la discussion.

Il faut des canaux/groupes réservés aux informations importantes nécessaires et d’autres pour les gens qui veulent discuter. Si on mélange, les infos importantes seront noyées dans la masse…

👮🏻‍♂️👩🏻👧🏼🧓🏻🧔🏻👱🏻‍♀️🧑🏻👨🏼👮🏻‍♀️

De mon expérience de personnes pas trop accro aux smartphones, je vois qu’il y a des messageries qui obligent à disposer du dernier smartphone à la mode… Whatsapp et Signal par exemple. Ainsi c’est rédhibitoire pour les amis « low tech ». C’est un excellent moyen d’exclusion que d’utiliser ces messageries !
(whatsapp, c’est facebook, tout comme Messenger.. c’est fournir toutes ces conversations à ces gens… Signal, c’est hyper sécurisé, mais d’expérience pas très pratique par ce qu’en groupe, on ne voit que le numéro de la personne et du coup on est toujours ennuyé de savoir à qui on parle !! …. même pas une image ou un petit pseudo affiché par défaut. On est obligé d’avoir ajouté la personne à son carnet d’adresse et d’avoir communiqué en direct avec elle… pas top pour la communication de groupe)

logo telegram messagerie

Telegram, j’aime bien. C’est simple, ergonomique. On peut l’avoir sur un ordinateur de bureau sans avoir un smartphone en parallèle !! (ce qui me semble basique !! … je comprends pas pourquoi whatsapp arrive pas à faire ça !)

Il est possible d’utiliser Telegram avec un pseudo sans montrer son numéro de téléphone. Telegram a été créé par le fondateur du réseau social russe VK.

J’entends souvent « Whatsapp c’est les américains, et Telegram les russes« … si le fondateur de Telegram est russe, il n’a rien à voir avec le gouvernement russe, justement il a créé Telegram car Vk est tombé aux mains du gouvernement russe…. et Telegram a été interdit en Russie car ses concepteurs ont refusés de donner la clé de décryptage au services secret russes ! Telegram est basé à Berlin.

Donc Telegram est pas trop mal pour respecter tes données privées, mais pas parfait. Le code client est openSource, mais pas le code serveur ! De plus le cryptage de bout en bout ne fonctionne pas dans les groupes !

Cependant c‘est la solution de messagerie que je préfère. Il est possible aussi de faire des liens web pour rejoindre un groupe Telegram, ce qui est pratique pour les invitations.

Les outils de discussions pour organisations

Les messageries instantanées ont vite leur limite pour gérer plusieurs canaux avec plusieurs organisations. De plus pour retrouver une information dite par le passé et pointer une discussion en particulier c’est un peu la galère.

Il existe des outils, comme Slack qui permet d’aller un peu plus loin. Mais ce que je recommande c’est l’alternative OpenSource: Mattermost.

Mattermost est une application OpenSource que l’on peut installer chez soi. Ainsi on maitrise ses propres données. Il en existe aussi des instances associatives qui respectent la vie privée. C’est le cas de https://framateam.org et aussi de https://www.colibris-outilslibres.org/services/tchat-mattermost/

Personnellement j’utilise Mattermost dans 2 organisations et c’est très pratique. On peut faire des canaux de discussions différents pour des sous-groupes de l’organisation. On peut faire des recherches sur le contenu pour retrouver de vieilles discussions.

Dans le cas d’une épicerie coopérative participative, Mattermost c’est l’outil que je recommande pour les discussions entre les groupes de travail, les comités, conseils qui gèrent l’épicerie. (bien que je n’ai pas d’expérience directe de ce soft dans ce domaine mais mes bonnes expériences dans d’autres domaines sont transposable.)

Résumé des outils recommandés pour communiquer en interne dans une épicerie coopérative participative

Pour diffuser des informations en masse en interne, mais aussi à l’externe (sympathisants..) La lettre de nouvelles par e-mail est le meilleurs outil.

Jusqu’à 2000 abonnés, l’outils https://mailchimp.com est gratuits ou 1000 abonnés pour le plugin wordpress MailPoet. Infomaniak a aussi un offre intéressante de mailing tarifée par pack de mail.

👩🏻👧🏼🧓🏻🧔🏻👱🏻‍♀️🧑🏻👨🏼

Pour faire communiquer les différents, comités, conseils, groupes de travail, ainsi qu’avoir une archive des conversations. Mattermost est le meilleur outil. Les instances de https://framateam.org et des Colibris sont simples et respectent la vie privées.

Pour les visio conférences, l’outil jitsi.org est le plus simple. Là aussi il y a des instances chez https://framatalk.org ou chez les colibris.

Pour s‘organiser en général avec des outils en ligne, par exemple pour trouver une date de réunion (alternative doodle), écrire un pv collaboratif sur un pad, organiser un vote ou écrire une documentation sur un wiki, les outils libres des colibris ou les app collaboratives de framasoft. sont parfaits!

coopération

Pour juste discuter en ligne de façon informelle et/ou pour communiquer des informations importantes et urgentes (ex: j’arrive en retard à la séance de ce soir…), les messageries instantanées sont pratiques.

je recommande l’utilisation de Telegram qui fonctionne partout qu’on ait un smartphone ou pas. L’ergonomie pour groupe est bien. Il est possible de rejoindre un groupe via un lien web.

Mais il ne faut pas oublier que rien ne remplace une réunion physique en chair et en os ! (avec un apéro… 🍻🥂 un repas.. 🥐🍮🥗🍨)

Pour garder un certain esprit de communauté et crée du lien, il est intéressant d’organiser des grandes rencontres avec tout le monde régulièrement. (2 à 4 fois par an ?)

L’idées de proposer des activités en commun pour faire connaissance, mais aussi de l’informel pour juste le plaisir de se voir.

Bon, naturellement, le fait de venir faire ses courses au magasin va créer des rencontres!

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Gestion des horaires de travail des coopérateurs dans leur épicerie participative

Le principe d’un épicerie participative, c’est justement de participer. Chaque coopérateur s’engage à travailler entre 2h et 3h (selon les épiceries) par mois, pour faire tourner le magasin.

La plage de travail des coopérateurs est appelée « vacation« , « shift » ou « créneau horaire » selon les différentes coopératives.

Les horaires d’ouvertures sont très variables. Pour une épicerie, j’ai vu que c’est en général 2h par jours sauf le dimanche. Pour les supermarchés participatifs, j’ai vu des horaires de 6h à 22h, avec un peu moins les samedi et dimanche.

Ces horaires d’ouvertures sont décomposés en créneaux horaires qui sont occupés par les coopérateurs.

3 manières d’effectuer son service dans l’épicerie coopérative participative

Généralement il existe 3 manières d’effectuer son service dans une épicerie coopérative participative:

  • tenir le magasin pendant les horaires d’ouverture, pendant un créneau horaires régulier, chaque moi le même
  • faire partie d’une équipe volante, qui effectue des tâches ponctuelles et des remplacements.
  • faire partie de groupes de travail, comités, etc.. qui assurent le bon fonctionnement de l’épicerie sans forcément être sur place. (gestion des commandes, informatique, gestion des membres, formation, communication, animation, etc…)

La plupart des coopérateurs effectuent leur service en tenant l’épicerie pendant les heures d’ouverture.

Le planning est généralement réparti en 4 types de semaines: les semaines ABCD. Chaque semaine il y a une équipe différente qui gère le magasin.

Chaque coopérateur, lors de son arrivée dans la coopérative choisi un créneau horaire et l’occupe de la même manière toutes les 4 semaines, avec les mêmes personnes. (Avec des tâches différentes selon les heures, ex: accueil livraison, épicerie, nettoyage, etc..)

Ainsi l’équipe est stable. Elle est autonome et les gens se connaissent bien.

Si une personne a un empêchement, elle doit trouver un remplaçant pour le créneau horaire concerné. Si elle n’est pas présente elle est redevable de deux créneaux horaires !

Il y a de nombreuses, autres règles suivant les situations, jours fériés, congés parentaux, congé de plusieurs mois, etc…

Il y a là des explications détaillées dans le manuel du membre. Voici le manuel d’une petite épicerie participative et d’un grand supermarché participatif. En fait c’est très très similaire en terme de règles.

Ce qui change par contre c’est les outils utilisés qui ne sont pas pareils quand on gère 200 coopérateurs ou 8000 coopérateurs !

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Une coopératrice de supermarché participatif qui fait ses 3h de service… 😉

Outils informatiques de gestion de membres

Au point 4 on verra plus en détail des outils informatiques de gestion de l’entier des tâches de l’épicerie coopérative participative.

Ici on va juste voir brièvement les solutions de gestions des membres et du planning.

J’observe que dans les petites structures, c’est souvent google drive qui est utilisé. Un bon tableur et voilà, c’est fait, la structure de roulement des semaines ABCD de toute l’année sont faites à coup de copier coller.

Une colonne indique les horaires des créneaux, une autre le type de travail à effectuer, puis on ajoute autant de colonnes qu’il faut de personnes pour gérer l’épicerie, une ou 10 ?
Une colonne sert également à indiquer qui remplace qui. Mais on ne change pas le noms du coopérateur de base. Ainsi la structure par semaine reste la même.

Exemple de gestion des créneaux horaires dans un tableur.

Les coopérateurs sont indiqués à l’aide de leur numéro de coopérateur et de leur nom. Car suivant la définition du coopérateur ça peut être une personne, un couple, une famille… donc c’est pas forcément la même personne physique.

Cette solution du tableau a le mérite d’être très simple et facile à prendre en main pour beaucoup. Si l’on ne veut pas livrer ses données à google, il est possible de privilégier des outils libres comme le tableur FramaCalc.org

Dans les grands supermarchés coopératifs participatifs, j’ai observé l’utilisation du module Odoo FoodCoops dont on parlera ci-dessous au point 4.

L’épicerie L’éléfàn a Grenoble a aussi développé tout un logiciel pour gérer les membres et les créneaux horaires des membres.

Voici un petit aperçu de cette solution:

Mes observations me montrent que plus on veut un outil spécialisé bien fait, plus il est contraignant et plus il est compliqué d’y ajouter des exceptions.

Que faire pour ajouter un jour férié qui est régional ?
Dans mon tableau c’est juste la ligne qui disparait. Dans les logiciels spécialisés, il faut toute une interface de gestion des jours fériés car les créneaux horaires sont générés automatiquement.

Dans un tableur, les créneaux ne sont pas générés automatiquement, mais à coup de copier coller, c’est pas très long à faire.

La gestion des droits d’accès devient très complexe aussi. Dans les exemples ci-dessus avec des applications dédiées on voit que le communs des mortels peut juste savoir si un créneau et rempli ou non, mais pas par qui.

