Dossier: histoire de la monnaie et des systèmes économiques

Intention

Ce dossier va nous faire voyager au travers d'au moins 5000 ans d'histoire de l'humanité.

Nous allons survoler ici les différents systèmes économiques que les humains ont utilisés pour "faire société". (La "monnaie" n'étant qu'un "système économique" parmi d'autres. On y reviendra.)

Le but de ce document n'est pas d'être exhaustif sur les systèmes utilisés à une époque ou une autre. Mais plutôt de faire émerger les points saillants, les grandes tendances, les paramètres récurrents et leurs conséquences.

Ce document a pour but de monter la dynamique des systèmes économiques au travers de l'Histoire et de pouvoir en tirer des leçons.

Ces enseignements pourront servir à créer un système économique adapté à notre époque au service des humains et du vivant.

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Résumé

Après le « don dans une communauté de confiance » les humains s’organisent en états agraires sous forme de "maisonnée" (oikos en grec) (Notamment à Sumer et en Égypte). L’écriture y est inventée comme moyen de comptabilité pour le contrôle et la distribution de la production. Cette écriture permet de créer de la «monnaie scripturale » soit des reconnaissances de dettes entre individus.  On y retrouve déjà le prêt à intérêt, parfois l’esclavage pour dette et la notion de «jubilé», l’annulation de toutes les dettes.
Ces états agraires utilisent des unités de comptes sous forme de métaux, étoffes, céréales (aussi bière, et pains) et des huiles, reliées par un barème. Les moyens de paiement sont divers et variés.

Le grand chamboulement est l’arrivée des pièces de monnaie qui permet à une élite de vivre sur le dos des autres en imposant son jeton par l’impôt. Ce système a plusieurs effets secondaires : la création de l’économie de marché, l’amélioration perpétuelle de la technique au service de la guerre, la course à la croissance et l’expansionnisme jusqu’à créer des grands empires.

Après l’effondrement de ces derniers, comme l’empire romain, on retrouve un système économique basé sur des unités des comptes (anciennes monnaies romaines) et des moyens de paiement variés. Le bâton de comptage est également un système très utilisé pour enregistrer des dettes. Il est très méconnu de nos jours et pourtant officiel jusqu’en 2016 en France !

Au Moyen Âge se développe la finance. Venise invente les bons du trésor pour financer à l’avance des conquêtes et des colonisations. Les exemples des croisades et de la conquête des Amériques nous montrent que la dette à plusieurs niveaux est un puissant moteur de mise en esclavage de peuples entiers.

L’arrivée du protestantisme va permettre d’autoriser le développement du système bancaire. C’est la naissance des banques centrales. Des banques généralement créées par un accord issu d’une relation de dette entre des monarques et des marchands. Au fil du temps ces organismes obtiennent le monopole d’émission de billet de banque.

Puis c’est la révolution industrielle qui voit se développer une nouvelle forme de banque, la banque commerciale qui fait des crédits. Ce genre de banque est nécessaire pour développer l’industrie lourde comme le chemin de fer par exemple.

De nos jours, à l’ère de l’information, ce sont les cryptomonnaies qui commencent à émerger. Ça paraît neuf, car le média est récent, mais le code monétaire est très semblable à ce qui se faisait déjà 2700 ans plus tôt mais dans un contexte différent.

Au passage nous observerons différentes expériences de code monétaires différents, le crédit mutuel, la monnaie fondante, le chartalisme, les Monnaies Locales Complémentaires, les monnaies de guerre utiles pour gagner une révolution mais catastrophiques sur le long terme.

Glossaire autour de la "monnaie"

Les mots sont des boutons pour accéder à des idées. Mais parfois le câblage entre le bouton et l’idée change d’une personne à une autre !

Pour être au clair sur le vocabulaire utilisé ici, un glossaire sur les termes liés à la monnaie a été dressé. Ainsi le jargon autour de la monnaie n'aura plus de secrets pour toi.... peut être que tu peux aller y jeter un oeil pour connaitre la différence entre ce que j'appelle "la monnaie" et c'est qu'est un "système économiques".

Chronologie des systèmes économiques

Afin d'avoir une vision globale des systèmes économiques utilisés dans le temps, voici une chronologie de l'invention des principaux systèmes connus et de faits marquants l'histoire de ceux-ci.

Cette vision globale de la chronologie sera ensuite complétée dans ce document par une description plus détaillée des systèmes économiques. Nous détaillerons aussi les facteurs dynamiques qui ont fait émerger ou disparaitre l'un ou l'autre des systèmes à un moment donné.

Cette chronologie marque surtout les inventions de systèmes et apparitions de comportements. Mais rarement leur fin. Car contrairement à une idée répandue, quand on parle de faire une "transition" d'un système à un autre, l'ancien système disparait rarement, il devient juste moins (ou plus du tout) dominant. Ainsi on ne fait qu'empiler des systèmes les uns sur les autres, on les utilise en parallèle.

Donc nous voilà dans des temps reculés immémoriaux. Les humains apparaissent. Ils ont des besoins et des envies. Ils sont entourés de ressources. Comment est-ce que les humains s'organisent pour gérer leurs ressources dans leur communauté ?

C'est là que commence la chronologie des "systèmes économiques" (= règles de la maison)

  • Le "don dans une communauté de confiance" semble le système qui émerge naturellement chez les humains pour organiser leur économie. On donne aux autres, à la communauté quand on a, et on reçoit des autres de la communauté.
    Ce système est toujours très largement utilisé avec sa famille et ses amis.
  • Quand la communauté grandit et que la confiance diminue, on mémorise les transferts, notamment par l'écriture ou d'autres moyens comme les encoches sur bâton de comptage ou jeton d'argile, ainsi que des nœuds sur des cordes (quipu). (SETE, Système d'Enregistrement des Transferts Economiques)
  • ~4100–3300 av. J.-C. Durant la Période d'Uruk en Mésopotamie se développe un système de comptabilité sophistiqué. Depuis plusieurs millénaires il existe déjà des "figurines jetons de comptage" et des sceaux simples pour cacheter des récipients. A cette période l'organisation de la société se complexifie et s'étend. Un nouvel outil de comptabilité est créé, la bulle enveloppe de calculi scellée par un sceau-cylindre.
    Les calculi sont des figurines d'argile normalisées symbolisant des quantités de marchandise. Pour éviter une falsification de la comptabilité, et/ou sécuriser un transport de marchandises, on enferme les calculi dans une enveloppe d'argile cachetée.
  • Vers -3000: Fin de la période Uruk: Les cités-États sumériennes sont organisées selon une organisation domaniale autour de la "maisonnée" (É en sumérien) (équivalent de l'oikos grec) Il y a une élite sociale qui gouverne des maisonnées (les temples en sont aussi) et qui organise une administration de production, de stockage et de redistribution de la production vers le reste de la population qui participe à tout ce système. Le terme "d'économie palatiale" est aussi utilisé en référence au palais de Cnossos au centre du système économique minoen.
  • Vers – 3300 l'écriture sur tablette d'argile apparait à Sumer (Suse) et remplace les calculis pour la comptabilité. (On préfère dessiner les calculi en 2D que de les façonner en 3D) (on trouve aussi des tablettes d'argile pour la comptabilité chez les Minoens. )
  • Les "employés" sumériens sont "payés" par des distributions de rations de nourriture, surtout des rations de céréales. (ou de céréales transformées en bière...)
    Voici un document qui dresse une liste de traduction de dizaines de tablettes shubati (qui signifie "reçu"). De nombreux responsables administratifs viennent dans les entrepôts des temples chercher des rations pour leur équipe.
Tablette enregistrant l'allocation de bière vers -3100 à Uruk.
  • Vers -2900 à Sumer Le concept de l'enveloppe d'argile utilisée dans les "bulle enveloppe de calculi" est conservé pour sécuriser les tablettes d'argile. Il est ainsi possible de sécuriser des contrats. Ce qui ouvre d'énormes possibilités, notamment la monnaie scripturale.
  • Il est souvent évoqué dans les médias que les sumériens avaient un "salaire en bière". Mais il n'est pas certain que le paiement d'un salaire se fasse toujours en nature. Un "employé" peut très bien recevoir un contrat enveloppe d'argile qui lui permet d'obtenir plus tard d'autres biens équivalents au même montant. Ainsi le grain de céréale devient une unité de compte.
  • ~ -2500 en Égypte. Contrat d'achat d'une maison à Giza pour un prix de 10 shât. (stèle borne JE 42787) On sait ainsi qu'il existe une unité de mesure de moyen de paiement. Ces moyens de paiements sont très divers, la maison est payée avec 2 tissus valant chacun 3 shât et un lit valant 4 shât. C'est une monnaie scripturale qui peut être payée en nature ou non. [A. Testart aux origines de la monnaie, 2001] Plus tard le deben supplante le shât comme unité de poids.
  • ~ -2500 chez les Sumériens, il était courant de voir des administrateurs et riches consentir aux paysans en difficultés financières des prêts garantis par un nantissement. (grain, moutons, chèvres, meubles, champs maison, membres de la famille... et emprunteur lui-même) Ainsi il n'est pas rare de voir de nombreux paysans se retrouver en esclavage pour dette (Péonage) chez leur créancier suite à une mauvaise récolte. (contrairement à l'Égypte où l'esclavage privé n'existait pas ! Probablement de par le fait que l'État était propriétaire des moyens de production et employeur principal dans une société très hiérarchisée. On utilise le terme d'"économie palatiale" depuis l'étude du palais de Knossos et du système économique minoen.)
  • -2450 le Roi sumérien de Lagash, En-metena crée la première libération de dette connue de l’histoire. [amargi] = libération C'est l’équivalent du jubilé dont on parle dans la Bible (Lévitique 25.8-22) Les esclaves pour dette (les péons) peuvent retourner dans leur famille. (dans la Bible il est dit "clan")
  • - 2300 Plus ancienne trace de contrat sumérien mentionnant une unité de compte en sicle (shekel) d'argent. Il y a 2 unités de compte de base en Mésopotamie: l'argent et le grain d'orge.
    L'argent se compte en unité de poids: le grain ŠE, le sicle GÍN (qui signifie "peser") ou la mine MA.NA. (qui signifie "compter")
    L'orge se compte en unité de volume: le SILÀ ou le GUR
  • ~ -2000 en Egypte. Pendant le moyen empire (-2033 à -1786) Le Deben est une unité de mesure de poids. Il existe des pierres polies servant d'étalon de poids, garantie avec le cartouche de Pharaon gravé dessus.
    1 deben ≈ 91g (1 deben d'or = 12 shât → 1 shât = 7.6g)
    Cette unité de poids est utilisée pour mesurer la quantité de 4 types de marchandises faisant aussi office d'unité de mesure de moyen de paiement:
    - des métaux (or, argent, cuivre)
    - des étoffe (lin)
    - des céréales (orge, blé amidonnier, pains, bière)
    - de l'huile
    Chaque type a ses propres subdivisions. Il y a un barème d'équivalence de valeur entre les différents produits. On a ainsi un système global et souple d'évaluation de valeur d'un objet ou d'un contrat.
    Les rémunérations sont faites en nature ou par virement de monnaie scripturale. Ceci est prouvé par des papyrus (Reisner 1 et Berlin 10005) qui dans les extrêmes nous montrent des salaires de 21kg de pain par jour par personne ou 1/18 de pain par personne par jour. Ce qui n'a aucun sens en nature. Mais oui en monnaie scripturale !
  • - 1750 le code d'Hammurabi règlemente la vie à Babylone. On y apprend notamment les salaires minimaux de quelques professions (noté en unité de compte de poids d'argent et/ou de volume de grain), les limites de l'application d'intérêt, et aussi que le péonage, l'esclavage pour dette est limité à 3 ans.
  • - 1600 sous la dynastie Shang en Chine (-1600 à -1046) et la dynastie Zhou (-800 à -300), en plus des céréales et des tissus, les cauris sont utilisés comme monnaie, ou du moins comme unité de compte. Les cauris sont de petits coquillages qu'on trouve dans l'océan indien, particulièrement aux Maldives. Les marchands arabes les ont répandus en Afrique depuis le Xème siècle. (et il parait que c'est toujours occasionnellement utilisé ?)
  • ~ -1500 pendant le nouvel empire en Égypte. (-1500 à -1000), le deben est réévalué en référence aux unités utilisées à Babylone.
    1 deben d'argent = 1/2 deben d'or.
    (Deben signifie "anneau" ce qui fait penser à certains auteurs que ce sont des monnaies "jeton valeur" anneau. Mais on n'a jamais trouvé de tels anneaux. Il est nettement plus probable que le deben n'est qu'une unité de compte. )
  • ~ Basse époque égyptienne (-750 à -332) bien que les échanges courants se fassent en monnaie céréales (grain), des lingots de métaux commencent à circuler pour le commerce international. Les temples se chargent de garantir la pureté des lingots. (Temples: Harsaphès à Thèbes et de Ptah à Memphis.)
  • La version de "l'histoire de la monnaie" qu'on trouve dans les manuels d'économie commence souvent ici sans parler des systèmes économiques précédents. En substance le discours est "Tout commence avec le Troc, mais comme ça ne marche pas bien, on s'est mis à utiliser de la monnaie". La Banque Nationale Suisse a fait tout une communication illustrée sur ce thème. Cette version de l'histoire est controversée par les anthropologues qui cherchent encore la civilisation dans laquelle le troc a pu faire système. Le don dans une communauté est plus efficace et simple et existe encore. Le troc n'existe marginalement que lors d'échanges entre des gens qui ne se font pas confiance. (des étrangers, des ennemis, etc..) Le troc vu par les économistes est surtout un mythe fondateur pour émanciper "l'économie marchande" comme discipline à part entière. [Servet 2001]
banque nationale suisse tout commence avec le troc
La brochure de la BNS nous dit que "Tous commence avec le troc" => faux!
  • Vers -700 à -600 apparition simultanée de monnaie métallique en Grèce (frappée), en Inde (poinçonnée), en Chine (coulée).
  • Vers – 700 en Chine, les premières pièces de monnaie métallique apparaissent. (錢 en chinois) (mais en forme de bèche 布幣 et médaille... Ce n'est qu'en -350 que les pièces rondes apparaissent.)
    (Avant il existe aussi de nombreuses formes de monnaie similaires, mais sous forme de couteaux, de haches, de coquillages cauris, de carapaces de tortues, etc…)
  • Vers -600 en Lydie (Turquie actuelle, mais civilisation grecque à l’époque) la monnaie métallique apparait. L’exemple le plus connu, c’est le roi Crésus qui frappait des pièces de monnaie avec de l’alliage électrum trouvé dans la rivière Pactole.
  • Vers – 600 av. J.-C, en Grèce, apparaissent les marchés. (et donc l'économie de marché) → Ce qui s’explique par la création de la monnaie et de l’impôt qui impose l’utilisation de la monnaie. Le gens ont besoin de vendre pour gagner de la monnaie afin de payer les impôts.
  • Vers - 600 av J.C Les Étrusques utilisent des blocs de bronze brut comme unité de compte. C'est l'æs rude (bronze brut coulé). Ces blocs sont utilisés comme réserve de valeur et produits par qui veut.
  • -525 l'Empire Perse achéménides prend le contrôle de l'Égypte. Il utilise le principe des pièces de monnaie que l'Égypte n'a pas.
  • - 480 Au moins Cent cités grecques qui frappent de la monnaie, alors que les grandes nations commerçantes de la méditerranées (les Phéniciens) n'utilisent pas les pièces. (p.493 Dette 5000 ans d'Histoire)
  • - 450 Les temples bouddhistes inventent un nouveau type d’offrande divine.
    → La donation perpétuelle
    → Une personne fait don d’une richesse et le temple vit des intérêts de ce don (~15%). Sans jamais toucher au principal.
  • - 413: 10 000 esclaves s'échappent des mines d’argent du Laurion en Grèce. On estime qu’il y en avait 20 000 selon Thucydide, dans Histoire de la guerre du Péloponnèse, VII, 27. Ça montre l'ampleur du système: frappe de monnaie + impôt + esclave.
  • Vers - 400 Les Romains s'inspirent des æs rude étrusques pour normaliser ces lingots de bronze et les créer de façon centralisée. C'est l'æs signatum. Le moule représente souvent un bœuf. Marque qui montre que l'unité de compte traditionnel était la tête de bétail. Ici elle se transpose dans un bloc de bronze. Cette nouvelle unité de compte, l'As, était utilisée par les censeurs pour recenser la population romaine, mais aussi pour les condamnations à des "peines pécuniaires". Ce mot vient de "pecus", le bétail. Tandis que le mot "capital" vient de la tête (de bétail). (et le "cheptel" est un contrat de garde de bêtes qui donne droit à une production sans toucher au "capital" donc aux têtes de bétail.) Au Vème siècle un bœuf représentait 1000 AS et un mouton 10 AS.
  • - 331 Alexandre le Grand conquiert l'Égypte. Après les Perses, c'est le 2ème empire qui impose ses pièces de monnaie en Égypte. Ceci achève l'ancien système de monnaie scripturale.
  • -331 Alexandre le Grand conquiert Babylone et amène les pièces de monnaie en Mésopotamie, ce qui fait également disparaitre l'ancien système.
  • -362 L'auteur grec Xénophon publie son livre L’Économique « L'art et la manière de bien gérer un grand domaine agricole ». Un Oikos étant une "maisonnée", un ensemble de biens et d'humains (esclaves compris) rattaché à un lieu d'habitation et de production.
    → le mot "éco-nomie" a pour origine  οἶκος, oîkos → maison(née) et νόμος, nómos → "loi", "règles".
    le mot "éco-nomie" signifie donc "les règles de la maison".
  • - 289 L'Æs grave remplace l'æs signatum. On normalise encore plus les lingots de bronze. Les têtes de bétails disparaissent au profit de la double tête de Janus. On coule des pièces rondes avec un poids précis d'une livre romaine (324g)
  • -269 av. J.-C un atelier monétaire est créé à Rome sur la colline du Capitole à côté du temple de la déesse Junon Moneta. → C’est là l’origine du mot « Monnaie » . On y frappait des "Deniers" (denarius), une pièce en argent.
colline du capitole rome temple junon moneta
baton de comptage tallystick noisettier
  • Xème siècle (et suivants..) Chez les Iroquois, il y a un système de répartition de la production. C’est une maison longue, qui est une sorte d'immeuble collectif mais aussi entrepôt. Tout ce qui est produit en surplus est déposé là.
    → les femmes se chargent de répartir les biens. (ref: Ralph Hawtrey (1935, p. 2-3, cité in Einzig 1949, p. 375))
  • XIIème siècle dans le monde musulman: Les riches marchands mettent en banque leur fortune et achète tout à crédit à l’aide de reconnaissances de dettes tirables à la banque indiquée. → Sakk → d’où vient le mot « chèque ».
  • XIIème siècle. Les ordres religieux et militaires (templiers, hospitaliers, teutoniques, calatrava, alcantara, santiago, aviz...) couvrent la route des pèlerinages d'un réseau de prieurés. Les voyageurs, pèlerins puis commerçants peuvent y déposer du numéraire et font valoir auprès des autres prieurés leurs reçus ou lettres de change. Ce système contribue à la prospérité des Templiers et conduit à leur dissolution (et massacre) en 1312.
  • XIIème siècle à Venise. Invention des bons municipaux pour financer la guerre → C’est un emprunt obligatoire en avance de l’Etat sur ses citoyens (comme un impôt en avance) qui est rémunéré à 5%. C'est l'ancêtre des "bons du trésor", "dette d'État". Les citoyens vénitiens détiennent des titres mais sans échéance. Ainsi personne ne sait s'ils seront vraiment remboursés et tout un marché spéculatif se met en place autour des bons municipaux. Leur valeur oscille au gré des victoires ou revers militaires de l'État vénitien.
  • 1202 La 4ème Croisade part pour reprendre la Terre sainte aux musulmans. Les croisés de toute l'Europe se réunissent à Venise pour le départ en bateau. Venise étant l'armateur de l'expédition maritime. Le prix convenu était de 85 000 marcs d'argent. Les croisés étant moins que prévus, seuls 51 000 marcs ont pu être réunis. Le doge Dandolo refuse donc de laisser partir les navires. Un arrangement est trouvé. La dette est reportée (pas annulée!) en échange de la reprise du port de Zara en Dalmatie.
    → La croisade part, la ville de Zara conquise. Ce qui indigne le pape qui excommunie les croisés et les Vénitiens. La croisade continue son chemin et pour des raisons non encore clairement élucidées (mais dont le facteur de la dette n'est peut-être pas à négliger) est détournée et va mettre à siège et conquérir Constantinople.
  • ~1180 à ~1240 Dans une période d'une soixantaine d'années, c'est environ la moitié des cathédrales de France qui ont été érigées. (du moins la base) Ce "temps des cathédrales" est expliqué par prospérité de l'économie et des finances royales, et l'appui fort de souverains comme Philippe-Auguste, Louis VIII et Saint Louis. Pour Bernard Lietaer cette prospérité est due à de multiples monnaies fondantes et un investissement dans la pierre.
  • 1223 Le roi de France Louis VIII interdit l'usure aux juifs et ainsi annule certaines créances.
  • 1250 Le concept de « personne morale » a été créée dans le droit canon par le pape Innocent IV → "persona ficta" . Avec l'assurance, la personne morale est une des bases du capitalisme.
    → les monastères (surtout cisterciens), les universités, les églises, les municipalités et les corporations et compagnies deviennent des personnes morales et peuvent acquérir des biens et terrains pour elles-mêmes.
  • 1266 Le Roi de France Saint Louis créé le Gros tournois d'argent et l'écu d'or, et interdit aux féodaux de battre monnaie. (Une étape de la guerre entre seigneurs pour le contrôle de la monnaie.)
  • 1271 La dynastie Mongol Yuan est officiellement créée en Chine (après une occupation depuis 1234). Les anciens papiers monnaie de la dynastie Jin sont abandonnés car il ne valent plus rien après deux hyperinflations (1214 et ~1230) dues au financement de la guerre contre les Mongols (guerre perdue !). Dans un premier temps les Mongols utilisent les pièces de bronze en circulation, puis c'est le papier monnaie Jiaochao 交钞 qui est privilégié, les pièces de monnaie tombent en désuétude.
  • 1282 Venise créé le ducat d'or.
  • 1360 Le banquier Francesch Castello a été décapité devant sa banque pour avoir prêté plus qu’il n’a. La religion catholique est intransigeante quant à l'interdiction de l'usure mais ce principe est appliqué de manière plus où moins stricte selon les endroits. Les cités-États (comme Venise) sont les endroits aux mœurs plus libérales.
  • 1368 La Chine vit la révolte des Turbans Rouges qui crée la dynastie Ming. L'élément déclencheur est une inondation du fleuve jaune dû au manque d'entretien des digues et dans un contexte de manipulation monétaire de papier monnaie. Ainsi la nouvelle dynastie met en place un système basé sur l'autonomie agraire et des "impôts en nature" donc des corvées. Le papier monnaie n’est plus reconnu pour payer les impôts. Les pièces de monnaie reviennent, mais les Ming n'arriverons jamais à contrôler la masse monétaire. Il y a toute une économie souterraine en pièce d'argent qui se crée. Il y a des mines d'argent illégales qui s'ouvrent.
  • 1430-1440 Le gouvernement de la dynastie Ming tente de réguler les mines d'argent. Ça déclenche des révoltes. Le gouvernement inverse sa position et décide de ne plus contrer les pièces d'argent, mais de les utiliser officiellement.
  • 1450 En Chine, La dynastie Ming abandonne les impôts en nature (corvée) et met en place un impôt monétaire qui doit obligatoirement se payer en argent. Cette action va avoir un effet sur la demande en argent. Comme on le verra plus tard.
  • 1520 Luther dit que "Nous sommes sur terre et pas dans un monde idéal, donc il est possible de faire des entorses à l’idéal". Il propose de contourner l’interdiction de l’usure faite dans le Deutéronome 23.20-21 et de considérer que 4% à 5% d’intérêt n’est pas de l’usure. (p391 Dette 5000 ans d’histoire) → un siècle plus tard les protestants dominent le commerce en ayant intégré cette règle !
  • 1521 Hernán Cortés conquiert et rase la ville de Tenochtitlan, capitale de l'empire Aztèque. C'est le début de la colonisation espagnole des Amériques. Un des moteurs des conquistadors est de ramener de l'or et de l'argent. Par le livre des mémoires du conquistador Bernal Díaz del Castillo écrit par lui-même, on apprend (via David Graeber: Dette 500 ans d'Histoire) que Cortés était un joueur-flambeur souvent endetté et dont la motivation était l'or et l'argent (probablement pour payer ses créanciers). L'expédition pour le Yucatan depuis Cuba n'était pas autorisée, une fois sur place, Cortés a fait saboter les bateaux pour forcer les soldats à continuer. Ces derniers ont été endettés pour payer leurs armes et matériel de rechange. Après le partage de l'or du trésor impérial l'essentiel des soldats étaient toujours endettés. Un impôt a été imposé aux Aztèques survivants (de la variole et du massacre de la ville), un prêt proposé à ceux qui ne pouvaient pas payer en échange du travail dans les mines d'or et d'argent.
    → C'est ainsi que Graeber émet la thèse que c'est la dette à plusieurs niveaux qui a été le moteur de la mise en esclavage d'un continent entier. (et le génocide de sa population.) Par comparaison, lors de sa période des grandes découvertes au début 15ème siècle (La flotte des Trésors), la Chine a beaucoup voyagé et découvert des terres inconnues, mais n'a pas mis en esclavage sa population.
  • 1530 Les mines d’argent de Chine sont totalement épuisées. → La Chine devient le moteur de la demande minière en Amérique. Alors qu'il y a pénurie de monnaie métallique en Europe. Après avoir épuisé les mines du Japon, l'argent vient en Chine d'abord par l'Espagne, puis dès 1565 directement via les Philippines sans passer par l'Europe, c'est le "Galion de Manille". Cet argent est essentiellement acheté en vendant de la porcelaine. (Les fameux vase Ming !) (Mais aussi de la soie et du thé.)
  • 1543 Great Debasement, une grande dévaluation de la monnaie en circulation sous Henri VIII. La proportion d'argent que les pièces contenaient ayant été progressivement divisée par quatre en huit ans, pour tomber à seulement un quart en 1551, ce qui provoqua ensuite une vague d'inflation, la sortie d'Angleterre des pièces d'or, et la Crise monétaire anglaise des années 1550.
  • ~1550 la pratique des « enclosures » (tragédies des communs) se généralise. → la privatisation de pâturages communaux.
  • 1570 On trouve une bourse aux bons d'État à Medina del Campo en Espagne. Selon David Graeber, c'est l'abus par les États des bons d'États qui a créé l’inflation massive en Europe entre 1500 et 1650. (et pas l'arrivée massive d'or et d'argent en provenance des Amériques comme il est souvent dit, vu que l'or partait dans le temple indiens et l'argent en Chine. Voir plus haut.)
  • 1598 Frappe de "La pièce de 8" pesos ou real ou piastre d'argent. Une pièce frappée par l'Empire espagnol, afin de s'aligner sur le thaler, la monnaie continentale du Saint-Empire. La pièce de 8 a été utilisée très largement dans de nombreux pays comme unité de compte. Notamment aux Amériques. La pièce de huit a servie de base pour établir le dollar américain, et son cours légal resta en vigueur aux États-Unis jusqu'au « Coinage Act of 1857. Le symbole du dollar $ vient de cette pièce sur laquelle il y a les armoiries de l'Espagne avec 2 piliers entourés de banderoles. (certains disent que ce sont les symboles des colonnes d’Hercule) Le nom du "Dollar" a pour origine le nom de la monnaie "Thaler". Monnaie créée grâce au filon d'argent trouvé à Joachimsthaler, un village de Bohème. (république Tchèque actuelle)
8_Reales,_1770,_British_Museum colonne dollars origine
  • 1602 Création de la Compagnie néerlandaises des Indes orientales. C'est le modèle même de la société anonyme multinationale financée par des actions et obligations. Elle va beaucoup influencer la création des places de bourse.
  • 1609 Création de la Banque d'Amsterdam, une des premières banques de dépôts. (à la valeur intrinsèque des pièces). Invention de la "monnaie de banque", il est possible de payer en effectuant un virement sur le compte d'un autre client de la banque. La banque est créee avec l'accord et la garantie de l'État de Hollande. Les banquiers ont un statut de fonctionnaire de la ville et sous l'autorité des édiles de la ville. Une loi oblige tout paiement de plus de 600 florins à passer par un virement en interne de cette banque, forçant ainsi les commerçants à avoir un compte et faire des dépôts.
  • 1656 Création de la banque de Stockholm, inspirée par la banque d'Amsterdam. C'est la première banque à émettre des "vrais" billets de banque en Europe. Ils sont convertibles en argent ou en cuivre.
  • 1661 Création de la banque de Suède qui reprend le monopole d'émission de billets de banque de la banque de Stockholm lors de la faillite de cette dernière. La banque de Suède est souvent considérée comme la première banque centrale.
  • 1685 Suite à une pénurie de monnaie dans les colonies françaises du Canada, des cartes à jouer ont été utilisées comme monnaie de nécessité. Le gouverneur a signé une promesse de paiement de la solde.
  • 1690 Création des Colonial scrips. La Province de la baie du Massachusetts a émis sa propre monnaie papier. Puis une à une chaque colonie d'Amérique du nord a émis sa propre monnaie fiduciaire sur papier. La quantité de monnaie était régulée par l'émission ou la destruction par l'impôt. La colonie de Pennsylvanie reste un exemple de bonne gouvernance monétaire d'un Etat pendant 50 ans. (Principe du chartalisme.) Le 19 avril 1764 le parlement anglais vote le currency Act, une loi interdisant aux 13 colonies de créer de la monnaie. C'est un des facteurs qui a mené à la guerre d'indépendance des USA. (financée avec une autre monnaie, le "Continental dollars")
colonial scrips benjamin franklin US-Colonial_(PA-115)-Pennsylvania-18_Jun_1764
Colonial scrips de Pennsylvanie imprimé par Benjamin Franklin en 1764
  • 1694 Création de la banque d’Angleterre. Une société privée appartenant à 40 marchands qui prêtent au gouvernement £ 1,25 million. Une partie de cette somme est prêté en or et une autre partie est enregistrée sur des bâtons de comptage. (A013/1)
  • 1695 En Angleterre John Locke (le contractualiste libéral) est un des conseillers de Isaac Newton (connu pour sa découverte de la gravitation, mais qui est aussi à cette époque le directeur de la monnaie Anglaise). Locke était un scientifique rationaliste, matérialiste → Il ne voulait pas introduire la notion de foi ou croyance dans la monnaie. Il ne croyait pas à la « Foi » en l’État.
    → il pensait que c’est l’or (ou d’autres métaux) qui par nature contient la valeur.
    → Invention de crénelure sur la tranche des pièces pour éviter le rognage et donc perte de valeur. Dans l'antiquité on n'avait pas ce problème. Car les pièces valaient plus que le métal en étant garanties par celui qui a sa marque sur la face de la pièce. (monnaie fiduciaire).
    → La mise en place des théories de Locke n'a pas été concluante. (Selon Graeber)
  • 1717 La Grande Bretagne et l’Empire Britannique adoptent l'étalon or.
  • 1720 Eclatement de la bulle spéculative de la compagnie des mers du sud.
    → C’est une époque de grande spéculation sur les richesses que cette compagnie allait pouvoir faire. Les dirigeants de cette compagnie, pour faire grimper leur financement, ont grossi les gains possibles. Il se sont fait prendre pour manipulation et l’action s’est effondrée.
  • 1721 La banque centrale française créée par John Law fait faillite.
    → Le principe est le même que la banque d’Angleterre, juste une circulation de monnaie papier convertible en or. La création monétaire était basée sur les richesses rapportées des colonies, surtout de la Louisiane. Law a ensuite agi comme en Angleterre en faisant miroiter des richesses beaucoup plus grandes en provenance des colonies.
    → Les ennemis de Law (le prince Conti et le duc de Bourbon) ont soutenu la spéculation dans le but de créer une bulle. Ce qui n’a pas manqué. Les investisseurs ayant vu le cours de l’action atteindre des sommets ont voulu réaliser leur gain (40 fois), ils viennent chercher leur or. Ce qui provoque la fin de la banque, car les gains des colonies ne sont pas encore faits.
    → De par ces faillites, le papier monnaie ne donne pas du tout confiance à cette époque à beaucoup de gens. (un peu comme le bitcoin de nos jours !)

