Les 7 points à ne pas négliger pour créer une épicerie coopérative participative

Dernièrement partout autour de moi j'entend parler des créations d'épicerie coopératives participatives...
.... et du coup j'ai franchi le pas et fait partie de l'épicerie Chez-Emmy.

Mais qu'est-ce que c'est vraiment ? Pourquoi un tel engouement soudain ? Qu'est-ce que ça change vraiment par rapport aux 2 géants orange qui dominent le marché Suisse de la grande distribution ?
Coop et Migros sont déjà des coopératives pourquoi réinventer la roue?

J'ai eu l'occasion dernièrement de participer à une réunion organisée par AGRIDEA qui rassemblait plein d'acteurs d'épicerie coopérative participatives de Suisse Romande.

reunion-agridea-epicerie-cooperative-participative

C'était très intéressant. Ça a été l'occasion de faire un forum ouvert afin de discuter et d'échanger autour des principales préoccupations et questions autour de la création d'une épicerie coopérative participative.

Nous allons voir ci-dessous les points les plus importants qui ont été soulevés, ça peut être intéressant si tu a envie de créer une épicerie coopérative participative.

forum-ouvert-agridea-epicerie-cooperative-participative-questions
Avec des bons yeux on devine les questions du forum ouvert...

Une épicerie coopérative participative c'est quoi ?

Une épicerie, c'est un petit magasin, quand il devient grand c'est un super marché ! 😜 .. mais le même modèle peut s'appliquer c'est pas là la différence.

Aperçu de l'épicerie Chez-Emmy

Une coopérative c'est une forme juridique d'organisation dans laquelle des personnes achètent une part, elles sont donc propriétaire de l'organisation, de l'entreprise, en l'occurence de l'épicerie.

La particularité de la coopérative par rapport à la société anonyme, c'est que dans une coopérative c'est toujours 1 personne = 1 voix. Ainsi ce n'est pas le plus riche qui dirige.

cercle_de_chaise_rouge coopérative
Dans une coopérative chaque personne a 1 seule voix même si elle détient plusieurs parts.

Participative ? C'est bien là pour moi la principale différence. En effet, en Suisse le marché de la grande distribution est déjà dominé par les deux grosses fédérations de coopératives que sont Migros (37%) et Coop (35%).

Dans une épicerie participative, les coopérateurs s'engagent à travailler 2h-3h par mois pour assurer le fonctionnement de l'épicerie.
(La durée varie selon les coopératives, les tâches aussi. Pour le gros des gens c'est tenir l'épicerie pendant les heures d'ouverture, pour d'autres c'est participer aux tâches de soutiens et parfois à des événements spéciaux.)

C'est ce travail en nature qui permet de baisser nettement les prix, de l'ordre de 25% et/ou de consommer des produits bio et locaux pour un prix très raisonnable. (La marge prise par les épiceries coopérative participatives est de 20% à 30%, mais de combien est la marge d'un magasin "normal" ? Il semble que Migros a des marges brut de 40% , mais les marges dans le bio sont plus élevées ?, si c'est ça on est bien dans le 25% de rabais pour une épicerie coopérative participative.)

Voici une comparaison de prix qui a été faite en octobre 2019 entre les prix de Migros, Coop et l'épicerie Chez-Emmy.

On voit que dans la catégories produits bio, l'épicerie participative. est quasi systématiquement moins chère.

Ce mouvement mondial de coopératives alimentaires participatives a comme origine la coopérative Park Slope Food Coop, située à New York qui a été créée en 1973 et qui a de nos jours ~16 000 coopérateurs.

Le film Food Coop raconte l'histoire de cette coopérative.

Voici un petit documentaire sur la Park Slope Food Coop pour entrer dans le vif du sujet.

Un point de vue sur la création d'une épicerie en Suisse romande

Voici une conversation avec Sylvie Perrin Amstutz sur The SwissBox Conversation. Sylvie est une des co-fondatrice de l'épicerie participative Chez Emmy à St-Blaise. La conversation montre comment une l'idée d'une telle épicerie peut émerger et se concrétiser. Cette conversation permet aussi de voir quelles sont les valeurs qui animent des gens qui s'investissent à fond dans ce mouvement.

Les 7 points importants pour la création d'une épicerie coopérative participative

Maintenant que l'on sait ce qu'est une épicerie coopérative participative, entrons dans le vif du sujet des points importants auxquels les épiceries coopérative participatives sont confrontés:

  1. Quelle est l'intention, la vision de le but d'une épicerie coopérative participative ?
  2. Comment organiser la gouvernance d'une épicerie coopérative participative ?
  3. Quel moyen de communication utiliser avec les coopérateurs, comment gérer les membres de l'épicerie participative ?
  4. Quels moyens de paiement utiliser ? Est-ce que l'on a vraiment besoin d'une caisse dans une épicerie coopérative participative ?
  5. Les producteurs qui vont alimenter les rayons de l'épicerie, comment les trouver ? Quelle marge financière pratiquer sur les produits ? (Comment ne pas concurrencer ses propres fournisseurs !?!)
  6. Quel assortiment de produits avoir ? Comment gérer son stock ?
  7. Comment financer la création de son épicerie coopérative participative ? Don, crowd-funding, subvention ?

1: Buts de la création d'une épicerie coopérative participatives

En discutant avec les gens, j'ai découvert que les intentions fondatrices des différentes épiceries coopératives participatives ne sont pas toutes les mêmes !

Une foule de labels.... reflets de pleins de valeurs.

Quelles valeurs sont prioritaires ? Local ou bio ?

Les priorités ne sont pas forcément les mêmes en ce qui concerne l'éthique de consommation, même si globalement ça se rejoint.

C'est quoi le plus important bio, local, bon marché, sans emballage ?

A ce propos voir le livre de mon pote Lucien qui a tenté de répondre à la question: Que choisir entre une carotte non-bio locale et une carotte bio de l’étranger ?

save-farmer-eat-local-manger-local
  • Est-ce que le fait d'avoir une charte de consommation est un frein à la bonne marche de l'épicerie ?
  • Est-ce qu'au contraire la charte est ce qui marque clairement la différence et considéré comme un plus ?

Les différentes expériences faites dans les coopératives les plus anciennes comme Park Slope à New York (plusieurs décennies d'expérience) montrent que la charte de valeur est plutôt un frein à la mixité sociale, à l'inclusivité de tous.

Ceci car les produits bio sont régulièrement plus chers. Si l'on a que du bio, on risque de se couper de gens qui iraient ailleurs juste pour des questions de prix.

De plus le fait d'avoir un assortiment restreint par rapport à une grande surface où l'on trouve tout peut être un frein au succès d'une épicerie coopérative participative.

Le sujet de l'assortiment sera traité en détail ci-dessous.
De plus, il y a une section qui traite de l'Equilibre entre l'inclusivité et la "pureté" de l'offre dans les les annexes p41 du manuel des membres de la Louve... pdf

Il vaut donc la peine de bien clarifier les intentions de base des coopérateurs pour être sur la même longueur d'onde durant la durée du projet ! Ça peut éviter beaucoup de conflits et d'incompréhensions !

La technique du photolangage peut être utilisée pour expliciter les intentions des membres d'un groupe. Chaque personne prend une image qui lui plait et explique pourquoi elle a rejoint le groupe, qu'est ce qui la motive dans ce projet...

Clarifier et aligner les intentions du groupe.

Ouvert à tous clients ou juste aux coopérateurs ?

Il y a aussi des différences importantes dans le mode d'organisation communautaire. Il y a des épiceries participatives qui sont ouvertes à tous les clients et des épiceries participatives qui sont réservées aux coopérateurs.

Parfois il y a même une notion d'amis, de sympathisant ou bénévole occasionnel de l'épicerie qui offre des rabais.

Il y a aussi des épiceries qui fonctionnent uniquement avec des coopérateurs bénévoles et d'autres épiceries ou plutôt supermarchés (car la taille à son importance !) qui engagent des salariés.

Selon les choix ça change passablement l'organisation, la gouvernance, mais aussi les marges qui peuvent être pratiquées, et en conséquence les prix. (des marges qui s'échelonnent entre 30%, 25% et 20% suivant le statut des clients)

Juste consommer et payer... ou aussi participer à un projet ?

Personnellement, ma préférence va au système le plus simple. Soit un système avec un seul type de personne: des coopérateurs.

Et une épicerie réservée aux coopérateurs. Comme on le verra ci-dessous, ça simplifie la gouvernance, le système de gestion, le calcul des prix, ça permet des marges plus faibles et donc des prix plus bas.

De plus, comme je l'explique en fin de cet article, sur le long terme, je pense que c'est ce modèle simple, fermé et petit qui est le plus durable et révolutionnaire !

2: Quelle forme de gouvernance choisir pour une épicerie coopérative participative ?

La manière de s'organiser est très importante pour faire un projet durable. D'autant plus un projet en communauté dans lequel chacun est co-propriétaire de son magasin et de plus doit travailler dans celui-ci avec d'autres.

Vouloir faire de la mutualisation et du travail participatif bénévole, c'est vraiment rechercher la difficulté !

Ainsi, pour moi, une bonne gouvernance est nécessaire pour que le projet d'épicerie n'explose pas en vol !

Landsgemeinde_-_Glarus_2014_-_1
Landsgemeinde de Glaris. Chaque personne a 1 voix... comme dans les coopératives.
Est-ce que le vote est la meilleure méthode de décision ?

Le mode d'organisation est le reflet d'une vision du monde

Le sujet de la gouvernance est en pleine ébullition ces derniers temps. C'est aussi un de mes sujets favoris. Donc quand je vois qu'il est à l'ordre du jour dans une réunion à propos d'épicerie coopérative participative. Je suis très heureux.

La manière dont s'organise un groupe est le reflet de sa vision du monde. J'en parle abondamment dans mon article à propos de la spirale dynamique qui montre les 8 visions du monde principales qui cohabitent de nos jours.

spirale_dynamique

Est-ce que tu veux organiser ton épicerie comme une tribu ? un gang ? une administration ? une entreprise ? une association ? un réseau ? une holarchie ?

En fait le terme même de "coopérative" montre une appartenance à la vision du monde "verte" de la spirale dynamique. La vision du monde égalitaire, soit 1 personne = 1 voix peut importe le nombre de part.

Cette vision du monde est suffisamment ancienne pour qu'elle soit formalisée de façon juridique. Cependant il existe des épiceries qui sur la base de coopérative, s'organisent avec des modes de fonctionnement rattachés à une vision du monde plus récente, comme par exemple l'holarchie.
(Une holarchie est une hiérarchie de holon, le holon étant un tout en lui même, mais aussi une partie d'un tout plus grand. Le corps humain et ses organes fonctionnent ainsi !)

structure-en-holon-holarchie

Dans son livre Réinventing Organisations, Frédéric Laloux, décrit le fonctionnement de nouveaux types d'organisation. Ce livre est passionnant et inspirant.

Personnellement, ça m'a inspiré quelques idées sur la création de ce que j'appelle un écosystème, car on est au delà de la notion d'organisation.

livre reinventing organization frédéric laloux

L'organisation la plus courante d'une épicerie coopérative participative

En listant quelques manuels d'utilisateur et statuts d'épiceries coopératives, j'ai observé une certaine similitude entre les modèles d'organisation.

La structure de base est la suivante:

  • une Assemblée Générale qui regroupe tous les coopérateurs
  • un comité ou conseil d'administration élu par l'AG
  • un organe de révision des comptes. C'est une obligation légale.
  • de multiples, commissions ou groupe de travail, secteurs, etc à qui on délègues des tâches particulières.

L'assemblée générale est souveraine. Elle détient des pouvoirs qu'on ne peut lui enlever. Les décision se prennent au vote. Chaque coopérateur a une voix.

Le comité ou conseil est l'organe de direction. Il dirige la bonne marche de l'organisation pour toute les tâches qui ne sont pas du ressort de l'AG.

Les différents groupes de travail, secteurs, etc... effectuent les tâches qu'on leur a confiées. (gestion des coopérateurs, des commandes et producteur, des finances, des animations, du lieu du magasin, etc...)

Le mode de décision est intéressant. C'est en général quand il faut décider que ça coince !
Souvent par défaut, c'est le vote. Avec des variantes, à majorité simple ou qualifiée.

Le vote est très connu. Mais personnellement, je le vois comme un mode de décision violent qui opprime les minorités.
C'est l'évolution non sanglante d'une campagne militaire, on compte le nombre de soldat et l'armée qui a le plus de soldat a gagné. Sans combat.
Les mots sont révélateurs. On parle aussi de campagne de votation !

vote bataille sans violence

Il existe d'autres modes de décision qui sont plus inclusifs, qui permettent de créer du "nous", d'améliorer une proposition pour prendre en compte les avis.