Alors que pour le tableur tout le monde a accès à tout. On voit là des politiques très différentes.

Personnellement, ma préférence va à ce qui est le plus simple. Vive le low-tech. (Finalement: un tableau dans l’épicerie suffit aussi ! même si c’est commode de l’avoir en ligne)

En mode Low-tech la tablette d’argile va très bien aussi… ou le calendrier mural ardoise.

4: Quels moyens de paiement utiliser dans une épicerie coopérative participative ?

…. ou dit autrement: est-ce que l’on a vraiment besoin d’une caisse ? 💰

C’était ainsi que c’était présenté lors du forum ouvert à la réunion organisée par AGRIDEA.

A modèle de clientèles différentes, modèles de payement différents

C’est lors de cette réunion que j’ai réalisé à quel point les épiceries coopératives participatives sont différentes les unes des autres !! … et leur structures fait qu’elles seront très différentes pour les modes de paiements. 💰💳

Ainsi les épiceries qui sont ouvertes à n’importe quel public sont comme n’importe quel magasins, elles ont besoin de caisse, de moyens de paiements usuels qu’on retrouve partout, des terminaux de payement. (TPE) Il en existe des alternatives simples et pas cher, sans abonnements, pour faire des paiements avec des cartes de crédits usuelles et quelques cartes de débit… (MyPOS et SumUP)

Un tel modèle d’épicerie mixte de clients doit aussi gérer des prix qui sont différents selon les gens, coopérateur ou non. C’est toute une logistique non négligeable.

Puis il y a le modèle radical d’épicerie coopérative participative. Dans ce modèle il est nécessaire d’être coopérateur pour être client, pour y faire ses achats.

Dans ce cas là, la question se pose: est-il nécessaire d’avoir une caisse ?
→ Non, il n’est pas nécessaire d’avoir de caisse ni de terminal de paiement.

C’est par exemple ce qui se fait Chez-Emmy. Les coopérateurs ont un compte qui est débité en fin d’achat. Ils ont un compte à pré-paiement qui est réapprovisionné par des virements. (ou des paiements en ligne par carte de crédit)
On parlera ci-dessous plus en détail du logiciel de gestion de l’épicerie chez-emmy.

epicerie-cooperative-participative-solde-compte-achat
Ouf… 😅 mon compte est encore en positif…

Des guerres de religion dans le choix des outils informatiques de gestion d’épicerie coopérative participative

Evidemment il y a un moment où il faut choisir son modèle de clientèle, puis ses outils informatiques et là comme souvent entre geek, c’est la guerre de religion. On le voit très bien sur le forum du réseau de épiceries interCoops.

Il y a des gens qui veulent tout mutualiser et diffuser le même outil partout. Et ceux qui veulent développer leur solution adaptée à leur cas, à l’image de l’idée d’avoir une épicerie adaptée à leur vision du monde.

Si tu veux voir le détail voici le point de départ du wiki pour voir toute une discussion sur la mutualisation des outils informatiques pour les épiceries coopératives participatives.

Pour résumer les grosses tendances, en gros il y a le module Odoo FoodCoops basé sur l’ERP odoo qui est utilisé par la Louve à Paris, Bees à Bruxelles, la Fève du côté de Genève, Lille, Montpellier, Toulouse, etc…

C’est le gros outil standard qui fait tout, mais qui formate à un fonctionnement précis, qui est très complexe. Mais capable de gérer des grosses épiceries coopératives avec des millions d’écritures et des milliers de coopérateurs. (8000 coopérateurs dont la moitié d’actifs en décembre 2018 selon le post du dev sur le forum.)

En conséquence cet outil foodCoops est cher en infrastructure informatique. Mais il se rentabilise si on a des milliers de coopérateurs. (Sur le forum je lis 1100€/mois )

A contrario il y a les petits outils, souvent bricolés ou à base d’un mixe d’outils disponibles dans google drive ou dans les ecosystèmes libres et non prédateurs de données personnelles que sont les outils libres des colibris ou les app collaboratives de framasoft.

Sur le forum, un membre de l’épicerie éléfàn montre qu’avec uniquement quelques centaines de membres, le coût de l’infrastructure informatique pour Odoo est quasi 3 fois plus cher pour lui.
(au point précédent on a déjà parlé du système de gestion des membres de éléfàn, il y a aussi une vidéo qui montre ce logiciel)

monopoly maison
Qui veut un monopole ?

Voici l’avis de la commission de gestion de l’éléfàn, à propos de choix de logiciels de gestion d’épiceries coopérative. C’est assez pragmatique, surtout pour la France qui a une loi sur les logiciels de caisse qui doivent être certifiés pour éviter les fraudes à la TVA. (Loi tout à fait stupide à mon avis… ça met des barrières aux logiciels openSource !! On est bien loti en Suisse !!)

En Suisse 🇨🇭 la TVA, c’est beaucoup plus simple. Dès qu’on a un chiffre d’affaire qui dépasse CHF 100 000.- on est assujetti à la TVA.

Après il y a 2 méthodes pour une entreprise de payer la TVA:

  • La méthode effective. Soit le détail de ce qu’on collecte ( moins ce qui est déductible)
  • La méthode forfaitaire. Un pourcentage du chiffre d’affaire à payer semestriellement.

Des cas que je connais d’épicerie coopérative participative, le plus simple pour avoir le moins de boulot, c’est la méthode forfaitaire. Le taux appliqué semble être de 0.6% du chiffre d’affaire. (Avec CHF 100 000.-, 0.6% = 600.-)

Jusqu’à un chiffre d’affaire de CHF 5 millions cette méthode passe. La TVA doit toujours être collectée, mais sur les produits alimentaires qui sont en majorité dans un épicerie c’est faible. C’est en général le taux de 2.5% qui est pratiqué.

Une épicerie vend des….. épices !

Revenons à nos logiciels…..

Donc au lieu d’un gros logiciel qui fait tout ils préfèrent externaliser le logiciel de caisses propriétaire et certifié et faire le reste eux-mêmes.

Ainsi c’est surtout la taille de la coopérative qui va déterminer le choix des outils informatiques.

En Allemagne et aux Pays-Bas, c’est le logiciel FoodCoops de FoodSoft qui est pas mal utilisé pour gérer une épicerie Coopérative participative.

En Suisse, les épiceries actuelles sont des micro coopératives en comparaison !

En général, elles démarrent vers une centaine de coopérateurs afin d’avoir la main d’oeuvre suffisante pour tourner, mais ensuite plus il y a de monde, plus les problèmes de gestion arrivent et plus il faut des outils pour les gérer…. small is beautiful !!

🍅🥝🍍🍒🍈🍓🍇🍌🍊🍐

Exemple de logiciel de gestion d’épicerie coopérative participative fait par ecodev

Le cas que je connais le mieux, c’est celui de chez Emmy. Un de mes collègues fait partie des fondateurs. C’est ainsi que notre entreprise (ecodev) s’est retrouvée avec le mandat de faire un logiciel maison pour gérer une épicerie coopérative participative.

Ce logiciel est adapté à une épicerie où seuls les coopérateurs peuvent être clients. C’est le modèle le plus simple. Ce qui est complexe en revanche, c’est qu’un coopérateur est en fait une famille ! Il y a plusieurs personnes sur le même compte financier.

Le principe de base est que chaque coopérateur a un compte dans l’épicerie. Il peut l’approvisionner par des virements ou des paiements par carte de crédit via l’interface online.

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Oups… je suis fauché… faudra que je réapprovisionne mon compte

Ce compte lui permet de payer dans l’épicerie. Son compte est débité du montant des achats.

Chaque produits est étiqueté avec un QRcode. Ainsi lorsqu’il fait ses achats le coopérateur va scanner le QRcode avec son smartphone et l’ajouter à son panier d’achat. Si il n’a pas de smarphone, il peut le faire via un ordinateur en tapant le code de affiché à côté du QRcode.

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Le panier une fois validé permet de connaitre le montant à débiter du compte du coopérateur. Puis permet également de mettre à jour les stocks disponibles dans l’épicerie.

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L’essentiel est fait.

L’interface d’administration permet aux coopérateurs qui gèrent les stocks de bien gérer les commandes. Ainsi que d’avoir une gestion financière et de créer les QRcodes à associés aux produits.

Une telle infrastructure simplifie nettement la gestion des paiements et des stocks. Elle ne nécessite aucun moyen de paiement dans l’épicerie.

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Le compte de chaque coopérateur peut être légèrement en déficit. La coopérative Chez-Emmy permet un solde négatif de CHF 50.-

La vérification du réapprovisionnement du compte et la mise à jour des soldes des coopérateurs se fait automatiquement en important les paiements reçus sur le compte bancaire à l’aide d’un fichier XML au format CAMT 0.54 (norme ISO 20022)

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Par contre cette solution de gestion d’une épicerie participative nécessite un wifi performant dans le magasin. Les bornes wifi de base sont souvent conçues pour une dizaine de personnes en même temps.

La première semaine Chez-Emmy, avec l’engouement de la nouveauté les 40 personnes en même temps sur le même réseau l’on saturé. Il a fallu adapter le wifi en conséquence.

C’est par ici si tu veux en savoir plus sur le système de gestion d’épicerie coopérative participative développé par ecodev pour chez Emmy….

Les Monnaies Locales Complémentaires dans les épiceries participatives

Dans des petites vidéos à propos d’épiceries coopératives participatives, j’ai vu à deux reprises des paiements en MLC, des Monnaies Locales Complémentaires. Normal, un des fondateurs de l’épicerie le Nid est aussi un des principaux artisans de la monnaie locale du Léman.

La monnaie est un de mes sujets favoris ! Je suis devenu un spécialiste de l‘histoire de la monnaie. Je connais aussi très bien les Monnaies Locales Complémentaires et ça ne m’étonne pas du tout d’en voir dans les projets d’épicerie coopératives participatives. C’est un peu le même genre de valeurs qui sont véhiculées. Notamment la relocalisation de l’économie.

leman monnaie

Mais je reste très sceptique sur le réel impact des MLC. Je pense que souvent c’est juste changer la couleur des billets et rien de plus. Le système en place s’est arrangé pour que tous les avantages des monnaies locales soient bridés (notamment le fait de doubler la masse monétaire). Ainsi les projets de MLC sont toujours en tractation avec la FINMA en Suisse pour savoir quel est vraiment leur statuts.

J’ai fait tout un article sur ce feuilleton Monnaie Locale Complémentaire en Suisse. Je te laisse aller voir.

Je pense que l’épicerie coopérative participative est un outil nettement plus efficace pour relocaliser une économie qu’une monnaie locale nantie sur la monnaie officielle.