  • 1775 - 1781 Le continental currency dollar est imprimé par le congrès des colonies confédérées pour financer la guerre d'indépendance des USA. C'est une monnaie papier gagée sur les terres. Elle a bien financé la guerre, mais s'est effondrée à cause d'une trop grande quantité de monnaie imprimée. (par le génial Benjamin Franklin.). Cette monnaie faisait suite aux monnaies fiduciaires des états, les "colonial scrips".
  • 1789 La dette publique de l'Etat français est sacralisée par l'Assemblée Nationale Constituante. En cette période révolutionnaire, Peu importe le système politique, la dette publique ne doit jamais être annulée, car c'est le moyen d'épargne le plus courant des français.
  • 1790-1796 Création des assignats. L'Etat français a besoin de liquidité. Il confisque les biens de l'église par assignation et veut les vendre. Mais le processus prend du temps. Pour avoir des liquidités, l'idée est de vendre des titres qui représentent cette vente future.
    Mais les comités révolutionnaires impriment plus d'assignats que prévu. Sans compter qu'il y a beaucoup de faussaires. (aussi à l'étranger, les ennemis de la France tentent d'amplifier la crise)
    Finalement les planches à billet seront brûlées sur la place Vendôme pour mettre fin à ce système monétaire catastrophique, mais qui aura eu pour mérite de créer les liquidités nécessaires et convertir bon nombre de nouveaux propriétaires à la cause de la révolution.
  • 1800 Création de la banque de France. C’est le banquier Suisse Jean-Frédéric Perregaux qui propose la création de cette banque privée à Napoléon. Ce dernier accepte et en devient aussi actionnaire. Cette nouvelle banque sera utilisée pour les services bancaires de l’Etat, notamment pour les « receveurs généraux » qui collectent les impôts.
  • 1803 Napoléon donne le monopole de la création du papier monnaie à la banque de France. (Uniquement pour Paris, le monopole total ne viendra qu'en 1848) Le chef de l’État en bénéficie personnellement en tant qu’actionnaire ! Voir à ce propos l’explication d’Henri Guillemin.
  • 1826 La banque d'Angleterre reçoit le monopole de titrisation de la dette d'état en billet de banque. (Bank Charter Act) Au début la titrisation se faisait au de manière nominative, puis au porteur. Donc c'est une dette que le roi doit rembourser, mais en attendant, pour temporiser les marchands s'engagent à payer la compensation en or qui serait demandée. (d'où le deal d'avoir en échange le monopole de titrisation)
  • En 1834 Au royaume d'Angleterre, le poste de "Caissier de l’échiquier" (Teller of the Receipt of the Exchequer) est supprimé. Marquant ainsi la fin du système de bâton de comptage en Angleterre. Les bâtons ont été brûlés. Le fourneau du palais de Westminster débordant de bâtons de comptage a mis le feu au palais entier. Provoquant un des plus grands incendies de Londres. Le peintre Turner en a fait un célèbre tableau.
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Dynamique de l'histoire des systèmes économiques

On va voir ici la chronologie résumée par une suite logique de dynamiques qui vont engendrer un système, puis un autre, etc...

L'Humain est une "animal social". Il vit en groupe. Du coup, dès que des humains apparaissent avec des besoins et des envies au milieu d'un environnement composé de ressources. Il est normal qu'un système de décision et d'organisation émerge. J'appelle ceci un "système économique".

Don dans une communauté de confiance

Dans les premiers temps, on peut supposer que le système est familial et devient clanique. Les ancêtres dirigent, tout le monde est soumis à la tradition, car c'est ce qui marche pour survivre.

Les gens qui produisent et/ou récoltent donnent ce qu'ils ont à toute leur communauté. Et ainsi chacun reçoit de la communauté.

Economie domaniale en "Maisonnée"

Puis chez les Sumériens on observe un système "clanique" qui grandit et se transforme en "empire agraire". C'est une économie domaniale. L'organisation sociale se fait en "maisonnée". Les humains sont rattachés à un lieu de production et reçoivent en échange des rations de nourriture. Il y a toute une administration qui contrôle ce qui est produit et ce qui est redistribué et à qui. On a retrouvé des centaines de milliers de tablettes d'argiles de comptabilité et de reçus. L'invention de l'écriture est probablement une conséquence de ce besoin d'administration. Ce besoin de contrôle est là pour limiter les abuseurs.

Invention de l'unité de compte

Au fil du temps, la comptabilité devient toujours plus abstraite. Les unités de poids et de volume qui servent à mesurer la quantité de grains de céréales distribuée se transforment gentiment en unités de compte. Au lieu de recevoir directement une ration en nature, on peut différer dans le temps la réception et comptabiliser un droit à la ration dans le futur. Le "salaire" en monnaie scripturale est inventée.

Finalement on a un système très proche de la notion actuelle de grande entreprise dirigée par une élite sociale qui emploie des employés et leur verse un salaire.

En Égypte on observe également, globalement à la même période, un système économique de type "empire agraire". La monnaie scripturale émerge aussi. Il y a différents types d'objets qui servent d'unité de compte (et de moyens de paiement): les métaux, les étoffes, les céréales (et leur dérivés, pains et bière), et les huiles. (à Sumer on a que l'argent et les grains)
Les moyens de paiement sont très divers une fois que le prix a été défini dans une unité de compte courante. (On a retrouvé un contrat de vente d'une maison payée en tissus et en lit. )

Dans un tel système on observe déjà des virements "bancaire" d'un compte à un autre.

Les moyens de paiement sont créés par tout le monde, vu que n'importe qui peut "faire du blé" et ainsi augmenter la "masse monétaire".
(Il est quand même à noter que "n'importe qui" est un peu abusif. En Égypte antique les moyens de production, les outils, sont la propriété de l'Etat.)

Donc les empires agraires fonctionnent pendant des millénaires avec des "monnaies" variées. Un système à plusieurs unités de comptes reliées par un barème officiel, et de nombreux moyens de paiement de nature différente.

Les métaux sont rares, ne circulent que très peu. Ils sont plutôt réservés aux échanges internationaux. (En -1500 l'Égypte a même modifié son unité de mesure pour s'aligner sur le système babylonien. Les égyptiens avaient des bateaux de haute mer et voyageaient loin pour aller chercher des ressources rares en Égypte.)

Les céréales sont des "monnaies locales fondantes" qui correspondent très bien à l'usage d'une monnaie pour combler ses besoins quotidiens.

La quantité de monnaie est donc régulée naturellement. La monnaie n'est pas rare, car les grains de blé poussent facilement, mais il n'est pas possible d'en créer en quantité infinie. On a toujours un lien avec la nature. La monnaie peut se manger !

Prêt à intérêt et esclavage

En Mésopotamie, le prêt avec intérêt existait. Une personne qui ne remboursait pas risquait le "péonage" l'esclavage pour dette d'une personne de sa famille ou d'elle-même. Les problèmes générés par ce système ont été résolu en créant le "jubilé" : l'annulation de toute dettes à périodes régulières. On en trouve la trace dans la bible avec la notion de Jubilé tout les 7x7 ans.

A Babylone, le code d'Hammurabi a limité l'esclavage pour dette à 3 ans maximum.

En Égypte, contrairement à une idée répandue, l'esclavage n'existait pas.

Monnaie métallique + impôt

Le système économique des empires agraires est resté stable sur des millénaires. Pourquoi a-t-il changé ?
C'est l'arrivée des pièces de monnaie métallique imposée par les grands empires conquérants qui change la donne.

La conquête se fait par l'impôt. Une armée de mercenaires envahit le pays et soumet ses habitants à l'impôt en pièces de monnaie métalliques créées par le seigneur dirigeant l'empire.

En Egypte c'est l'empire Perse qui amène les pièces de monnaie. A Babylone c'est Alexandre le grand. Mais ce dernier a également envahi l'Égypte après les Perses.

Le principe de la monnaie métallique est simple et redoutable. Et malheureusement son mécanisme est trop peu connu des gens qui le subissent encore de nos jours.

L'idée est celui d'un "chef de gang" qui veut vivre sur le dos des autres. Faire des razzias sur les paysans fonctionne à priori assez bien, mais sur le long terme ce n'est pas viable de tuer ceux qui nous nourrissent !

Ainsi l'innovation a été d'acheter la récolte aux paysans. Mais ça ne marche pas bien. Le premier paysan à qui on veut donner une rondelle en échange de son blé refuse. Car le blé se mange et est donc plus utile que du métal.

Le premier soldat chargé d'acheter la récolte pour son seigneur conseille au paysan d'accepter la pièce de monnaie, car il en aura besoin à la fin de l'année. En effet, le seigneur a décidé d'imposer l'utilisation de sa monnaie en créant un impôt. Chaque personne doit rendre un certain nombre de pièce au seigneur. Si elle ne le fait pas, elle risque la prison, l'esclavage ou la mort.

Ainsi la monnaie métallique de type "jeton valeur" avec la marque du seigneur sur la face devient nécessaire pour vivre.

Ceci a deux conséquences:

  • créer l'économie de marché et le besoin de croissance économique
  • créer des grands empires conquérants

L'empire conquérant

Avec ce système le seigneur peut vivre de son pouvoir de seigneuriage. Soit le pouvoir d'achat gagné gratuitement par le monopole de la création monétaire. C'est la différence entre le coût de fabrication de la monnaie et ce qu'elle permet d'acheter.

Un exemple parlant est celui du roi Crésus qui allait chercher des pépites d'alliage electrum (or et argent) dans le fleuve Pactole pour les frapper en pièces de monnaie.

La première nécessité pour un seigneur est de renforcer son système économique. Ainsi pour imposer son impôt qui impose la monnaie, il a besoin d'une force de coercition physique: une armée.

Le forgeron qui forge de temps en temps des faux pour faucher les blés sera engagé pour forger des armes et équiper une armée professionnelle de "soldats".