La gouvernance partagée et les décisions par "Consentement"

Chez Système B, on trouve une notion de Consensus (art 37) pour les décision du comité.. C'est un mode de décision dans lequel il y a fréquemment des blocages. Ainsi en cas de blocage la décision est transmise à l'AG qui décide à la majorité simple.

Ce qui est très intéressant, c'est que dans la coopérative Chez Emmy on sent que les statuts ont été très inspirés de ceux de Système B... mais avec une différence de taille: le mot Consensus a été remplacé par Consentement.

  • le consensus, c'est tout le monde dit OUI
  • le consentement, c'est personne ne dit NON

A première vue ça parait identique, mais c'est très différent.

Avec le consentement on a pas besoin d'être POUR une proposition pour qu'elle soit acceptée. On peut dire: "Je ne suis pas pour, c'est pas utile.. ça sert à rien, mais je peux vivre avec.." C'est toute la différence qui débloque souvent des situations.

gouvernance-role-regles
Des rôles sont créé pas Consentement. Chaque personne qui incarne un rôle décide seule dans ce qui concerne le rôle. (et/ou par sollicitation d'avis)

Le processus de Gestion Par Consentement fonctionne en plusieurs étapes :

  • Une proposition est faite. (et on ne traite qu'elle)
  • Un tour de compréhension est fait. (histoire de comprendre les mots)
  • Un tour de réaction est fait pour que chaque personne donne son avis
  • Le proposeur peut retirer ou modifier sa proposition selon ce qu'il a entendu comme avis.
  • Un tour d'objection est proposé. Si quelqu'un a une objection, elle est testée. Elle ne peut être valable que si c'est une objection concrète réelle, pas une préférence, pas une peur irrationnelle, pas une autre proposition...
  • La proposition est acceptée quand toutes les oppositions sont levées.
  • Ne pas oublier de célébrer la décision 🙂

L'université du Nous propose une fiche pour aider à pratiquer le processus de gestion par consentement... (pdf), ceci parmi plein d'autres outils...

La coopérative EpiCoop a Vevey s'est aussi lancé dans la gouvernance partagée.

Donc il y a déjà quelques références chez qui se tourner pour comprendre comment ça marche.

Formations à la gouvernance partagée

Pour t'aider à démarrer dans la gouvernance partagée tu peux faire appel à ces gens que je connais:

  • Les Ateliers de l'instant Z
  • les Artisans du Liens (même si ils aiment parler de "gouvernance horizontale, alors que pour moi c'est pas horizontal si on fait une hiérarchie de holon !!")
  • L'Université du Nous (avec qui j'ai eu la chance d'être formé lors d'un très rare passage en Suisse en 2015) Vu son succès, l'UdN en collaboration avec les colibris a déjà organisé 2 MOOC à propos de la gouvernance partagée, c'est une manière de former plus de gens, mais pour avoir suivi le deux... la version en chaire et en os était nettement mieux !! (des webinaires intéressants...)
  • ... et du coté du mouvement citoyen de Morges et environs on fait aussi de la gouvernance partagée, quelques personnes qui veulent créer une épicerie participative ont été formée dans ce cadre là.... si besoin, me contacter 😉

3: Quels moyens de communication utiliser entre les membres de la coopérative ?

... Mais aussi comment gérer les membres ? Comment gérer le planning des horaires de travail des coopérateurs ?

=> Un crowdfunding est en cours pour un module de planning dans l'app epicerio .. ceci en octobre 2023... GO....

Beaucoup de moyens de communiquer.. mais sans communiquer mieux !

Une des questions venue lors du forum ouvert organisé par AGRIDEA était liée à la communication interne entre les participants de l'épicerie participative.

Forcément quand il faut coopérer avec beaucoup de monde il est nécessaire de communiquer.

affiche-pouvoir-coopérer-abeille

C'est pas forcément évident. A notre époque, à l'ère de l'information, nous sommes submergé par les moyens de communication, mais ça ne veut pas dire qu'on communique mieux !!

Les grecs de l'antiquité avaient déjà tout dit... Ethos, Pathos, Logos.

L'essentiel de la communication passe par la posture de l'orateur, par les gestes non verbaux. 🙅‍♂️ 😎 

Puis, c'est l'émotion qu'on sens dans le ton de la voix qui fait une bonne partie de la communication, et enfin c'est les mots, le contenu logique.

Ainsi, utiliser un média écrit c'est couper la majorité de la communication. Plus de posture, plus de retour non verbal en direct, plus d'interaction. Il ne reste que la logique froide, des mots qui ont des connotations différentes pour chaque personne.

Heureusement, grâce aux smiley 😜😋😪🤔🤩😤😅🤣😇 on peut faire passer quelques émotions, un peu d'ironie, du second degré.... mais ça reste faible.

Conclusion: rien ne remplacer l'expérience humaine de se rencontrer physiquement.

psychologie des foules gustave le bon bruxelles apero du parlement europen
Apéro quotidien des employés du parlement européen à Bruxelles...

Mais il faut quand même avouer que d'autres moyens de communication sont pratiques, mais il est nécessaire de les utiliser en toute connaissance de cause et ce pour quoi ils sont fait.

Le e-mail reste encore et toujours le moyen le plus courant et fiable pour communiquer mais...

☎️Le téléphone, la voix c'est quand même bien. Son évolution la plus récente avec la visio conférence est pratique. Mais l'image n'est pas souvent nécessaire. C'est plus souvent une source d'ennuis technique qu'autre choses.

C'est le logiciel jitsi.org que je trouve le plus simple et le plus fonctionnel de nos jours. On en trouve encore d'autre instance comme celle de https://framatalk.org ou des colibris: https://www.colibris-outilslibres.org/services/visioconference-jitsi-meet/

Il suffit de choisir une adresse (url) et de l'envoyer aux autre participants ou d'utiliser régulièrement la même. Une fois mise dans la barre d'adresse de son navigateur web. C'est parti on est en conférence !

Le e-mail 📩c'est pratique pour la diffusion pour les notifications qui ne demandent pas d'interactivité.

Pour une lettre de nouvelles c'est l'idéal. Le e-mail est toujours et encore l'outil moderne le plus courant, le plus ouvert pour communiquer massivement une information.

Les messageries instantanées sont en plein boom. Whastapp, messenger, telegram, signal, et... Chacun de mes amis me dit que je devrai aller sur une autre.... et je me retrouve avec au moins 4 messageries différentes !!

📩👩🏼‍💻📷🔋📞🥐👨🏻‍💻🎥📱☕️

La loi de Metcalfe, dit que la valeur d'un réseau, son utilité dépend du carré de nombre d'utilisateurs. En effet, plus j'ai d'amis sur une messagerie, plus je vais choisir celle là, et plus ça va renforcer le fait que ce choix devient incontournable. Même si en soi c'est pas le meilleur outil !

Ces messageries instantanées c'est pratique, justement par ce que c'est instantané, qu'il y a de l'interaction. C'est simple à utiliser. On peut y faire des groupes et avoir toujours ses amis dans la poches. Mais quand le nombre de personnes augmente, ça devient vite la galère. Les notifications arrivent en masse. Ça demande quelques règles de base dans les conversations pour ne pas polluer la discussion.

Il faut des canaux/groupes réservés aux informations importantes nécessaires et d'autres pour les gens qui veulent discuter. Si on mélange, les infos importantes seront noyées dans la masse...

👮🏻‍♂️👩🏻👧🏼🧓🏻🧔🏻👱🏻‍♀️🧑🏻👨🏼👮🏻‍♀️

De mon expérience de personnes pas trop accro aux smartphones, je vois qu'il y a des messageries qui obligent à disposer du dernier smartphone à la mode... Whatsapp et Signal par exemple. Ainsi c'est rédhibitoire pour les amis "low tech". C'est un excellent moyen d'exclusion que d'utiliser ces messageries !
(whatsapp, c'est facebook, tout comme Messenger.. c'est fournir toutes ces conversations à ces gens... Signal, c'est hyper sécurisé, mais d'expérience pas très pratique par ce qu'en groupe, on ne voit que le numéro de la personne et du coup on est toujours ennuyé de savoir à qui on parle !! .... même pas une image ou un petit pseudo affiché par défaut. On est obligé d'avoir ajouté la personne à son carnet d'adresse et d'avoir communiqué en direct avec elle... pas top pour la communication de groupe)

logo telegram messagerie

Telegram, j'aime bien. C'est simple, ergonomique. On peut l'avoir sur un ordinateur de bureau sans avoir un smartphone en parallèle !! (ce qui me semble basique !! ... je comprends pas pourquoi whatsapp arrive pas à faire ça !)

Il est possible d'utiliser Telegram avec un pseudo sans montrer son numéro de téléphone. Telegram a été créé par le fondateur du réseau social russe VK.

J'entends souvent "Whatsapp c'est les américains, et Telegram les russes"... si le fondateur de Telegram est russe, il n'a rien à voir avec le gouvernement russe, justement il a créé Telegram car Vk est tombé aux mains du gouvernement russe.... et Telegram a été interdit en Russie car ses concepteurs ont refusés de donner la clé de décryptage au services secret russes ! Telegram est basé à Berlin.

Donc Telegram est pas trop mal pour respecter tes données privées, mais pas parfait. Le code client est openSource, mais pas le code serveur ! De plus le cryptage de bout en bout ne fonctionne pas dans les groupes !

Cependant c'est la solution de messagerie que je préfère. Il est possible aussi de faire des liens web pour rejoindre un groupe Telegram, ce qui est pratique pour les invitations.

Les outils de discussions pour organisations

Les messageries instantanées ont vite leur limite pour gérer plusieurs canaux avec plusieurs organisations. De plus pour retrouver une information dite par le passé et pointer une discussion en particulier c'est un peu la galère.

Il existe des outils, comme Slack qui permet d'aller un peu plus loin. Mais ce que je recommande c'est l'alternative OpenSource: Mattermost.

Mattermost est une application OpenSource que l'on peut installer chez soi. Ainsi on maitrise ses propres données. Il en existe aussi des instances associatives qui respectent la vie privée. C'est le cas de https://framateam.org et aussi de https://www.colibris-outilslibres.org/services/tchat-mattermost/

Personnellement j'utilise Mattermost dans 2 organisations et c'est très pratique. On peut faire des canaux de discussions différents pour des sous-groupes de l'organisation. On peut faire des recherches sur le contenu pour retrouver de vieilles discussions.

Dans le cas d'une épicerie coopérative participative, Mattermost c'est l'outil que je recommande pour les discussions entre les groupes de travail, les comités, conseils qui gèrent l'épicerie. (bien que je n'ai pas d'expérience directe de ce soft dans ce domaine... mais mes bonnes expériences dans d'autres domaines sont transposable.)

Résumé des outils recommandés pour communiquer en interne dans une épicerie coopérative participative

Pour diffuser des informations en masse en interne, mais aussi à l'externe (sympathisants..) La lettre de nouvelles par e-mail est le meilleurs outil.

Jusqu'à 2000 abonnés, l'outils https://mailchimp.com est gratuits ou 1000 abonnés pour le plugin wordpress MailPoet. Infomaniak a aussi un offre intéressante de mailing tarifée par pack de mail.

👩🏻👧🏼🧓🏻🧔🏻👱🏻‍♀️🧑🏻👨🏼

Pour faire communiquer les différents, comités, conseils, groupes de travail, ainsi qu'avoir une archive des conversations. Mattermost est le meilleur outil. Les instances de https://framateam.org et des Colibris sont simples et respectent la vie privées.

Pour les visio conférences, l'outil jitsi.org est le plus simple. Là aussi il y a des instances chez https://framatalk.org ou chez les colibris.

Pour s'organiser en général avec des outils en ligne, par exemple pour trouver une date de réunion (alternative doodle), écrire un pv collaboratif sur un pad, organiser un vote ou écrire une documentation sur un wiki, les outils libres des colibris ou les app collaboratives de framasoft. sont parfaits!

coopération

Pour juste discuter en ligne de façon informelle et/ou pour communiquer des informations importantes et urgentes (ex: j'arrive en retard à la séance de ce soir...), les messageries instantanées sont pratiques.

je recommande l'utilisation de Telegram qui fonctionne partout qu'on ait un smartphone ou pas. L'ergonomie pour groupe est bien. Il est possible de rejoindre un groupe via un lien web.

Mais il ne faut pas oublier que rien ne remplace une réunion physique en chair et en os ! (avec un apéro... 🍻🥂 un repas.. 🥐🍮🥗🍨)

Pour garder un certain esprit de communauté et crée du lien, il est intéressant d'organiser des grandes rencontres avec tout le monde régulièrement. (2 à 4 fois par an ?)

L'idées de proposer des activités en commun pour faire connaissance, mais aussi de l'informel pour juste le plaisir de se voir.

Bon, naturellement, le fait de venir faire ses courses au magasin va créer des rencontres!

communauté collaboration ExtendedCommunityCircle.png

Gestion des horaires de travail des coopérateurs dans leur épicerie participative

Le principe d'un épicerie participative, c'est justement de participer. Chaque coopérateur s'engage à travailler entre 2h et 3h (selon les épiceries) par mois, pour faire tourner le magasin.