Mon modèle préféré de système de paiement dans une épicerie passe par un compte dans l’épicerie, ainsi ça complique un peu le paiement en monnaie locale. Notamment comme il n’y a pas de caisse, on ne peut pas accepter les billets. Il faut trouver un autre moyen pour créditer les soldes en monnaie locale.

Mais tout de même il y a une idée à creuser sur le sujet notamment sous forme d’un crédit mutuel entre fournisseurs et la coopérative. Si les fournisseurs sont aussi coopérateur c’est facile, on peut créditer directement leur compte interne pour les payer. On s’approche ainsi du principe de coopérative intégrale.

Le Lémanex est un crédit mutuel entre entreprise. Là c’est nettement plus intéressant comme principe de monnaie locale.

A garder en tête pour voir comment tout ça pourrait s’articuler. Mais pour le moment il faut faire simple.

monnaie minimoi
C’est facile de créer de la monnaie… avec un crédit mutuel on fait tout nous même.

5: Comment trouver des producteurs, des fournisseurs pour une épicerie coopérative participative ?

…. et aussi quelle marges pratiquer, comment éviter de faire concurrence à ses propres fournisseurs ?

Effectivement si on veut vendre des produits.. il faut bien les produire. Il faut des producteurs qui nous les vendent.

courge agriculture biodynamique perceval

Trouver des fournisseurs de produits, bio et locaux de préférence

Dans toutes les régions il existe des producteurs locaux. (Comme un de mes amis…) Ils ne sont pas forcément bien référencé dans un grand registre. Mais souvent les associations paysannes comme AGRIDEA peuvent te renseigner.

C’est justement par ce qu’ils ont reçu beaucoup de demandes qu’ils ont organisé une réunion pour créer du lien entre les acteurs des épiceries coopératives participative.

Comme la plupart des épiceries ont des valeurs qui tendent à vouloir un maximum de produit bio. Une bonne piste pour trouver des fournisseurs c’est de se renseigner chez bio-suisse. Ils ont même une page pour aider les gens à trouver des produits bio près de chez eux.

Le mot "bio" signifie "vie"
Le mot « bio » signifie « vie »

Le site fermebourgeon.ch est un annuaire avec une carte pour trouver des bio dans sa région, mais aussi des restaurants et marchés bio.

Il existe aussi une bourse, plein de petites annonces pour trouver tout ce qu’il faut sur le marché bio en Suisse… mais c’est plutôt pour des animaux et du fourrage ! 🐄 🐐

La manière simple pour démarrer son épicerie coopérative participative, c’est de commander chez un grossistes comme biopartner qui fourni quasiment tout en produits bio. Ça complète bien les produits locaux.

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Attention de ne pas concurrencer ses propres fournisseurs… ou pas..

Une question a été soulevée, à propos de fournisseurs qui vendent leurs produits à un prix de grossiste. Puis ce même producteur impose à ses revendeurs de vendre à un prix donné…. Que faire suivre ou pas suivre cette « recommandation » ?

Le cas d’école, c’était celui d’un vigneron 🍷qui impose une marge de 70% à ses revendeurs, alors que la coopérative pratique habituellement une marge de l’ordre de 25%. Ça fait quand même une grande différence. En fait le vigneron impose son prix sur le marché afin de ne pas se faire concurrencer lui-même, dans son propre magasin !

La conclusion a été que le but de l’épicerie participative, c’est justement de participer par son travail. C’est une forme de paiement en nature. Il est donc normal que la marge soit plus faible. L’idée c’est d’expliquer ceci gentiment au producteur. Si il ne veut pas.. ça ne sert à rien de continuer avec lui.

Dans un modèle d’épicerie fermé aux seuls coopérateurs ceci se défend bien. Par contre dans un modèle ouvert ou des gens qui ne travaillent pas dans l’épicerie peuvent accéder à un produit moins cher que le prix du marché, là ça ne va plus. Voilà la limite.

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Qui est enchainé ? le producteur ou le distributeur ?

Mutualisation des livraisons entre les différentes épiceries ?

Quand une région commence a avoir plusieurs épiceries coopératives participatives, souvent ce sont les mêmes producteurs qui livrent aux épiceries ! 🚴

La question se pose donc de voir si il est possible de mutualiser les livraisons ?

La question n’a pas clairement été tranchée. C’est compliqué. Ça dépend des produits, des stocks, de qui livre, le producteur ou l’épicerie ? Est-ce qu’il y a un grossiste ?

La conclusion a été de dire que la meilleure solution de mutualisation serait peut être un service de livraison indépendant mais qui appartient aux épiceries.… à revoir quand le besoin se fera vraiment sentir. Ça n’avait pas l’air d’être le cas, malgré que la question a été soulevée.

livraison-epicerie-cooperative-participative

Comment gérer les relations avec les autres magasins, notamment les épiceries bio et en vrac.

Quand une épicerie coopérative participative ouvre, les épiceries concurrentes peuvent mal le prendre !

Il y a tout en engouement parallèle de création de petites épiceries bio et/ou locale, et d’épiceries en vrac. Ce sont surtout celle là qui risque d’avoir peur de l’arrivée d’une coopérative qui n’a pas besoin de dégager de salaire !

Il y a aussi des coopératives de paysans qui vendent leur propres produits qui peuvent avoir peur.

La conclusion c’est de bien communiquer, d’expliquer le projet. Peut être de trouver des synergies, une coopérative de paysan va peut être servir de fournisseurs et tout le monde sera content.

Il y a moyen d‘être complémentaire sur des produits. Ne pas proposer exactement la même gamme de produit de soins corporels par exemple. Et il ne faut pas oublier qu’il y a aussi des gens qui ne sont pas intéressés par le côté participatif et vont continuer à aller dans des magasins plus standard.

A Sion le magasin bio La cagette 1971 s’est transformée en coopérative participative Co-é-Sion. Comme quoi le modèle est transformateur…

A Charmey un sondage a été fait pour tester l’intérêt pour une épicerie coopérative participative. Le résultat a été à 177 contre 1 pour le projet.

Dans le mot coopérative, il y a coopérer. Donc ça reste la meilleure chose à faire, avec un dialogue entre les gens.

Silo pour les aliments en vrac
Silo pour les aliments en vrac

6: Quels assortiments de produits avoir dans une épicerie coopérative participative ?

Quand on a une épicerie, il faut bien y vendre des produits ! Mais quoi ? quelle quantité ?

Large palette de produits ou produits spécifiques ?

Est-ce que je dois me concentrer sur une gamme de produits précis ou est-ce que je dois avoir une grande gamme de produits afin d’attirer les gens ?

L’idée de la place de marché est très vieille. C’est avoir dans un même lieu toute l’offre du moment.

Le supermarché à repris ce principe, mais avec une seule caisse.

Dans la vie trépidante des gens de notre temps, il y a peu de gens qui vont prendre le temps d’aller à plusieurs endroits, chez plusieurs commerçants pour faire leurs courses.

L’idée d’avoir une large palette de produits est donc celle a privilégier. Il n’est pas nécessaire d’avoir tout l’assortiment possible. Mais juste l’essentiel.

Comme exemple, l’assortiments de produits disponibles dans l’épicerie chez Emmy est de l’ordre des 400 à 500 produits différents selon la saison.

Pour comparaison avec l’assortiment d’une coop pronto qui est le magasin de plus petite taille de Coop dispose d’environ 10 000 produits!

Le Top Ten des produits les plus vendus à la Coop

Evidemment, en vendant en vrac, on a pas besoin de faire des déclinaisons de taille et d’emballages différents. Ça fait du coup, moins de produits différents !

Voici une liste non exhaustive de types de produits possibles à vendre dans une épicerie coopérative participative:

  • Pain 🥐🥖🍞
  • Fruits, légumes 🍅🥝🍍🍒🍈🍓🍇🍌🍊🍐
  • Produits laitiers 🥛🐄
  • Fruits secs, noix, graines 🌰🥜🐿
  • Produits soja, tofu, lait de soja 🥛
  • Pâtes 🍝
  • Farines 🥞
  • Sucres, miel, confitures 🍯
  • Riz, céréales, légumineuses 🍚 🌾
  • Viandes, 🐟 🍖 🥩 🍣
  • Vinaigres, huiles, sauces, moutardes, oeufs 🥚🍳
  • Épices 🌶
  • Café, thé, chocolat 🍫☕️🍵
  • Boissons alcoolisées 🍺🍾🍷🥃
  • Boissons non alcoolisées 🥤🍹🚰
  • Produits cosmétiques et ménagers 🧖🏻‍♀️
  • Contenants 🛢⚗️

Evidemment chaque cas est différent. Par exemple le Local à Nyon est une épicerie qui veut mettre en avant les produits locaux. Elle ne va donc pas chercher à vendre ce qui vient de plus loin que son district !

Le local est située juste à côté des grandes surfaces. Donc c’est assez proches pour que les gens fassent le détour !

Ainsi dans ce cas, il n’est pas forcément nécessaire d’avoir une large palette de produits. Même si la tendance globale montre le contraire !

L’astuce pour faire venir des clients

L’épicerie de la Brouette à Lausanne a remarqué à ses débuts que les jours où il y a de la vente de pain, l’affluence était plus importante que les jours où il n’y en avait pas !

Ainsi le pain est un aliment qui à lui tout seul fait venir les gens. Il est donc nécessaire d’en avoir (dans ce cas !… ailleurs c’est peut être différent !)

En informatique on appelle ça une Killer app. C’est une application tellement bien qu’a elle seule elle justifie l’utilisation de toute une plateforme. T’achète un iPhone 📱 car ton app préférée n’est que sur iOS..

Le pain est donc la killer app de l’épicerie !

La Brouette s’est donc arrangée pour avoir du pain tous les jours, et ceci en collaboration avec 3 boulangers. C’est aussi pratique pour créer du lien avec les fournisseurs et producteurs de ne pas les mettre en concurrence exclusive mais de proposer leurs produits à tour de rôle.

Ainsi il faut avoir une large game de produits, mais également quelques produits spécifiques qui justifient le fait de venir là plutôt qu’ailleurs.

Il est a préciser que l’épicerie de la Brouette est ouverte à tous, même hors coopérateur. Ainsi ça facilite les gens qui passent là par hasard. Il faut donc des astuces de fidélisation.

Une autre astuce est de fermer 30 min plus tard que les supermarchés alentours ce qui fait venir les gens qui passent à l’improviste.

Equilibre entre l’inclusivité et la « pureté » de l’offre. (Pour plus de détail voir les annexes p41 du manuel des membres de la Louve… pdf)

7: Comment financer la création de son épicerie coopérative participative ?

Pour démarrer, il faut bien avoir quelques fonds. Comment les trouver ?

C’est là qu’on voit en général tout une belle créativité pour présenter son projet dans une vidéo courte, histoire de convaincre des personnes qui voudraient soutenir le projet.