De nos jours on parlerait d'une armée de "salariés", en effet, le "soldat" est "celui qui reçoit une solde". La "solde" c'est le "salaire" du soldat. Le mot "solde" vient de la pièce de monnaie romaine le "solidus". Tandis que le mot "salaire" vient de "salarium", la partie de la solde que les légionnaires romains recevaient en sel. (sal en latin)

Ainsi le seigneur se retrouve gratuitement ou presque à la tête d'une armée de nombreux professionnels bien entrainés. L'alternative est une armée de paysans nombreux, mais mal équipés et pas entrainés, ou une armée de noblesse bien entrainée et équipée mais en très faible nombre.

Ainsi indirectement le système de pièce de monnaie + impôts crée une armée plus efficace que les autres qui peut conquérir aisément les pays voisins.

Un autre avantage militaire de la pièce de monnaie jeton valeur, c'est que la valeur est uniquement dans la pièce. Ce n'est pas une monnaie sociale. Ce système ne demande pas d'être inséré dans un tissu social avec de multiples reconnaissances de dette entre les gens. Avec un tel système on ne va pas massacrer la personne qui a une reconnaissance de dette envers soi. En agissant ainsi on détruit de la valeur.

Tandis que dans un système à pièce de monnaie, le vol paie !
Et en terrain ennemi, sans aucune relation sociale, il est encore possible d'être payé par son seigneur.

De plus en terme de logistique de guerre, il est plus simple de transporter de la monnaie et d'acheter aux paysans en marge de son empire la subsistance nécessaire que de la transporter avec soi.

On comprend ainsi comment Alexandre le grand a conquis en à peine 10 ans un empire de la Macédoine à l'Inde en englobant tous les grands empires agraires de l'époque.

L'économie de marché

Revenons à notre forgeron qui devient marchand d'armes. Le seigneur va l'embaucher à plein temps. Il n'aura plus le temps de s'occuper de cultiver pour ses propres besoins. Il pourra acheter du blé chez ses voisins avec les pièces reçues directement du seigneur. On franchit un pas de plus dans la spécialisation.

Les paysans étant soumis à l'impôt se voient obligés de vendre leur production. Ainsi des places des marché se créant. Auparavant elles n'étaient pas nécessaires. Dans l'économie du don on produit de quoi assurer sa subsistance et on donne les surplus. Dans une économie domaniale (ou palatiale), la productions est suivie par l'administration et directement stockées dans les entrepôts et greniers, prête à être redistribuée.

Le marché met en concurrence les personnes pour obtenir les rares pièces de monnaie en circulation. Ainsi les gens sont obligés d'augmenter leur efficacité à la production. Il vont se spécialiser là où ils sont les meilleurs. De plus ils vont inventer des techniques pour augmenter leur rendement.

Bien qu'étant plus efficace, ce n'est pas gagné pour autant. Le seigneur peut à tout moment augmenter le montant de l'impôt pour s'assurer de bénéficier en permanence des gains de productivité à son profit. La course à la croissance économique est en marche.

Il est également intéressant d'avoir une quantité de personnes qui n'arrivent pas à payer l'impôt ça permet de les mettre en esclavage et de les envoyer dans les mines.

En effet, l'électrum du fleuve Pactole ne suffit plus à alimenter les besoins pour la création des pièces de monnaie. Il faut aller chercher les métaux au plus profond des mines. On sait qu'en -400 il y avait environ 20 000 esclaves dans les mines d'argent grecques du Laurion.

Ce système est d'une apparente efficacité redoutable, mais par rapport à une monnaie grain de blé qui se mange, les dizaines de millier d'esclaves mineurs ne sont-ils pas une grosse perte de rendement juste pour crée de la monnaie ?

Il existe plusieurs traités qui étudient les relations entre monnaie, esclaves et impôts, notamment en Inde l’Arthasastra, le « cercle de souveraineté » sassanide et le Discours sur le sel et le fer en Chine.

Aristote a décrit la monnaie par trois fonctions : unité de compte, réserve de valeur et intermédiaire des échanges. Cette définition est toujours enseignée. Mais il oublie de dire que la fonction principale c'est de créer un outil pour qu'une élite vive sur le dos des autres !

….. et pourtant. Aristote était le précepteur d'Alexandre le grand…. il devait connaitre cette "fonction cachée". Car déjà du temps de Philippe II de Macédoine, le père d'Alexandre, ce principe fonctionnait très bien !

Actuellement la majorité des gens pense que la monnaie est concept qui a émergé pour favoriser le commerce et que sans monnaie pas de commerce. Mais c'est totalement faux.

Les Phéniciens étaient les champions du commerce sur la Méditerranée. Ils n'avaient pas de pièces de monnaie. Ils pratiquaient l'enregistrement de reconnaissance de dettes dans chaque port. Ce n'est pas pour rien que l'alphabet phénicien est un des plus anciens. Le commerce a surtout besoin d'écriture comptable, pas de monnaie.

Les Phéniciens se sont fait conquérir comme les autres par les empires conquérants et leur pièces de monnaies.

Limite et effondrement des empires conquérants

Quels est le revers de la médaille de la monnaie métallique de type jeton valeur ?

Et bien justement il est intéressant d'étudier la face des pièces de monnaie. C'est la marque du souverain ou même son profil depuis Jules César.

L'inscription sur la face d'une pièce de monnaie indique qui paie en dernier recours. Ainsi on remarque que la valeur d'une telle pièce vaut plus que la valeur intrinsèque du métal. Les pièces de monnaie de l'antiquité sont de la monnaie fiduciaire. (de la déesse fides, la confiance)

De nos jours on retrouve de nombreuses allégories de pays (Marianne, Dame Helvetia, Germania...) . Donc la valeur de la pièce est garantie par un état qui peut lever un impôt.

Dans le thème de la monnaie et des systèmes économiques le maitre mot c'est la confiance.

Le souci qui arrive vite avec un empire qui grandit très vite, c'est qu'il va manquer de pièces de monnaie pour payer les soldats et les fournitures pour les soldats. Comme vu ci-dessus le fleuve Pactole ne suffit plus il faut trouver d'autres sources de métaux.

Déjà ce sont les trésors des pays conquis qui sont réquisitionnés et convertis en pièce. Les métaux se trouvaient très souvent dans les temples. Si l'on se souvient bien dans les empires agraires, les métaux ne circulent que très peu. Ce sont essentiellement des unités de compte.

Le trésor des Perses a bien servi à Alexandre le grand pour continuer son expansion.

Une fois les métaux précieux existant déjà convertis en pièces de monnaie, il est nécessaire de retourner à la mine. Ce qui est de plus en plus difficile.

Mais la chute des empire conquérants est surtout un problème de succession.

Alexandre est mort très jeune (32 ans) probablement de maladie. Ses enfants trop jeunes pour régner ont été victime de la crise de confiance dans un souverain expansionniste. L'empire n'a pas survécu tel quel.

L'empire d'Ashoka en Inde s'étend à tous ce sous-continent, puis Ashoka après de nombreuses luttes de conquête devient pacifiste, il se converti au bouddhisme et devient végétarien. Mais son empire ne lui survit pas tel-quel.

Dans l'empire romain, il y a une multitude d'empereurs qui se succèdent. Mais régulièrement il y a des problèmes de confiance et des soucis monétaires. Il y a plusieurs réformes monétaires qui sont faites et une inflation régulière qui nécessite toujours plus de métal pour le même pouvoir d'achat.

Les pièces sont fabriquées de plus en plus dans des métaux de moins en moins rares. (laiton, cuivre), la teneur en argent des pièces de monnaie romaines ne fait que diminuer.

Contre toute attente, c'est le Solidus, une pièce de monnaie en or qui va perdurer pendant plusieurs siècles comme unité de compte à la chute de l'empire romain d'occident. De nos jours, le "sou" est ce qui reste du "sol" de "solidus".

Unité de compte du haut Moyen Âge

Une fois l'empire romain d'occident effondré en 476. La monnaie métallique ne circule plus en Europe. Le Solidus reste uniquement une unité de compte. Pour effectuer des paiements on utilise toutes sortes de moyens de paiement comme lors de la période des empires agraires sumériens et égyptiens.

On suppose que l'on pratiquait des reconnaissances de dette entre les personnes. Mais on ne sait pas sur quel support. Le bâton de comptage est supposé, mais pour le haut Moyen Âge on ne sait pas.

Les fouilles archéologiques sur la ville de Rome ont montré qu'entre le VIIIe et le XIe siècles les pièces de monnaie métalliques avaient quasi totalement disparues. Cependant on pratiquait encore beaucoup de commerce.

Après des siècles de flou. Charlemagne s'est attribué le monopole de la création monétaire et a instauré un nouveau système. La livre d'argent devient la nouvelle unité de compte. (qui ne circule pas). Elle se divise en 240 deniers d'argent. (qui eux circulent sous forme de pièce)

Les bâtons de comptage

Le bâton de comptage est un moyen simple d'enregistrer une reconnaissance de dette. Il y a une "souche" et un "échantillon" qui sont créés à partir de la même branche d'arbre.
Les deux parties d'un contrat enregistrent ensemble des valeurs sous forme d'encoche. Puis chacun garde sa partie.

Petit exemple d'utilisation. Une personne va acheter du pain dans une boulangerie. Elle s'y rend avec son "échantillon". Pour payer, elle va retrouver la souche qui correspond à son compte. C'est celle qui a la même "marque de famille" dessus.

Puis on va "débiter" son compte, soit ajouter une encoche. Le verbe "débiter" signifie bien couper du bois.

baton de comptage tallystick noisettier
bâton de comptage

De 1100 à 1834 le bâton de comptage est un moyen officiel pour payer les impôts en Angleterre. En France "la taille" est un impôt enregistré sur bâton de comptage.

De nos jours, le bâton de comptage est totalement méconnu, il n'apparait pas dans les manuels d'économie, et pourtant il a été un moyen de comptabilité officiel en France jusqu'en 2016 !
Il était inscrit à l'article 1333 du code Napoléonien repris dans le code civil français.

En tant que tel, le bâton de comptage est infalsifiable. Mais une des dérives que l'on observe c'est de croire que la souche a une valeur en tant que telle. De ne plus se préoccuper de qui va rembourser la dette, mais de se focaliser sur la valeur indiquée et de l'utilise directement comme moyen de paiement.

C'est fondamental à comprendre pour comprendre les billets de banque et le système bancaire.

Ainsi il existe des tricheurs, (le roi en premier !) qui créent des fausses reconnaissances de dette sur des bâtons de comptage et mettent sur le marché des souches qui ne correspondent à rien. On échange les souches. Ce qui en anglais se dit "stock exchange". C'est ainsi que l'on appelle la bourse.

Avec un système de bâton de comptage, il n'est pas nécessaire de "créer de la monnaie". La "masse monétaire" fluctue au fil des créations de reconnaissance de dette et de leur destruction. (on brûle le bâton dans son fourneau ce qui a pour avantage de nous chauffer. C'est probablement pour ça que les bâtons de comptage sont très peu connus, c'est qu'ils ont souvent fini brûlés, ne laissant aucune trace archéologique)

La "masse monétaire" correspond toujours à la somme de biens en services achetés. Ainsi il n'y a pas de risque d'inflation monétaire.
.... sauf si des gens trichent en créant de faux bâtons et donc s'octroient un droit de consommation de biens et services de la communauté sans avoir eux-mêmes contribué.

Une des questions qui reviens régulièrement quand je parle de bâton de comptage, c'est "Comment on soldait les comptes" ?

La réponse simple que j'avais un temps, c'est d'utiliser des pièces de monnaie. Mais ensuite j'ai découvert que ce n'était qu'une possibilité, pas forcément la plus utilisée.

La réponse se trouve dans les foires commerciales. Actuellement on associe volontiers une foire à une "place de marché". Mais c'est un peu différent.

Au Moyen Âge, il y avait tout un système de grandes foires, Comme celle de St Giles à Winchester. ou les foires de Champagne. C'était le lieu de rassemblement de tous les marchands d'Europe. Il était courant de faire crédit jusqu'à la prochaine foire.

Les foires étaient l'occasion de solder les comptes. Ces rassemblements de marchands était propices à solder se compte en payant en nature de toute sorte et avoir la diversité sur place pour arriver à combler ses besoins. On observe tout à fait ce genre d'échange dans le Jeu de la Monnaie.

Lors de ces foires, dès le XIIème siècle, les services financiers ce sont développés. Les marchands utilisent de plus en plus la lettre de change pour effectuer les paiements.

Cet outil de crédit permet à une personne de voyager uniquement avec une lettre et de se faire payer dans une banque plus près de chez elle.

C'est un outil que les Templiers étendront jusqu'au Moyen-Orient. D'ailleurs c'est probablement de là qu'il vient. Le monde musulman pratiquant abondamment le paiement par chèque à cette période.

Naissance des bons du trésor et obligations

C'est vers 1200 à Venise qu'un nouvel instrument est créé pour financer les guerres. Vu qu'au fil du temps, le seul pouvoir de seigneuriage du seigneur ne suffit plus à financer ses dépenses, il faut innover: On va prendre un impôt en avance !

La population a "l'obligation" (d'où le nom !) de souscrire à une dette publique. En échange, elle reçoit un papier valeur qui lui promet un intérêt. (mais aucune date d'échéance n'est spécifiée)

Cette manière de procéder met directement une pression sur la nécessité de résultats de l'entreprise qui est ainsi financée.

C'est un changement de paradigme. C'est un pari sur le futur. Je reçois mon financement tout de suite et je paie plus tard.

Ceci aura de lourde conséquence sur le monde. C'est probablement le moteur de la colonisation du monde par une poignée de pays européen. On y reviendra plus tard.

Il est à noter qu'à cette époque l'interdit religieux sur les intérêts est encore très fort. C'est dans les cités Etats autonomes comme Venise que les mœurs sont les plus libérales.

En 1520, Luther qui vient d'amorcer la réforme de l'église catholique déclare que prendre un intérêt jusqu'à 5% n'est pas de l'usure. Les protestants vont donc rapidement se mettre à la finance.

En 1570 on trouve une bourse aux bons d'État à Medina del Campo en Espagne. Le financement par le crédit et donc l'endettement (car on ne peut pas gagner à tous les coups !) est répandu dans toute l'Europe.

La dette comme moteur de colonisation du monde

Depuis toujours la dette est un moyen de pression énorme. Il est courant que cet outil mène à l'esclavage. Mais pourquoi l'obligation morale de rembourser une dette est-elle souvent plus forte que toutes les conséquences morales que va entrainer ce remboursement ? (esclavage, génocide, destruction écologique, etc...)

C'est pour tenter de répondre à cette question que David Graeber a écrit son livre "Dette 5000 ans d'histoire".

Voici ce qu'il observe:

La dette commence par un contrat de crédit. Quelqu'un reçoit tout de suite et promet de rembourser plus tard. Pour qu'un tel contrat puisse être valable. Il faut qu'il paraisse équitable. Il doit y avoir un équilibre et le contrat doit paraitre plausible. Les deux parties doivent être libres de contracter et sur un pied d'égalité.

Une fois cette base acquise. La personne qui échoue à remplir le contrat a failli. Il y a un déséquilibre qui se crée et elle se retrouve dans l'obligation morale de rétablir l'équilibre. C'est cette force de vouloir rétablir l'équilibre qui semble être très fortement ancrée dans la psychologique humaine.

Or, si l'on observe de nombreux cas d'endettement, il se trouve que le contrat était frauduleux à la base. Très souvent il s'agit d'une manipulation. La principale est à mon avis l'incapacité de notre cerveau à comprendre les relations de cause à effet autres que linéaires. Si les gens savaient mieux compter, si par exemple ils avaient une meilleure compréhension intuitive des exponentielles. La plupart des contrats de crédit ne se feraient pas !

J'observe clairement ceci dans le Jeu de la Monnaie. La plupart des gens qui finissent en prison pour cause de non remboursement du crédit me disent que s'ils avaient vraiment compris ce qu'impliquait les termes du crédit ils n'auraient jamais pris de crédit.

Petit exemple. Un crédit à intérêt composé à 3% d'intérêt, au bout de 24 ans, ça revient à dire qu'il faut rembourser le double de ce qu'on a reçu !
(Si aucun remboursement n'est fait en cours de route)

Le fait d'exprimer en pourcents les taux d'intérêt est une manière de cacher un déséquilibre. Ainsi la dette est très souvent frauduleuse dès le début.

C'est pareil pour la croissance du PIB qui n'est pas linéaire. Encore un pourcentage qui nous cache la vérité !

Donc sur cette base, on observe que dès le milieu du Moyen Âge, le crédit se répand et devient "monnaie courante" à la Renaissance.

Déjà en 1202 la Quatrième croisade part mal. Elle est déjà endettée avant de partir envers les Vénitiens qui assurent le transport en bateau des croisés. Le doge refuse de laisser les bateaux partir tant que le paiement n'est pas fait. Mais un arrangement est trouvé, le paiement de la dette est différé (donc la dette n'est même pas annulée) si les croisés vont reconquérir le port de Zara en Dalmatie pour le compte des Vénitiens. Ce qui est fait et a pour conséquence que le pape excommunie les croisées qui sont justement venus en croisade sur l'appel du pape !

L'obligation de remboursement est probablement aussi un des facteurs qui a fait que la croisade a été détournée de son but pour aller assiéger et conquérir la ville de Constantinople.

Autre histoire pour illustrer le pouvoir de la dette. C'est la conquête et la destruction de l'empire aztèque par le conquistador Hernán Cortés. On apprend par les mémoires d'un autre conquistador que Cortés était un joueur flambeur souvent endetté et dont la motivation était l'or et l'argent (probablement pour payer ses créanciers). Il a toujours été limite avec les règles de l'ordre établi en prenant des risques et en partant dans une fuite en avant permanente sans retour en arrière.

L'expédition pour le Yucatan depuis Cuba n'était pas autorisée, il l'a avancée de peur de se faire interdire l'expédition, une fois sur place, Cortès a fait saboter les bateaux pour forcer les soldats à continuer. Ces derniers ont été endettés pour payer leurs armes et matériel de rechange. Ainsi, après le partage de l'or du trésor impérial l'essentiel des soldats étaient toujours endettés. Ce qui les a forcés à rester sous les ordres de Cortés dans l'espoir de se refaire.

Cortès a aussi utilisé une technique de manipulation connue pour obtenir de la main-d’œuvre dans les mines d'or et d'argent.

Un impôt a été imposé aux Aztèques survivants (de la variole et du massacre de la ville). Evidemment l'impôt était conçu pour que tout le monde ne puisse pas le payer et un prêt a été proposé à ceux qui ne pouvaient pas payer en échange du travail dans les mines d'or et d'argent.

Le contrat pareil équitable non ?

C'est ainsi qu'a débuté la colonisation du continent américain par les Espagnols, ainsi qu'un génocide et mise en esclavage du peuple qui vivait sur ce continent.

Cortés une fois rentré en Espagne était toujours aussi endetté.

Et après la colonisation des Amériques (les Indes comme le pensaient les gens de l'époque), ce modèle est appliqué au monde entier.

Dans toute l'Europe de nombreuses "Compagnies des Indes" sont créées pour aller exploiter les richesses des colonies.

La plus importante est la Compagnie néerlandaises des Indes orientales fondée en 1602 et financée par des actions et des obligations.

Toujours le même principe de recevoir de la "monnaie" tout de suite et de payer plus tard tout en subissant la pression du devoir de résultat.

L'ère des banques centrales

Comme nous venons de le voir plus haut, les Pays-Bas sont la grande puissance commerciale du XVII ème siècle. Ceci en bonne partie grâce à la vision du monde protestante qui développe la finance. En effet, les Hollandais sont fortement protestants et lors de la révocation de l'édit de Nantes, ils vont accueillir beaucoup de réfugiés français.

Les services bancaires vont se développer. La banque d'Amsterdam est créée en 1609. C'est une des premières banques de dépôts et elle propose de faire des paiements par virement entre les comptes des clients de la banque.

Une loi est même adoptée pour obliger tout paiement de plus de 600 florins à se faire via des virements dans la banque d'Amsterdam. Ainsi c'est le succès assuré pour cette banque. On peut dire que c'est une banque d'État.

La banque d'Amsterdam est créée avec l'accord et la garantie de l'État de Hollande. Les banquiers ont un status de fonctionnaire de la ville et sous l'autorité des édiles de la ville.

La banque d'Amsterdam va inspirer d'autres banques, comme la banque de Stockholm qui sera la première à utiliser des billets de banques, et la banque d'Angleterre.

Le principe d'une banque centrale est toujours un hybride entre le droit privé et le droit publique. C'est une alliance entre l'État et des marchands.

Si l'on se souvient bien une des conséquences de la création de la monnaie métallique de type jeton valeur, imposé par l'impôt, c'est la création de l'économie de marché. Ceci favorise énormément les marchands d'armes et de fournitures militaires. Tous les progrès de la science tournent également autour de cette motivation militaire.

Au début, ce sont les seigneurs qui profitent de leur pouvoir de seigneuriage pour renforcer leur armée et faire grandir leur empire. Mais on l'a vu ci-dessus, le pouvoir de seigneuriage a ses limites. Limite que le crédit n'a pas !

Les marchands d'armes sont également assez futés pour financer les deux camps d'un conflit. Donc ils ne perdent jamais !