La plage de travail des coopérateurs est appelée "vacation", "shift" ou "créneau horaire" selon les différentes coopératives.

Les horaires d'ouvertures sont très variables. Pour une épicerie, j'ai vu que c'est en général 2h par jours sauf le dimanche. Pour les supermarchés participatifs, j'ai vu des horaires de 6h à 22h, avec un peu moins les samedi et dimanche.

Ces horaires d'ouvertures sont décomposés en créneaux horaires qui sont occupés par les coopérateurs.

3 manières d'effectuer son service dans l'épicerie coopérative participative

Généralement il existe 3 manières d'effectuer son service dans une épicerie coopérative participative:

  • tenir le magasin pendant les horaires d'ouverture, pendant un créneau horaires régulier, chaque moi le même
  • faire partie d'une équipe volante, qui effectue des tâches ponctuelles et des remplacements.
  • faire partie de groupes de travail, comités, etc.. qui assurent le bon fonctionnement de l'épicerie sans forcément être sur place. (gestion des commandes, informatique, gestion des membres, formation, communication, animation, etc...)

La plupart des coopérateurs effectuent leur service en tenant l'épicerie pendant les heures d'ouverture.

Le planning est généralement réparti en 4 types de semaines: les semaines ABCD. Chaque semaine il y a une équipe différente qui gère le magasin.

Chaque coopérateur, lors de son arrivée dans la coopérative choisi un créneau horaire et l'occupe de la même manière toutes les 4 semaines, avec les mêmes personnes. (Avec des tâches différentes selon les heures, ex: accueil livraison, épicerie, nettoyage, etc..)

Ainsi l'équipe est stable. Elle est autonome et les gens se connaissent bien.

Si une personne a un empêchement, elle doit trouver un remplaçant pour le créneau horaire concerné. Si elle n'est pas présente elle est redevable de deux créneaux horaires !

Il y a de nombreuses, autres règles suivant les situations, jours fériés, congés parentaux, congé de plusieurs mois, etc...

Il y a là des explications détaillées dans le manuel du membre. Voici le manuel d'une petite épicerie participative et d'un grand supermarché participatif. En fait c'est très très similaire en terme de règles.

Ce qui change par contre c'est les outils utilisés qui ne sont pas pareils quand on gère 200 coopérateurs ou 8000 coopérateurs !

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Une coopératrice de supermarché participatif qui fait ses 3h de service... 😉

Outils informatiques de gestion de membres

Au point 4 on verra plus en détail des outils informatiques de gestion de l'entier des tâches de l'épicerie coopérative participative.

Ici on va juste voir brièvement les solutions de gestions des membres et du planning.

J'observe que dans les petites structures, c'est souvent google drive qui est utilisé. Un bon tableur et voilà, c'est fait, la structure de roulement des semaines ABCD de toute l'année sont faites à coup de copier coller.

Une colonne indique les horaires des créneaux, une autre le type de travail à effectuer, puis on ajoute autant de colonnes qu'il faut de personnes pour gérer l'épicerie, une ou 10 ?
Une colonne sert également à indiquer qui remplace qui. Mais on ne change pas le noms du coopérateur de base. Ainsi la structure par semaine reste la même.

Exemple de gestion des créneaux horaires dans un tableur.

Les coopérateurs sont indiqués à l'aide de leur numéro de coopérateur et de leur nom. Car suivant la définition du coopérateur ça peut être une personne, un couple, une famille... donc c'est pas forcément la même personne physique.

Cette solution du tableau a le mérite d'être très simple et facile à prendre en main pour beaucoup. Si l'on ne veut pas livrer ses données à google, il est possible de privilégier des outils libres comme le tableur FramaCalc.org

Dans les grands supermarchés coopératifs participatifs, j'ai observé l'utilisation du module Odoo FoodCoops dont on parlera ci-dessous au point 4.

L'épicerie L'éléfàn a Grenoble a aussi développé tout un logiciel pour gérer les membres et les créneaux horaires des membres.

Voici un petit aperçu de cette solution:

Mes observations me montrent que plus on veut un outil spécialisé bien fait, plus il est contraignant et plus il est compliqué d'y ajouter des exceptions.

Que faire pour ajouter un jour férié qui est régional ?
Dans mon tableau c'est juste la ligne qui disparait. Dans les logiciels spécialisés, il faut toute une interface de gestion des jours fériés car les créneaux horaires sont générés automatiquement.

Dans un tableur, les créneaux ne sont pas générés automatiquement, mais à coup de copier coller, c'est pas très long à faire.

La gestion des droits d'accès devient très complexe aussi. Dans les exemples ci-dessus avec des applications dédiées on voit que le communs des mortels peut juste savoir si un créneau et rempli ou non, mais pas par qui.

Alors que pour le tableur tout le monde a accès à tout. On voit là des politiques très différentes.

Personnellement, ma préférence va à ce qui est le plus simple. Vive le low-tech. (Finalement: un tableau dans l'épicerie suffit aussi ! même si c'est commode de l'avoir en ligne)

En mode Low-tech la tablette d'argile va très bien aussi... ou le calendrier mural ardoise.

4: Quels moyens de paiement utiliser dans une épicerie coopérative participative ?

.... ou dit autrement: est-ce que l'on a vraiment besoin d'une caisse ? 💰

C'était ainsi que c'était présenté lors du forum ouvert à la réunion organisée par AGRIDEA.

A modèle de clientèles différentes, modèles de payement différents

C'est lors de cette réunion que j'ai réalisé à quel point les épiceries coopératives participatives sont différentes les unes des autres !! ... et leur structures fait qu'elles seront très différentes pour les modes de paiements. 💰💳

Ainsi les épiceries qui sont ouvertes à n'importe quel public sont comme n'importe quel magasins, elles ont besoin de caisse, de moyens de paiements usuels qu'on retrouve partout, des terminaux de payement. (TPE) Il en existe des alternatives simples et pas cher, sans abonnements, pour faire des paiements avec des cartes de crédits usuelles et quelques cartes de débit... (MyPOS et SumUP)

Un tel modèle d'épicerie mixte de clients doit aussi gérer des prix qui sont différents selon les gens, coopérateur ou non. C'est toute une logistique non négligeable.

Puis il y a le modèle radical d'épicerie coopérative participative. Dans ce modèle il est nécessaire d'être coopérateur pour être client, pour y faire ses achats.

Dans ce cas là, la question se pose: est-il nécessaire d'avoir une caisse ?
→ Non, il n'est pas nécessaire d'avoir de caisse ni de terminal de paiement.

C'est par exemple ce qui se fait Chez-Emmy. Les coopérateurs ont un compte qui est débité en fin d'achat. Ils ont un compte à pré-paiement qui est réapprovisionné par des virements. (ou des paiements en ligne par carte de crédit)
On parlera ci-dessous plus en détail du logiciel de gestion de l'épicerie chez-emmy.

epicerie-cooperative-participative-solde-compte-achat
Ouf... 😅 mon compte est encore en positif...

Des guerres de religion dans le choix des outils informatiques de gestion d'épicerie coopérative participative

Evidemment il y a un moment où il faut choisir son modèle de clientèle, puis ses outils informatiques et là comme souvent entre geek, c'est la guerre de religion. On le voit très bien sur le forum du réseau de épiceries interCoops.

Il y a des gens qui veulent tout mutualiser et diffuser le même outil partout. Et ceux qui veulent développer leur solution adaptée à leur cas, à l'image de l'idée d'avoir une épicerie adaptée à leur vision du monde.

Si tu veux voir le détail voici le point de départ du wiki pour voir toute une discussion sur la mutualisation des outils informatiques pour les épiceries coopératives participatives.

Pour résumer les grosses tendances, en gros il y a le module Odoo Awesome Food Coops basé sur l'ERP odoo qui est utilisé par la Louve à Paris, Lille, Montpellier, Toulouse, etc...

Il y a également un autre module basé sur Odoo Coop it Easy qui est utilisé par Bees à Bruxelles, Le Nid à Genève et juste à côté la Fève à Meyrin.

Voici une liste plus précise de qui utilise quoi....

Odoo est un ERP donc c'est le gros outil standard qui fait tout qui n'est pas dédié spécialement aux épiceries et supermarché. Mais il y a des modules spécifiques qui ont été conçu pour gérer des grosses épiceries coopératives avec des millions d'écritures et des milliers de coopérateurs.
(Par exemple à la Louve, il y a 8000 coopérateurs dont la moitié d'actifs en décembre 2018 selon ce que j'ai lu sur le forum.)

De ce que je lis sur le forum, l'outil Awsome foodCoops est jugé cher en infrastructure informatique par certains. Mais il se rentabilise si on a des milliers de coopérateurs. (Sur le forum je lis 1100€/mois )

Pour l'autre module Odoo, coop it easy, j'ai une connaissance qui l'a installé et qui me dit que c'est moins, cher. Que c'est juste un serveur linux. Mais je ne connais pas le coût réel.

A contrario des systèmes conçus pour les grands supermarchés participatifs il y a les petits outils, souvent bricolés ou à base d'un mixe d'outils disponibles dans google drive ou dans les ecosystèmes libres et non prédateurs de données personnelles que sont les outils libres des colibris ou les app collaboratives de framasoft.

Sur le forum, un membre de l'épicerie éléfàn montre qu'avec uniquement quelques centaines de membres, le coût de l'infrastructure informatique pour Odoo est quasi 3 fois plus cher pour lui.
(au point précédent on a déjà parlé du système de gestion des membres de éléfàn, il y a aussi une vidéo qui montre ce logiciel)

monopoly maison
Qui veut un monopole ?

Voici l'avis de la commission de gestion de l'éléfàn, à propos de choix de logiciels de gestion d'épiceries coopérative. C'est assez pragmatique, surtout pour la France qui a une loi sur les logiciels de caisse qui doivent être certifiés pour éviter les fraudes à la TVA. (Loi tout à fait stupide à mon avis... ça met des barrières aux logiciels openSource !! On est bien loti en Suisse !!)

En Suisse 🇨🇭 la TVA, c'est beaucoup plus simple. Dès qu'on a un chiffre d'affaire qui dépasse CHF 100 000.- on est assujetti à la TVA.

Après il y a 2 méthodes pour une entreprise de payer la TVA:

  • La méthode effective. Soit le détail de ce qu'on collecte ( moins ce qui est déductible)
  • La méthode forfaitaire. Un pourcentage du chiffre d'affaire à payer semestriellement.

Des cas que je connais de petite épiceries coopératives participatives, le plus simple pour avoir le moins de boulot, c'est la méthode forfaitaire. Le taux appliqué semble être de 0.6% du chiffre d'affaire. (Avec CHF 100 000.-, 0.6% = 600.-)

Jusqu'à un chiffre d'affaire de CHF 5 millions cette méthode passe. La TVA doit toujours être collectée, mais sur les produits alimentaires qui sont en majorité dans un épicerie c'est faible. C'est en général le taux de 2.5% qui est pratiqué.

Une épicerie vend des..... épices !

Revenons à nos logiciels.....

Donc au lieu d'un gros logiciel qui fait tout ils préfèrent externaliser le logiciel de caisses propriétaire et certifié et faire le reste eux-mêmes.

Ainsi c'est surtout la taille de la coopérative qui va déterminer le choix des outils informatiques.

En Allemagne et aux Pays-Bas, c'est le logiciel FoodCoops de FoodSoft qui est pas mal utilisé pour gérer une épicerie Coopérative participative.

En Suisse, les épiceries actuelles sont des micro coopératives en comparaison !

En général, elles démarrent vers une centaine de coopérateurs afin d'avoir la main d'oeuvre suffisante pour tourner, mais ensuite plus il y a de monde, plus les problèmes de gestion arrivent et plus il faut des outils pour les gérer.... small is beautiful !!

🍅🥝🍍🍒🍈🍓🍇🍌🍊🍐

Exemple de logiciel de gestion d'épicerie coopérative participative fait par ecodev

Le cas que je connais le mieux, car j'en suis membre, c'est celui de chez Emmy. Un de mes collègues fait partie des fondateurs. C'est ainsi que notre entreprise (ecodev) s'est retrouvée avec le mandat de faire un logiciel maison pour gérer une épicerie coopérative participative.

Ce logiciel est adapté à une épicerie où seuls les coopérateurs peuvent être clients. C'est le modèle le plus simple. Ce qui est complexe en revanche, c'est qu'un coopérateur est en fait une famille ! Il y a plusieurs personnes sur le même compte financier.

Le principe de base est que chaque coopérateur a un compte dans l'épicerie. Il peut l'approvisionner par des virements ou des paiements par carte de crédit via l'interface online.