Voici un exemple avec la vidéo du crowdfunding du Local, un épicerie coopérative participative à Nyon.

Le financement participatifs

Plusieurs projets ont été financés par des financements participatifs voici quelques exemples:

Il y a différentes plateformes qui ont été utilisées. Mais il y en a une qui se profile pour être plus spécifique au monde agricole et paysan et donc aussi aux épiceries coopératives participatives. Son concepteur était là lors de la séance organisée par Agridea. Il s’agit de la plateforme de crowdfunding:

yeswefarm.ch

Cette plateforme présente comme avantage le fait d’avoir un haut taux de réussite, car il y a un bon coaching de la part du fondateur. Et personnellement je trouve que les montants sont assez importants en moyenne ! (mais c’est à vérifier)

Dans tous les cas, une campagne de crowdfunding, c’est très long, et c’est juste la formalisation de l’engagement d’un réseau pour un projet. C’est pas là qu’il faut créer son réseau !!

Personnellement, je me demande toujours pourquoi passer par une plateforme pour avoir des dons ? Il ne faut pas oublier que la commission de la plateforme est de l’ordre de 10% !!

Si on a déjà un réseau et quelques compétence en informatique autant faire soi même ! La commission sur un virement est moins chère que de passer par des cartes de crédit en ligne et une plateforme !!

credit bancaire facile
Avec le financement participatif, on a plus besoin des banques et leur crédits

Les dons, les mècènes, les subventions

Quelques épiceries ont reçu des dons, en monnaie ou en nature. Parfois même des mécènes anonymes.

Il y a parfois des aides communales, surtout pour des locaux ou du matériel. Ainsi la coopérative Le Nid a reçu CHF 10 000.- de subvention de la ville de Genève.

Il y a de tout, chaque cas est différent. Maia ça vaut la peine d’avoir en tête que les projets d’épiceries participatives sont souvent bien vu pour des subventions, vu qu’ils sont un tout en un, s’occupant d’alimentation de qualité, de social, d’environnemental, de dynamisation économique locale…

chapeau plein de billets de 1000 CHF

Les parts sociales de la coopérative

Il est quand même fondamental de rappeler que dans toutes coopérative, il y a un achat de part sociale ! C’est normalement la source de financement principale d’une coopérative !

C’est ainsi que la coopérative obtient les liquidités suffisante à son démarrage et ensuite son roulement devrait être assuré par la vente des produits et une marge qui oscille entre 20% et 33% selon les coopératives. (Celles qui sont totalement fermées, et sans salarié me semblent être celles qui ont la marge la plus faible, et donc les produits les moins chers.)

Dans mon étude, j’ai vu des parts sociales s’échelonnant de CHF 50.- à CHF 400.- Le plus courant est de CHF 200.-

En général c’est par ménage, après il y a toute une cuisine pour savoir ce qu’est un ménage, une famille, un couple, des colocataires…

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Parfois j’ai vu en plus une mini-cotisation annuelle. (~20 CHF)

Donc si on compte qu’il faut une centaine de coopérateurs pour démarrer, que chacun paie ~ CHF 200.- C’est donc un montant de CHF 20 000.- qui permet de démarrer.

Personnellement j’aime bien le modèle coopératif. Ainsi je participe aussi à d’autres coopérative, comme la coopérative solaire CoopSol... et la coopérative de carSharing Mobility.

Coopérative solaire Coopsol

On voit là le pouvoir de la mutualisations de ressources qui permet d’avoir des liquidités pour installer une grande infrastructures. Dans les cas ci-dessus, acheter des panneaux solaires et des voitures !
(Il y aussi des projets participatifs pour poser des panneaux solaires comme Autovoltaic par exemple, ce qui réduit des coûts d’installation de 20% à 50%.)

La mutualisation des ressources, le financement participatif, la participation bénévole dans sa propre structure sont des modèles économiques avec un grand potentiel. Ce sont des modèles que Marx ne connaissait pas et donc qui remettent en cause ses théories qui ont organisé la lutte des classes pendant des siècles…

J’ai déjà fait un article il y a quelques années à propos de l’artisanat industriel, du pouvoir révolutionnaire des financements participatifs qui dispensent d’avoir recours au crédit bancaire ou à la bourse pour se construire des outils de production et de distribution.

Ceci a pour conséquence d’autonomiser les gens. C’est une émancipation collective. Je pense que c’est pour ça que tous ces sujets m’intéressent ! 🙂

Jardin sur le toit d'une coopérative d'habitant à Genève.
Jardin sur le toit d’une coopérative d’habitants à Genève. Tout peut se faire en coopérative !

Liste d’épiceries coopératives participatives en Suisse romande

…. La tienne n’est pas dans la liste ? C’est probable… c’est en plein boom.. dur de suivre toutes les épiceries participatives qui ouvrent !

Il suffit d’ajouter son nom dans les commentaires en bas de page et de temps en temps je fais une mise à jour et je l’ajouterai.

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Liste d’épiceries ou de supermarchés coopératifs participatifs un peu partout…

Au fil de mes recherches sur le sujet, j’ai découvert pas mal de projets intéressants. Ça peut toujours servir d‘exemples inspirants.

J’habite en Suisse romande, je veux bien tenir une liste pour cette région. (à voir ci-dessus), mais je ne vais pas faire de liste exhaustive pour le monde entier !!

Voici la carte du réseau informel InterCoops des coopératives participatives:

Pour voir la carte en pleine page….

Mais comment être sur la carte ? .. Je vois que les genevois ont réussi !

Il y a encore un wiki qui regroupe plein d’infos utiles aux épiceries coopératives participatives… c’est une mine d’or sur les différentes pratiques d’organisation, le juridique (français) les outils de paiements, les guerres de religion informatiques :p

Le wiki est complété par un forum pour aller discuter de tout et n’importe quoi autour des supermarchés coopératifs…

Encore une fois, je vois que les sujets les plus commentés sont l’informatique... normal sur un outil informatique il n’y a que les geeks.. mais pour les autres il y a aussi les rencontres en chair et en os...

Encore un peu de documentation à propos des épiceries et supermarchés coopératifs participatifs

C’est toujours intéressant de voir les quelques vidéos qui ont été faites sur certaines épiceries ou supermarchés coopératifs participatifs.

On peut voir comment les gens s’organisent, on peut voir le soins apporté aux locaux, aux étagères. Je vois qu’il y a les éternelles cagettes vertes pliables (ou pas) partout pour les légumes. C’est le standard pour les grandes et petites surface participative ou non !

Dans les nouvelles épiceries je vois de plus en plus souvent des silos à vrac, dans les anciennes un peu plus d’emballage plastique.

J’observe aussi que les étagères sont faites de plus en plus en bois !

J’ai été très impressionné de savoir que dans le petit local de Chez-Emmy, les étagères ont été fabriquées avec 1.7km de latte à tuiles !!!

Le résultat est très beau et astucieux. On a des étagères modulable est esthétique. C’est autre chose que les étagères métalliques avec des crans partout pour être modulable.

étagère en bois épicerie de chez-emmy
étagère en bois de chez-emmy

J’ai l’impression que si l’on prend bien soin de l’ambiance du magasin le sentiment d’appartenance et de communauté va être plus grand. Les gens se sentirons encore plus à la maison et le projet sera d’autant plus réussi !

Il y a d’ailleurs souvent des activités annexes organisées dans les épiceries coopératives participatives. C’est vraiment un moyen de faire du lien social.

Reportage radio RTS sur le Nid…..

Qu’est-ce que ça change vraiment une épicerie coopérative participative ?

J’aimerai ici faire une sorte de conclusion, une synthèse comme j’aime bien les faire. Qu’est-ce que ça change vraiment ce nouveau type d’épiceries voir même de supermarchés coopératifs participatifs ?

Je vois qu’il y a plusieurs types d’intentions derrière cette nouvelle sorte de commerce.

Il y a des gens qui font ça pour faire du bio et ou du local, d’autres pour avoir des produits moins chers, d’autres pour réduire les déchets, pour favoriser le commerce équitable, d’autres encore pour tout ça en même temps !

… et en fait globalement ce genre de commerce va vraiment vers tout ça à la fois !

C’est à dire manger de qualité, et avec une conscience écologique, pour un coût abordable.

Certains sont plus à cheval que d’autres sur la charte des valeurs, plus ou moins « inclusif » ou « pur ». Mais tous tendent vers cet idéal.

J’observe donc un vrai changement dans les consciences qui s’exprime par la création active d’alternatives et pas juste faire signer des pétitions et faire voter des lois. Ce qui prend énormément de temps et n’est pas toujours efficace !

Reprendre son pouvoir créateur, agir dans son cercle d’influence et pas seulement dans son cercle de préoccupation, ça change vraiment les choses!

Est-ce que ce modèle est durable ? Est-ce qu’il peut être dévoyé ?

Comme je le mentionne au début de cet article, si l’on veut du local, bio, inclusif, fourni par une coopérative… en Suisse c’est déjà le cas, le marché est dominé par les deux géants orange que son Coop et Migros

Alors qu’est-ce que ça change les supermarché participatifs ?
Pourquoi vouloir réinventer la roue ?

L’histoire de la coopérative Migros est instructive

Migros a justement été totalement révolutionnaire lors de création à son époque. Le fait que les deux géants de la distribution Suisse soient des coopérative montre que le modèle a quelques chose de viral qui est durable.

Le géant international Carrefour a tenté plusieurs fois de s’implanter en Suisse et n’a pas réussi !

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Mon hypothèse est lié au fait que le modèle coopératif impose que les bénéfices soient réinvesti dans les magasins eux-mêmes. Ainsi il n’y a pas d’actionnaire qui se sert au passage. Il peut donc y avoir directement des prix moins cher pour la même qualité.

Bien que Migros et Coop soient des grandes surfaces atypiques dans le monde et qui favorisent passablement le bio et le fairtrade. Il y a une impression que les valeurs du début ne sont plus là !

J’explique ceci en partie à cause du fait d’avoir rendu totalement anodin le fait d’être coopérateur.

Je suis un des 151 000 coopérateurs de Migros Vaud… mais j’ai pas l’impression d’aller dans MON magasin quand j’y vais. J’ai juste reçu une plaque de chocolat quand j’ai mis mon bulletin de vote dans l’urne de mon magasin pour accepter les comptes. … et j’ai du bien chercher sur un site web pour voir les comptes. Pas d’AG en commun.

cooperative-migros-plaque-de-chocolat-vote-ag-compte

Il n’y a plus de sentiment d’appartenance, on ne peut pas faire communauté avec 150 000 autres personnes !! (et encore ce n’est que Migros Vaud.. il y a les autres coopératives soeurs…)

Ce sentiment d’appartenance à une communauté et même d’être propriétaire de Migros a tellement disparu que Migros a du faire une campagne de publicité massive pour expliquer que c’est vrai… Migros appartient à « tout le monde » !