Les seigneurs s'endettent et les marchands d'armes s'enrichissent. A tel point qu'au bout d'un moment les marchands vont vouloir leur part du gâteau du pouvoir.
(Selon la suite logique de vouloir le pouvoir une fois qu'on a déjà la richesse.)

L'exemple de la création de la Banque d'Angleterre en 1694 est emblématique. C'est le Roi d'Angleterre William III (qui est Hollandais !) qui autorise la création de cette banque centrale.

Le principe est simple. Le roi est endetté, il y a un groupe de 40 marchands qui vont lui prêter 1,25 million de livres sterling. Il pourra ainsi prolonger sa guerre contre la France que le parlement anglais refuse de financer.

La reconnaissance de dette est enregistrée en partie sur des bâtons de comptage.
Le roi n'a pas ni l'envie ni les moyens de rembourser la dette.

Les marchands proposent de titriser cette dette, ainsi des billets de banques vont pouvoir circuler. On augmente la masse monétaire à partir d'une dette.

Le billet de banque n'est qu'un petit morceau de la grosse dette du roi. Ainsi tout possesseur d'un billet peut demander au roi de lui payer ce qui est inscrit sur le billet. (de l'or théoriquement) Un billet de banque est un chèque au porteur. Il y a encore des pays où c'est écrit sur les billets. (En Inde notamment, le gouverneur de la banque centrale s'engage à donner des roupie en échange du billet. Mais que sont les roupies à part une unité de compte ?)

Cependant cette dette est enregistrée sur un bâton de comptage et le roi n'a pas les moyens de payer si quelqu'un vient avec un billet !

Chose assez paradoxale à priori, ce sont les marchands qui vont proposer de payer la contrepartie en or que représentent les billets. Ceci en échange du monopole d'émission des billets de banque.

C'est ainsi qu'au fil du temps, par étape successives étalées sur un siècle. La banque d'Angleterre se crée.

Le principe d'une banque centrale, c'est de "rendre liquide une dette". Ainsi une banque centrale a toujours besoin d'acheter des titres, des dettes, généralement des bons d'État, pour créer de la monnaie. Elle va mettre en circulation la nouvelle monnaie en payant avec elle la dette achetée.

Les systèmes d’étalons métalliques

Depuis le Moyen Âge s’était implantée l’idée que la valeur de la monnaie résidait dans le contenu métallique (essentiellement de l’argent) des espèces monétaires.

Locke reprendra cette idée en y mêlant les conceptions libérales naissantes sur le droit naturel de la propriété. Pour lui, la valeur de la monnaie fait partie du contrat à la base de la société. Si l’État y touche et dévalue la monnaie, il rompt ce contrat. Ces idées progressivement mises en place dans le système monétaire anglais au XVIIIe siècle seront à la base des systèmes d’étalons métalliques.

Avec l’immense masse de métal précieux venue d’Amérique, il était possible d’envisager un système monétaire où la valeur de la monnaie était basée sur un poids du métal précieux. Dans un tel mécanisme, l’État ne peut créer de manière illimitée de la monnaie, il est contraint par les réserves de métal précieux disponibles.

Les possédants sont eux protégés d’une fonte de la valeur de leur avoir et de leurs rentes. Il y a dans ce système une tendance à la raréfaction de la monnaie circulante.

Il sera adopté progressivement par d’autres pays européens. La France crée en 1803 le « franc germinal », valant cinq grammes d’argent.

Avec le développement des échanges internationaux au XIXe siècle, un autre avantage se révèlera. Les devises nationales faites de papier monnaie ne valent qu’à l’intérieur du territoire national et n’ont aucune raison d’être acceptée à leur valeur à l’étranger. Par contre, tous les pays acceptent les métaux précieux en paiement. De la sorte, des monnaie nationales dont l’unité de compte est basée sur un poids d’or peuvent plus facilement commercer entre eux, pourvu que l’on soit assuré que chacune verra sa convertibilité garantie par l’État.

C’est la naissance de l’étalon-or international. On assiste à une première organisation des échanges internationaux avec une parité fixe des devises.

Mais à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, cette organisation montrera aussi ses limites. Les États sont sous la dépendance des producteurs de métaux pour leur émission monétaire ; la spéculation se développe, liée aux différences de prix entre le cours boursier du métal et son cours légal ; les pays les plus faibles économiquement ne sont pas capables de maintenir leurs réserves ; les gouvernements poussent à la création de crédit supplémentaire, et en cas de crises sévères telles que les guerres chacun revient à une monnaie de papier.

Progressivement, le lien avec l’or devient plus fictif à mesure que se développe l’émission de monnaie fiduciaire et scripturale par les banques commerciales et le système sera abandonné dans les années 1930.

L'ère des banques commerciales

L'impôt obligeant toujours les gens à se battre pour "gagner leur vie" en obtenant des moyens de paiement reconnus pour payer l'impôt, la marchandisation du monde continue à s'étendre.

Le meilleur moyen de gagner de l'argent, c'est de rendre payant ce qui était gratuit, de favoriser l'approche commerciale plutôt que le don.

La science fait évoluer la technique et la technique rend plus efficace les méthodes de captation d'argent. Cependant les nouvelles techniques nécessitent souvent un nouvel écosystème qui se rend indispensable.

La révolution industrielle faite de grandes promesses de révolutions techniques. Notamment le chemin de fer et la marine à vapeur, puis plus tard l'électrification.

La construction d'un chemin de fer nécessite d'énormes ressources, il faut créer un réseau de chemin de fer, mais avant il faut extraire du fer et le transformer en acier dans des aciéries.

Comment va être payée cette infrastructure ?

C'est là qu'on observe de nombreuses banques commerciales qui se créent pour financer les compagnies des chemins de fer par le crédit bancaire. C'est toujours la logique du "Je reçois de la monnaie tout de suite et je paye plus tard". Ainsi la vision du monde qui va avec doit nécessairement voir le futur comme meilleur que le présent et le passé.

L'exemple le plus emblématique de création d'un nouvel écosystème industriel est le cas de la création du Crédit Suisse par Alfred Escher en 1856 afin de financer le développement des chemins de fer Suisse, au nord-est et au Gothard.

Alfred Escher avait de la suite dans les idées. Une fois qu'il avait le financement, il faut des ingénieurs pour réaliser la construction du réseau ferroviaire. Il a donc également créé l’Ecole Polytechnique Fédérale.

Transports, banques, assurances et hautes écoles. Alfred Escher y est pour beaucoup dans l'identité Suisse.

En Allemagne on voit la création de la Deutsche Bank en 1870, afin d’aider le développement international d’entreprises industrielles, notamment Siemens. L’un des fondateurs de la Deutsche Bank était Georg Siemens un petit cousin du fondateur de l’entreprise électrique Siemens.

Aux USA, en 1871 Le célèbre banquier JP Morgan a créé sa banque. Il sera également très actif dans le développement industriel, acier, électricité, chemin de fer et compagnie maritime (il sera ainsi indirectement le propriétaire du Titanic !)

Ainsi la banque commerciale est très liée aux activités industrielles. La grosse industrie, notamment pétrolière, ne peut pas fonctionner sans crédit bancaire permanent.

Il est également intéressant de voir que le banquier crée le futur. Si le banquier vous est favorable votre projet est financé. Si votre banquier trouve votre projet pas rentable. Il ne sera pas financé.

Ainsi il vaut mieux être en bon terme avec son banquier pour se lancer dans l'industrie. Ce n'est peut-être pas pour rien que de grosses entreprises créent leurs propres banques. (General Electric par exemple....)

Une monnaie pour être souverain

Si l'on fait le bilan de 5000 ans d'histoire, on observe que les "monnaies" des Sumériens et des Égyptiens étaient créées par une large part de la population. Toute personne en mesure de cultiver un champ de céréales crée de la "monnaie".

Au fil du temps, on a vu que la création monétaire a été confiée à une élite. C'était clairement le but de l'invention de la monnaie métallique de type jeton valeur + impôt. La monnaie est l'instrument pour qu'une élite vive sur le dos des autres.
(Bon, à Sumer c'était pas très différent, mais ce sont les classes sociales qui séparaient les gens pas le système économique.)

Avec les grains de céréales, la masse monétaire est en lien avec la nature et le travail humain.

Avec la monnaie métallique, la masse monétaire est ajustée pour faire travailler les gens au service d'un seigneur. La masse monétaire dépend de la quantité de métaux disponibles. Il y a une limite.

Le crédit fait totalement sauter la limite et donc le lien avec une certaine réalité naturelle. Cette absence de limite est géniale pour celui qui profite de la monnaie qu'il reçoit immédiatement. Mais quand cette absence de limite se transforme en esclavage c'est moins drôle. Ça veut dire qu'il n'y a aucune limite au remboursement d'une dette exponentielle !

On en arrive à être totalement prisonnier d'une dette.
On en arrive parfois à avoir tout ce qu'il faut, des ressources matérielles et des humains pour accomplir un travail, mais pas les chiffres nécessaires pour payer ce travail.

Donc pourquoi le chômage existe si la seule chose qui manque c'est des chiffres ?
C'est la chose la plus simple à créer !

C'est selon ce constat que plusieurs systèmes sont apparus au cours de l'histoire pour qu'une communauté puisse reprendre sa destinée en main.

Expérience de Wörgl

L'expérience la plus connue est certainement celle de Wörgl en Autriche en 1932. En plein crise des années 1930, le chômage était très élevé et pourtant la ville avait plein de travaux à faire et plein de gens ayant du temps.

C'est là que le Burgmestre de Wörgl, inspiré par la théorie de Silvio Gesell décida de mettre en place une monnaie locale. Le terme de monnaie étant prohibé par la loi c'est le terme de "certificat de travail" qui a été utilisé.

Cette monnaie avait la particularité d'être fondante. Il fallait payer un timbre en monnaie officielle pour que le billet en monnaie locale soit valable. Cette particularité a accéléré la circulation de la monnaie.

La mise en place de cette monnaie locale a permis de faire baisser de 25% le chômage local, alors que dans la même période il a augmenté de 20% dans le reste de l'Autriche.

Le système a tellement bien fonctionné qu'il a été interdit !

On ne remet pas si facilement en cause le pouvoir de celui qui émet la monnaie !

Ceci fait totalement écho avec les MLC, les Monnaies Locales Complémentaires. Dont on voit un grand essor dans les années 2010, surtout suite au film "Demain".

L'énorme avantage d'une Monnaie Locale Complémentaire "nantie". C'est le fait de pouvoir doubler la masse monétaire. En recevant un billet de monnaie officielle, on peut garantir un billet de monnaie complémentaire. On a ainsi deux billets.

Ce principe a été utilisé par la Banco Palmas au Brésil pour dynamiser l'économie d'un quartier pauvre. Cette monnaie locale a par exemple permis la construction d'une école. Un fond a été collecté en monnaie officielle pour créer l'école. Cette monnaie a été utilisée pour garantir son équivalent en monnaie locale. L'essentiel de la construction a pu être fait en monnaie locale. Seule 30% du fond de base en monnaie officielle a dû être utilisé pour payer ce que la communauté locale n'arrivait pas à fournir. Ainsi on observe qu'une monnaie locale peut créer un bon effet de levier.

Cependant, vu le succès grandissant des Monnaies Locales Complémentaires. La France s'est dotée en 2014 d'une loi sur les Monnaies Locales Complémentaires qui interdit de toucher au fond de garantie qui doit rester sur un compte en banque. Ainsi on bride une des fonctions les plus intéressante de monnaies locale complémentaire et on permet aux banques commerciales d'augmenter leur potentiel de crédit. Ce qui généralement va à l'encontre des chartes des MLC.

Encore une fois, il est dur de s'émanciper de celui qui crée la monnaie.

Du Colonials scrips au Continental Dollar

Voici un autre exemple de communautés qui ont créé leur propre monnaie. Il s'agit des colonies anglaises des USA avant les USA. Ces colonies utilisaient des "colonial scrips". Chaque Etat utilisait une monnaie différente.

Dans les colonies lointaines, les pièces des monnaies métalliques étaient rares. C'est pour cette raison que l'État du Massachusetts a été le premier à émettre du papier monnaie. Une lettre de change adossée sur la dette publique et gagée sur la terre.

Ainsi le gouvernement pouvait couvrir ses frais directement en créant de la monnaie. Puis par l'impôt le surplus de monnaie est détruit. C'est le principe du "chartalisme".

Les différents États géraient plus ou moins bien leur monnaie. Les États du sud plus souvent en guerre ont subi une plus forte inflation. La Pennsylvanie semble avoir été l'état qui a le mieux géré sa monnaie en oubliant pas de la détruire régulièrement. Sur 50 ans le cours du "Pennsylvania Pound" est resté stable en regard du cours de l'or.

Le 19 avril 1764 le parlement anglais vote le currency Act, une loi interdisant aux 13 colonies de créer de la monnaie. C'est un des facteurs qui a mené à la guerre d'indépendance des USA.

Cette guerre a été financée par une autre monnaie créée pour l'occasion en 1775 par les "Colonies Unies", il s'agit du "Continental dollar".

Cette monnaie a été massivement imprimée pour financer la guerre, et de fait elle subit une forte inflation durant ces 6 années d'existence. Mais néanmoins on peut se poser la question de l'issue de cette guerre sans avoir eu ce financement ?
(La France a également beaucoup financé la révolution américaine, ce n'est pas uniquement le continental dollars qui a suffi)

Assignats de la révolution Française

Quelques années plus tard, en 1790 en France on retrouve un même type de monnaie papier créée pour financer une révolution. Il s'agit des "assignats".

L'Etat français a besoin de liquidité. Il confisque les biens de l'église par assignation (d'où le nom des assignats) et veut les vendre. Mais le processus prend du temps. Pour avoir des liquidités, l'idée est de vendre des titres qui représentent cette vente future.

Les comités révolutionnaires impriment des assignats, et pris au jeu de cette monnaie gratuite, en imprime beaucoup et négligent souvent de les détruire comme il était prévu.

De plus, les ennemis de la révolution impriment aussi des faux assignats afin de faire effondrer le système. Il y a un atelier très efficace à Londres.

Ce système a duré également 6 ans, tout comme le Continental dollar. Là aussi on peut se questionner sur le bilan. Cette monnaie n'a pas été durable, mais en temps de révolution c'est un outil très utile pour changer un système en place.

L'observation que l'on peut faire sur ces monnaies fiduciaires d'État. C'est que la gouvernance de cette monnaie est un point critique. Un gouvernement qui imprime trop de monnaie et/oui qui néglige de la détruire va rapidement faire effondrer sa monnaie.

La monnaie fondante de Wörgl ne semble pas avoir subi de problème d'inflation monétaire. Peut être grâce à son caractère fondant qui "détruit" une monnaie qui n'est plus nécessaire. Ce n'est pas avéré, mais c'est une piste intéressante.

Crédit mutuel

Le système bancaire majoritaire de nos jours crée de la monnaie par le crédit bancaire. Il s'agit d'une personne qui va présenter un projet à son banquier. Si ce dernier trouve que le projet est rentable et intéressant pour lui, il crée la monnaie en échange du remboursement avec intérêt en plus.

Il se trouve que l'accès au système bancaire n'est pas égal pour tout le monde. Comme le dit l'adage. "On ne prête qu'aux riches". Plus on est proche du robinet, plus l'accès aux liquidités est facile.

Ainsi à contrario, plus on est loin des banques moins il y a de monnaie. Ce n'est pas pour rien que les villes de Genève et Zurich sont les plus chères du monde. Ce sont des places financières internationales avec une grande densité de banque.

Donc comment créer des chiffres quand on est loin d'une banque ?

Raiffeisen

Friedrich Wilhelm Raiffeisen a créé en 1849 la "Société de secours aux agriculteurs impécunieux de Flammersfeld" afin de renforcer la coopération financière dans les communautés rurales. Il a créé une forme de banque coopérative locale au beau milieu des campagnes, là où les grandes banques commerciales liées à l'industrie (comme on l'a vu ci-dessus) ne sont pas.

Le mouvement de coopératives bancaires "Raiffeisen" va se propager en Allemagne, Autriche, Suisse (vers 1900) et en France sous le nom de "crédit Mutuel" ou "crédit agricole". (un nom à consonance Allemande ne passant pas bien après la guerre de 1870...)

Le but est principalement de faciliter l'accès au crédit pour les agriculteurs et ainsi éviter d'avoir recours à des usuriers. Ceci est possible grâce à la mutualisation. Au lieu d'avoir un seul banquier qui assume les risques de crédit, avec le "crédit mutuel" c'est toute une communauté qui assume les risques. Chacun est ainsi sautant créditeur que débiteur.

La banque du peuple

Également en 1848-1849, Pierre Joseph Proudhon lance son idée de Banque du peuple. Le but étant de réaliser une véritable démocratie économique grâce au crédit mutuel et gratuit grâce à une suppression progressive du taux d'intérêt, ainsi qu'un découplage d'avec l'or.

Le lancement de la banque va échouer malgré un grand intérêt populaire. Ceci à cause du manque de fonds propres nécessaires pour remplir les obligations légales. La raison est due plusieurs amendes qui grèvent les actifs du journal "le Peuple" qui devaient servir de fonds propres.

La banque WIR

En 1934, la Banque WIR est créée en Suisse, inspiré par les théories de Silvio Gesell. Le "Franc WIR" est une monnaie utilisable dans un réseau de ~60 000 entreprises. Le Franc WIR n'est pas convertible en Franc Suisse. C'est un crédit mutuel.

Depuis 1948, le WIR n'est plus une monnaie fondante, et depuis 1952 le modèle de "monnaie franche" (aussi appelée "économie libre") de Silvio Gesell a été abandonné, ouvrant la porte au crédit avec intérêt.

Les SEL

Les Systèmes d'Echange Locaux sont souvent organisés comme un crédit mutuel basé sur une unité de temps. (bien que certain SEL on des unités de mesures non liées au temps)

Chaque personne qui "rend un service" à une autre personne comptabilise sont temps et ainsi obtient le droit d'avoir le même temps à disposition pour un autre service offert par quelqu'un de la communauté.

Ce système est un véritable système économique parallèle et en cela il dérange aussi.

En 1996, un procès se déroule contre 3 personnes du SEL d'Ariège pour avoir fait du "travail clandestin, hors taxe". Les SEL sont tolérés par l'administration fiscale tant que l'échange reste de l'ordre du "coup de main". Si l'échange est régulier il est soumis à l'impôt.

Les SEL sont donc condamnés à rester marginaux.

Puissance du crédit mutuel

L'idée de mutualiser les ressources d'une communauté pour se créer une chambre de compensation commune est très puissante. Le principe des reconnaissances de dettes entre individus se retrouve déjà sur les bâtons de comptage et même les tablettes d'argile. Mais ce sont à chaque fois des dettes entre un binôme d'individus.

Mutualiser toutes ces reconnaissances de dettes dans un même système économique commun permet de faciliter les échanges.

L'avantage du crédit mutuel c'est qu'il n'y a pas d'inflation monétaire possible. Vu que "la masse monétaire" est créée lors d'une transaction réelle et pas en amont déconnecté de la réalité.

Un des gros avantages du crédit mutuel est la facilité d'accès au crédit. C'est en général la raison principale de la création de ce genre de système. Il y a néanmoins un risque pour la communauté. Ainsi de nombreuses communautés ont mis en place une limite de consommation à crédit. C'est surtout le cas quand il n'y a pas d'intérêt sur le crédit comme dans les SEL.

Dans les systèmes Raiffeisen et WIR un intérêt existe sur les crédits. C'est en général une manière de rémunérer la gestion du système.

Le systèmes Raiffeisen (et assimilé comme Crédit Mutuel et Crédit Agricole) n'est plus à considéré comme un crédit mutuel. Ce sont maintenant des banques commerciales comme d'autres il n'y a plus de réelle différence. La principale étant la forme juridique de la société, une coopérative. Ceci est principalement dû à deux facteurs:

  • la convertibilité de la monnaie de la communauté dans toute autre forme de moyen de paiement. (ainsi on met en concurrence les substituts monétaires issus d'une coopérative avec ceux issus du crédit bancaire )
  • les taux d'intérêt bancaires qui sont devenus tellement bas, voir négatif que l'avantage de la mutualisation ne se voit plus.

Les cryptomonnaies

En 2009, le monde encore sous le choc de la crise bancaire et financière de 2008 découvre le Bitcoin. La première crypto-monnaie basée sur une blockchain.

Le Bitcoin ne faut rien. Ce sont des jetons virtuels générés par un algorithme pour rémunérer les gens qui font "tourner" un nœud qui vérifie le réseau de transaction.

Des geeks essaient de dépenser leur Bitcoins, en 2010 l'un d'eux deux pizzas pour 10 000 bitcoins.

Puis en quelques années, des bourses d'échanges sont mise en place pour acheter des Bitcoins contre des dollars (ou autre). Gentiment le Bitcoin prend de la valeur jusqu'à passer les 10 000 $ en 2017.

Dans son code monétaire, le bitcoin n'a absolument rien d'innovant. C'est un jeton valeur au même titre qu'une pièce métallique.

La masse monétaire est fixée à l'avance et limitée à 21 millions de Bitcoins.