Logiciel-gestion-epicerie-cooperative-participative-2019-06-12-à-10.54.18-compte-utilisateur-solde-negatif
Oups... je suis fauché... faudra que je réapprovisionne mon compte

Ce compte lui permet de payer dans l'épicerie. Son compte est débité du montant des achats.

Chaque produits est étiqueté avec un QRcode. Ainsi lorsqu'il fait ses achats le coopérateur va scanner le QRcode avec son smartphone et l'ajouter à son panier d'achat. Si il n'a pas de smarphone, il peut le faire via dans la même interface, via smartphone ou un ordinateur en tapant le code de affiché à côté du QRcode.
(On l'imagine pas à priori.. mais en fait beaucoup de gens préférent taper le code plutôt que de le scanner... car ça se lit de loin... pas besoin de se déplacer pour mettre son smartphone devant le panneau alors qu'on est déjà sur la balance à 2m !! )

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Le panier une fois validé permet de connaitre le montant à débiter du compte du coopérateur. Puis permet également de mettre à jour les stocks disponibles dans l'épicerie.

Logiciel-gestion-epicerie-cooperative-participative-2019-06-12-à-10.48.09-achat-deo-quantite

L'essentiel est fait.

L'interface d'administration permet aux coopérateurs qui gèrent les stocks de bien gérer les commandes. Ainsi que d'avoir une gestion financière et de créer les QRcodes à associés aux produits.

Une telle infrastructure simplifie nettement la gestion des paiements et des stocks. Elle ne nécessite aucun moyen de paiement dans l'épicerie.

Logiciel-gestion-epicerie-cooperative-participative-2019-06-12-à-11.27.38-liste-produts-stock-tva-marge-code

Le compte de chaque coopérateur peut être légèrement en déficit. La coopérative Chez-Emmy permet un solde négatif de CHF 50.-

La vérification du réapprovisionnement du compte et la mise à jour des soldes des coopérateurs se fait automatiquement en important les paiements reçus sur le compte bancaire à l'aide d'un fichier XML au format CAMT 0.54 (norme ISO 20022)

Logiciel-gestion-epicerie-cooperative-participative-2019-06-12-à-11.48.05-importation-bvr-xml-camt-054-fichier-banque

Par contre cette solution de gestion d'une épicerie participative nécessite un wifi performant dans le magasin. Les bornes wifi de base sont souvent conçues pour une dizaine de personnes en même temps.

La première semaine Chez-Emmy, avec l'engouement de la nouveauté les 40 personnes en même temps sur le même réseau l'on saturé. Il a fallu adapter le wifi en conséquence.

Cette application web de gestion d'épicerie participative s'appelle Epicerio.

C'est par ici si tu veux en savoir plus sur le système de gestion d'épicerie coopérative participative développé par ecodev pour chez Emmy.... .. mais qui maintenant n'est plus réservé à cette seule coopérative.

Les Monnaies Locales Complémentaires dans les épiceries participatives

Dans des petites vidéos à propos d'épiceries coopératives participatives, j'ai vu à deux reprises des paiements en MLC, des Monnaies Locales Complémentaires. Normal, un des fondateurs de l'épicerie le Nid est aussi un des principaux artisans de la monnaie locale du Léman.

La monnaie est un de mes sujets favoris ! Je suis devenu un spécialiste de l'histoire de la monnaie. Je connais aussi très bien les Monnaies Locales Complémentaires et ça ne m'étonne pas du tout d'en voir dans les projets d'épicerie coopératives participatives. C'est un peu le même genre de valeurs qui sont véhiculées. Notamment la relocalisation de l'économie.

leman monnaie

Mais je reste très sceptique sur le réel impact des MLC. Je pense que souvent c'est juste changer la couleur des billets et rien de plus. Le système en place s'est arrangé pour que tous les avantages des monnaies locales soient bridés (notamment le fait de doubler la masse monétaire). Ainsi les projets de MLC sont toujours en tractation avec la FINMA en Suisse pour savoir quel est vraiment leur statuts.

J'ai fait tout un article sur ce feuilleton Monnaie Locale Complémentaire en Suisse. Je te laisse aller voir.

Je pense que l'épicerie coopérative participative est un outil nettement plus efficace pour relocaliser une économie qu'une monnaie locale nantie sur la monnaie officielle.

Mon modèle préféré de système de paiement dans une épicerie passe par un compte dans l'épicerie, ainsi ça complique un peu le paiement en monnaie locale. Notamment comme il n'y a pas de caisse, on ne peut pas accepter les billets. Il faut trouver un autre moyen pour créditer les soldes en monnaie locale.

Mais tout de même il y a une idée à creuser sur le sujet notamment sous forme d'un crédit mutuel entre fournisseurs et la coopérative. Si les fournisseurs sont aussi coopérateur c'est facile, on peut créditer directement leur compte interne pour les payer. On s'approche ainsi du principe de coopérative intégrale.

Le Lémanex est un crédit mutuel entre entreprise. Là c'est nettement plus intéressant comme principe de monnaie locale.

A garder en tête pour voir comment tout ça pourrait s'articuler. Mais pour le moment il faut faire simple.

monnaie minimoi
C'est facile de créer de la monnaie... avec un crédit mutuel on fait tout nous même.

5: Comment trouver des producteurs, des fournisseurs pour une épicerie coopérative participative ?

.... et aussi quelle marges pratiquer, comment éviter de faire concurrence à ses propres fournisseurs ?

Effectivement si on veut vendre des produits.. il faut bien les produire. Il faut des producteurs qui nous les vendent.

courge agriculture biodynamique perceval

Trouver des fournisseurs de produits, bio et locaux de préférence

Dans toutes les régions il existe des producteurs locaux. (Comme un de mes amis...) Ils ne sont pas forcément bien référencé dans un grand registre. Mais souvent les associations paysannes comme AGRIDEA peuvent te renseigner.

C'est justement par ce qu'ils ont reçu beaucoup de demandes qu'ils ont organisé une réunion pour créer du lien entre les acteurs des épiceries coopératives participative.

Comme la plupart des épiceries ont des valeurs qui tendent à vouloir un maximum de produit bio. Une bonne piste pour trouver des fournisseurs c'est de se renseigner chez bio-suisse. Ils ont même une page pour aider les gens à trouver des produits bio près de chez eux.

Le mot "bio" signifie "vie"
Le mot "bio" signifie "vie"

Le site fermebourgeon.ch est un annuaire avec une carte pour trouver des bio dans sa région, mais aussi des restaurants et marchés bio.

Il existe aussi une bourse, plein de petites annonces pour trouver tout ce qu'il faut sur le marché bio en Suisse... mais c'est plutôt pour des animaux et du fourrage ! 🐄 🐐

La manière simple pour démarrer son épicerie coopérative participative, c'est de commander chez un grossistes comme biopartner qui fourni quasiment tout en produits bio. Ça complète bien les produits locaux.

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Attention de ne pas concurrencer ses propres fournisseurs... ou pas..

Une question a été soulevée, à propos de fournisseurs qui vendent leurs produits à un prix de grossiste. Puis ce même producteur impose à ses revendeurs de vendre à un prix donné.... Que faire suivre ou pas suivre cette "recommandation" ?

Le cas d'école, c'était celui d'un vigneron 🍷qui impose une marge de 70% à ses revendeurs, alors que la coopérative pratique habituellement une marge de l'ordre de 25%. Ça fait quand même une grande différence. En fait le vigneron impose son prix sur le marché afin de ne pas se faire concurrencer lui-même, dans son propre magasin !

La conclusion a été que le but de l'épicerie participative, c'est justement de participer par son travail. C'est une forme de paiement en nature. Il est donc normal que la marge soit plus faible. L'idée c'est d'expliquer ceci gentiment au producteur. Si il ne veut pas.. ça ne sert à rien de continuer avec lui.

Dans un modèle d'épicerie fermé aux seuls coopérateurs ceci se défend bien. Par contre dans un modèle ouvert ou des gens qui ne travaillent pas dans l'épicerie peuvent accéder à un produit moins cher que le prix du marché, là ça ne va plus. Voilà la limite.

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Qui est enchainé ? le producteur ou le distributeur ?

Mutualisation des livraisons entre les différentes épiceries ?

Quand une région commence a avoir plusieurs épiceries coopératives participatives, souvent ce sont les mêmes producteurs qui livrent aux épiceries ! 🚴

La question se pose donc de voir si il est possible de mutualiser les livraisons ?

La question n'a pas clairement été tranchée. C'est compliqué. Ça dépend des produits, des stocks, de qui livre, le producteur ou l'épicerie ? Est-ce qu'il y a un grossiste ?

La conclusion a été de dire que la meilleure solution de mutualisation serait peut être un service de livraison indépendant mais qui appartient aux épiceries.... à revoir quand le besoin se fera vraiment sentir. Ça n'avait pas l'air d'être le cas, malgré que la question a été soulevée.

livraison-epicerie-cooperative-participative

Comment gérer les relations avec les autres magasins, notamment les épiceries bio et en vrac.

Quand une épicerie coopérative participative ouvre, les épiceries concurrentes peuvent mal le prendre !

Il y a tout en engouement parallèle de création de petites épiceries bio et/ou locale, et d'épiceries en vrac. Ce sont surtout celle là qui risque d'avoir peur de l'arrivée d'une coopérative qui n'a pas besoin de dégager de salaire !

Il y a aussi des coopératives de paysans qui vendent leur propres produits qui peuvent avoir peur.

La conclusion c'est de bien communiquer, d'expliquer le projet. Peut être de trouver des synergies, une coopérative de paysan va peut être servir de fournisseurs et tout le monde sera content.

Il y a moyen d'être complémentaire sur des produits. Ne pas proposer exactement la même gamme de produit de soins corporels par exemple. Et il ne faut pas oublier qu'il y a aussi des gens qui ne sont pas intéressés par le côté participatif et vont continuer à aller dans des magasins plus standard.

A Sion le magasin bio La cagette 1971 s'est transformée en coopérative participative Co-é-Sion. Comme quoi le modèle est transformateur...

A Charmey un sondage a été fait pour tester l'intérêt pour une épicerie coopérative participative. Le résultat a été à 177 contre 1 pour le projet.

Dans le mot coopérative, il y a coopérer. Donc ça reste la meilleure chose à faire, avec un dialogue entre les gens.

Silo pour les aliments en vrac
Silo pour les aliments en vrac

6: Quels assortiments de produits avoir dans une épicerie coopérative participative ?

Quand on a une épicerie, il faut bien y vendre des produits ! Mais quoi ? quelle quantité ?

Large palette de produits ou produits spécifiques ?

Est-ce que je dois me concentrer sur une gamme de produits précis ou est-ce que je dois avoir une grande gamme de produits afin d'attirer les gens ?

L'idée de la place de marché est très vieille. C'est avoir dans un même lieu toute l'offre du moment.

Le supermarché à repris ce principe, mais avec une seule caisse.

Dans la vie trépidante des gens de notre temps, il y a peu de gens qui vont prendre le temps d'aller à plusieurs endroits, chez plusieurs commerçants pour faire leurs courses.

L'idée d'avoir une large palette de produits est donc celle a privilégier. Il n'est pas nécessaire d'avoir tout l'assortiment possible. Mais juste l'essentiel.

Comme exemple, l'assortiments de produits disponibles dans l'épicerie chez Emmy est de l'ordre des 400 à 500 produits différents selon la saison.

Pour comparaison avec l'assortiment d'une coop pronto qui est le magasin de plus petite taille de Coop dispose d'environ 10 000 produits!

Le Top Ten des produits les plus vendus à la Coop

Evidemment, en vendant en vrac, on a pas besoin de faire des déclinaisons de taille et d'emballages différents. Ça fait du coup, moins de produits différents !

Voici une liste non exhaustive de types de produits possibles à vendre dans une épicerie coopérative participative:

  • Pain 🥐🥖🍞
  • Fruits, légumes 🍅🥝🍍🍒🍈🍓🍇🍌🍊🍐
  • Produits laitiers 🥛🐄
  • Fruits secs, noix, graines 🌰🥜🐿
  • Produits soja, tofu, lait de soja 🥛
  • Pâtes 🍝
  • Farines 🥞
  • Sucres, miel, confitures 🍯
  • Riz, céréales, légumineuses 🍚 🌾
  • Viandes, 🐟 🍖 🥩 🍣
  • Vinaigres, huiles, sauces, moutardes, oeufs 🥚🍳
  • Épices 🌶
  • Café, thé, chocolat 🍫☕️🍵
  • Boissons alcoolisées 🍺🍾🍷🥃
  • Boissons non alcoolisées 🥤🍹🚰
  • Produits cosmétiques et ménagers 🧖🏻‍♀️
  • Contenants 🛢⚗️

Evidemment chaque cas est différent. Par exemple le Local à Nyon est une épicerie qui veut mettre en avant les produits locaux. Elle ne va donc pas chercher à vendre ce qui vient de plus loin que son district !

Le local est située juste à côté des grandes surfaces. Donc c'est assez proches pour que les gens fassent le détour !