Ainsi j’en retiens que si l’on veux un modèle durable, un commerce qui garde le même modèle avec le temps, il est nécessaire de conserver un sentiment d’appartenance à une communauté.

En cela le modèle participatif est révolutionnaire !
C’est à mon avis la clé de ce qui fait une épicerie coopérative participative.

Mais comment cultiver cette différence ?

Le modèle participatif est la grande nouveauté qui va changer le commerce de détail

Ce qui change vraiment par rapport aux magasins existants, c‘est le modèle participatif. Le fait que des propriétaires travaillent dans leur magasin. La tâche est collectivisée et c’est toujours en 2 et 3 heures par coopérateur qui suffit à faire tourner la boutique !

Ci-dessus on a parlé de l’arrivée de la coopérative Migros, du fait que cette forme juridique a court-circuité le coût de l’actionnaire. Ainsi les géants orange, malgré leur valeurs à priori plus cher, ne sont pas plus cher.

Quel circuit on peut encore raccourcir de nos jours ? On peut cour-circuiter les salariés !

Les grandes surface tentent de le faire en remplaçant les caissières par des self-chekout. Les clients font le boulot. C’est la mauvaise manière de faire.

selfcheckout-caisse-supermarche-migros

Le modèle participatif va plus loin, on supprime carrément tous les salariés. Chacun est obligé de travailler dans son magasin.on recrée le sentiment d’appartenance, le sentiment de communauté qui a disparu chez Coop et Migros.

Et on peut proposer des produits encore moins cher pour la même qualité !

Les grandes surfaces ne peuvent pas rivaliser ! C’est là la clé de la durabilité du modèle.

Conclusion: comment démarrer son épicerie coopérative participative ?

On a vu énormément de chose dans ce dossier très complet !! Comment résumer tout ça pour en faire une conclusion ?

Je crois que l’idée participative est mûre et qu’elle va prendre de l’ampleur.

Ainsi il y a des épiceries coopératives participatives qui sont lancées avec l’aide financière d’un financement participatif !

Ce sont des valeurs éthiques qui poussent des gens à s’associer, à créer une communauté avec les mêmes valeurs et créer une coopérative participative.

supermarche-en-creation-migros

Les buts d’une épicerie coopérative participative sont variés. Suivant les projets les priorités ne sont pas les mêmes et l’on trouve donc des principes éthiques un peu différents.

Mais globalement toutes les épiceries participatives coopératives tendent vers une nourriture de qualités, à prix abordables, soit en détail des produits:

  • bio
  • locaux
  • moins chers que dans les grandes surfaces
  • avec moins d’emballage (en vrac)
moins-de-dechets-agir-ensemble-epicerie-vrac

Même avec ces ambitions éthique, comme vu plus haut, c’est une mauvaise idée de vouloir jouer au plus pur des purs... Il vaut mieux faire mieux que les autres sans être sectaire et ainsi laisser la liberté aux gens de faire leur compromis eux-mêmes, avec leur propre priorité.

Le modèle participatif est déjà tellement révolutionnaire qu’à lui seul il va changer les choses dans les autres domaines. Ceci surtout pour une question de porte-monnaie.

Je vois qu’il y a des pratiques diverses et variées dans l’ouverture ou non aux clients extérieurs à la coopérative.

Il y a des épiceries réservées aux coopérateurs, comme chez Emmy.

Il y a le modèle ouvert à tous comme c’est le cas avec le Local, dans lequel les coopérateurs ont des rabais plus importants que les passants. (30% en général, 25% pour les amis du local et 20% pour les coopérateurs.)

Mon avis personnel, me pousse à préféré le modèle le plus simple. Avoir 3 types de clients c’est contraignant, c’est 3 types de prix différents, avec 3 types de comptabilité… et c’est aussi avoir une caisse. Ce qui n’est pas nécessaire dans la version réservée aux coopérateurs.

amis facebook Martouf grandes communautés.png
Ma communauté: visualisation des liens entre mes amis facebook.

Avec une version fermée, on crée une véritable communauté. Cette communauté est nécessaire à tenir sur le long terme avec les mêmes valeurs.

De plus, il est plus facile de se faire confiance et c’est ainsi un bon point pour faire une gouvernance partagée. Décentraliser les tâches, faire confiance, ne pas avoir besoin d’un coordinateur salarié qui est submergé et a de-facto plus de pouvoir que les autres.

C’est la communauté qui se gère elle-même. Les gens prennent des décisions au consentement et en cas de blocage on peut voter en dernier recours. C’est une méthode souple, et efficace.

Pour la communication, il est important de ne pas oublier que le contact humain est le meilleur! Même si on a plein d’outil de communication à distance qui sont très pratiques.

Pour tout ces outils informatiques, privilégier les ecosystèmes libres et non prédateurs de données personnelles que sont les outils libres des colibris ou les app collaboratives de framasoft.

Ce sont des outils, simples et efficace. Quand un outil informatique devient une grosse usine à gaz qui formate la manière de faire ça devient dangereux. L’outil doit être au service des gens et pas le contraire. (à méditer, pour moi qui ai une entreprise qui a créé un outil informatique de gestion d’épicerie coopérative participative !!)

centralisation decentralisation distribue reseau
Centraliser, c’est créer des points de surcharge dur à gérer

Si l’outil devient trop gros, c’est souvent que la communauté devient trop grosse. Là il faut se poser la question de savoir si il ne serait pas plus simple de faire un fork comme on dit dans le jargon informatique. En biologie on parlerai de division cellulaire. Small is beautiful

C’est souvent la taille qui demande à créer des outils de gestion, là où un peu de travail manuel suffit dans une petite structure décentralisée.

Penser global et agir local !

Les idées peuvent être à taille universelle, mais les actions locales, adaptées à leur environnement sont meilleures. C’est ainsi que la nature fonctionne.

Voilà donc comment je vois les grandes options pour bien démarrer son épicerie coopérative participative.

J’espère que ça peut être utile à toute personne voulant lancer une épicerie coopérative participative…

Epilogue: vision d’avenir… un monde coopératif participatif ?

Faisons un peu jouer notre image-in-air....
et si l’épicerie s’occupait aussi de la production ?
C’est ce que Migros fait…. non ? …

Et en mode participatif ça donne quoi ? C’est un peu comme certaines AMAP. Les consommateurs participent parfois aux travaux dans les cultures.

verger-epicerie-morges-copil-du-bio-diverger

Il me semble qu‘il y a là un modèle global, on peut imaginer plein de structures de production participatives (surtout pour les produits de base, donc principalement l’alimentation).

Imagine une fabrique de biscuit 🍪 participative ? … On se mets tous ensemble 1 journée par mois pour fabriquer des biscuits ensemble !

L’atelier de fabrication de cosmétique, celui de ramassage et pressage de jus de pommes 🍏 🍎 …

Est-ce qu’il faut que ce soit la même coopérative intégrale qui gère tout ?
Non… pas forcément.

Selon le principe de la gouvernance partagée, on fait tous partie d’une grande entité avec une raison d’être globale, mais ensuite, il y a de nombreux cercles et sous cercles qui s’organisent de façon organique.

Chaque cercle est un holon, un tout est une partie, comme les organes d’un corps. Chaque cercle a une raison d’être alignée sur la raison d’être de l’entité qui le dépasse, qui le transcende. On agit tous ensemble dans la même direction, même sans se coordonner particulièrement.

Est-ce qu’il y a besoin de monnaie ?
Seulement dans les zones limites de la membrane de l’épicerie. Plus elle est autonome, moins il y a besoin de monnaie. Pour autant que la confiance règne, donc il est nécessaire de garder de petites communautés. (agissant en parallèle)

Dans le cas actuel, d’une épicerie coopérative participative, il y a besoin de monnaie extérieure pour payer les fournisseurs. Mais si les fournisseurs sont internes… ?
Il y a probablement une phase/zone de transition dans laquelle on peut utiliser une « monnaie » de type crédit mutuel, soit une simple comptabilité compensatoire entre les personnes pour tout ce qui dépasse les 3h de service normal.

80-ans-credit-mutuel_sans_limite_ni_contraction
Exemple de crédit mutuel entre 3 personnes. La somme des soldes fait toujours 0

En payant un fournisseur avec un potentiel de consommation supplémentaire dans l’épicerie, si il trouve tout ce dont il a besoin il sera intéressé.

On peut même pousser beaucoup plus loin. Est-ce que l’on peut imaginer que l’on produit tellement en abondance, que l’on va donner à chaque coopérateur-trice chaque mois un potentiel de consommation de base.

Si ce potentiel, atteint « ce qui est nécessaire pour vivre« . Voilà, on a créé un Revenu d’existence. Presque un Revenu de Base Inconditionnel… à la seule condition de faire partie de l’organisation, de cette coopérative et de ses règles de fonctionnement, comme travailler 3h par mois.

Cette façon de construire un Revenu de Base permet peut être de rassurer les gens qui pense que ça favorise la paresse… Là il y a des règles….

…. Les règles de la maison. En grec on pourrait dire:
οἶκος, oîkos, eco → « maison »
νόμος, nómos, nomie → « règles »

Ce qui nous donne le mot « économie » pour désigner les règles de la maison.

Voilà, c’était le petit épilogue pour décoloniser ton imaginaire et repenser de nouvelles règles de la maison, une nouvelle économie.

Amuses-toi bien… tout est possible !

Cadre légal de la création monétaire en Suisse

Le 10 juin 2018, nous allons voter sur l’initiative monnaie pleine qui propose une modification du système monétaire en Suisse. (en très bref et pas tout à fait exact, monnaie pleine permet d’avoir accès à de la monnaie électronique qui est reconnue comme « ayant cours légal »… alors que maintenant 90% de la monnaie est une reconnaissance de dettes des banques commerciales… et n’a pas la même qualité. Le détail plus précis en bas de cet article…)

Je vois qu’avant de comprendre la proposition faite par monnaie pleine, il y a déjà quasi personne qui comprend le fonctionnement actuel du système monétaire !!!

Donc ici, je vais tenter de faire comprendre le cadre légal de la monnaie en Suisse.

Voici une explication en mode audio (podcast): Fonctionnement du système monétaire suisse

La monnaie en Suisse selon la constitution

Perso, je pense que le sens de l’art 99 a probablement été changé en ….99 !!  … par rapport à ce qu’il était avant.

Avec la constitution de 1874 on avait un cadre dans lequel la confédération avait, il me semble, beaucoup plus de pouvoir. Autant sur tout le cadre monétaire, qu’aussi sur la BNS.