Là où le bitcoin est révolutionnaire c'est dans le fait que sa gouvernance est décentralisée. C'est un réseau de nœuds. Le bitcoin est un protocole. Tant que 51% des nœuds qui gèrent le réseau ont intérêt à ce que le protocole soit suivi, tout fonctionne. Le ou les concepteurs du bitcoin est toujours inconnu.

Ces facteurs font que le bitcoin est impossible a arrêter. Il n'y a aucune personne ou organisation centrale que l'on peut faire passer devant un tribunal.

On a donc là un véritable contre-pouvoir monétaire aux systèmes dominants.

La sécurité du bitcoin se base sur l'accès à l'énergie. En effet, pour pouvoir ajouter un bloc de transactions à la base de données globale, (et être ainsi rémunéré avec de la création monétaire) il faut être le premier à présenter une "preuve par le travail". Cette preuve consiste à avoir trouvé un "hash", sorte de signature-résumé d'un bloc de données, qui commence par un certain nombre de 0. Ceci ne peut se déduire mathématiquement. Il faut donc réaliser des essais au hasard jusqu'à trouver la bonne solution. On est dans l'ordre de grandeur de 200 milliards d'essais. Ce qui représente une certaine quantité d'énergie et rend le bitcoin pas très écologique.

Comme tous les blocs contenant l'historique des transactions sont chainés depuis l'origine. Celui qui veut tricher et imposer sa version de l'historique doit être capable de tout recalculer depuis le moment où il veut tricher. Ainsi il doit mettre exponentiellement plus d'énergie dans l'opération que ce qui a déjà été mis. Comme avec le bitcoin on est aux limites physiques des vitesses de calcul actuelles. C'est une opération virtuellement impossible et probablement non rentable économiquement.

La spéculation qui s'est emparée du bitcoin en fait un outil de mesure très instable. Et de par se fait très peu utilisable pour des paiements courants.

Il y a de nombreuses alternatives et variantes du bitcoin qui ont été créées, mais aucune n'a détrôné l'original.

Plus haut nous avons vu que les banques commerciales sont intrinsèquement liée au monde industriel.

Tant que les organisations les plus puissantes du monde étaient des organisations industrielles, les banques étaient fortes. Mais avec la désindustrialisation du monde occidental et la montée en puissance des entreprises liées à l'ère de l'information (les GAFAM), le monde des banques perd de sa puissance.

Il se pourrait bien que, tout comme les marchands ont demandé aux seigneurs féodaux leur part du pouvoir, les GAFAM demande leur part du pouvoir en créant des alternatives monétaire aux banques commerciales et centrales.

C'est ce que l'on commence à voir avec Facebook qui a lancé son projet de monnaie Libra, basée sur une blockchain de 100 nœuds gérés par des milliardaires et des institutions financières.

Facebook, avec Whatsapp et Instagram dispose d'une base de 5 milliards d'utilisateurs !

L'idée c'est une monnaie basée sur un panier de devise. Ainsi on résout le problème de stabilité de l'unité de compte trop volatile que l'on a dans le bitcoin.

Mais ceci n'est pas encore fait. Les autorités de surveillance des banques (affiliées aux banques elles-mêmes) ne sont pas d'accord et demandent une segmentation de Libra en plusieurs monnaies par continent ! Le monde des banques n'est pas encore mort !

Nécessité d'un système de retour à l'équilibre

Une observation dont on parle peu, mais qui est une constante dans l'Histoire, c'est la remise à zéro du système.

Dans tous les systèmes économiques depuis la nuit des temps. Que ce soit explicitement conçu ou non, il y a TOUJOURS un système de remise à zéro…

Parfois le système de retour à l'équilibre et intégré dans le système et parfois c'est l'effondrement du système qui de facto le ré-initiatilise.

Avec le "don dans une communauté de confiance", quand le temps passe, la mémoire humaine devient floue, automatiquement on oublie et remet à zéro nos reconnaissances de dette mutuelles.

Quand t'as pas été boire un verre 🍻 avec tes potes depuis longtemps, tu ne sais plus qui avait payé la dernière tournée et qui ne l'avait pas encore fait.
Il y a retour à l'équilibre naturel dans le fonctionnement humain. Le taux de retour à l'équilibre est cependant différent selon les personnes. Il y a des personnes plus ou moins rancunière, plus ou moins confiante. Celles qui lâche prise et celle qui pensent que "les bons comptes font les bons amis", vraiment ?

Quand on passe dans un système plus formel comme celui de la comptabilité sur tablettes d'argiles sumériennes. Très vite des soucis de dettes et d'esclavage pour dette apparaissent.

Graeber, nous dit que les sumériens trop endettés finissaient pas s'échapper dans le désert et se regrouper en hordes vivant de razzias sur les villes. Quand le problème n'est plus marginal, les souverains sumériens ont du trouver une solution.

Ainsi c'est en –2450 que le Roi sumérien de Lagash, En-metena crée la première annulation de dette connue de l’histoire. Le mot sumérien est "ama.ar.gi" qui signifie littéralement "retour à la mère". C'est un retour à l'état d'origine. Ce mot est souvent traduit par "liberté".

On a encore la trace de cette tradition d'annulation de dette dans la notion de Jubilé biblique qu'on trouve dans le lévitique. Tous les 7x7 ans, toutes les dettes sont annulées et tous les esclaves pour dette rentrent dans leur clan.

La fameuse pierre de rosette qui a permis de déchiffrer les hiéroglyphes égyptiens parle d'une annulation de dettes.

Durant le moyen âge les nombreux changements de systèmes monétaires ont agit comme des systèmes de retour à l'équilibre, de remise à zéro.

Les grandes périodes d'hyperinflation ont souvent servies à remettre à zéro les dettes. C'est le cas de l'hyperinflation de 1923 en Allemagne qui a permet de faire fondre les dettes et repartir à neuf.

En 1948, rebelote en Allemagne la Währungsreform refait un retour à l'équilibre pour passer au Deutsche Mark. En une semaine les Allemands de l'ouest doivent changer leur monnaie. Le taux est de 1:1 pour les 40 premiers reichsmarks, puis de 10:1 pour les suivants.

Au lieu de provoquer un retour à l'équilibre par surprise, on peut l'intégrer le principe dans le code monétaire. Ainsi tout se passe en douceur. Une des techniques existante, c'est de faire fondre la monnaie. Elle perd de la valeur avec le temps qui passe.

La monnaie fondante de Silvio Gesell fonctionne très bien pour faire tourner une économie au quotidien. Mais il n'est pas possible de thésauriser une monnaie. Si une personne conserve de la monnaie son pouvoir d'achat diminue.

Les riches n'ont donc aucun avantage à la monnaie fondante. C'est peut être une des raison de l'interdiction de la monnaie fondante à Wörgl en 1934.

Les banques centrales ont de nos jours pour mission principale la stabilité des prix et par conséquent d'éviter l'inflation. C'est une mesure qui profite surtout aux riches.

L'inflation agit comme de la monnaie fondante, la monnaie perd de sa valeur avec le temps. Durant la période de 30 glorieuses, l'inflation était élevée, mais le pouvoir d'achat conservé grâce à l'indexation des salaires sur l'inflation (En France jusqu'en 1983). C'est ainsi que les pays dévastés par la deuxièmes guerre mondiales se sont reconstruit à faible coût.

Depuis la fin des 30 glorieuses, il existe un indicateur dans les pays de l'OCDE qui s'appelle le NAIRU, c'est le "Taux de Chômage n'accélérant pas l'inflation".

Contrairement au discours courant, les politiques ne visent pas à réduire totalement le chômage, mais plutôt à atteindre le taux du NAIRU. Ceci pour éviter de déclencher l'inflation. C'est donc une politique consciente de conservation de la dette, de la fortune des riches et d'empêchement de l'accès à l'emploi de l'entier de la population.

Dans l'égypte antique on fonctionnait avec 2 systèmes parallèles, on avait des unités des comptes fixes (métaux, étoffe, céréales et huile) et des moyens de paiement divers. Mais surtout des moyens facile à produire comme le grain de céréale, le pain, la bière….
Ce sont des monnaies fondantes. Le grain ça pourri.

Si l'on sort du monde virtuel de la monnaie et que l'on observe le monde réel on constate que tout ce qui n'est pas vivant à tendance à se dégrader avec le temps. Les maisons tombent en ruine, la nourriture non consommée pourri, les vêtements s'usent, etc....

Sur un plan physique le second principe de la thermodynamique, l'entropie fait que la qualité de l'énergie disponible diminue dans le temps. De l'énergie utile à la base va se dissiper en bruit et chaleur irrécupérable.

Donc si l'on veut faire une équivalence entre la monnaie et les biens et services qu'elle permet de rendre accessible, il est nécessaire de faire fondre la monnaie au même rythme que les biens échangés.

Ainsi forcément vouloir garder une dette sur le long terme ça ne marche pas. C'est la loin de l'entropie qui veut ça.

Tôt au tard l'entropie fera son œuvre et les dettes disparaitrons….

Enseignements de l'Histoire

L'histoire ne sert à rien si elle ne nous enseigne pas, si nous n'apprenons pas de nos erreurs. Donc que peut ont tirer comme enseignements de l'histoire des systèmes économiques ?

  • Les systèmes économiques qui ont duré le plus longtemps sont ceux dont on parle le moins ! (don dans une communauté de confiance, Etat agraire organisé en maisonnée, haut moyen âge)
  • Il est tout à fait possible de séparer l'unité de compte des moyens de paiement.
  • On observe qu'il y a toujours système de retour à l'équilibre, de remise à zéro des dettes qui apparait, qu'il soit intégré dans le système économique ou qu'il arrive à l'effondrement du système.
  • Pour gagner une guerre ou une révolution, créer de la monnaie est une bonne technique à cour terme (~6 ans). (mais pas à long terme)
  • L'adoption d'une monnaie ne se fait pas naturellement. Un type de monnaie est utilisé car il est imposé par l'impôt. On a ainsi une concurrence entre différentes formes de monnaies. Les "substituts monétaires" des banques commerciales sont plus utilisés que les Monnaies Locales Complémentaires car ils sont acceptés pour le paiement des impôts.
  • Si ce n'est pas l'impôt qui impose un moyen de paiement, ça peut aussi être un créancier. C'est lui qui décide si le crédit est remboursé ou non.
  • La dette est un puissant moteur de contrainte. Le débiteur va placer le remboursement de son crédit à la tête de ses priorités. Même si ça va à l'encontre de ses valeurs. (génocide, pillage, mise en esclavage, destruction écologique, etc...) L'explication morale d'acceptation de la dette semble être la tendance humaine à vouloir retrouver une situation d'équilibre dans les relations individuelles entre humains. (être prêt à sacrifier les autres, le monde et la vie en général pour un retour à l'équilibre entre 2 parties.)
  • La "confiance" est le maître mot des systèmes économiques. (son opposé étant la peur) La confiance se déplace, de sa propre confiance en l'avenir, en sa famille, en sa communauté, jusqu'à s'incarner dans une écriture comptable sur tablette d'argile, bâton de comptage, base de données informatique, blockchain, ou dans un objet: lingot d'or, pièces de monnaie, coquillage. La confiance réside parfois dans une institution et ses symboles, l'allégorie d'un État sur une pièce de monnaie, la cravate du banquier d'une banque de confiance.
  • Toute reconnaissance de dette peut se transformer en moyen de paiement. C'est un contrat entre deux parties. Il est très fréquent que l'on ne rembourse jamais les dettes, mais qu'on paie en transférant une reconnaissance de dette. Suivant les personnes et les époques, une reconnaissance de dette a plus de valeur qu'une autre.
  • La centralisation ou la décentralisation de la création de la nouvelle monnaie détermine qui aura le pouvoir dans le système concerné. Un seigneur seul habilité à créer de la monnaie peut vivre de son pouvoir de seigneuriage. A l'opposé dans un crédit mutuel tout le monde détient dès le départ un potentiel de création monétaire.
  • Il est nécessaire de garder un équilibre entre la quantité de signe monétaire en circulation et les biens et services qu'ils représentent (la vraie richesse). La régulation peut se faire naturellement en utilisant comme moyen de paiement des marchandises utiles à tous, qui peuvent potentiellement être créée par tous, mais que personne ne peut créer en quantité infinie. C'est l'exemple du grain de céréale.
    Le crédit mutuel pose une égalité stricte entre les biens et services et les signes monétaires qui les représentes. On ne peu avoir un signe monétaire que lors d'une transaction effective. Il n'y a pas de "monnaie" créé en amont des échanges. Ça c'est le pire moyen de régulation. Surtout si il est centralisé c'est un déséquilibre total des pouvoirs.
    On trouve encore des autres méthodes de régulation comme l'algorithme du bitcoin qui prévoit 21 millions de bitcoin avec une création étalée dans le temps.

Les 7 points à ne pas négliger pour créer une épicerie coopérative participative

Dernièrement partout autour de moi j'entend parler des créations d'épicerie coopératives participatives...
.... et du coup j'ai franchi le pas et fait partie de l'épicerie Chez-Emmy.

Mais qu'est-ce que c'est vraiment ? Pourquoi un tel engouement soudain ? Qu'est-ce que ça change vraiment par rapport aux 2 géants orange qui dominent le marché Suisse de la grande distribution ?
Coop et Migros sont déjà des coopératives pourquoi réinventer la roue?

J'ai eu l'occasion dernièrement de participer à une réunion organisée par AGRIDEA qui rassemblait plein d'acteurs d'épicerie coopérative participatives de Suisse Romande.

reunion-agridea-epicerie-cooperative-participative

C'était très intéressant. Ça a été l'occasion de faire un forum ouvert afin de discuter et d'échanger autour des principales préoccupations et questions autour de la création d'une épicerie coopérative participative.

Nous allons voir ci-dessous les points les plus importants qui ont été soulevés, ça peut être intéressant si tu a envie de créer une épicerie coopérative participative.

forum-ouvert-agridea-epicerie-cooperative-participative-questions
Avec des bons yeux on devine les questions du forum ouvert...

Une épicerie coopérative participative c'est quoi ?

Une épicerie, c'est un petit magasin, quand il devient grand c'est un super marché ! 😜 .. mais le même modèle peut s'appliquer c'est pas là la différence.

Aperçu de l'épicerie Chez-Emmy

Une coopérative c'est une forme juridique d'organisation dans laquelle des personnes achètent une part, elles sont donc propriétaire de l'organisation, de l'entreprise, en l'occurence de l'épicerie.

La particularité de la coopérative par rapport à la société anonyme, c'est que dans une coopérative c'est toujours 1 personne = 1 voix. Ainsi ce n'est pas le plus riche qui dirige.

cercle_de_chaise_rouge coopérative
Dans une coopérative chaque personne a 1 seule voix même si elle détient plusieurs parts.

Participative ? C'est bien là pour moi la principale différence. En effet, en Suisse le marché de la grande distribution est déjà dominé par les deux grosses fédérations de coopératives que sont Migros (37%) et Coop (35%).

Dans une épicerie participative, les coopérateurs s'engagent à travailler 2h-3h par mois pour assurer le fonctionnement de l'épicerie.
(La durée varie selon les coopératives, les tâches aussi. Pour le gros des gens c'est tenir l'épicerie pendant les heures d'ouverture, pour d'autres c'est participer aux tâches de soutiens et parfois à des événements spéciaux.)

C'est ce travail en nature qui permet de baisser nettement les prix, de l'ordre de 25% et/ou de consommer des produits bio et locaux pour un prix très raisonnable. (La marge prise par les épiceries coopérative participatives est de 20% à 30%, mais de combien est la marge d'un magasin "normal" ? Il semble que Migros a des marges brut de 40% , mais les marges dans le bio sont plus élevées ?, si c'est ça on est bien dans le 25% de rabais pour une épicerie coopérative participative.)

Voici une comparaison de prix qui a été faite en octobre 2019 entre les prix de Migros, Coop et l'épicerie Chez-Emmy.

On voit que dans la catégories produits bio, l'épicerie participative. est quasi systématiquement moins chère.

Ce mouvement mondial de coopératives alimentaires participatives a comme origine la coopérative Park Slope Food Coop, située à New York qui a été créée en 1973 et qui a de nos jours ~16 000 coopérateurs.

Le film Food Coop raconte l'histoire de cette coopérative.

Voici un petit documentaire sur la Park Slope Food Coop pour entrer dans le vif du sujet.

Les 7 points importants pour la création d'une épicerie coopérative participative

Maintenant que l'on sait ce qu'est une épicerie coopérative participative, entrons dans le vif du sujet des points importants auxquels les épiceries coopérative participatives sont confrontés:

  1. Quelle est l'intention, la vision de le but d'une épicerie coopérative participative ?
  2. Comment organiser la gouvernance d'une épicerie coopérative participative ?
  3. Quel moyen de communication utiliser avec les coopérateurs, comment gérer les membres de l'épicerie participative ?
  4. Quels moyens de paiement utiliser ? Est-ce que l'on a vraiment besoin d'une caisse dans une épicerie coopérative participative ?
  5. Les producteurs qui vont alimenter les rayons de l'épicerie, comment les trouver ? Quelle marge financière pratiquer sur les produits ? (Comment ne pas concurrencer ses propres fournisseurs !?!)
  6. Quel assortiment de produits avoir ? Comment gérer son stock ?
  7. Comment financer la création de son épicerie coopérative participative ? Don, crowd-funding, subvention ?

1: Buts de la création d'une épicerie coopérative participatives

En discutant avec les gens, j'ai découvert que les intentions fondatrices des différentes épiceries coopératives participatives ne sont pas toutes les mêmes !

Une foule de labels.... reflets de pleins de valeurs.

Quelles valeurs sont prioritaires ? Local ou bio ?

Les priorités ne sont pas forcément les mêmes en ce qui concerne l'éthique de consommation, même si globalement ça se rejoint.

C'est quoi le plus important bio, local, bon marché, sans emballage ?

A ce propos voir le livre de mon pote Lucien qui a tenté de répondre à la question: Que choisir entre une carotte non-bio locale et une carotte bio de l’étranger ?

save-farmer-eat-local-manger-local
  • Est-ce que le fait d'avoir une charte de consommation est un frein à la bonne marche de l'épicerie ?
  • Est-ce qu'au contraire la charte est ce qui marque clairement la différence et considéré comme un plus ?

Les différentes expériences faites dans les coopératives les plus anciennes comme Park Slope à New York (plusieurs décennies d'expérience) montrent que la charte de valeur est plutôt un frein à la mixité sociale, à l'inclusivité de tous.

Ceci car les produits bio sont régulièrement plus chers. Si l'on a que du bio, on risque de se couper de gens qui iraient ailleurs juste pour des questions de prix.

De plus le fait d'avoir un assortiment restreint par rapport à une grande surface où l'on trouve tout peut être un frein au succès d'une épicerie coopérative participative.

Le sujet de l'assortiment sera traité en détail ci-dessous.
De plus, il y a une section qui traite de l'Equilibre entre l'inclusivité et la "pureté" de l'offre dans les les annexes p41 du manuel des membres de la Louve... pdf

Il vaut donc la peine de bien clarifier les intentions de base des coopérateurs pour être sur la même longueur d'onde durant la durée du projet ! Ça peut éviter beaucoup de conflits et d'incompréhensions !

La technique du photolangage peut être utilisée pour expliciter les intentions des membres d'un groupe. Chaque personne prend une image qui lui plait et explique pourquoi elle a rejoint le groupe, qu'est ce qui la motive dans ce projet...

Clarifier et aligner les intentions du groupe.

Ouvert à tous clients ou juste aux coopérateurs ?

Il y a aussi des différences importantes dans le mode d'organisation communautaire. Il y a des épiceries participatives qui sont ouvertes à tous les clients et des épiceries participatives qui sont réservées aux coopérateurs.

Parfois il y a même une notion d'amis, de sympathisant ou bénévole occasionnel de l'épicerie qui offre des rabais.

Il y a aussi des épiceries qui fonctionnent uniquement avec des coopérateurs bénévoles et d'autres épiceries ou plutôt supermarchés (car la taille à son importance !) qui engagent des salariés.

Selon les choix ça change passablement l'organisation, la gouvernance, mais aussi les marges qui peuvent être pratiquées, et en conséquence les prix. (des marges qui s'échelonnent entre 30%, 25% et 20% suivant le statut des clients)

Juste consommer et payer... ou aussi participer à un projet ?

Personnellement, ma préférence va au système le plus simple. Soit un système avec un seul type de personne: des coopérateurs.

Et une épicerie réservée aux coopérateurs. Comme on le verra ci-dessous, ça simplifie la gouvernance, le système de gestion, le calcul des prix, ça permet des marges plus faibles et donc des prix plus bas.

De plus, comme je l'explique en fin de cet article, sur le long terme, je pense que c'est ce modèle simple, fermé et petit qui est le plus durable et révolutionnaire !

2: Quelle forme de gouvernance choisir pour une épicerie coopérative participative ?

La manière de s'organiser est très importante pour faire un projet durable. D'autant plus un projet en communauté dans lequel chacun est co-propriétaire de son magasin et de plus doit travailler dans celui-ci avec d'autres.

Vouloir faire de la mutualisation et du travail participatif bénévole, c'est vraiment rechercher la difficulté !

Ainsi, pour moi, une bonne gouvernance est nécessaire pour que le projet d'épicerie n'explose pas en vol !