Ainsi dans ce cas, il n'est pas forcément nécessaire d'avoir une large palette de produits. Même si la tendance globale montre le contraire !

L'astuce pour faire venir des clients

L'épicerie de la Brouette à Lausanne a remarqué à ses débuts que les jours où il y a de la vente de pain, l'affluence était plus importante que les jours où il n'y en avait pas !

Ainsi le pain est un aliment qui à lui tout seul fait venir les gens. Il est donc nécessaire d'en avoir (dans ce cas !... ailleurs c'est peut être différent !)

En informatique on appelle ça une Killer app. C'est une application tellement bien qu'a elle seule elle justifie l'utilisation de toute une plateforme. T'achète un iPhone 📱 car ton app préférée n'est que sur iOS..

Le pain est donc la killer app de l'épicerie !

La Brouette s'est donc arrangée pour avoir du pain tous les jours, et ceci en collaboration avec 3 boulangers. C'est aussi pratique pour créer du lien avec les fournisseurs et producteurs de ne pas les mettre en concurrence exclusive mais de proposer leurs produits à tour de rôle.

Ainsi il faut avoir une large game de produits, mais également quelques produits spécifiques qui justifient le fait de venir là plutôt qu'ailleurs.

Il est a préciser que l'épicerie de la Brouette est ouverte à tous, même hors coopérateur. Ainsi ça facilite les gens qui passent là par hasard. Il faut donc des astuces de fidélisation.

Une autre astuce est de fermer 30 min plus tard que les supermarchés alentours ce qui fait venir les gens qui passent à l'improviste.

Equilibre entre l'inclusivité et la "pureté" de l'offre. (Pour plus de détail voir les annexes p41 du manuel des membres de la Louve... pdf)

Matériel pour épicerie

Voici une petite liste de fournisseurs de matériel pour épicerie:

7: Comment financer la création de son épicerie coopérative participative ?

Pour démarrer, il faut bien avoir quelques fonds. Comment les trouver ?

C'est là qu'on voit en général tout une belle créativité pour présenter son projet dans une vidéo courte, histoire de convaincre des personnes qui voudraient soutenir le projet.

Voici un exemple avec la vidéo du crowdfunding du Local, un épicerie coopérative participative à Nyon.

Le financement participatifs

Plusieurs projets ont été financés par des financements participatifs voici quelques exemples:

Il y a différentes plateformes qui ont été utilisées. Mais il y en a une qui se profile pour être plus spécifique au monde agricole et paysan et donc aussi aux épiceries coopératives participatives. Son concepteur était là lors de la séance organisée par Agridea. Il s'agit de la plateforme de crowdfunding:

yeswefarm.ch

Cette plateforme présente comme avantage le fait d'avoir un haut taux de réussite, car il y a un bon coaching de la part du fondateur. Et personnellement je trouve que les montants sont assez importants en moyenne ! (mais c'est à vérifier)

Dans tous les cas, une campagne de crowdfunding, c'est très long, et c'est juste la formalisation de l'engagement d'un réseau pour un projet. C'est pas là qu'il faut créer son réseau !!

Personnellement, je me demande toujours pourquoi passer par une plateforme pour avoir des dons ? Il ne faut pas oublier que la commission de la plateforme est de l'ordre de 10% !!

Si on a déjà un réseau et quelques compétence en informatique autant faire soi même ! La commission sur un virement est moins chère que de passer par des cartes de crédit en ligne et une plateforme !!

credit bancaire facile
Avec le financement participatif, on a plus besoin des banques et leur crédits

Les dons, les mècènes, les subventions

Quelques épiceries ont reçu des dons, en monnaie ou en nature. Parfois même des mécènes anonymes.

Il y a parfois des aides communales, surtout pour des locaux ou du matériel. Ainsi la coopérative Le Nid a reçu CHF 10 000.- de subvention de la ville de Genève.

Il y a de tout, chaque cas est différent. Maia ça vaut la peine d'avoir en tête que les projets d'épiceries participatives sont souvent bien vu pour des subventions, vu qu'ils sont un tout en un, s'occupant d'alimentation de qualité, de social, d'environnemental, de dynamisation économique locale...

chapeau plein de billets de 1000 CHF

Les parts sociales de la coopérative

Il est quand même fondamental de rappeler que dans toutes coopérative, il y a un achat de part sociale ! C'est normalement la source de financement principale d'une coopérative !

C'est ainsi que la coopérative obtient les liquidités suffisante à son démarrage et ensuite son roulement devrait être assuré par la vente des produits et une marge qui oscille entre 20% et 33% selon les coopératives. (Celles qui sont totalement fermées, et sans salarié me semblent être celles qui ont la marge la plus faible, et donc les produits les moins chers.)

Dans mon étude, j'ai vu des parts sociales s'échelonnant de CHF 50.- à CHF 400.- Le plus courant est de CHF 200.-

En général c'est par ménage, après il y a toute une cuisine pour savoir ce qu'est un ménage, une famille, un couple, des colocataires...

famille-marquage-sol-art-urbain-sandy-millar-750251-unsplash

Parfois j'ai vu en plus une mini-cotisation annuelle. (~20 CHF)

Donc si on compte qu'il faut une centaine de coopérateurs pour démarrer, que chacun paie ~ CHF 200.- C'est donc un montant de CHF 20 000.- qui permet de démarrer.

Personnellement j'aime bien le modèle coopératif. Ainsi je participe aussi à d'autres coopérative, comme la coopérative solaire CoopSol... et la coopérative de carSharing Mobility.

Coopérative solaire Coopsol

On voit là le pouvoir de la mutualisations de ressources qui permet d'avoir des liquidités pour installer une grande infrastructures. Dans les cas ci-dessus, acheter des panneaux solaires et des voitures !
(Il y aussi des projets participatifs pour poser des panneaux solaires comme Autovoltaic par exemple, ce qui réduit des coûts d'installation de 20% à 50%.)

La mutualisation des ressources, le financement participatif, la participation bénévole dans sa propre structure sont des modèles économiques avec un grand potentiel. Ce sont des modèles que Marx ne connaissait pas et donc qui remettent en cause ses théories qui ont organisé la lutte des classes pendant des siècles...

J'ai déjà fait un article il y a quelques années à propos de l'artisanat industriel, du pouvoir révolutionnaire des financements participatifs qui dispensent d'avoir recours au crédit bancaire ou à la bourse pour se construire des outils de production et de distribution.

Ceci a pour conséquence d'autonomiser les gens. C'est une émancipation collective. Je pense que c'est pour ça que tous ces sujets m'intéressent ! 🙂

Jardin sur le toit d'une coopérative d'habitant à Genève.
Jardin sur le toit d'une coopérative d'habitants à Genève. Tout peut se faire en coopérative !

Liste d'épiceries coopératives participatives en Suisse romande

.... La tienne n'est pas dans la liste ? C'est probable... c'est en plein boom.. dur de suivre toutes les épiceries participatives qui ouvrent !

Il suffit d'ajouter son nom dans les commentaires en bas de page et de temps en temps je fais une mise à jour et je l'ajouterai.

epicerie-fruits-legumes-lukas-budimaier-93293-unsplash

Liste d'épiceries ou de supermarchés coopératifs participatifs un peu partout...

Au fil de mes recherches sur le sujet, j'ai découvert pas mal de projets intéressants. Ça peut toujours servir d'exemples inspirants.

J'habite en Suisse romande, je veux bien tenir une liste pour cette région. (à voir ci-dessus), mais je ne vais pas faire de liste exhaustive pour le monde entier !!

Voici la carte du réseau informel InterCoops des coopératives participatives:

Pour voir la carte en pleine page....

Mais comment être sur la carte ? .. Je vois que les genevois ont réussi !

Il y a encore un wiki qui regroupe plein d'infos utiles aux épiceries coopératives participatives... c'est une mine d'or sur les différentes pratiques d'organisation, le juridique (français) les outils de paiements, les guerres de religion informatiques :p

Le wiki est complété par un forum pour aller discuter de tout et n'importe quoi autour des supermarchés coopératifs...

Encore une fois, je vois que les sujets les plus commentés sont l'informatique... normal sur un outil informatique il n'y a que les geeks.. mais pour les autres il y a aussi les rencontres en chair et en os...

Encore un peu de documentation à propos des épiceries et supermarchés coopératifs participatifs

C'est toujours intéressant de voir les quelques vidéos qui ont été faites sur certaines épiceries ou supermarchés coopératifs participatifs.

On peut voir comment les gens s'organisent, on peut voir le soins apporté aux locaux, aux étagères. Je vois qu'il y a les éternelles cagettes vertes pliables (ou pas) partout pour les légumes. (Caisse IFCO) C'est le standard pour les grandes et petites surfaces participative ou non !

Dans les nouvelles épiceries je vois de plus en plus souvent des silos à vrac, dans les anciennes un peu plus d'emballage plastique.

J'observe aussi que les étagères sont faites de plus en plus en bois !

J'ai été très impressionné de savoir que dans le petit local de Chez-Emmy, les étagères ont été fabriquées avec 1.7km de latte à tuiles !!!

Le résultat est très beau et astucieux. On a des étagères modulables et esthétiques. C'est autre chose que les étagères métalliques avec des crans partout pour être modulable.

étagère en bois épicerie de chez-emmy
étagère en bois de chez-emmy

J'ai l'impression que si l'on prend bien soin de l'ambiance du magasin le sentiment d'appartenance et de communauté va être plus grand. Les gens se sentirons encore plus à la maison et le projet sera d'autant plus réussi !

Il y a d'ailleurs souvent des activités annexes organisées dans les épiceries coopératives participatives. C'est vraiment un moyen de faire du lien social.

Voici également les comptes rendu de la coopérative Epicoop à Vevey qui va visiter des épiceries participatives en attendant de trouver un local !

Voici la visite du Nid à Genève....
La visite du Radis à Bex....
La visite du Local à Nyon...

Reportage radio RTS sur le Nid.....

Qu'est-ce que ça change vraiment une épicerie coopérative participative ?

J'aimerai ici faire une sorte de conclusion, une synthèse comme j'aime bien les faire. Qu'est-ce que ça change vraiment ce nouveau type d'épiceries voir même de supermarchés coopératifs participatifs ?

Je vois qu'il y a plusieurs types d'intentions derrière cette nouvelle sorte de commerce.

Il y a des gens qui font ça pour faire du bio et ou du local, d'autres pour avoir des produits moins chers, d'autres pour réduire les déchets, pour favoriser le commerce équitable, d'autres encore pour tout ça en même temps !

... et en fait globalement ce genre de commerce va vraiment vers tout ça à la fois !

C'est à dire manger de qualité, et avec une conscience écologique, pour un coût abordable.

Certains sont plus à cheval que d'autres sur la charte des valeurs, plus ou moins "inclusif" ou "pur". Mais tous tendent vers cet idéal.

J'observe donc un vrai changement dans les consciences qui s'exprime par la création active d'alternatives et pas juste faire signer des pétitions et faire voter des lois. Ce qui prend énormément de temps et n'est pas toujours efficace !

Reprendre son pouvoir créateur, agir dans son cercle d'influence et pas seulement dans son cercle de préoccupation, ça change vraiment les choses!

Est-ce que ce modèle est durable ? Est-ce qu'il peut être dévoyé ?

Comme je le mentionne au début de cet article, si l'on veut du local, bio, inclusif, fourni par une coopérative... en Suisse c'est déjà le cas, le marché est dominé par les deux géants orange que son Coop et Migros

Alors qu'est-ce que ça change les supermarché participatifs ?
Pourquoi vouloir réinventer la roue ?

L'histoire de la coopérative Migros est instructive

Migros a justement été totalement révolutionnaire lors de création à son époque. Le fait que les deux géants de la distribution Suisse soient des coopérative montre que le modèle a quelques chose de viral qui est durable.

Le géant international Carrefour a tenté plusieurs fois de s'implanter en Suisse et n'a pas réussi !

enjoy-capitalism.jpg

Mon hypothèse est lié au fait que le modèle coopératif impose que les bénéfices soient réinvesti dans les magasins eux-mêmes. Ainsi il n'y a pas d'actionnaire qui se sert au passage. Il peut donc y avoir directement des prix moins cher pour la même qualité.

Bien que Migros et Coop soient des grandes surfaces atypiques dans le monde et qui favorisent passablement le bio et le fairtrade. Il y a une impression que les valeurs du début ne sont plus là !

J'explique ceci en partie à cause du fait d'avoir rendu totalement anodin le fait d'être coopérateur.

Je suis un des 151 000 coopérateurs de Migros Vaud... mais j'ai pas l'impression d'aller dans MON magasin quand j'y vais. J'ai juste reçu une plaque de chocolat quand j'ai mis mon bulletin de vote dans l'urne de mon magasin pour accepter les comptes. ... et j'ai du bien chercher sur un site web pour voir les comptes. Pas d'AG en commun.

cooperative-migros-plaque-de-chocolat-vote-ag-compte

Il n'y a plus de sentiment d'appartenance, on ne peut pas faire communauté avec 150 000 autres personnes !! (et encore ce n'est que Migros Vaud.. il y a les autres coopératives soeurs...)