Voici un extrait de l’art 38:

« 1 La Confédération exerce tous les droits compris dans la régale des monnaies.
2 Elle a seule le droit de battre monnaie. »

L’art 39 est le texte de la votation de 1891 qui donne le monopole des billets de banques à la confédération. Cette dernière « peut » créer une banque pour exercer ce droit. Et c’est ce qui sera fait en 1907 avec la BNS.

Avec la nouvelle constitution de 1999. Maintenant on a:

« 1 La monnaie relève de la compétence de la Confédération; le droit de battre monnaie et celui d’émettre des billets de banque appartiennent exclusivement à la Confédération. »

Donc la compétence de mettre un cadre légal à la monnaie est de la compétence de la confédération. Mais ça n’interdit pas à d’autres de créer de la monnaie, sauf pour les billets de banques où c’est explicitement interdit.

J’ai aussi vu des gens qui interprètent « la monnaie relève de la compétence de la confédération » comme étant limité aux « pièces de monnaie ». Alors est-ce que l’on parle de monnaie au sens général ou de pièce de monnaie ?
Personnellement je le vois au sens général. Car sinon pourquoi repréciser dans la phrase suivante « le droit de battre monnaie…. appartient exclusivement à la Confédération » ?

Le vocabulaire autour de la monnaie est toujours très flou. Voici un lexique pour bien se comprendre..

J’ai l’impression que le texte de 1874 interdisait à d’autres que la confédération d’exercer un droit dans la régale des monnaies… alors que depuis 1999, il y a un flou en ce qui concerne la monnaie scripturale….

frapper la monnaie celtes

Plusieurs types de monnaie

Donc en fait LA monnaie n’existe pas. Il y a plusieurs types de monnaie avec des qualités différentes.

Il y a la « monnaie ayant cours légal » dont la définition est dans la LUMMP.

Soit: les pièces, les billets et les comptes de la BNS. Le reste n’est pas un moyen ayant cours légal.
Voici un article qui décrit ce qu’est le CHF ayant cours légal en détail…

définition CHF initiative monnaie pleine

« le reste » soit la monnaie scripturale des banques commerciales est dans une flou juridique.
Cette monnaie n’a pas de statut légal.

Le conseil fédéral a dit dans l’interpellation 12-3305 que ce sont des « substituts monétaires« .
… et qu’en créer est un business comme un autre garantit par le principe de la libre entreprise inscrit dans la constitution.

« La croissance des substituts monétaires est laissée à la libre appréciation des marchés, conformément à la conception du secteur privé ancré dans la Constitution »

Il faut être une banque pour avoir le droit de créer des substituts monétaires

Mais tout le monde n’a pas le droit de créer de la monnaie par le crédit.

Il faut être une banque, et donc être autorisé par la FINMA pour accepter des dépôts du public et avoir des engagements envers ses clients. (car un dépôt est une dette de la banque envers son client) (Ordonnance sur les banques OB art 5 al 1)

Le boom des Monnaies Locales Complémentaires de ces derniers temps amène la FINMA a être plus stricte avec la création monétaire… et les créateurs du Farinet et du Léman découvrent que le statuts des monnaies locales complémentaires est fragile. Le flou juridique là autour s’éclairci et un cadre légal strict et contraignant émerge.
(et je trouve qu’il est injustifié et disproportionné. Pourquoi ennuyer des gens qui couvrent leur billets à 100% avec du CHF… alors que la FINMA a en 2008 autorisé Crédit Suisse à se « prêter » à lui même CHF 10 milliards !! pour éviter la faillite ! Il me semble y avoir 2 poids et 2 mesures…  )

En 1891, le peuple suisse a voté le monopole des billets de banque pour la confédération. La BNS  a été créée pour ça en 1907.
Avant chaque banque créait ses propres billets de banque.

Puis avec l’évolution technique, la monnaie scripturale a pris le dessus et ainsi la monnaie la plus utilisée de nos jours à plus de 90% ce sont des « substituts monétaires ».

Petit souvenir, un Batz vaudois de 1828, avant que la constitution de 1848 n’interdise aux cantons de créer de la monnaie:

monnaie-batz-vaud

L’Etat est obligé de se financer via les banques commerciales et donc avec des intérêts

Ce qui a aussi favorisé cette évolution et là je trouve que c’est un hold-up. C’est l’art 11. LBN qui interdit à la confédération de se financer par la banque nationale.

Donc c’est une obligation pour l’état de se financer par la création monétaire privée. Par les substituts monétaires des banques commerciales.

Avant cette « doctrine » qui date des années 1970, l’Etat se finançait avec des crédits sans intérêt auprès de sa banque centrale. L’obligation de la couverture or limitait la création monétaire massive.

Mais avec l’abandon de l’étalon or par le USA en 1971 (pour payer la guerre du viet-nam!) la création monétaire est devenue sans limite. Et avec la peur d’avoir ainsi des politiques qui créent de la monnaie à tour de bras sans limite en générant de l’inflation. L’idée a été d’interdir à l’Etat de se financer directement.

Donc actuellement, ce sont les banques commerciales qui parasitent le financement de l’Etat en prenant leur commission au passage. Et les intérêts c’est pas une simple commission, mais c’est une exponentielle. Ça peut mener à payer plusieurs fois le crédit !

Venez jouer au Jeu de la monnaie pour bien comprendre…

Ainsi l’essentiel des dettes publiques est actuellement souvent composé d’intérêt à payer aux banques commerciales. Les dettes publiques seraient nettement moindre avec l’ancien système. Contrairement à une idée répandue, ce n’est pas la mauvaise gestion publiques qui crée l’essentiel des dettes publiques !

Voici une illustration avec la dette publique française comparée avec ou sans intérêt. (j’avoue que je n’ai pas vérifié le calcul moi même)

Dette_evolution_avec_et_sans_interets

Quand on étudie cette histoire, on a pas vraiment donné ce droit aux banques.. Elles se sont arrangées pour l’avoir.. où du moins, en Suisse, c’est sous l’impulsion de Kaspar Viliger que ça a été formalisé..

Et après avoir été président de la confédération, Kaspar Viliger est devenu président du conseil d’administration d’UBS….

Coïncidence ou récompense ??

kaspar_villiger_ubs

Le détail de l’histoire de ce genre d’interdiction en france comme en suisse est décrit ici…

Voilà. J’espère que maintenant le cadre légal monétaire en Suisse est plus clair.

Que propose l’initiative monnaie pleine

Il est donc maintenant temps d’étudier le texte de l’initiative monnaie pleine.

La question sous-jacente qui me semble fondamentale, c’est de savoir:
« Qui est légitime pour créer la monnaie ? »

Cette initiative veut donner le droit exclusif de créer ce que l’on appelle des francs Suisse CHF à la BNS.

Cependant, les banques commerciales seront encore libres de créer leurs propres substituts monétaires. Mais elles devront être plus transparentes. Comme l’est la banque WIR qui crée des WIR.

Donc UBS devra dire qu’elle crée des « francs UBS » et pas des francs… Actuellement lorsque l’on fait un dépôt dans une banque, ce dépôt est transformé en reconnaissance de dette de la banque. La banque inclus votre dépôt dans son bilan.

Cette reconnaissance de dette n’est valable que tant que la banque n’a pas fait faillite. Si une banque fait faillite, il y a actuellement une garantie de dépôt à CHF 100 000.-. Cependant d’où vient l’argent qui permet de rembourser ainsi CHF 100 000.- par compte ? Et bien il vient d’un fond fait par les banques elles-mêmes dans lequel il y a CHF 3 milliards.

Il y a donc CHF 3 milliards de CHF pour garantir CHF 1770 milliards de dépôts…. Ce système ne fonctionne qu’en cas de faillite de petites banques. Mais pas en cas de faillite de grosses banques.

Avec monnaie pleine, « les comptes de trafic de paiement » doivent être hors du bilan de la banque. Ainsi en cas de faillite. Même d’une grosse banque dite « to big to fail«  la monnaie sur les comptes de trafic de paiement ne disparait pas. Car ce n’est pas une reconnaissance de dette. C’est de la vraie monnaie qui a son existence propre: de la monnaie pleine ! (comme les pièces !)

De plus, l’initiative monnaie pleine donne la possibilité de distribuer la nouvelle monnaie crée directement aux citoyens. C’est ce qui est vu parfois comme une base d’un mécanisme de financement du Revenu de Base Inconditionnel. (Le montant n’est pas forcément suffisant pour vivre. Mais c’est un début.)

« Dans le cadre de son mandat légal, elle (la BNS) met en circulation, sans dette, l’argent nouvellement émis, et cela par le biais de la Confédération ou des cantons ou en l’attribuant directement aux citoyens. »

Le Jeu de la monnaie pour comprendre par la pratique

La théorie c’est très compliqué et c’est sujet à interprétation et controverse. Moi j’aime expérimenter.

Le jeu de la monnaie permet en 4x 10 minutes (étalé sur 2h30) de bien comprendre le mécanisme de la monnaie. D’où émerge le principe de la monnaie, comment ça marche et aussi vers quoi on peut aller pour le futur. Ceci au delà des arguments d’autorités et des croyances, juste avec son corps et ses émotions.

Voici la page facebook du jeu de la monnaie pour en savoir plus et trouver ou et quand se déroulent les prochaines parties.

https://www.facebook.com/jeudelamonnaie/

Il est également possible d’organiser des parties soi-même avec ses amis. Voici un kit de démarrage pour organiser un jeu de la monnaie…

jeu de la monnaie

Quelle est la véritable définition du franc suisse

Probablement que tu ne sais pas vraiment ce qu’est le franc suisse !

Même si tu l’utilise régulièrement….

Est-ce que tu sais ce qu’est un moyen de paiement ayant cours légal ?

… est-ce que tu sais que 90% de la monnaie qu’on utilise en suisse, n’est pas un moyen de paiment légal ?

Bon… regarde ma vidéo… tu comprendras mieux cette terrible vérité....   et ainsi tu comprendras pourquoi il y a des gens veulent changer de système monétaire !

La Loi sur l’Unité Monétaire et les moyens de Paiement (LUMMP)nous dit que l’unité de monnaie est le franc et que les moyens de paiement légaux sont :

  • les espèces métalliques émises par la Confédération => les pièces
  • les billets de banque émis par la Banque nationale suisse
  • les avoirs à vue en francs auprès de la Banque nationale suisse => accessibles uniquement pour les institutions financières.

Où est passée la monnaie sur mon compte Postfinance ? UBS ? Crédit Suisse ? Raiffeisen ? Banque Alternative ? Banque cantonale ? etc..

Et bien ce n’est PAS du franc suisse !!!
C’est une dette de la banque envers son client qui est libellée en CHF, qui utilise comme unité le franc suisse.