Landsgemeinde_-_Glarus_2014_-_1
Landsgemeinde de Glaris. Chaque personne a 1 voix... comme dans les coopératives.
Est-ce que le vote est la meilleure méthode de décision ?

Le mode d'organisation est le reflet d'une vision du monde

Le sujet de la gouvernance est en pleine ébullition ces derniers temps. C'est aussi un de mes sujets favoris. Donc quand je vois qu'il est à l'ordre du jour dans une réunion à propos d'épicerie coopérative participative. Je suis très heureux.

La manière dont s'organise un groupe est le reflet de sa vision du monde. J'en parle abondamment dans mon article à propos de la spirale dynamique qui montre les 8 visions du monde principales qui cohabitent de nos jours.

spirale_dynamique

Est-ce que tu veux organiser ton épicerie comme une tribu ? un gang ? une administration ? une entreprise ? une association ? un réseau ? une holarchie ?

En fait le terme même de "coopérative" montre une appartenance à la vision du monde "verte" de la spirale dynamique. La vision du monde égalitaire, soit 1 personne = 1 voix peut importe le nombre de part.

Cette vision du monde est suffisamment ancienne pour qu'elle soit formalisée de façon juridique. Cependant il existe des épiceries qui sur la base de coopérative, s'organisent avec des modes de fonctionnement rattachés à une vision du monde plus récente, comme par exemple l'holarchie.
(Une holarchie est une hiérarchie de holon, le holon étant un tout en lui même, mais aussi une partie d'un tout plus grand. Le corps humain et ses organes fonctionnent ainsi !)

structure-en-holon-holarchie

Dans son livre Réinventing Organisations, Frédéric Laloux, décrit le fonctionnement de nouveaux types d'organisation. Ce livre est passionnant et inspirant.

Personnellement, ça m'a inspiré quelques idées sur la création de ce que j'appelle un écosystème, car on est au delà de la notion d'organisation.

livre reinventing organization frédéric laloux

L'organisation la plus courante d'une épicerie coopérative participative

En listant quelques manuels d'utilisateur et statuts d'épiceries coopératives, j'ai observé une certaine similitude entre les modèles d'organisation.

La structure de base est la suivante:

  • une Assemblée Générale qui regroupe tous les coopérateurs
  • un comité ou conseil d'administration élu par l'AG
  • un organe de révision des comptes. C'est une obligation légale.
  • de multiples, commissions ou groupe de travail, secteurs, etc à qui on délègues des tâches particulières.

L'assemblée générale est souveraine. Elle détient des pouvoirs qu'on ne peut lui enlever. Les décision se prennent au vote. Chaque coopérateur a une voix.

Le comité ou conseil est l'organe de direction. Il dirige la bonne marche de l'organisation pour toute les tâches qui ne sont pas du ressort de l'AG.

Les différents groupes de travail, secteurs, etc... effectuent les tâches qu'on leur a confiées. (gestion des coopérateurs, des commandes et producteur, des finances, des animations, du lieu du magasin, etc...)

Le mode de décision est intéressant. C'est en général quand il faut décider que ça coince !
Souvent par défaut, c'est le vote. Avec des variantes, à majorité simple ou qualifiée.

Le vote est très connu. Mais personnellement, je le vois comme un mode de décision violent qui opprime les minorités.
C'est l'évolution non sanglante d'une campagne militaire, on compte le nombre de soldat et l'armée qui a le plus de soldat a gagné. Sans combat.
Les mots sont révélateurs. On parle aussi de campagne de votation !

vote bataille sans violence

Il existe d'autres modes de décision qui sont plus inclusifs, qui permettent de créer du "nous", d'améliorer une proposition pour prendre en compte les avis.

La gouvernance partagée et les décisions par "Consentement"

Chez Système B, on trouve une notion de Consensus (art 37) pour les décision du comité.. C'est un mode de décision dans lequel il y a fréquemment des blocages. Ainsi en cas de blocage la décision est transmise à l'AG qui décide à la majorité simple.

Ce qui est très intéressant, c'est que dans la coopérative Chez Emmy on sent que les statuts ont été très inspirés de ceux de Système B... mais avec une différence de taille: le mot Consensus a été remplacé par Consentement.

  • le consensus, c'est tout le monde dit OUI
  • le consentement, c'est personne ne dit NON

A première vue ça parait identique, mais c'est très différent.

Avec le consentement on a pas besoin d'être POUR une proposition pour qu'elle soit acceptée. On peut dire: "Je ne suis pas pour, c'est pas utile.. ça sert à rien, mais je peux vivre avec.." C'est toute la différence qui débloque souvent des situations.

gouvernance-role-regles
Des rôles sont créé pas Consentement. Chaque personne qui incarne un rôle décide seule dans ce qui concerne le rôle. (et/ou par sollicitation d'avis)

Le processus de Gestion Par Consentement fonctionne en plusieurs étapes :

  • Une proposition est faite. (et on ne traite qu'elle)
  • Un tour de compréhension est fait. (histoire de comprendre les mots)
  • Un tour de réaction est fait pour que chaque personne donne son avis
  • Le proposeur peut retirer ou modifier sa proposition selon ce qu'il a entendu comme avis.
  • Un tour d'objection est proposé. Si quelqu'un a une objection, elle est testée. Elle ne peut être valable que si c'est une objection concrète réelle, pas une préférence, pas une peur irrationnelle, pas une autre proposition...
  • La proposition est acceptée quand toutes les oppositions sont levées.
  • Ne pas oublier de célébrer la décision 🙂

L'université du Nous propose une fiche pour aider à pratiquer le processus de gestion par consentement... (pdf), ceci parmi plein d'autres outils...

La coopérative EpiCoop a Vevey s'est aussi lancé dans la gouvernance partagée.

Donc il y a déjà quelques références chez qui se tourner pour comprendre comment ça marche.

Formations à la gouvernance partagée

Pour t'aider à démarrer dans la gouvernance partagée tu peux faire appel à ces gens que je connais:

  • Les Ateliers de l'instant Z
  • les Artisans du Liens (même si ils aiment parler de "gouvernance horizontale, alors que pour moi c'est pas horizontal si on fait une hiérarchie de holon !!")
  • L'Université du Nous (avec qui j'ai eu la chance d'être formé lors d'un très rare passage en Suisse en 2015) Vu son succès, l'UdN en collaboration avec les colibris a déjà organisé 2 MOOC à propos de la gouvernance partagée, c'est une manière de former plus de gens, mais pour avoir suivi le deux... la version en chaire et en os était nettement mieux !! (des webinaires intéressants...)
  • ... et du coté du mouvement citoyen de Morges et environs on fait aussi de la gouvernance partagée, quelques personnes qui veulent créer une épicerie participative ont été formée dans ce cadre là.... si besoin, me contacter 😉

3: Quels moyens de communication utiliser entre les membres de la coopérative ?

... Mais aussi comment gérer les membres ? Comment gérer le planning des horaires de travail des coopérateurs ?

Beaucoup de moyens de communiquer.. mais sans communiquer mieux !

Une des questions venue lors du forum ouvert organisé par AGRIDEA était liée à la communication interne entre les participants de l'épicerie participative.

Forcément quand il faut coopérer avec beaucoup de monde il est nécessaire de communiquer.

affiche-pouvoir-coopérer-abeille

C'est pas forcément évident. A notre époque, à l'ère de l'information, nous sommes submergé par les moyens de communication, mais ça ne veut pas dire qu'on communique mieux !!

Les grecs de l'antiquité avaient déjà tout dit... Ethos, Pathos, Logos.

L'essentiel de la communication passe par la posture de l'orateur, par les gestes non verbaux. 🙅‍♂️ 😎 

Puis, c'est l'émotion qu'on sens dans le ton de la voix qui fait une bonne partie de la communication, et enfin c'est les mots, le contenu logique.

Ainsi, utiliser un média écrit c'est couper la majorité de la communication. Plus de posture, plus de retour non verbal en direct, plus d'interaction. Il ne reste que la logique froide, des mots qui ont des connotations différentes pour chaque personne.

Heureusement, grâce aux smiley 😜😋😪🤔🤩😤😅🤣😇 on peut faire passer quelques émotions, un peu d'ironie, du second degré.... mais ça reste faible.

Conclusion: rien ne remplacer l'expérience humaine de se rencontrer physiquement.

psychologie des foules gustave le bon bruxelles apero du parlement europen
Apéro quotidien des employés du parlement européen à Bruxelles...

Mais il faut quand même avouer que d'autres moyens de communication sont pratiques, mais il est nécessaire de les utiliser en toute connaissance de cause et ce pour quoi ils sont fait.

Le e-mail reste encore et toujours le moyen le plus courant et fiable pour communiquer mais...

☎️Le téléphone, la voix c'est quand même bien. Son évolution la plus récente avec la visio conférence est pratique. Mais l'image n'est pas souvent nécessaire. C'est plus souvent une source d'ennuis technique qu'autre choses.

C'est le logiciel jitsi.org que je trouve le plus simple et le plus fonctionnel de nos jours. On en trouve encore d'autre instance comme celle de https://framatalk.org ou des colibris: https://www.colibris-outilslibres.org/services/visioconference-jitsi-meet/

Il suffit de choisir une adresse (url) et de l'envoyer aux autre participants ou d'utiliser régulièrement la même. Une fois mise dans la barre d'adresse de son navigateur web. C'est parti on est en conférence !

Le e-mail 📩c'est pratique pour la diffusion pour les notifications qui ne demandent pas d'interactivité.

Pour une lettre de nouvelles c'est l'idéal. Le e-mail est toujours et encore l'outil moderne le plus courant, le plus ouvert pour communiquer massivement une information.

Les messageries instantanées sont en plein boom. Whastapp, messenger, telegram, signal, et... Chacun de mes amis me dit que je devrai aller sur une autre.... et je me retrouve avec au moins 4 messageries différentes !!

📩👩🏼‍💻📷🔋📞🥐👨🏻‍💻🎥📱☕️

La loi de Metcalfe, dit que la valeur d'un réseau, son utilité dépend du carré de nombre d'utilisateurs. En effet, plus j'ai d'amis sur une messagerie, plus je vais choisir celle là, et plus ça va renforcer le fait que ce choix devient incontournable. Même si en soi c'est pas le meilleur outil !

Ces messageries instantanées c'est pratique, justement par ce que c'est instantané, qu'il y a de l'interaction. C'est simple à utiliser. On peut y faire des groupes et avoir toujours ses amis dans la poches. Mais quand le nombre de personnes augmente, ça devient vite la galère. Les notifications arrivent en masse. Ça demande quelques règles de base dans les conversations pour ne pas polluer la discussion.

Il faut des canaux/groupes réservés aux informations importantes nécessaires et d'autres pour les gens qui veulent discuter. Si on mélange, les infos importantes seront noyées dans la masse...

👮🏻‍♂️👩🏻👧🏼🧓🏻🧔🏻👱🏻‍♀️🧑🏻👨🏼👮🏻‍♀️

De mon expérience de personnes pas trop accro aux smartphones, je vois qu'il y a des messageries qui obligent à disposer du dernier smartphone à la mode... Whatsapp et Signal par exemple. Ainsi c'est rédhibitoire pour les amis "low tech". C'est un excellent moyen d'exclusion que d'utiliser ces messageries !
(whatsapp, c'est facebook, tout comme Messenger.. c'est fournir toutes ces conversations à ces gens... Signal, c'est hyper sécurisé, mais d'expérience pas très pratique par ce qu'en groupe, on ne voit que le numéro de la personne et du coup on est toujours ennuyé de savoir à qui on parle !! .... même pas une image ou un petit pseudo affiché par défaut. On est obligé d'avoir ajouté la personne à son carnet d'adresse et d'avoir communiqué en direct avec elle... pas top pour la communication de groupe)

logo telegram messagerie

Telegram, j'aime bien. C'est simple, ergonomique. On peut l'avoir sur un ordinateur de bureau sans avoir un smartphone en parallèle !! (ce qui me semble basique !! ... je comprends pas pourquoi whatsapp arrive pas à faire ça !)

Il est possible d'utiliser Telegram avec un pseudo sans montrer son numéro de téléphone. Telegram a été créé par le fondateur du réseau social russe VK.

J'entends souvent "Whatsapp c'est les américains, et Telegram les russes"... si le fondateur de Telegram est russe, il n'a rien à voir avec le gouvernement russe, justement il a créé Telegram car Vk est tombé aux mains du gouvernement russe.... et Telegram a été interdit en Russie car ses concepteurs ont refusés de donner la clé de décryptage au services secret russes ! Telegram est basé à Berlin.

Donc Telegram est pas trop mal pour respecter tes données privées, mais pas parfait. Le code client est openSource, mais pas le code serveur ! De plus le cryptage de bout en bout ne fonctionne pas dans les groupes !

Cependant c'est la solution de messagerie que je préfère. Il est possible aussi de faire des liens web pour rejoindre un groupe Telegram, ce qui est pratique pour les invitations.

Les outils de discussions pour organisations

Les messageries instantanées ont vite leur limite pour gérer plusieurs canaux avec plusieurs organisations. De plus pour retrouver une information dite par le passé et pointer une discussion en particulier c'est un peu la galère.

Il existe des outils, comme Slack qui permet d'aller un peu plus loin. Mais ce que je recommande c'est l'alternative OpenSource: Mattermost.

Mattermost est une application OpenSource que l'on peut installer chez soi. Ainsi on maitrise ses propres données. Il en existe aussi des instances associatives qui respectent la vie privée. C'est le cas de https://framateam.org et aussi de https://www.colibris-outilslibres.org/services/tchat-mattermost/

Personnellement j'utilise Mattermost dans 2 organisations et c'est très pratique. On peut faire des canaux de discussions différents pour des sous-groupes de l'organisation. On peut faire des recherches sur le contenu pour retrouver de vieilles discussions.

Dans le cas d'une épicerie coopérative participative, Mattermost c'est l'outil que je recommande pour les discussions entre les groupes de travail, les comités, conseils qui gèrent l'épicerie. (bien que je n'ai pas d'expérience directe de ce soft dans ce domaine... mais mes bonnes expériences dans d'autres domaines sont transposable.)

Résumé des outils recommandés pour communiquer en interne dans une épicerie coopérative participative

Pour diffuser des informations en masse en interne, mais aussi à l'externe (sympathisants..) La lettre de nouvelles par e-mail est le meilleurs outil.

Jusqu'à 2000 abonnés, l'outils https://mailchimp.com est gratuits ou 1000 abonnés pour le plugin wordpress MailPoet. Infomaniak a aussi un offre intéressante de mailing tarifée par pack de mail.

👩🏻👧🏼🧓🏻🧔🏻👱🏻‍♀️🧑🏻👨🏼

Pour faire communiquer les différents, comités, conseils, groupes de travail, ainsi qu'avoir une archive des conversations. Mattermost est le meilleur outil. Les instances de https://framateam.org et des Colibris sont simples et respectent la vie privées.

Pour les visio conférences, l'outil jitsi.org est le plus simple. Là aussi il y a des instances chez https://framatalk.org ou chez les colibris.

Pour s'organiser en général avec des outils en ligne, par exemple pour trouver une date de réunion (alternative doodle), écrire un pv collaboratif sur un pad, organiser un vote ou écrire une documentation sur un wiki, les outils libres des colibris ou les app collaboratives de framasoft. sont parfaits!

coopération

Pour juste discuter en ligne de façon informelle et/ou pour communiquer des informations importantes et urgentes (ex: j'arrive en retard à la séance de ce soir...), les messageries instantanées sont pratiques.

je recommande l'utilisation de Telegram qui fonctionne partout qu'on ait un smartphone ou pas. L'ergonomie pour groupe est bien. Il est possible de rejoindre un groupe via un lien web.

Mais il ne faut pas oublier que rien ne remplace une réunion physique en chair et en os ! (avec un apéro... 🍻🥂 un repas.. 🥐🍮🥗🍨)

Pour garder un certain esprit de communauté et crée du lien, il est intéressant d'organiser des grandes rencontres avec tout le monde régulièrement. (2 à 4 fois par an ?)

L'idées de proposer des activités en commun pour faire connaissance, mais aussi de l'informel pour juste le plaisir de se voir.

Bon, naturellement, le fait de venir faire ses courses au magasin va créer des rencontres!

communauté collaboration ExtendedCommunityCircle.png

Gestion des horaires de travail des coopérateurs dans leur épicerie participative

Le principe d'un épicerie participative, c'est justement de participer. Chaque coopérateur s'engage à travailler entre 2h et 3h (selon les épiceries) par mois, pour faire tourner le magasin.

La plage de travail des coopérateurs est appelée "vacation", "shift" ou "créneau horaire" selon les différentes coopératives.

Les horaires d'ouvertures sont très variables. Pour une épicerie, j'ai vu que c'est en général 2h par jours sauf le dimanche. Pour les supermarchés participatifs, j'ai vu des horaires de 6h à 22h, avec un peu moins les samedi et dimanche.

Ces horaires d'ouvertures sont décomposés en créneaux horaires qui sont occupés par les coopérateurs.

3 manières d'effectuer son service dans l'épicerie coopérative participative

Généralement il existe 3 manières d'effectuer son service dans une épicerie coopérative participative:

  • tenir le magasin pendant les horaires d'ouverture, pendant un créneau horaires régulier, chaque moi le même
  • faire partie d'une équipe volante, qui effectue des tâches ponctuelles et des remplacements.
  • faire partie de groupes de travail, comités, etc.. qui assurent le bon fonctionnement de l'épicerie sans forcément être sur place. (gestion des commandes, informatique, gestion des membres, formation, communication, animation, etc...)

La plupart des coopérateurs effectuent leur service en tenant l'épicerie pendant les heures d'ouverture.

Le planning est généralement réparti en 4 types de semaines: les semaines ABCD. Chaque semaine il y a une équipe différente qui gère le magasin.

Chaque coopérateur, lors de son arrivée dans la coopérative choisi un créneau horaire et l'occupe de la même manière toutes les 4 semaines, avec les mêmes personnes. (Avec des tâches différentes selon les heures, ex: accueil livraison, épicerie, nettoyage, etc..)

Ainsi l'équipe est stable. Elle est autonome et les gens se connaissent bien.

Si une personne a un empêchement, elle doit trouver un remplaçant pour le créneau horaire concerné. Si elle n'est pas présente elle est redevable de deux créneaux horaires !

Il y a de nombreuses, autres règles suivant les situations, jours fériés, congés parentaux, congé de plusieurs mois, etc...

Il y a là des explications détaillées dans le manuel du membre. Voici le manuel d'une petite épicerie participative et d'un grand supermarché participatif. En fait c'est très très similaire en terme de règles.

Ce qui change par contre c'est les outils utilisés qui ne sont pas pareils quand on gère 200 coopérateurs ou 8000 coopérateurs !

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Une coopératrice de supermarché participatif qui fait ses 3h de service... 😉

Outils informatiques de gestion de membres

Au point 4 on verra plus en détail des outils informatiques de gestion de l'entier des tâches de l'épicerie coopérative participative.

Ici on va juste voir brièvement les solutions de gestions des membres et du planning.

J'observe que dans les petites structures, c'est souvent google drive qui est utilisé. Un bon tableur et voilà, c'est fait, la structure de roulement des semaines ABCD de toute l'année sont faites à coup de copier coller.

Une colonne indique les horaires des créneaux, une autre le type de travail à effectuer, puis on ajoute autant de colonnes qu'il faut de personnes pour gérer l'épicerie, une ou 10 ?
Une colonne sert également à indiquer qui remplace qui. Mais on ne change pas le noms du coopérateur de base. Ainsi la structure par semaine reste la même.

Exemple de gestion des créneaux horaires dans un tableur.

Les coopérateurs sont indiqués à l'aide de leur numéro de coopérateur et de leur nom. Car suivant la définition du coopérateur ça peut être une personne, un couple, une famille... donc c'est pas forcément la même personne physique.

Cette solution du tableau a le mérite d'être très simple et facile à prendre en main pour beaucoup. Si l'on ne veut pas livrer ses données à google, il est possible de privilégier des outils libres comme le tableur FramaCalc.org

Dans les grands supermarchés coopératifs participatifs, j'ai observé l'utilisation du module Odoo FoodCoops dont on parlera ci-dessous au point 4.

L'épicerie L'éléfàn a Grenoble a aussi développé tout un logiciel pour gérer les membres et les créneaux horaires des membres.

Voici un petit aperçu de cette solution:

Mes observations me montrent que plus on veut un outil spécialisé bien fait, plus il est contraignant et plus il est compliqué d'y ajouter des exceptions.

Que faire pour ajouter un jour férié qui est régional ?
Dans mon tableau c'est juste la ligne qui disparait. Dans les logiciels spécialisés, il faut toute une interface de gestion des jours fériés car les créneaux horaires sont générés automatiquement.

Dans un tableur, les créneaux ne sont pas générés automatiquement, mais à coup de copier coller, c'est pas très long à faire.

La gestion des droits d'accès devient très complexe aussi. Dans les exemples ci-dessus avec des applications dédiées on voit que le communs des mortels peut juste savoir si un créneau et rempli ou non, mais pas par qui.

Alors que pour le tableur tout le monde a accès à tout. On voit là des politiques très différentes.