Ce sentiment d'appartenance à une communauté et même d'être propriétaire de Migros a tellement disparu que Migros a du faire une campagne de publicité massive pour expliquer que c'est vrai... Migros appartient à "tout le monde" !

Ainsi j'en retiens que si l'on veux un modèle durable, un commerce qui garde le même modèle avec le temps, il est nécessaire de conserver un sentiment d'appartenance à une communauté.

En cela le modèle participatif est révolutionnaire !
C'est à mon avis la clé de ce qui fait une épicerie coopérative participative.

Mais comment cultiver cette différence ?

Le modèle participatif est la grande nouveauté qui va changer le commerce de détail

Ce qui change vraiment par rapport aux magasins existants, c'est le modèle participatif. Le fait que des propriétaires travaillent dans leur magasin. La tâche est collectivisée et c'est toujours en 2 et 3 heures par coopérateur qui suffit à faire tourner la boutique !

Ci-dessus on a parlé de l'arrivée de la coopérative Migros, du fait que cette forme juridique a court-circuité le coût de l'actionnaire. Ainsi les géants orange, malgré leur valeurs à priori plus cher, ne sont pas plus cher.

Quel circuit on peut encore raccourcir de nos jours ? On peut cour-circuiter les salariés !

Les grandes surface tentent de le faire en remplaçant les caissières par des self-chekout. Les clients font le boulot. C'est la mauvaise manière de faire.

selfcheckout-caisse-supermarche-migros

Le modèle participatif va plus loin, on supprime carrément tous les salariés. Chacun est obligé de travailler dans son magasin.on recrée le sentiment d'appartenance, le sentiment de communauté qui a disparu chez Coop et Migros.

Et on peut proposer des produits encore moins cher pour la même qualité !

Les grandes surfaces ne peuvent pas rivaliser ! C'est là la clé de la durabilité du modèle.

Conclusion: comment démarrer son épicerie coopérative participative ?

On a vu énormément de chose dans ce dossier très complet !! Comment résumer tout ça pour en faire une conclusion ?

Je crois que l'idée participative est mûre et qu'elle va prendre de l'ampleur.

Ainsi il y a des épiceries coopératives participatives qui sont lancées avec l'aide financière d'un financement participatif !

Ce sont des valeurs éthiques qui poussent des gens à s'associer, à créer une communauté avec les mêmes valeurs et créer une coopérative participative.

supermarche-en-creation-migros

Les buts d’une épicerie coopérative participative sont variés. Suivant les projets les priorités ne sont pas les mêmes et l’on trouve donc des principes éthiques un peu différents.

Mais globalement toutes les épiceries participatives coopératives tendent vers une nourriture de qualités, à prix abordables, soit en détail des produits:

  • bio
  • locaux
  • moins chers que dans les grandes surfaces
  • avec moins d’emballage (en vrac)
moins-de-dechets-agir-ensemble-epicerie-vrac

Même avec ces ambitions éthique, comme vu plus haut, c'est une mauvaise idée de vouloir jouer au plus pur des purs... Il vaut mieux faire mieux que les autres sans être sectaire et ainsi laisser la liberté aux gens de faire leur compromis eux-mêmes, avec leur propre priorité.

Le modèle participatif est déjà tellement révolutionnaire qu'à lui seul il va changer les choses dans les autres domaines. Ceci surtout pour une question de porte-monnaie.

Je vois qu'il y a des pratiques diverses et variées dans l'ouverture ou non aux clients extérieurs à la coopérative.

Il y a des épiceries réservées aux coopérateurs, comme chez Emmy.

Il y a le modèle ouvert à tous comme c'est le cas avec le Local, dans lequel les coopérateurs ont des rabais plus importants que les passants. (30% en général, 25% pour les amis du local et 20% pour les coopérateurs.)

Mon avis personnel, me pousse à préféré le modèle le plus simple. Avoir 3 types de clients c'est contraignant, c'est 3 types de prix différents, avec 3 types de comptabilité... et c'est aussi avoir une caisse. Ce qui n'est pas nécessaire dans la version réservée aux coopérateurs.

amis facebook Martouf grandes communautés.png
Ma communauté: visualisation des liens entre mes amis facebook.

Avec une version fermée, on crée une véritable communauté. Cette communauté est nécessaire à tenir sur le long terme avec les mêmes valeurs.

De plus, il est plus facile de se faire confiance et c'est ainsi un bon point pour faire une gouvernance partagée. Décentraliser les tâches, faire confiance, ne pas avoir besoin d'un coordinateur salarié qui est submergé et a de-facto plus de pouvoir que les autres.

C'est la communauté qui se gère elle-même. Les gens prennent des décisions au consentement et en cas de blocage on peut voter en dernier recours. C'est une méthode souple, et efficace.

Pour la communication, il est important de ne pas oublier que le contact humain est le meilleur! Même si on a plein d'outil de communication à distance qui sont très pratiques.

Pour tout ces outils informatiques, privilégier les ecosystèmes libres et non prédateurs de données personnelles que sont les outils libres des colibris ou les app collaboratives de framasoft.

Ce sont des outils, simples et efficace. Quand un outil informatique devient une grosse usine à gaz qui formate la manière de faire ça devient dangereux. L'outil doit être au service des gens et pas le contraire. (à méditer, pour moi qui ai une entreprise qui a créé un outil informatique de gestion d'épicerie coopérative participative !!)

centralisation decentralisation distribue reseau
Centraliser, c'est créer des points de surcharge dur à gérer

Si l'outil devient trop gros, c'est souvent que la communauté devient trop grosse. Là il faut se poser la question de savoir si il ne serait pas plus simple de faire un fork comme on dit dans le jargon informatique. En biologie on parlerai de division cellulaire. Small is beautiful

C'est souvent la taille qui demande à créer des outils de gestion, là où un peu de travail manuel suffit dans une petite structure décentralisée.

Penser global et agir local !

Les idées peuvent être à taille universelle, mais les actions locales, adaptées à leur environnement sont meilleures. C'est ainsi que la nature fonctionne.

Voilà donc comment je vois les grandes options pour bien démarrer son épicerie coopérative participative.

J'espère que ça peut être utile à toute personne voulant lancer une épicerie coopérative participative...

Epilogue: vision d'avenir... un monde coopératif participatif ?

Faisons un peu jouer notre image-in-air....
... et si l'épicerie s'occupait aussi de la production ?
C'est ce que Migros fait.... non ? ...

Et en mode participatif ça donne quoi ? C'est un peu comme certaines AMAP. Les consommateurs participent parfois aux travaux dans les cultures.

verger-epicerie-morges-copil-du-bio-diverger

Il me semble qu'il y a là un modèle global, on peut imaginer plein de structures de production participatives (surtout pour les produits de base, donc principalement l'alimentation).

Imagine une fabrique de biscuit 🍪 participative ? ... On se mets tous ensemble 1 journée par mois pour fabriquer des biscuits ensemble !

L'atelier de fabrication de cosmétique, celui de ramassage et pressage de jus de pommes 🍏 🍎 ...

Est-ce qu'il faut que ce soit la même coopérative intégrale qui gère tout ?
Non... pas forcément.

Selon le principe de la gouvernance partagée, on fait tous partie d'une grande entité avec une raison d'être globale, mais ensuite, il y a de nombreux cercles et sous cercles qui s'organisent de façon organique.

Chaque cercle est un holon, un tout est une partie, comme les organes d'un corps. Chaque cercle a une raison d'être alignée sur la raison d'être de l'entité qui le dépasse, qui le transcende. On agit tous ensemble dans la même direction, même sans se coordonner particulièrement.

Est-ce qu'il y a besoin de monnaie ?
Seulement dans les zones limites de la membrane de l'épicerie. Plus elle est autonome, moins il y a besoin de monnaie. Pour autant que la confiance règne, donc il est nécessaire de garder de petites communautés. (agissant en parallèle)

Dans le cas actuel, d'une épicerie coopérative participative, il y a besoin de monnaie extérieure pour payer les fournisseurs. Mais si les fournisseurs sont internes... ?
Il y a probablement une phase/zone de transition dans laquelle on peut utiliser une "monnaie" de type crédit mutuel, soit une simple comptabilité compensatoire entre les personnes pour tout ce qui dépasse les 3h de service normal.

80-ans-credit-mutuel_sans_limite_ni_contraction
Exemple de crédit mutuel entre 3 personnes. La somme des soldes fait toujours 0

En payant un fournisseur avec un potentiel de consommation supplémentaire dans l'épicerie, si il trouve tout ce dont il a besoin il sera intéressé.

On peut même pousser beaucoup plus loin. Est-ce que l'on peut imaginer que l'on produit tellement en abondance, que l'on va donner à chaque coopérateur-trice chaque mois un potentiel de consommation de base.

Si ce potentiel, atteint "ce qui est nécessaire pour vivre". Voilà, on a créé un Revenu d'existence. Presque un Revenu de Base Inconditionnel... à la seule condition de faire partie de l'organisation, de cette coopérative et de ses règles de fonctionnement, comme travailler 3h par mois.

Cette façon de construire un Revenu de Base permet peut être de rassurer les gens qui pense que ça favorise la paresse... Là il y a des règles....

.... Les règles de la maison. En grec on pourrait dire:
οἶκος, oîkos, eco → "maison"
νόμος, nómos, nomie → "règles"

Ce qui nous donne le mot "économie" pour désigner les règles de la maison.

Voilà, c'était le petit épilogue pour décoloniser ton imaginaire et repenser de nouvelles règles de la maison, une nouvelle économie.

Amuses-toi bien... tout est possible !

Les pyramides de Gizeh et les murs Incas sont construits en pierre moulée !

Bon voilà... on a résolu un des plus grands mystères de tout les temps !!

Ouais... c'est vrai, après un sacré gros titre accrocheur ... et une telle affirmation.. ça fait un peu trop pour être pris au sérieux.

Mais je pense sincèrement que l'on a là une piste très intéressante... qui potentiellement résout le mystère du transport des blocs de beaucoup de constructions mégalithiques en Egypte, mais aussi en Amérique du sud.

De plus, on résout par la même le mystère de la taille de pierres super dures impossible à travailler avec des outils d'il y a quelques millénaires. (Dans le genre.. tailler de l'andésite avec un burin de cuivre..)

Mur_Inca_Cuzco pierre moulée.jpg

Alors voilà.... L'explication c'est que les pierres n'ont pas été taillées, mais moulées !

  • Donc si la pierre est créée sur place. On a pas besoin de la transporter !
  • Donc si la pierre est moulée, on a pas besoin de la tailler... même si la roche est très dure. C'est juste le moule qui doit être travaillé. (ce qui en fait est un nouveau mystère à résoudre.... )

Comment mouler des pierres ?

Alors il y a depuis longtemps plein de gens qui en voyant un mur Inca ou en voyant certains blocs mégalithiques se disent "on dirait qu'il a été moulé !"  C'est notamment la présence de bosses en bas des blocs et aussi le fait que les jointures (en 3D) sont très très bien faites qui fait penser que la façon la plus simple de bâtir de tels murs, c'est le moulage.

mur pierre moulée égypte film gizeh 2005.jpg
Granite du temple de la vallée de Kephren, Gizeh

Mais là .. ça coince.. comment on fait ? Une pierre, c'est pas comme un métal qu'on fait fondre (ou comme du chocolat qu'on moule en lapin de pâques).... il ne suffit pas de chauffer une pierre pour la rendre liquide et elle va se reconstituer toute belle.... non... les processus de création de pierre ne permettent pas vraiment ça....

.... quoique... la pierre volcanique est bien liquide... peut être que pour l'andésite ça peut marcher ? Par ce qu'en fait l'andésite ça fond pas à des températures si haute que ce qu'on pourrait croire (~1000°C, donc plus bas que le fer qui fond à 1535°C)..... Voici une vidéo qui nous en parle....  Tu peux même faire fondre de l'andésite dans ton four à micronde si tu veux tester 😛

bon.. et bien voilà.. c'est une piste chauffer la pierre pour la faire fondre.... mais en fait c'est pas du tout de ça don je veux parler !!!

Ouais, si on cherche depuis longtemps et si la majorité des géologues sont persuadés que c'est pas possible de mouler des pierres, et bien c'est par ce qu'on ne pense pas tout de suite à la méthode d'agrégation des pierres sous forme de géopolymères !

Sacsayhuamán_Inca_site_Pérou_mur cyclopen

Les géopolymères

Géo-polymères, géo comme la Terre et polymère comme les longues chaines de molécules qui composent nos matières plastiques... bien que là il n'y a pas du tout de carbone.