Techniquement le Conseil fédéral appelle ceci des « substituts monétaires ».
(voir Interpellation 12.3305)

Ce sont des monnaies privées. Un avoir sur un compte à l’UBS n’a pas plus de valeur que des points cumulus de la Migros !

C’est quelque chose de très important à comprendre. Il y a plusieurs types de monnaies, elles sont émises avec des méthodes différentes et ont un statut différent.

La monnaie scripturale des banques commerciales est créée en grande partie par le crédit bancaire, et pour le reste lorsque les banques achètent des biens et services ou payent des salaires.

Il n’existe pas de franc suisse ayant cours légal en monnaie scripturale qui soit accessible au grand public !

C’est pour cette raison que le collectif d’actionnaires de la BNS:  AAA+ a fait une proposiition à l’AG de la BNS en 2016:
« Pour que chaque citoyen suisse qui le demande puisse disposer d’un compte de virement à la BNS ».

… mais cette proposition a été balyée ! Censurée par le conseil de banque qui pense que cette proposition n’est pas de la compétence de l’AG de la BNS.

Ainsi une autre méthode pour réaliser la même chose. Soit avoir une monnaie qui existe vraiment. Une monnaie qui est couverte à 100% par de la monnaie légale. C’est d’accepter l’initiative Monnaie Pleine.

Définition du franc suisse CHF, monnaie pleine

Cet article se trouve aussi sur le site du collectif AAA+ : « Quelle est la définition du franc suisse CHF ?« 

Statut des monnaies complémentaires locales en suisse

Ces temps, on voit fleurir les monnaies locales complémentaires. Surtout depuis le film Demain qui les a présentée à un large public.

Mais quel est vraiment le statut de ces monnaies ?

Il m’est arrivé quelques fois d’avoir des gens qui demandaient « Mais à qui il faut demander pour avoir le droit de créer une monnaie locale ? pour imprimer sa propre monnaie ?« 

J’ai fait quelques recherches et voici des réponses adaptées à la Suisse. (pour la France, voici un guide des Monnaies Locales et Complémentaires)

Depuis la votation de 1891 du même genre que celle de monnaie pleine qui arrivera tout bientôt (mais à propos de la monnaies scripturale). Le peuple suisse a décidé que la confédération a le monopole de l’émission des billets de banques.

(La feuille officielle de 1891)

Art 99 al1 de la constitution suisse:

« le droit de battre monnaie et celui d’émettre des billets de banque appartiennent exclusivement à la Confédération.« 

Avant l’adoption de cet article chaque banque émettait ses propres billets. Depuis 1891, seule la BNS émets des billets de banques

Toute la question est de savoir maintenant ce qui est un billet de banque ?

Pour le moment les monnaies locales complémentaires ne sont pas vues comme une menace, donc tant qu’elles sont marginales on les considères comme des bons d’achats plutôt que comme des monnaies.

C’est ce que rappelle le dossier de la RTS sur le sujet:

https://www.rts.ch/info/economie/7817502-leman-farinet-a-quoi-servent-les-monnaies-locales-.html#story-anchor-Que+dit+la+loi%3F

En effet, il y a de nombreux magasins qui font des bons cadeau… Avec les Monnaies locales et complémentaires, c’est un bon cadeau qui est valable dans quelques magasins (environ 9000 pour les chèques Reka)

Il y a pour 400 millions de CHF de chèques Reka en circulation donc le léman et le Farinet ont encore de la marge avant d’avoir des soucis.

Donc à priori pour se lancer dans la création de monnaie locale, il n’y a besoin d’aucune autorisation. On peut imprimer ses propres billets tant que l’on est pas trop gros.

Il faut aussi dire que vu que la plupart de ces monnaies locales  sont « nanties » sur le CHF, on ne change rien au système monétaire. Donc la BNS ne s’inquiète pas.

Pour ce qui est de la monnaie scripturale, comme le dit le conseil fédéral:

« La croissance des substituts monétaires est laissée à la libre appréciation des marchés, conformément à la conception du secteur privé ancrée dans la Constitution. « 

En bref: c’est un business comme un autre de fabriquer de la monnaie et de tenter de la vendre aux autres….
(mais là à partir d’une certaine taille, il faut avoir une licence bancaire pour respecter quelques règles)

En bref, tant qu’on est pas trop gros, en Suisse on fait ce que l’on veut pour créer des monnaies.

La Suisse n’est pas le pays des banques pour rien !

Monnaie locale « nantie » sur la monnaie officielle

Les monnaies locales complémentaires sont très souvent nanties sur la monnaie officielle CHF ou € (même les deux pour le léman !)

C’est à dire que pour avoir des unités d’une nouvelles monnaie locale les gens convertissent leur monnaie officielle dans la nouvelle monnaie.

Ainsi on double la masse monétaire globale, à partir d’un billet de CHF 10.- on peut avoir un billet de 10 léman..  et l’association du Léman empoche le billet de CHF 10.-

Ainsi, il y a effectivement un doublement de la masse monétaire globale. Ce qui peut être très intéressant pour financer des projets, ça c’est déjà eu vu ans des projets, notamment pour la construction d’une école au Brésil, avec la création de la Banco Palmas.. Les dons récoltés sont converti en monnaie locale avec laquelle on finance tout ce qui est possible, surtout les services. Les travailleurs sont payés en monnaie locale et ils peuvent acheter de quoi vivre dans les commerces locaux.

La confiance en cette nouvelle monnaie est au maximum, sachant qu’elle est adossée aux dons qui existent vraiment dans une monnaie plus internationale.

Pour tout ce qu’il n’est pas possible d’avoir localement, le fond de la récolte de don pour construire l’école est utilisé. Dans une économie globalisée, on a beaucoup de choses qui ne se trouvent que loin de chez soi !

Avec ce principe, en créant une monnaie locale, on voit donc qu’il a été possible de multiplier la masse monétaire et ainsi de de diminuer la rareté de ce qui était le plus rare… la monnaie ! (le reste n’était pas rare.. les travailleurs !)

Mais en Suisse, la plupart des monnaies que je connais pratiquent le « nantissement » et n’utilisent pas la monnaie officielle qui couvre leur monnaie locale.

Où passe cette monnaie ?  Voici la réponse pour la monnaie Léman:

« Les francs « nantis » sont placés sur un compte à la Banque Alternative Suisse, pour être utilisés de manière responsable et en adéquation avec la Charte du Léman. »

Il en va de même avec le Farinet.

La banque alternative est souvent choisie pour faire des placements « responsables », car la BAS a des placements nettement plus éthique que d’autres banques.

Mais c’est un peu un leurre à mon avis. Le fait de placer cette monnaie sur un compte en banque n’assure pas que cet argent soit utilisé !

En effet, c’est un peu la croyance fortement ancrée que le boulot d’une banque commerciale c’est de prêter la monnaie des épargnants aux gens qui demandent des prêts.

Ça c’est le boulot des « banques privées », un type de banques très praticulier dont il n’en reste plus que 6 en suisse. Des banques qui sont en fait des gestionnaire de fortunes, mais qui ne créent pas de monnaie.

Les banques commerciales, Banque Alternative comprise, quand quelqu’un vient demander un crédit chez eux, créent la monnaie à partir de rien pour la mettre sur le compte du demandeur de crédit.

Ainsi il n’y a nullement besoin d’avoir des fonds à prêter pour faire des crédits. L’épargne bancaire classique est une épargne morte. Voir la théorie ici.. Je ne sais pas sur quel type de compte est placé la monnaie des MLC… mais si ce n’est pas un fond de placement, cette monnaie ne sera pas utilisée, juste parquée.

La plupart des Léman (si ce n’est l’intégralité je n’ai pas le détail) sont nantis à partir de liquide, soit de CHF ayant court légal. (si on se limite aux léman CHF et pas €)

On converti un CHF bien réel et plein à 100% (selon le langage monnaie pleine) car c’est un moyen de paiement ayant cours légal selon la Loi sur l’unité monétaire et les moyens de paiements. LUMMP, en une dette d’une banque envers son client.

Donc ici, cette monnaie est morte, elle ne circulera plus… elle est parquée en attendant qu’on la ressorte. Hormis, pour quelques ratio obligatoire (2.5%) et prudentiel (8% de fonds propres), la banque n’a pas besoin d’avoir de la monnaie pour en créer.

Donc il est faux de croire qu’en mettant de la monnaie sur un compte on va aider d’autre gens qui pourront l’utiliser pour des projets. Ça ne change strictement rien.

Si on veut faire des projets, le mieux est de les faire soi-même. Sinon on ne fait que parquer ce magnifique potentiel.

Alors que faire  de cette monnaie officielle qui garanti la monnaie locale ?

Si l’on considère qu’il y a actuellement 100 000.- Léman en circulation… (ce qui est juste dans l’ordre de grandeur)

On peut ainsi estimer que l’on pourrait financer une centrale solaire qui produit 50 000 kWh / an…  (15 ménages) Basé sur les estimations des chiffres de cette coopérative solaire neuchâteloise en recherche de fonds…

A mon avis, une monnaie locale est un excellent moyen de financer la transition énergétique, on sait que c’est rentable sur le long terme (30 ans), mais que ce qu’il manque le plus, c’est toujours des liquidités.

Une installation solaire fourni de l’énergie pendant 30 ans, mais tout doit être acheté d’un coup. Contrairement au pétrole où l’on peut acheter par petite dose….

Ainsi, comme on l’a vu plus haut, la monnaie est un bon moyen de multiplier la monnaie disponible. C’est donc parfait pour avoir les liquidités des projets de transition énergétique.

Conclusion, le but n’est pas d’être parfait du premier coup, sinon on ne fait rien, mais c’est d’être perfectible. (sinon on se fige)

Ainsi, j’admire les initiatives qui ont été faites pour lancer des monnaies locales, mais souvent c’est trop peu, pour vraiment avoir un impact global. Le jeu de la monnaie que j’organise régulièrement nous montre bien ça. Une monnaie locale complémentaire, ne change rien au système monétaire. Par contre elle peut avoir des effets pour aider les gens à consommer local, alternatif…  mais ça ne donne aucun avantage par rapport à choisir de consommer local, mais en monnaie officielle !