Personnellement, ma préférence va à ce qui est le plus simple. Vive le low-tech. (Finalement: un tableau dans l'épicerie suffit aussi ! même si c'est commode de l'avoir en ligne)

En mode Low-tech la tablette d'argile va très bien aussi... ou le calendrier mural ardoise.

4: Quels moyens de paiement utiliser dans une épicerie coopérative participative ?

.... ou dit autrement: est-ce que l'on a vraiment besoin d'une caisse ? 💰

C'était ainsi que c'était présenté lors du forum ouvert à la réunion organisée par AGRIDEA.

A modèle de clientèles différentes, modèles de payement différents

C'est lors de cette réunion que j'ai réalisé à quel point les épiceries coopératives participatives sont différentes les unes des autres !! ... et leur structures fait qu'elles seront très différentes pour les modes de paiements. 💰💳

Ainsi les épiceries qui sont ouvertes à n'importe quel public sont comme n'importe quel magasins, elles ont besoin de caisse, de moyens de paiements usuels qu'on retrouve partout, des terminaux de payement. (TPE) Il en existe des alternatives simples et pas cher, sans abonnements, pour faire des paiements avec des cartes de crédits usuelles et quelques cartes de débit... (MyPOS et SumUP)

Un tel modèle d'épicerie mixte de clients doit aussi gérer des prix qui sont différents selon les gens, coopérateur ou non. C'est toute une logistique non négligeable.

Puis il y a le modèle radical d'épicerie coopérative participative. Dans ce modèle il est nécessaire d'être coopérateur pour être client, pour y faire ses achats.

Dans ce cas là, la question se pose: est-il nécessaire d'avoir une caisse ?
→ Non, il n'est pas nécessaire d'avoir de caisse ni de terminal de paiement.

C'est par exemple ce qui se fait Chez-Emmy. Les coopérateurs ont un compte qui est débité en fin d'achat. Ils ont un compte à pré-paiement qui est réapprovisionné par des virements. (ou des paiements en ligne par carte de crédit)
On parlera ci-dessous plus en détail du logiciel de gestion de l'épicerie chez-emmy.

epicerie-cooperative-participative-solde-compte-achat
Ouf... 😅 mon compte est encore en positif...

Des guerres de religion dans le choix des outils informatiques de gestion d'épicerie coopérative participative

Evidemment il y a un moment où il faut choisir son modèle de clientèle, puis ses outils informatiques et là comme souvent entre geek, c'est la guerre de religion. On le voit très bien sur le forum du réseau de épiceries interCoops.

Il y a des gens qui veulent tout mutualiser et diffuser le même outil partout. Et ceux qui veulent développer leur solution adaptée à leur cas, à l'image de l'idée d'avoir une épicerie adaptée à leur vision du monde.

Si tu veux voir le détail voici le point de départ du wiki pour voir toute une discussion sur la mutualisation des outils informatiques pour les épiceries coopératives participatives.

Pour résumer les grosses tendances, en gros il y a le module Odoo FoodCoops basé sur l'ERP odoo qui est utilisé par la Louve à Paris, Bees à Bruxelles, la Fève du côté de Genève, Lille, Montpellier, Toulouse, etc...

C'est le gros outil standard qui fait tout, mais qui formate à un fonctionnement précis, qui est très complexe. Mais capable de gérer des grosses épiceries coopératives avec des millions d'écritures et des milliers de coopérateurs. (8000 coopérateurs dont la moitié d'actifs en décembre 2018 selon le post du dev sur le forum.)

En conséquence cet outil foodCoops est cher en infrastructure informatique. Mais il se rentabilise si on a des milliers de coopérateurs. (Sur le forum je lis 1100€/mois )

A contrario il y a les petits outils, souvent bricolés ou à base d'un mixe d'outils disponibles dans google drive ou dans les ecosystèmes libres et non prédateurs de données personnelles que sont les outils libres des colibris ou les app collaboratives de framasoft.

Sur le forum, un membre de l'épicerie éléfàn montre qu'avec uniquement quelques centaines de membres, le coût de l'infrastructure informatique pour Odoo est quasi 3 fois plus cher pour lui.
(au point précédent on a déjà parlé du système de gestion des membres de éléfàn, il y a aussi une vidéo qui montre ce logiciel)

monopoly maison
Qui veut un monopole ?

Voici l'avis de la commission de gestion de l'éléfàn, à propos de choix de logiciels de gestion d'épiceries coopérative. C'est assez pragmatique, surtout pour la France qui a une loi sur les logiciels de caisse qui doivent être certifiés pour éviter les fraudes à la TVA. (Loi tout à fait stupide à mon avis... ça met des barrières aux logiciels openSource !! On est bien loti en Suisse !!)

En Suisse 🇨🇭 la TVA, c'est beaucoup plus simple. Dès qu'on a un chiffre d'affaire qui dépasse CHF 100 000.- on est assujetti à la TVA.

Après il y a 2 méthodes pour une entreprise de payer la TVA:

  • La méthode effective. Soit le détail de ce qu'on collecte ( moins ce qui est déductible)
  • La méthode forfaitaire. Un pourcentage du chiffre d'affaire à payer semestriellement.

Des cas que je connais d'épicerie coopérative participative, le plus simple pour avoir le moins de boulot, c'est la méthode forfaitaire. Le taux appliqué semble être de 0.6% du chiffre d'affaire. (Avec CHF 100 000.-, 0.6% = 600.-)

Jusqu'à un chiffre d'affaire de CHF 5 millions cette méthode passe. La TVA doit toujours être collectée, mais sur les produits alimentaires qui sont en majorité dans un épicerie c'est faible. C'est en général le taux de 2.5% qui est pratiqué.

Une épicerie vend des..... épices !

Revenons à nos logiciels.....

Donc au lieu d'un gros logiciel qui fait tout ils préfèrent externaliser le logiciel de caisses propriétaire et certifié et faire le reste eux-mêmes.

Ainsi c'est surtout la taille de la coopérative qui va déterminer le choix des outils informatiques.

En Allemagne et aux Pays-Bas, c'est le logiciel FoodCoops de FoodSoft qui est pas mal utilisé pour gérer une épicerie Coopérative participative.

En Suisse, les épiceries actuelles sont des micro coopératives en comparaison !

En général, elles démarrent vers une centaine de coopérateurs afin d'avoir la main d'oeuvre suffisante pour tourner, mais ensuite plus il y a de monde, plus les problèmes de gestion arrivent et plus il faut des outils pour les gérer.... small is beautiful !!

🍅🥝🍍🍒🍈🍓🍇🍌🍊🍐

Exemple de logiciel de gestion d'épicerie coopérative participative fait par ecodev

Le cas que je connais le mieux, car j'en suis membre, c'est celui de chez Emmy. Un de mes collègues fait partie des fondateurs. C'est ainsi que notre entreprise (ecodev) s'est retrouvée avec le mandat de faire un logiciel maison pour gérer une épicerie coopérative participative.

Ce logiciel est adapté à une épicerie où seuls les coopérateurs peuvent être clients. C'est le modèle le plus simple. Ce qui est complexe en revanche, c'est qu'un coopérateur est en fait une famille ! Il y a plusieurs personnes sur le même compte financier.

Le principe de base est que chaque coopérateur a un compte dans l'épicerie. Il peut l'approvisionner par des virements ou des paiements par carte de crédit via l'interface online.

Logiciel-gestion-epicerie-cooperative-participative-2019-06-12-à-10.54.18-compte-utilisateur-solde-negatif
Oups... je suis fauché... faudra que je réapprovisionne mon compte

Ce compte lui permet de payer dans l'épicerie. Son compte est débité du montant des achats.

Chaque produits est étiqueté avec un QRcode. Ainsi lorsqu'il fait ses achats le coopérateur va scanner le QRcode avec son smartphone et l'ajouter à son panier d'achat. Si il n'a pas de smarphone, il peut le faire via dans la même interface, via smartphone ou un ordinateur en tapant le code de affiché à côté du QRcode.
(On l'imagine pas à priori.. mais en fait beaucoup de gens préférent taper le code plutôt que de le scanner... car ça se lit de loin... pas besoin de se déplacer pour mettre son smartphone devant le panneau alors qu'on est déjà sur la balance à 2m !! )

epicerie-cooperative-participative-suisse-chez-emmy-qrcode-deodorant

Le panier une fois validé permet de connaitre le montant à débiter du compte du coopérateur. Puis permet également de mettre à jour les stocks disponibles dans l'épicerie.

Logiciel-gestion-epicerie-cooperative-participative-2019-06-12-à-10.48.09-achat-deo-quantite

L'essentiel est fait.

L'interface d'administration permet aux coopérateurs qui gèrent les stocks de bien gérer les commandes. Ainsi que d'avoir une gestion financière et de créer les QRcodes à associés aux produits.

Une telle infrastructure simplifie nettement la gestion des paiements et des stocks. Elle ne nécessite aucun moyen de paiement dans l'épicerie.

Logiciel-gestion-epicerie-cooperative-participative-2019-06-12-à-11.27.38-liste-produts-stock-tva-marge-code

Le compte de chaque coopérateur peut être légèrement en déficit. La coopérative Chez-Emmy permet un solde négatif de CHF 50.-

La vérification du réapprovisionnement du compte et la mise à jour des soldes des coopérateurs se fait automatiquement en important les paiements reçus sur le compte bancaire à l'aide d'un fichier XML au format CAMT 0.54 (norme ISO 20022)

Logiciel-gestion-epicerie-cooperative-participative-2019-06-12-à-11.48.05-importation-bvr-xml-camt-054-fichier-banque

Par contre cette solution de gestion d'une épicerie participative nécessite un wifi performant dans le magasin. Les bornes wifi de base sont souvent conçues pour une dizaine de personnes en même temps.

La première semaine Chez-Emmy, avec l'engouement de la nouveauté les 40 personnes en même temps sur le même réseau l'on saturé. Il a fallu adapter le wifi en conséquence.

Cette application web de gestion d'épicerie participative s'appelle Epicerio.

C'est par ici si tu veux en savoir plus sur le système de gestion d'épicerie coopérative participative développé par ecodev pour chez Emmy.... .. mais qui maintenant n'est plus réservé à cette seule coopérative.

Les Monnaies Locales Complémentaires dans les épiceries participatives

Dans des petites vidéos à propos d'épiceries coopératives participatives, j'ai vu à deux reprises des paiements en MLC, des Monnaies Locales Complémentaires. Normal, un des fondateurs de l'épicerie le Nid est aussi un des principaux artisans de la monnaie locale du Léman.

La monnaie est un de mes sujets favoris ! Je suis devenu un spécialiste de l'histoire de la monnaie. Je connais aussi très bien les Monnaies Locales Complémentaires et ça ne m'étonne pas du tout d'en voir dans les projets d'épicerie coopératives participatives. C'est un peu le même genre de valeurs qui sont véhiculées. Notamment la relocalisation de l'économie.

leman monnaie

Mais je reste très sceptique sur le réel impact des MLC. Je pense que souvent c'est juste changer la couleur des billets et rien de plus. Le système en place s'est arrangé pour que tous les avantages des monnaies locales soient bridés (notamment le fait de doubler la masse monétaire). Ainsi les projets de MLC sont toujours en tractation avec la FINMA en Suisse pour savoir quel est vraiment leur statuts.

J'ai fait tout un article sur ce feuilleton Monnaie Locale Complémentaire en Suisse. Je te laisse aller voir.

Je pense que l'épicerie coopérative participative est un outil nettement plus efficace pour relocaliser une économie qu'une monnaie locale nantie sur la monnaie officielle.

Mon modèle préféré de système de paiement dans une épicerie passe par un compte dans l'épicerie, ainsi ça complique un peu le paiement en monnaie locale. Notamment comme il n'y a pas de caisse, on ne peut pas accepter les billets. Il faut trouver un autre moyen pour créditer les soldes en monnaie locale.

Mais tout de même il y a une idée à creuser sur le sujet notamment sous forme d'un crédit mutuel entre fournisseurs et la coopérative. Si les fournisseurs sont aussi coopérateur c'est facile, on peut créditer directement leur compte interne pour les payer. On s'approche ainsi du principe de coopérative intégrale.

Le Lémanex est un crédit mutuel entre entreprise. Là c'est nettement plus intéressant comme principe de monnaie locale.

A garder en tête pour voir comment tout ça pourrait s'articuler. Mais pour le moment il faut faire simple.

monnaie minimoi
C'est facile de créer de la monnaie... avec un crédit mutuel on fait tout nous même.

5: Comment trouver des producteurs, des fournisseurs pour une épicerie coopérative participative ?

.... et aussi quelle marges pratiquer, comment éviter de faire concurrence à ses propres fournisseurs ?

Effectivement si on veut vendre des produits.. il faut bien les produire. Il faut des producteurs qui nous les vendent.

courge agriculture biodynamique perceval

Trouver des fournisseurs de produits, bio et locaux de préférence

Dans toutes les régions il existe des producteurs locaux. (Comme un de mes amis...) Ils ne sont pas forcément bien référencé dans un grand registre. Mais souvent les associations paysannes comme AGRIDEA peuvent te renseigner.

C'est justement par ce qu'ils ont reçu beaucoup de demandes qu'ils ont organisé une réunion pour créer du lien entre les acteurs des épiceries coopératives participative.

Comme la plupart des épiceries ont des valeurs qui tendent à vouloir un maximum de produit bio. Une bonne piste pour trouver des fournisseurs c'est de se renseigner chez bio-suisse. Ils ont même une page pour aider les gens à trouver des produits bio près de chez eux.

Le mot "bio" signifie "vie"
Le mot "bio" signifie "vie"

Le site fermebourgeon.ch est un annuaire avec une carte pour trouver des bio dans sa région, mais aussi des restaurants et marchés bio.

Il existe aussi une bourse, plein de petites annonces pour trouver tout ce qu'il faut sur le marché bio en Suisse... mais c'est plutôt pour des animaux et du fourrage ! 🐄 🐐

La manière simple pour démarrer son épicerie coopérative participative, c'est de commander chez un grossistes comme biopartner qui fourni quasiment tout en produits bio. Ça complète bien les produits locaux.

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Attention de ne pas concurrencer ses propres fournisseurs... ou pas..

Une question a été soulevée, à propos de fournisseurs qui vendent leurs produits à un prix de grossiste. Puis ce même producteur impose à ses revendeurs de vendre à un prix donné.... Que faire suivre ou pas suivre cette "recommandation" ?

Le cas d'école, c'était celui d'un vigneron 🍷qui impose une marge de 70% à ses revendeurs, alors que la coopérative pratique habituellement une marge de l'ordre de 25%. Ça fait quand même une grande différence. En fait le vigneron impose son prix sur le marché afin de ne pas se faire concurrencer lui-même, dans son propre magasin !

La conclusion a été que le but de l'épicerie participative, c'est justement de participer par son travail. C'est une forme de paiement en nature. Il est donc normal que la marge soit plus faible. L'idée c'est d'expliquer ceci gentiment au producteur. Si il ne veut pas.. ça ne sert à rien de continuer avec lui.

Dans un modèle d'épicerie fermé aux seuls coopérateurs ceci se défend bien. Par contre dans un modèle ouvert ou des gens qui ne travaillent pas dans l'épicerie peuvent accéder à un produit moins cher que le prix du marché, là ça ne va plus. Voilà la limite.

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Qui est enchainé ? le producteur ou le distributeur ?

Mutualisation des livraisons entre les différentes épiceries ?

Quand une région commence a avoir plusieurs épiceries coopératives participatives, souvent ce sont les mêmes producteurs qui livrent aux épiceries ! 🚴

La question se pose donc de voir si il est possible de mutualiser les livraisons ?

La question n'a pas clairement été tranchée. C'est compliqué. Ça dépend des produits, des stocks, de qui livre, le producteur ou l'épicerie ? Est-ce qu'il y a un grossiste ?

La conclusion a été de dire que la meilleure solution de mutualisation serait peut être un service de livraison indépendant mais qui appartient aux épiceries.... à revoir quand le besoin se fera vraiment sentir. Ça n'avait pas l'air d'être le cas, malgré que la question a été soulevée.

livraison-epicerie-cooperative-participative

Comment gérer les relations avec les autres magasins, notamment les épiceries bio et en vrac.

Quand une épicerie coopérative participative ouvre, les épiceries concurrentes peuvent mal le prendre !

Il y a tout en engouement parallèle de création de petites épiceries bio et/ou locale, et d'épiceries en vrac. Ce sont surtout celle là qui risque d'avoir peur de l'arrivée d'une coopérative qui n'a pas besoin de dégager de salaire !

Il y a aussi des coopératives de paysans qui vendent leur propres produits qui peuvent avoir peur.

La conclusion c'est de bien communiquer, d'expliquer le projet. Peut être de trouver des synergies, une coopérative de paysan va peut être servir de fournisseurs et tout le monde sera content.

Il y a moyen d'être complémentaire sur des produits. Ne pas proposer exactement la même gamme de produit de soins corporels par exemple. Et il ne faut pas oublier qu'il y a aussi des gens qui ne sont pas intéressés par le côté participatif et vont continuer à aller dans des magasins plus standard.

A Sion le magasin bio La cagette 1971 s'est transformée en coopérative participative Co-é-Sion. Comme quoi le modèle est transformateur...

A Charmey un sondage a été fait pour tester l'intérêt pour une épicerie coopérative participative. Le résultat a été à 177 contre 1 pour le projet.

Dans le mot coopérative, il y a coopérer. Donc ça reste la meilleure chose à faire, avec un dialogue entre les gens.

Silo pour les aliments en vrac
Silo pour les aliments en vrac

6: Quels assortiments de produits avoir dans une épicerie coopérative participative ?

Quand on a une épicerie, il faut bien y vendre des produits ! Mais quoi ? quelle quantité ?

Large palette de produits ou produits spécifiques ?

Est-ce que je dois me concentrer sur une gamme de produits précis ou est-ce que je dois avoir une grande gamme de produits afin d'attirer les gens ?

L'idée de la place de marché est très vieille. C'est avoir dans un même lieu toute l'offre du moment.

Le supermarché à repris ce principe, mais avec une seule caisse.

Dans la vie trépidante des gens de notre temps, il y a peu de gens qui vont prendre le temps d'aller à plusieurs endroits, chez plusieurs commerçants pour faire leurs courses.

L'idée d'avoir une large palette de produits est donc celle a privilégier. Il n'est pas nécessaire d'avoir tout l'assortiment possible. Mais juste l'essentiel.

Comme exemple, l'assortiments de produits disponibles dans l'épicerie chez Emmy est de l'ordre des 400 à 500 produits différents selon la saison.

Pour comparaison avec l'assortiment d'une coop pronto qui est le magasin de plus petite taille de Coop dispose d'environ 10 000 produits!

Le Top Ten des produits les plus vendus à la Coop

Evidemment, en vendant en vrac, on a pas besoin de faire des déclinaisons de taille et d'emballages différents. Ça fait du coup, moins de produits différents !

Voici une liste non exhaustive de types de produits possibles à vendre dans une épicerie coopérative participative:

  • Pain 🥐🥖🍞
  • Fruits, légumes 🍅🥝🍍🍒🍈🍓🍇🍌🍊🍐
  • Produits laitiers 🥛🐄
  • Fruits secs, noix, graines 🌰🥜🐿
  • Produits soja, tofu, lait de soja 🥛
  • Pâtes 🍝
  • Farines 🥞
  • Sucres, miel, confitures 🍯
  • Riz, céréales, légumineuses 🍚 🌾
  • Viandes, 🐟 🍖 🥩 🍣
  • Vinaigres, huiles, sauces, moutardes, oeufs 🥚🍳
  • Épices 🌶
  • Café, thé, chocolat 🍫☕️🍵
  • Boissons alcoolisées 🍺🍾🍷🥃
  • Boissons non alcoolisées 🥤🍹🚰
  • Produits cosmétiques et ménagers 🧖🏻‍♀️
  • Contenants 🛢⚗️

Evidemment chaque cas est différent. Par exemple le Local à Nyon est une épicerie qui veut mettre en avant les produits locaux. Elle ne va donc pas chercher à vendre ce qui vient de plus loin que son district !

Le local est située juste à côté des grandes surfaces. Donc c'est assez proches pour que les gens fassent le détour !

Ainsi dans ce cas, il n'est pas forcément nécessaire d'avoir une large palette de produits. Même si la tendance globale montre le contraire !

L'astuce pour faire venir des clients

L'épicerie de la Brouette à Lausanne a remarqué à ses débuts que les jours où il y a de la vente de pain, l'affluence était plus importante que les jours où il n'y en avait pas !

Ainsi le pain est un aliment qui à lui tout seul fait venir les gens. Il est donc nécessaire d'en avoir (dans ce cas !... ailleurs c'est peut être différent !)

En informatique on appelle ça une Killer app. C'est une application tellement bien qu'a elle seule elle justifie l'utilisation de toute une plateforme. T'achète un iPhone 📱 car ton app préférée n'est que sur iOS..

Le pain est donc la killer app de l'épicerie !

La Brouette s'est donc arrangée pour avoir du pain tous les jours, et ceci en collaboration avec 3 boulangers. C'est aussi pratique pour créer du lien avec les fournisseurs et producteurs de ne pas les mettre en concurrence exclusive mais de proposer leurs produits à tour de rôle.