C'est en fait le prof français Joseph Davidovits, un chimiste qui a été amené dans les années 1970 à travailler sur les ciments anciens. De là il a découvert passablement de choses sur la création de pierres agglomérées.

Il a créer l'institut géopolymère en 1978 qui fait maintenant la promotion auprès des architectes et ingénieurs de ces pierres ré-agglomérées à la place de l'utilisation du béton.

Un béton écologique

En septembre 2014, le nouvel aéroport« Brisbane West Wellcamp » a été inauguré en Australie. Pour la construction de cet aéroport, ce n’est pas moins de 70 000 tonnes de « béton » géopolymère qui ont été utilisés. Si du béton traditionnel avait été utilisé à la place, ce serait 6600 tonnes de CO2 de plus qui auraient dégagées.

BneWstTerminalExt.jpg

J'avais déjà écrit un article sur les géopolymère sur mon blog il y a 3 ans, mais j'étais pas allé aussi loin dans la recherche et surtout il y a eu du nouveau depuis !

J'y parlais de la fabrication des blocs des pyramides de Gizeh à l'aide de calcaire ré-aggloméré....

Fabrication de calcaire ré-aggloméré - Géopolymère

Le principe de fabrication de pierre calcaire est fondamentalement simple:

argile kaolin + natron + chaux => feldspathoïde + calcaire

Na2CO3 + Ca(OH) 2 => 2NaOH + CaCO3
Carbonate de sodium (natron égyptien) + chaux éteinte => soude + calcaire 

Donc c'est beaucoup de calcaire friable (95%) qui est mélangé avec un liant (5%)... et hop on a un bloc solide.
Si on moule des pierres. On a plus besoin de transporter des blocs énormes. Juste des petits tas de pâtes de géopolymère.

Voici l'explication plausible de la construction des pyramides de Gizeh avec des blocs géopolymères, ré-agglomérées, moulés, ceci en vidéo:

Il y a aussi cette page qui décrit bien le processus chimique de la fabrication du calcaire et qui montre des photos de comment tester la chose dans son jardin !

Tu veux une pyramide en calcaire dans ton jardin ?....  voici des gens qui ont commencé la construction...

Voici la vidéo d'une expérience de réalisation de quelques blocs en géopolymères calcaire dans un jardin...

La recette utilisée dans cette vidéos c'est:

Ingrédients:

  • 4500 kg de calcaire (sans kaolin) du site de Tracy-le-Val au sud de Saint-Quentin (France)
  • 80kg de chaux éteinte
  • 160 kg d'argile kaolin
  • 60 kg de carbonate de soude
  • 2m^3 d'eau

Processus:

  • On commence à faire le ciment en mélangeant le carbonate de soude, (le natron égyptien) et la chaux dans 500l d'eau.
  • On ajoute ensuite le kaolin, étape nécessaire ici, mais pas en égypte, vu que le kaolin est déjà inclus dans le calcaire de Gizeh.
  • On mélange avec un outil en bois.
  • On plonge 1 tonne de gravats de calcaire dans le bassin !
  • ..et on le mélange avec le ciment
  • Quelques jours plus tard, l'eau s'est évaporée du bassin. (il reste ~20% du poids en eau quand même)
  • Il faut sortir le calcaire désagrégé pour faire les blocs.

Examinons le mélange:

  • 95% d'agrégat calcaire
  • 5% de colle géologique
  • entre 12 et 17% d'eau lui donne la consistance de sable humide.
  • on presse le mélange dans la main et il garde sa forme.
  • le mélange pourra durcir.
  • Verser le mélange dans le moule.
  • Bien tasser.
  • Avec une météo chaude ça va bien.
  • 4h plus tard démoulage.
  • 3 mois plus tard les pierres seront totalement sèches.

Les gros blocs bien humides ont donné un fini lisse. Les petits blocs (quand même 1 tonne !) un fini plus rugueux.

Bon... et bien moi ça me donne envie de tester....  peut être pas (encore) pour une grande pyramide.. mais une mini de quelques centimètres et aux mêmes proportions que la grande pyramide de Gizeh, ça me dirait bien !

martouf en egypte a gizeh pyramide

Les textes hiéroglyphes parlent des pierres moulées et ré-agglomérées

Au delà de recherches techniques et d'expérimentations et d'utilisation très concrète de géopolymères dans le génie civil de nos jours. Le prof Davidovits a aussi voulu partager sa théorie avec des égyptologues. Il a participé à ses premiers congrès d'égyptologie vers 1981-82 ... ça n'a pas très bien passé....

Il a compris que les égyptologues aiment bien quand il y a un texte qui prouve les essais techniques. Le travail d'ingénieur n'est pour eux pas convainquant.

Il s'est donc attelé à prouver ses théories par les textes hiéroglyphiques.

La stèle d'Irtysen
Louvre_stele_chef_artisans_-_det1 irtysen

Il existe notamment la stèle des artisans qui se trouve au Louvre où le scribe Irtysen parle de son "CV":

"Je sais faire des pigments, des produits qui fondent sans que le feu les brûle, et en outre insolubles à l'eau. Personne n'en aura connaissance, excepté moi seul et mon fils aîné, le dieu ayant ordonné qu'il pratique en initié, car j'ai remarqué sa compétence en tant que chef des travaux dans toutes les matières précieuses, depuis l'argent et l'or jusqu'à l'ivoire et l'ébène."

La traduction ci-dessus provient du site du Louvre. Mais il y a d'autres personnes qui buttent sur l'expression "produits qui fondent" et la traduisent pas "incrustation". Qui a raison ?

C'est le soucis de traduire des textes que l'on ne comprends pas forcément. Comme je le remarque souvent "On ne voit que ce que l'on croit", donc un traducteur est influencé par ses croyances quand il traduit.

Comme la plupart des traducteurs de hiéroglyphes sont plutôt des "littéraires" que des techniciens, les textes techniques sont certainement plus durs à traduire. C'est pour cette raison de Davidovits a refait sa propre traduction de la stèle d'Irtysen.

La stèle de la famine

La stèle de la Famine, dans l'île de Sehel, près d'Assouan,

La stèle de la famine sur l'ile de Séhèl prés d'Assouan parle aussi d'une pierre "ari-kat" qui semble être le mot pour cette pierre ré-agglomérée.

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Il y a sur cette stèle toute une liste de minéraux et matériaux qui sont utilisés pour créer des temples. On y parle de natron, mais aussi de Mafkat, un silicate hydraté de cuivre et d'alumine (une sorte d'argile kaolin), surexploitée dans les mines du Sinaï. au temps de Djoser et pendant la 3 et 4ème dynastie.

Il y a des mots distincts pour pierre de taille et pierre ari-kat, une pierre "façonnée". Il semble donc bien y avoir deux méthodes.

En effet, il est important de préciser que ce n'est pas parce que je met en avant ici les pierres moulées de type géopolymère qu'il n'y a pas eu de pierre de taille !

J'ai visité la carrière de calcaire du Gebel Silsileh. On y voit bien le travail d'extraction de la pierre. Ce sont des carrières qui ont principalement été utilisées pour construire les temples du sud de l'Egypte. ( Le temple de Montouhotep II , les temples de DendérahKarnak,d'AkhénatonLouxorEdfouKôm Ombo et Esna.)

Il semble que cette carrière a été très utilisée pendant les périodes du moyen et nouvel empire, mais très peu durant l'ancien empire, soit la période faste de construction des pyramides. (Alors que le site est connu depuis la préhistoire.)

Personnellement, j'ai eu l'impression de voir au moins 3 civilisations différentes lors de ma visite de l'égypte.

Il y a les temples du sud de l'Egypte en calcaire couverts de hiéroglyphes, les mégalithes de Gizeh avec les pyramides et le temple de la vallée en granite sans aucun hiéroglyphe, et un mélange de tout ça à Saqqarah....  sans compter les magnifiques couleur des tombes des différentes vallées des rois, reines, artisans..)

Donc ça ne m'étonnerait pas que les géopolymères n'ait été utilisés que dans les temps anciens.

martouf carriere calcalre du gebel silsileh

Revenons du côté d'Assouan et ses carrières de granite dans lesquelles ont trouve la stèle de la famine.

La stèle de la famine utilise un vocabulaire technique encore plus poussé que la stèle d'Irtysen. Ainsi Davidovits a établis quelques traductions de mots techniques qui diffèrent des traductions précédentes. (ari-kat, aa, rwd, aat, tesh, la pierre bekhen, pierre mthay, les déterminatifs ain, et celui qui désigne les odeurs, les pierres à l'odeur d'oignons, ail et radis...)

...et c'est là qu'on voit qu'il y a très très peu de monde qui sait lire les hiéroglyphes et quand on pense avoir trouvé un sens... pourquoi en chercher un autre ? Le boulot est fait !  Pour résumer cette idée, j'aime bien la citation "L'impression de savoir est le pire obstacle à la connaissance".

carriere granite assouan sehel

Le téléphone arabe d'Hérodote... c'est pas tes oignions !

Cette histoire d'oignons, d'ail et de radis est intéressante.

Dans le texte très connu de l'historien (et touriste) grec Hérodote à propos de la grande pyramide, il dit:

On a gravé sur la pyramide, en caractères égyptiens, combien on a dépensé pour les ouvriers en raiforts, en oignons et en aulx.

Ce texte a souvent fait sourire (plus que la partie où il dit que Cheops a prostitué sa fille pour payer sa pyramide !!). Quand on voit ces grandes et mystérieuses pyramides, on aimerait bien savoir d'autres choses que le nombre d'oignons mangés... surtout qu'on a même pas retrouvé l'inscription !

pyramide gizeh panorama dromadaire

Joseph Davidovits a une théorie à ce propos suite à l'interprétation du texte de la stèle de la famine qui contient est une liste de minéraux.

Il se trouve que certains métaux et minéraux ont des fortes odeurs. C'est un des moyens utilisés pour les reconnaitre facilement. Par exemple les arsenates ont une odeur d'ail !
(La prochaine fois qu'on tente de t'empoisonner à l'arsenic, tu peux tester si s'en est bien en le mettant sur des charbons ardents, si ça sent l'ail.. c'est bien de l'arsenic)

Je me souviens que lors de mon apprentissage d'électronicien on jouait avec la soudure à l'étain-plomb... Quand on pliait l'étain ça avait une petite odeur d'ail...

Ainsi les termes d'oignons, ail et radis n'ont rien à voir avec les légumes, mais plutôt avec des minéraux employés à la construction de la pyramide.

Donc pour moi cette hypothèse me parait plausible. Hérodote a juste mal compris son guide/traducteur qui lui parlait de la "pierre ail", la "pierre radis" et la "pierre oignon"...

C'est vrai qu'il n'est pas toujours simple de se comprendre dans des termes techniques d'une langue à l'autre quand on est touriste. Donc quand le guide donne un nom de pierre en égyptien, Hérodote ne comprend pas le mot, il fait quoi ? ... Il lui dit: "C'est la pierre qui sent l'ail...."... Plausible.

Il est aussi possible que les égyptiens eux mêmes appelaient ces pierres directement "pierre oignons", "pierre ail", etc....

Davidovits a tenté d'identifier les pierres en fonction des hiéroglyphes de la stèle de la famine et de leur utilisation pour les synthétiser des géopolymères.
(UTESHUI HEDSH → oignon, TEM → ail, KA-Y → radis)

Les colosses de Memnon ont été moulés !

Amenhotep_fils de hapou louvre scribe

Le texte en hiéroglyphe sur la statue biographique du scribe Amenophis Fils de Hapou à Karnak décrit que les colosses de Memnon on réalisé en pierre moulée !

  • "... avec minéraux ainsi qu'agrégat comme la fabrication du pain" → une pâte de quartzite !
  • "...avec une boite unique..." → un moule.

pierre moulee colosse de memnon hierogylphe amenhotep fils de hapou

Voici tout un article sur le site de l'institut géopolymère qui explique la traduction de ce texte qui montre que les colosses de Memnon on probablement été réalisé en pierre moulées, en pierre que l'on peut travailler comme du pain.

Lors de la première traduction de ce texte, le terme de "comme la fabrication du pain" a semblé hors sujet au traducteur qui l'a interprété autrement (solide comme le ciel !!!). Encore  un effet d'une pratique de l'humain qui a l'habitude de "ne voir que ce qu'il croit..".

Le fait que ces statues soient moulées résout l'épineux problème de leur transport... Car oui, ce sont des monoblocs de ~20 mètres de haut à la base et ~1300 tonnes !

colosse de menon moule amenothep 3

De nombreux indices indiquent qu'en Egypte les pierres moulées sont courantes

Donc pour résumer, en Egypte, il semble bien que le calcaire ré-aggloméré ait été utilisé:

statue kephren diorite
Détail de la statue de Kephren en diorite

Les pierres moulées d'Amérique du Sud

En ce qui concerne l'Amérique du sud. Davidovits s'y est intéressé aussi.