Donc voilà, je lance quelques pistes pour aider à améliorer ces projets qui ont déjà le mérite d’exister 🙂

Ajout de novembre 2017: la FINMA veut contrôler les Monnaies Locales Complémentaires

La FINMA, l’autorité de surveillance des banques, n’aime pas du tout l’émergence de nombreuses monnaies locales. Notamment en suisse romande en 2017, ça pousse comme des champignons, après le Léman, le Farinet, nous avons l’épi, la perle, la Grue et peut être le Tzablé… et du côté de Bâle, le NetzBon

Ainsi au fil des mois la FINMA semble avoir affiné sa stratégie pour contrôler les monnaies locales complémentaires. La constitution interdit de créer des billets de banque, donc les MLC créent des « bons d’achats » comme tous les magasins ! … mais comme le potentiel est trop subversif…   la FINMA et son patron, l’ex cadre d’UBS, le britannique Mark Branson, cherche à contrôler les Monnaies Locales Complémentaires pour que rien ne change au niveau monétaire en Suisse.

L’angle d’attaque de la FINMA est de considérer que les Monnaies Locales Complémentaires :

  • sont des intermédiaires financiers sans autorisation => et donc il faut obtenir l’autorisation de la FINMA en étant soumise à son contrôle ou dans le cas précis à son contrôle indirect via un OAR, un Organisme d’autorégulation.
  • acceptent des dépôts du publics sans autorisation. => donc il faut obtenir une autorisation soit en étant une banque, ce qui n’est pas adapté à ce type de structure, soit en obtenant une garantie de défaillance par une banque. Ou encore en utilisant le principe du « bac à sable«  qui vient d’être assoupli le 1er septembre 2017 pour permettre d’accepter les dépôts du publics sous forme de compte d’exécution limité à un maximum de 1 million de CHF. (contrairement à CHF 3000.- comme c’était le cas jusqu’au 1er septembre 2017)

L’exemple du Farinet

Ainsi voici par exemple, la lettre que la FINMA a envoyée au Farinet, la FINMA prétend que le Farinet est un « intermédiaire financier » LBA, art2, al3 (et à titre professionnel car l’OBA art 7, al b, dit que si on accepte des dépôts d’au moins 20 personnes on devient professionnel, et que toute dette est un dépôt (OBA art 5 al 1), et que le Farinet fait des dépôts car il fait une « promesse de remboursement de Farinet en CHF« .

De ce que je vois dans les FAQ, la conversion de Farinet en CHF est réservée aux prestataires (avec une pénalité de 5%). Et de ce que je vois dans la charte, c’est que toute personne peut le faire avec toujours une pénalité de 5% ? Alors qu’en est-il vraiment ? Si la convertibilité n’est pas assurée, il me semble qu’il n’y a pas de promesse faite et donc pas de dépôt et donc pas de statuts d’intermédiaire financier ! non ?

Donc la FINMA, à ce titre invoque la loi sur le Blanchiment d’argent (et le financement du terrorisme !! 😛 ) pour tenter d’obliger le Farinet à s’affilier à un OAR, un Organisme d’autorégulation. C’est un organisme de contrôle reconnu par la FINMA pour vérifier qu’il n’y a pas de blanchiment d’argent..

Puis comme une Monnaie Locale Complémentaire n’ayant pas une structure de type bancaire, il y a deux options proposées pour « légaliser » le Farinet:

  • Remplir les conditions de l’art. 5 al. 3 lit. f OB en obtenant une garantie de défaillance pour le montant des Farinets en circulation; ou
  • Remplir l’exception Sandbox et informer tous les utilisateurs individuellement que l’Association n’est pas surveillée par la FINMA et que leurs dépôts ne sont pas couverts par la garantie des dépôts.

L’exception « Sandbox » est une nouveauté de 2017, pour faire de la suisse la « silicon valley des Fintech« .

La suisse paradis des FinTechs

Le monde financier est toujours en pleine évolution. Au delà des grosses banques traditionnelles, c’est maintenant les FinTechs qui ont le vent en poupe. Ce sont des startups qui cherchent de nouvelles manières de proposer des services financiers. Les services les plus connus sont cryptomonnaies ou les plateformes de crowdfunding.

Le gouvernement suisse a agit très vite en été 2017 pour mettre en place par voie d’ordonnance un nouveau cadre légal qui permet de tester des nouveaux modèles économiques et financier rapidement. Ce modèle s’appelle le « bac à sable« . Il est entré en vigueur le 1er septembre 2017.

Un second volet pour la création d’une licence bancaire light est également en cours de création, mais comme il faut modifier des lois, ça change plus vite.

Le principe du bac à sable, c’est de permettre à des sociétés non bancaires d’accepter des dépôts du public sous certaines conditions. Auparavant il y avait juste la possibilité d’avoir un compte d’exécution qui pouvait héberger une somme de maximum CHF 3000.- pendant maximum 7 jours. Ce qui permet à peine de faire une plateforme qui permet d’acheter des bitcoin par exemple. Mais au vue du succès du bitcoin et d’autres cryptomonnaie, la limite a été poussée à CHF 1 million ! … et 60 jours !

Le délai rallongé à 60 jours permet par exemple à une plateforme de crowdfunding de garder les fonds pendant ce temps alors que 7 jours était trop court. (le délai de 60 jours ne concerne pas les négociants en valeur mobilières)

Ainsi les Monnaies Locales Complémentaires ont maintenant tout intérêt à se déclarer FinTech pour être avoir ainsi le droit d’accepter des dépôts du public sans être des banques, avec une limite à CHF 1 million. Il y a de la marge. Actuellement une monnaie complémentaire comme le REKA a une masse monétaire proche des CHF 400 millions et son record a été proche de CHF 500 millions.

L’application de ce « bac à sable » nécessite d’indiquer à chaque personne qui achète de la monnaie complémentaire que le son dépôt n’est pas garanti par la garantie de dépôt de la FINMA (Qui garanti les comptes jusqu’à CHF 100 000.- avec un fond de CHF 3 milliards géré par l’association de banque esisuisse. Sachant qu’il y a ~1600 milliards en dépôt dans les banques en suisse) Ainsi que la structure qui gère la monnaie locale n’est pas surveillée par la FINMA. (Heu.. et si il faut un OAR c’est quand même un peu surveillé non ? Mais seulement pour savoir si la MLC ne sert pas à financer des terroristes c’est ça ?)

Donc j’ai cru comprendre que c’est ce qu’a fait le Léman, se considéré comme FinTech qui suit le principe du bac à sable.

Impossibilité d’investir la garantie de la monnaie locale

Dans ma vision des Monnaies Locales Complémentaires, je vois un énorme avantage à pouvoir doubler la masse monétaire, soit à partir d’un CHF, obtenir une nouvelle unité dans une monnaie locale tout en gardant le CHF. Je parlais d’utiliser ce principe pour installer du photovoltaïque. Ainsi la monnaie est garantie non pas par un fond dans une banque, mais par du concret, et qui plus est quelque chose d’utile, une installation qui fourni un rendement en électricité !

Dans le principe du « bac à sable ». Je vois qu’il y a l’art 6, al2, let b de l’OB qui dit: « s’il n’investit ni ne rémunère ces dépôts ».

Donc je comprend de là, et de l’explication de la rédaction de cette ordonnance. Que la garantie du dépôt, le nantissement de la monnaie locale doit être accessible en tout temps de façon liquide. (et sur un compte dédié et pas un compte courant de l’organisation)  Je comprend donc que mon idée d’utiliser le nantissement pour financer un vrai revenu en électricité est compromis avec cette technique !

Donc ici, on m’interdit de couvrir ma monnaie avec quelque chose de réel et mon recommande de mettre ma monnaie réelle (ayant cours légal et garanti à 100% si c’est des billets de CHF) sur un compte bancaire qui donc n’est qu’une promesse de la banque en question de me la rendre. Sachant que cette monnaie de la banque commerciale n’est couverte qu’à 2.5% !

Donc on me refuse ma garantie physique et réelle de ma monnaie pour que je la couvre avec une monnaie de singe qui n’est couverte qu’à 2.5% …. (et que jusqu’à CHF 100 000.- alors que autant le Léman que le Farinet ont une masse monétaire de plus de CHF 100 000.-)

Cohérence de la FINMA ?

Pourquoi la FINMA veut contrôler les Monnaies Locales Complémentaires ?

La FINMA est l’autorité de surveillance des banques. Elle doit donc s’assurer que le système bancaire fonctionne et que les clients soient protégés en cas de faillite bancaires.

Or je constate, que ce n’est pas vraiment ce qu’il se passe. Comme je le dis ci-dessus. Les MLC ont fait, jusqu’à présent l’effort d’être couverte à 100%…  et là on veut en fait les obliger à se couvrir avec de la monnaie scripturale des banques commerciales qui est de qualité nettement moindre !

Donc c’est soi le bac à sable qui impose sa loi sur la manière de gérer la garantie, soit c’est obtenir une garantie de défaillance d’une banque. Ce qui en gros revient au même. On veut couvrir une monnaie de qualité avec une de qualité moindre.

En cas de faillite d’une banque en Suisse, il y a plusieurs scénarios, soit la banque est petite et le fond de CHF 3 milliards géré par esisuisse, (extensible à 6 milliards) suffit à garantir les comptes jusqu’à CHF 100 000.- .

Soit la faillite est trop grosse, comme pour les banques  « too big to fail« , comme UBS, et Crédit Suisse..  et là on utilises des moyens différents. Comme en 1998 quand UBS et SBS ont fusionné pour masquer une faillite, ou en 2008 où UBS a été sauvé par la confédération via la BNS et son StabFund.

Mais il y a mieux encore, c’est par exemple pour le sauvetage de Crédit Suisse en 2008 où la FINMA a encouragé une opération de portage. Ce qui revient à dire que le Crédit suisse s’est prêté à lui même via le Qatar CHF 10 milliards pour éviter la faillite !

Donc finalement ce que je retiens c’est que tout est fait pour mettre des bâtons des la roues des gens qui font des trucs bien et que si une faillite gigantesque arrive, il y a toujours moyen pour magouiller.

Donc si un jour le Farinet subit un « bankrun« , soit un vent de panique qui fait que toutes les personnes qui ont des Farinets veulent les convertir en CHF, tout se passe bien ! Car jusqu’ici la totalité des Farinets sont couverts par des CHF. Est-ce que les grosses banques suisses peuvent en dire pareil ? Non !

Et si le Farinet décide de réduire sa couverture et d’investir dans du concret. C’est encore mieux !

Et même si le Farinet n’est plus couvert à 100%, alors en cas de « faillite » je proposerai que l’association du Farinet se prête à lui même le nombre de Farinet manquants. Ça résoudra le problème. Vu que ça a été fait pour le crédit suisse avec CHF 10 milliards pourquoi est-ce que ça ne pourrait pas être fait aussi avec une Monnaie Locale Complémentaire ?

Que répondrait la FINMA dans ce cas ? Si elle refuse c’est qu’il y a plusieurs poids de mesure et ça confirme que la FINMA n’est pas une autorité de surveillance des banques mais une cooptation de banquiers qui protègent leur intérêts….

A méditer.

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