Ainsi il faut avoir une large game de produits, mais également quelques produits spécifiques qui justifient le fait de venir là plutôt qu'ailleurs.

Il est a préciser que l'épicerie de la Brouette est ouverte à tous, même hors coopérateur. Ainsi ça facilite les gens qui passent là par hasard. Il faut donc des astuces de fidélisation.

Une autre astuce est de fermer 30 min plus tard que les supermarchés alentours ce qui fait venir les gens qui passent à l'improviste.

Equilibre entre l'inclusivité et la "pureté" de l'offre. (Pour plus de détail voir les annexes p41 du manuel des membres de la Louve... pdf)

7: Comment financer la création de son épicerie coopérative participative ?

Pour démarrer, il faut bien avoir quelques fonds. Comment les trouver ?

C'est là qu'on voit en général tout une belle créativité pour présenter son projet dans une vidéo courte, histoire de convaincre des personnes qui voudraient soutenir le projet.

Voici un exemple avec la vidéo du crowdfunding du Local, un épicerie coopérative participative à Nyon.

Le financement participatifs

Plusieurs projets ont été financés par des financements participatifs voici quelques exemples:

Il y a différentes plateformes qui ont été utilisées. Mais il y en a une qui se profile pour être plus spécifique au monde agricole et paysan et donc aussi aux épiceries coopératives participatives. Son concepteur était là lors de la séance organisée par Agridea. Il s'agit de la plateforme de crowdfunding:

yeswefarm.ch

Cette plateforme présente comme avantage le fait d'avoir un haut taux de réussite, car il y a un bon coaching de la part du fondateur. Et personnellement je trouve que les montants sont assez importants en moyenne ! (mais c'est à vérifier)

Dans tous les cas, une campagne de crowdfunding, c'est très long, et c'est juste la formalisation de l'engagement d'un réseau pour un projet. C'est pas là qu'il faut créer son réseau !!

Personnellement, je me demande toujours pourquoi passer par une plateforme pour avoir des dons ? Il ne faut pas oublier que la commission de la plateforme est de l'ordre de 10% !!

Si on a déjà un réseau et quelques compétence en informatique autant faire soi même ! La commission sur un virement est moins chère que de passer par des cartes de crédit en ligne et une plateforme !!

credit bancaire facile
Avec le financement participatif, on a plus besoin des banques et leur crédits

Les dons, les mècènes, les subventions

Quelques épiceries ont reçu des dons, en monnaie ou en nature. Parfois même des mécènes anonymes.

Il y a parfois des aides communales, surtout pour des locaux ou du matériel. Ainsi la coopérative Le Nid a reçu CHF 10 000.- de subvention de la ville de Genève.

Il y a de tout, chaque cas est différent. Maia ça vaut la peine d'avoir en tête que les projets d'épiceries participatives sont souvent bien vu pour des subventions, vu qu'ils sont un tout en un, s'occupant d'alimentation de qualité, de social, d'environnemental, de dynamisation économique locale...

chapeau plein de billets de 1000 CHF

Les parts sociales de la coopérative

Il est quand même fondamental de rappeler que dans toutes coopérative, il y a un achat de part sociale ! C'est normalement la source de financement principale d'une coopérative !

C'est ainsi que la coopérative obtient les liquidités suffisante à son démarrage et ensuite son roulement devrait être assuré par la vente des produits et une marge qui oscille entre 20% et 33% selon les coopératives. (Celles qui sont totalement fermées, et sans salarié me semblent être celles qui ont la marge la plus faible, et donc les produits les moins chers.)

Dans mon étude, j'ai vu des parts sociales s'échelonnant de CHF 50.- à CHF 400.- Le plus courant est de CHF 200.-

En général c'est par ménage, après il y a toute une cuisine pour savoir ce qu'est un ménage, une famille, un couple, des colocataires...

famille-marquage-sol-art-urbain-sandy-millar-750251-unsplash

Parfois j'ai vu en plus une mini-cotisation annuelle. (~20 CHF)

Donc si on compte qu'il faut une centaine de coopérateurs pour démarrer, que chacun paie ~ CHF 200.- C'est donc un montant de CHF 20 000.- qui permet de démarrer.

Personnellement j'aime bien le modèle coopératif. Ainsi je participe aussi à d'autres coopérative, comme la coopérative solaire CoopSol... et la coopérative de carSharing Mobility.

Coopérative solaire Coopsol

On voit là le pouvoir de la mutualisations de ressources qui permet d'avoir des liquidités pour installer une grande infrastructures. Dans les cas ci-dessus, acheter des panneaux solaires et des voitures !
(Il y aussi des projets participatifs pour poser des panneaux solaires comme Autovoltaic par exemple, ce qui réduit des coûts d'installation de 20% à 50%.)

La mutualisation des ressources, le financement participatif, la participation bénévole dans sa propre structure sont des modèles économiques avec un grand potentiel. Ce sont des modèles que Marx ne connaissait pas et donc qui remettent en cause ses théories qui ont organisé la lutte des classes pendant des siècles...

J'ai déjà fait un article il y a quelques années à propos de l'artisanat industriel, du pouvoir révolutionnaire des financements participatifs qui dispensent d'avoir recours au crédit bancaire ou à la bourse pour se construire des outils de production et de distribution.

Ceci a pour conséquence d'autonomiser les gens. C'est une émancipation collective. Je pense que c'est pour ça que tous ces sujets m'intéressent ! 🙂

Jardin sur le toit d'une coopérative d'habitant à Genève.
Jardin sur le toit d'une coopérative d'habitants à Genève. Tout peut se faire en coopérative !

Liste d'épiceries coopératives participatives en Suisse romande

.... La tienne n'est pas dans la liste ? C'est probable... c'est en plein boom.. dur de suivre toutes les épiceries participatives qui ouvrent !

Il suffit d'ajouter son nom dans les commentaires en bas de page et de temps en temps je fais une mise à jour et je l'ajouterai.

epicerie-fruits-legumes-lukas-budimaier-93293-unsplash

Liste d'épiceries ou de supermarchés coopératifs participatifs un peu partout...

Au fil de mes recherches sur le sujet, j'ai découvert pas mal de projets intéressants. Ça peut toujours servir d'exemples inspirants.

J'habite en Suisse romande, je veux bien tenir une liste pour cette région. (à voir ci-dessus), mais je ne vais pas faire de liste exhaustive pour le monde entier !!

Voici la carte du réseau informel InterCoops des coopératives participatives:

Pour voir la carte en pleine page....

Mais comment être sur la carte ? .. Je vois que les genevois ont réussi !

Il y a encore un wiki qui regroupe plein d'infos utiles aux épiceries coopératives participatives... c'est une mine d'or sur les différentes pratiques d'organisation, le juridique (français) les outils de paiements, les guerres de religion informatiques :p

Le wiki est complété par un forum pour aller discuter de tout et n'importe quoi autour des supermarchés coopératifs...

Encore une fois, je vois que les sujets les plus commentés sont l'informatique... normal sur un outil informatique il n'y a que les geeks.. mais pour les autres il y a aussi les rencontres en chair et en os...

Encore un peu de documentation à propos des épiceries et supermarchés coopératifs participatifs

C'est toujours intéressant de voir les quelques vidéos qui ont été faites sur certaines épiceries ou supermarchés coopératifs participatifs.

On peut voir comment les gens s'organisent, on peut voir le soins apporté aux locaux, aux étagères. Je vois qu'il y a les éternelles cagettes vertes pliables (ou pas) partout pour les légumes. (Caisse IFCO) C'est le standard pour les grandes et petites surfaces participative ou non !

Dans les nouvelles épiceries je vois de plus en plus souvent des silos à vrac, dans les anciennes un peu plus d'emballage plastique.

J'observe aussi que les étagères sont faites de plus en plus en bois !

J'ai été très impressionné de savoir que dans le petit local de Chez-Emmy, les étagères ont été fabriquées avec 1.7km de latte à tuiles !!!

Le résultat est très beau et astucieux. On a des étagères modulables et esthétiques. C'est autre chose que les étagères métalliques avec des crans partout pour être modulable.

étagère en bois épicerie de chez-emmy
étagère en bois de chez-emmy

J'ai l'impression que si l'on prend bien soin de l'ambiance du magasin le sentiment d'appartenance et de communauté va être plus grand. Les gens se sentirons encore plus à la maison et le projet sera d'autant plus réussi !

Il y a d'ailleurs souvent des activités annexes organisées dans les épiceries coopératives participatives. C'est vraiment un moyen de faire du lien social.

Voici également les comptes rendu de la coopérative Epicoop à Vevey qui va visiter des épiceries participatives en attendant de trouver un local !

Voici la visite du Nid à Genève....
La visite du Radis à Bex....
La visite du Local à Nyon...

Reportage radio RTS sur le Nid.....

Qu'est-ce que ça change vraiment une épicerie coopérative participative ?

J'aimerai ici faire une sorte de conclusion, une synthèse comme j'aime bien les faire. Qu'est-ce que ça change vraiment ce nouveau type d'épiceries voir même de supermarchés coopératifs participatifs ?

Je vois qu'il y a plusieurs types d'intentions derrière cette nouvelle sorte de commerce.

Il y a des gens qui font ça pour faire du bio et ou du local, d'autres pour avoir des produits moins chers, d'autres pour réduire les déchets, pour favoriser le commerce équitable, d'autres encore pour tout ça en même temps !

... et en fait globalement ce genre de commerce va vraiment vers tout ça à la fois !

C'est à dire manger de qualité, et avec une conscience écologique, pour un coût abordable.

Certains sont plus à cheval que d'autres sur la charte des valeurs, plus ou moins "inclusif" ou "pur". Mais tous tendent vers cet idéal.

J'observe donc un vrai changement dans les consciences qui s'exprime par la création active d'alternatives et pas juste faire signer des pétitions et faire voter des lois. Ce qui prend énormément de temps et n'est pas toujours efficace !

Reprendre son pouvoir créateur, agir dans son cercle d'influence et pas seulement dans son cercle de préoccupation, ça change vraiment les choses!

Est-ce que ce modèle est durable ? Est-ce qu'il peut être dévoyé ?

Comme je le mentionne au début de cet article, si l'on veut du local, bio, inclusif, fourni par une coopérative... en Suisse c'est déjà le cas, le marché est dominé par les deux géants orange que son Coop et Migros

Alors qu'est-ce que ça change les supermarché participatifs ?
Pourquoi vouloir réinventer la roue ?

L'histoire de la coopérative Migros est instructive

Migros a justement été totalement révolutionnaire lors de création à son époque. Le fait que les deux géants de la distribution Suisse soient des coopérative montre que le modèle a quelques chose de viral qui est durable.

Le géant international Carrefour a tenté plusieurs fois de s'implanter en Suisse et n'a pas réussi !

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Mon hypothèse est lié au fait que le modèle coopératif impose que les bénéfices soient réinvesti dans les magasins eux-mêmes. Ainsi il n'y a pas d'actionnaire qui se sert au passage. Il peut donc y avoir directement des prix moins cher pour la même qualité.

Bien que Migros et Coop soient des grandes surfaces atypiques dans le monde et qui favorisent passablement le bio et le fairtrade. Il y a une impression que les valeurs du début ne sont plus là !

J'explique ceci en partie à cause du fait d'avoir rendu totalement anodin le fait d'être coopérateur.

Je suis un des 151 000 coopérateurs de Migros Vaud... mais j'ai pas l'impression d'aller dans MON magasin quand j'y vais. J'ai juste reçu une plaque de chocolat quand j'ai mis mon bulletin de vote dans l'urne de mon magasin pour accepter les comptes. ... et j'ai du bien chercher sur un site web pour voir les comptes. Pas d'AG en commun.

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Il n'y a plus de sentiment d'appartenance, on ne peut pas faire communauté avec 150 000 autres personnes !! (et encore ce n'est que Migros Vaud.. il y a les autres coopératives soeurs...)

Ce sentiment d'appartenance à une communauté et même d'être propriétaire de Migros a tellement disparu que Migros a du faire une campagne de publicité massive pour expliquer que c'est vrai... Migros appartient à "tout le monde" !

Ainsi j'en retiens que si l'on veux un modèle durable, un commerce qui garde le même modèle avec le temps, il est nécessaire de conserver un sentiment d'appartenance à une communauté.

En cela le modèle participatif est révolutionnaire !
C'est à mon avis la clé de ce qui fait une épicerie coopérative participative.

Mais comment cultiver cette différence ?

Le modèle participatif est la grande nouveauté qui va changer le commerce de détail

Ce qui change vraiment par rapport aux magasins existants, c'est le modèle participatif. Le fait que des propriétaires travaillent dans leur magasin. La tâche est collectivisée et c'est toujours en 2 et 3 heures par coopérateur qui suffit à faire tourner la boutique !

Ci-dessus on a parlé de l'arrivée de la coopérative Migros, du fait que cette forme juridique a court-circuité le coût de l'actionnaire. Ainsi les géants orange, malgré leur valeurs à priori plus cher, ne sont pas plus cher.

Quel circuit on peut encore raccourcir de nos jours ? On peut cour-circuiter les salariés !

Les grandes surface tentent de le faire en remplaçant les caissières par des self-chekout. Les clients font le boulot. C'est la mauvaise manière de faire.

selfcheckout-caisse-supermarche-migros

Le modèle participatif va plus loin, on supprime carrément tous les salariés. Chacun est obligé de travailler dans son magasin.on recrée le sentiment d'appartenance, le sentiment de communauté qui a disparu chez Coop et Migros.

Et on peut proposer des produits encore moins cher pour la même qualité !

Les grandes surfaces ne peuvent pas rivaliser ! C'est là la clé de la durabilité du modèle.

Conclusion: comment démarrer son épicerie coopérative participative ?

On a vu énormément de chose dans ce dossier très complet !! Comment résumer tout ça pour en faire une conclusion ?

Je crois que l'idée participative est mûre et qu'elle va prendre de l'ampleur.

Ainsi il y a des épiceries coopératives participatives qui sont lancées avec l'aide financière d'un financement participatif !

Ce sont des valeurs éthiques qui poussent des gens à s'associer, à créer une communauté avec les mêmes valeurs et créer une coopérative participative.

supermarche-en-creation-migros

Les buts d’une épicerie coopérative participative sont variés. Suivant les projets les priorités ne sont pas les mêmes et l’on trouve donc des principes éthiques un peu différents.

Mais globalement toutes les épiceries participatives coopératives tendent vers une nourriture de qualités, à prix abordables, soit en détail des produits:

  • bio
  • locaux
  • moins chers que dans les grandes surfaces
  • avec moins d’emballage (en vrac)
moins-de-dechets-agir-ensemble-epicerie-vrac

Même avec ces ambitions éthique, comme vu plus haut, c'est une mauvaise idée de vouloir jouer au plus pur des purs... Il vaut mieux faire mieux que les autres sans être sectaire et ainsi laisser la liberté aux gens de faire leur compromis eux-mêmes, avec leur propre priorité.

Le modèle participatif est déjà tellement révolutionnaire qu'à lui seul il va changer les choses dans les autres domaines. Ceci surtout pour une question de porte-monnaie.

Je vois qu'il y a des pratiques diverses et variées dans l'ouverture ou non aux clients extérieurs à la coopérative.

Il y a des épiceries réservées aux coopérateurs, comme chez Emmy.

Il y a le modèle ouvert à tous comme c'est le cas avec le Local, dans lequel les coopérateurs ont des rabais plus importants que les passants. (30% en général, 25% pour les amis du local et 20% pour les coopérateurs.)

Mon avis personnel, me pousse à préféré le modèle le plus simple. Avoir 3 types de clients c'est contraignant, c'est 3 types de prix différents, avec 3 types de comptabilité... et c'est aussi avoir une caisse. Ce qui n'est pas nécessaire dans la version réservée aux coopérateurs.

amis facebook Martouf grandes communautés.png
Ma communauté: visualisation des liens entre mes amis facebook.

Avec une version fermée, on crée une véritable communauté. Cette communauté est nécessaire à tenir sur le long terme avec les mêmes valeurs.

De plus, il est plus facile de se faire confiance et c'est ainsi un bon point pour faire une gouvernance partagée. Décentraliser les tâches, faire confiance, ne pas avoir besoin d'un coordinateur salarié qui est submergé et a de-facto plus de pouvoir que les autres.

C'est la communauté qui se gère elle-même. Les gens prennent des décisions au consentement et en cas de blocage on peut voter en dernier recours. C'est une méthode souple, et efficace.

Pour la communication, il est important de ne pas oublier que le contact humain est le meilleur! Même si on a plein d'outil de communication à distance qui sont très pratiques.

Pour tout ces outils informatiques, privilégier les ecosystèmes libres et non prédateurs de données personnelles que sont les outils libres des colibris ou les app collaboratives de framasoft.

Ce sont des outils, simples et efficace. Quand un outil informatique devient une grosse usine à gaz qui formate la manière de faire ça devient dangereux. L'outil doit être au service des gens et pas le contraire. (à méditer, pour moi qui ai une entreprise qui a créé un outil informatique de gestion d'épicerie coopérative participative !!)

centralisation decentralisation distribue reseau
Centraliser, c'est créer des points de surcharge dur à gérer

Si l'outil devient trop gros, c'est souvent que la communauté devient trop grosse. Là il faut se poser la question de savoir si il ne serait pas plus simple de faire un fork comme on dit dans le jargon informatique. En biologie on parlerai de division cellulaire. Small is beautiful

C'est souvent la taille qui demande à créer des outils de gestion, là où un peu de travail manuel suffit dans une petite structure décentralisée.

Penser global et agir local !

Les idées peuvent être à taille universelle, mais les actions locales, adaptées à leur environnement sont meilleures. C'est ainsi que la nature fonctionne.

Voilà donc comment je vois les grandes options pour bien démarrer son épicerie coopérative participative.

J'espère que ça peut être utile à toute personne voulant lancer une épicerie coopérative participative...

Epilogue: vision d'avenir... un monde coopératif participatif ?

Faisons un peu jouer notre image-in-air....
... et si l'épicerie s'occupait aussi de la production ?
C'est ce que Migros fait.... non ? ...

Et en mode participatif ça donne quoi ? C'est un peu comme certaines AMAP. Les consommateurs participent parfois aux travaux dans les cultures.

verger-epicerie-morges-copil-du-bio-diverger

Il me semble qu'il y a là un modèle global, on peut imaginer plein de structures de production participatives (surtout pour les produits de base, donc principalement l'alimentation).

Imagine une fabrique de biscuit 🍪 participative ? ... On se mets tous ensemble 1 journée par mois pour fabriquer des biscuits ensemble !

L'atelier de fabrication de cosmétique, celui de ramassage et pressage de jus de pommes 🍏 🍎 ...

Est-ce qu'il faut que ce soit la même coopérative intégrale qui gère tout ?
Non... pas forcément.

Selon le principe de la gouvernance partagée, on fait tous partie d'une grande entité avec une raison d'être globale, mais ensuite, il y a de nombreux cercles et sous cercles qui s'organisent de façon organique.

Chaque cercle est un holon, un tout est une partie, comme les organes d'un corps. Chaque cercle a une raison d'être alignée sur la raison d'être de l'entité qui le dépasse, qui le transcende. On agit tous ensemble dans la même direction, même sans se coordonner particulièrement.

Est-ce qu'il y a besoin de monnaie ?
Seulement dans les zones limites de la membrane de l'épicerie. Plus elle est autonome, moins il y a besoin de monnaie. Pour autant que la confiance règne, donc il est nécessaire de garder de petites communautés. (agissant en parallèle)

Dans le cas actuel, d'une épicerie coopérative participative, il y a besoin de monnaie extérieure pour payer les fournisseurs. Mais si les fournisseurs sont internes... ?
Il y a probablement une phase/zone de transition dans laquelle on peut utiliser une "monnaie" de type crédit mutuel, soit une simple comptabilité compensatoire entre les personnes pour tout ce qui dépasse les 3h de service normal.

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Exemple de crédit mutuel entre 3 personnes. La somme des soldes fait toujours 0

En payant un fournisseur avec un potentiel de consommation supplémentaire dans l'épicerie, si il trouve tout ce dont il a besoin il sera intéressé.

On peut même pousser beaucoup plus loin. Est-ce que l'on peut imaginer que l'on produit tellement en abondance, que l'on va donner à chaque coopérateur-trice chaque mois un potentiel de consommation de base.

Si ce potentiel, atteint "ce qui est nécessaire pour vivre". Voilà, on a créé un Revenu d'existence. Presque un Revenu de Base Inconditionnel... à la seule condition de faire partie de l'organisation, de cette coopérative et de ses règles de fonctionnement, comme travailler 3h par mois.

Cette façon de construire un Revenu de Base permet peut être de rassurer les gens qui pense que ça favorise la paresse... Là il y a des règles....

.... Les règles de la maison. En grec on pourrait dire:
οἶκος, oîkos, eco → "maison"
νόμος, nómos, nomie → "règles"

Ce qui nous donne le mot "économie" pour désigner les règles de la maison.

Voilà, c'était le petit épilogue pour décoloniser ton imaginaire et repenser de nouvelles règles de la maison, une nouvelle économie.

Amuses-toi bien... tout est possible !

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