A Tiahuanaco, il y a des dalles mégalithiques rouge estimées à 130 et 180 tonnes. C'est une sorte de pierre sédimentaire rouge.

Une étude récente publiée dans la revue révisée par les pairs Elsevier montre qu'il est fort probable que ces pierres de Tiahuanaco soient des géopolymères. On est proche du calcaire. Donc c'est le même principe qu'en Egypte.

Puma_Punku roche rouge et andesite

(Si toi aussi tu trouves que la science devrait être ouverte à tous sans avoir à payer pour lire des articles scientifique, voici un lien vers cette publication scientifique en passant par un des nombreux miroir de sci-hub... le portail pirate des articles scientifiques...)

La légende parle d'une plante qui ramolli les pierres

Il y a d'ailleurs une légende locale qui parle d'une plante qui permet de ramollir les pierres.

Hiram Bingham, le re-découvreur du Machu Picchu a entendu parler de cette légende et en parle dans son livre:  Across South America; an account of a journey from Buenos Aires to Lima by way of Potosí p277 :

The modern Peruvians are very fond of speculating as to the method which the Incas employed to make their stone fit so perfectly. One of the favorite stories is the Incas knew of a plant whose juices rendered the surface of a block so soft the marvellous fitting was accomplished by rubbing the stones together for a few moments with this magical plant juice!

Discussion and speculation will undoubtedly continue indefinitely, yet one can come to at least two conclusions: the Incas had an unlimited amount of labor at their disposal, and the time was no object.

plante qui fait ramollir la pierre hiram Bingham

Bref, Hiram bingham n'est pas convaincu par ce que les péruviens modernes lui racontent. Il conclu que les Incas avaient beaucoup de temps et de main d'oeuvre. Que c'est nettement plus plausible.

Par contre chacun peut faire l'expérience de mettre du jus de citron sur de la craie, elle se dissout !
Donc oui, une plante peut attaquer une pierre...

Peut être qu'il s'agit d'acide extrait des plantes. Comme l'acide oxalique. Sur le calcaire... en effet ça agit bien... mais bon ça dissout pas tout un énorme bloc ?? Et comment refaire durcir le bloc? C'est peut être juste pour affiner les jointures après la taille. Ce que suggère cette étude autrichienne.

Donc peut être que les pierres ne sont pas toutes moulées, mais certaines subissent quand mêmes des traitements de surface chimique ? Piste intéressante à affiner.

Il parait qu'il y a aussi  le Colonnel. P.H. Fawcett qui raconte une histoire de pierre qui se dissout dans son livre: Exploration Fawcett, London: Century, 1988 (1953), pp. 75-7.  Ainsi qu'une histoire avec un oiseaux capable de faire des trous en utilisant de la sève qui liquéfie la roche. Il y a aussi l'histoire du Prêtre catholique Jorge A. Lira qui a prétendu en 1983 après 14 ans d'essai, d'avoir retrouvé la plante des Incas qui fait ramollir la roche. Cette plante s'est la "jotcha". Mais le prêtre considère qu'il a échoué, car si il a rendu liquide une pierre, il n'a pas réussi à la rendre à nouveau solide...

Donc en effet, il se pourrait bien qu'il y ai une manière de faire un acide à base de plante, mais on ne sait pas comment le bloc se durcit ensuite ?!

De manière plus sérieuse, le prof. Davidovits s'est associé avec une université péruvienne pour étudier la fabrication de ciment et géopolymère à partir de plantes. Un papier est en cours de relecture par les pairs... On verra ce que ça donne.

C'est la suite d'une étude déjà faite en 1981 appelée: « Making Cements with plant extracts ».

L'acide comme base d'un type de géopolymère en roche volcanique

En fait d'un autre point de vue, la production d'acide est importante. Car c'est là une explication pour un second type de géopolymère. Pour le calcaire on a vu qu'il existe des géopolymères dont le liant et fait à base de matière alcaline. Pour les roches volcaniques comme l'andésite, il y a une méthode basée sur un liant à base d'acide.

andesite geopolymere Puma Punku
Un exemple de bloc d'andésite de Puma Punku, avec des trous petits et gros.

Les blocs en forme de H de Puma Punku

Juste à côté de Tiahuanaco il y a Puma Punku avec ces fameux blocs en forme de H avec de trous qui semblent impossibles à tailler.
h bloc pierre puma punku
Dans le papier d'octobre 2018, il y est fait mention de matière organique qui se trouve dans l'andésite. Ce qui semble impossible pour une roche volcanique naturelle. Donc là on est quasi certain que les fameux blocs en H de Puma Punku sont moulés !

(Mais bon, ça n'explique pas pourquoi ils font précisément 1 mètre de haut !! On a pas résolu tous les mystères ! )

Quid du géopolymère en granite ?

On a donc des indices écrits, des expériences réalisées et des analyses de pierres qui montrent qu'il y a des géopolymères de roches calcaires et volcaniques.

Par contre pour le granite,  j'ai rien trouvé. Davidovits dit que pour le granite des pyramides il pourrait très bien avoir été taillé, car relativement au reste du bâtiment il y en a peu.
(bon, c'est tout le parement de la pyramide de Mykerinos qui est en granite et les différents temples de la vallée de chaque pyramide... pour moi c'est pas si peu..  et ils sont énorme, ce que ma photo ne montre pas bien !!)

mur en granite temple de la vallee kephren

Voici une vidéo qui nous montre la pyramide de Mykerinos avec son parement de granite. Il y a quelques réflexions intéressantes, des avis pour ou contre les géoplymères en granite... la question reste ouverte...

C'est vrai que l'obélisque inachevé à Assouan est taillé dans une carrière et pas moulé ! Ça semble clair quand on le voit.

obelisque inacheve assouan

Par contre les colosses de Memnon, comme dit plus haut, d'après le texte qui parle d'une boite et de pétrissage comme le pain, sont probablement moulés.

Les colosses de Memnon sont fait en quartzite. On est pas loin du granite. Ce plaide en faveur d'une possibilité de mouler le granite !?

J'ai également vu à Saqqarah un vase en granite.

vase en granite saqqarah

Sur une page du site de l'égyptologue Antoine Gigal à propos des géopolymères, j'ai trouvé la mention de l'histoire de Corentin Louis Kervran qui a étudié le granite de l'église de Sizun en Bretagne et découvert que sous l'effet de bactéries, le granite s'est complètement ramolli sur plusieurs centimètres d'épaisseur. (p. 91-92 du livre "Transmutations naturelles non radioactives")

Cette maladie du granite a fait fondre les statues, et chose étonnante, Kervran mentionne que la composition de la roche a changée par des transmutations d'atomes en d'autres atomes !

Ceci ouvre tout un champ de recherches encore plus controversées que les géopolymères !
Mais c'est une piste intéressante à creuser... j'avais déjà même publié un article à propos de la fusion froide...

Comme à mon habitude je garde l'esprit ouvert. Mais il faudra que j'évalue si tout ça est plausible. Ça voudrait dire que l'on peut, grâce à des bactéries, (ou des plantes comme dans la légende sud américaine) changer la roche dure en roche tendre et la mouler. Puis par un processus similaire changer à nouveau la nature de la roche pour la rendre solide!

Revenons sur cette idée de la pierre ramollie par une plante

Bon, je suis certain que tu ne lis pas tout. Je mets énormément de références et je me doute bien que tu vas pas tout lire. Donc tu es probablement passé-e au dessus d'un lien que j'ai mis plus haut sans le lire....  un lien vers une publication scientifique d'un autrichien qui explique comment les Incas auraient pu ajuster les blocs de pierres avec un traitement chimique à l'acide.

Cette publication est très intéressante. Elle reprend les légendes racontées ci-dessus à propos de la plante qui faire ramollir, mais aussi d'un "mortier en or"...

On verra que tout ça a du sens.

En quechua, la langue locale, on parle de "llàncac allpa" pour désigner une boue rougâtre qui serait une boue acide très puissante au point de ronger la roche, même très dure.
(llàncac signifie "collant, pas agréable à toucher" si c'est acide on comprend ! ... et allpa c'est la terre (mère))

pyrite oxydée par des bactéries

L'auteur de cette publication montre qu'il est tout à fait plausible que les Incas utilisaient de l'acide sulfurique pour ronger la roche.

Cet acide peut se générer en utilisant une boue rouge issue des mines. Cette boue contient probablement de la pyrite et des bactéries comme s'est souvent le cas dans ce genre de milieux. L'acide sulfurique peut donc s'obtenir à travers l'oxydation de pyrite, l'or des fous, par des bactéries. (Leptospirillum ferrooxidans et Acidithiobacillus caldus)

Leptospirillum-ferrooxidans-together-with-Acidothiobacillus-caldus

L'acide ainsi généré a un PH de 0.5. Ce qui est 10 0000 fois plus acide que l'acide humique qu'on trouve dans l'humus et dont il est avéré, qu'à la longue, cet acide est capable de transformer les roches silicieuses en argile kaolin, ceci via un état de gel de silice visqueux. (Le granite est une roche à base de silice)

On retrouve ici les observations de Kervran sur la dégradation du granite de l'église de Sizun dont j'ai parlé ci-dessus. Mais ici on parle plutôt de processus chimique et pas de transmutation atomique.

Ainsi on voit qu'il est possible de ramollir des pierres dures comme le granite. Et on peut encore augmenter l'efficacité du processus en y ajoutant de l'acide oxalique qu'on trouve dans les plantes. D'où la légende qui parle de plante qui ramolli les pierres.

De plus, l'effet de la pression d'un bloc sur l'autre change les conditions naturelles de le réaction chimique. On est sous haute pression ce qui améliore encore l'efficacité. La pyrite en poudre fine est également connue pour s'auto-enflammer, c'est d'ailleurs l'origine du nom "pyrite", pierre à feu, car elle fait vite des étincelles quand elle subit un choc. Donc sous la pression des blocs, elle peut chauffer le mélange à des températures entre 90°C et 300°C.

On renforce encore un milieu tout à fait étonnant, chaleur, haute pression et milieux acide qui a tendance à favoriser la création de gel de silice. On obtient ainsi une sorte de vitrification. Ce qui est observé sur les murs Incas.

pierre fondue sacsayhuaman gel de silice

Habituellement on imagine toujours devoir utiliser des hautes températures pour réaliser une vitrification. Mais là on voit que la température est relativement basse. Ce qui brouille les pistes. Mais il existe de nombreux murs vitrifiés un peu partout. Peut être qu'on en saura plus en changeant notre vision des choses.

L'auteur conclu qu'il y a un champ énorme de recherche à faire autour de toute la science de la silice. Notamment autour des diatomées, ces algues unicellulaires présentes dans tous les milieux aquatiques et qui ont un squelette en silice fait à température ambiante et dans un milieu très sale, alors que les processeurs de nos ordinateurs, aussi en silice, sont faits en salle blanche !

On a beaucoup à apprendre de la nature. (Voir aussi économie de la connaissance par Idriss Aberkane)

Moulage moderne de simili granite

Quand on entre de nos jours dans une boutique de tailleur de pierre, on nous propose surtout des vases en albâtre, c'est la pierre la plus facile à travailler: 2 sur l'échelle de Mohs. A partir d'un bloc d'albâtre (que l'on voit sur le tapis), il faut 6 semaines de boulot pour arriver à faire un vase. La technique est la même que sur les "petits dessins des égyptologues" sauf que les outils sont en métal.

outils travail vase albatre

J'ai demandé si ils font des statues en granite ? Ils m'ont répondu que non. C'est trop dur. Ça coûterait trop cher. Il ne font que du simili-granité moulé !!!
Ils font des statues en granite reconstitué à partir de gravier de granite qui est lié par une résine !

Donc c'est marrant, l'idée de mouler les statues perdure. Mais faudrait juste retrouver comment faire un géopolymère avec du granite pour que ce soit parfait !

granite moule recompose resine

L'avis du tailleur de pierre et bâtisseur de cathédrale Jean-Louis Boistel

Dans le film BAM-Les bâtisseurs de l'ancien monde, on voit Jean-Louis Boistel s'exprimer. C'est un tailleur de pierre, à l'ancienne. Il a fait des études de "bâtisseur de cathédrale".. si si, ça existe encore ! Il dit que ça prend 10 ans !

Dans les bonus de BAM, il y a quasi 1h30 d'interview de Jean-Louis Boistel.

Dans cet interview on lui pose des questions sur les techniques de construction de divers murs un peu partout dans le monde. C'est souvent sur la base de photos qu'on lui apporte.

Voici un bref résumé de ce qu'il dit à propos des murs cyclopéen en granite.

Selon lui, on peut tailler du granite sans trop de soucis. Mais pas avec du matos de castorama... avec des bons outils qui proviennent d'un excellent forgeron. (il dit même qu'il a connu un forgerons magicien qui lui a fait des outils qui n'ont pas eu besoin d'être reforgé en 30 ans d'utilisation !)

Il privilégie donc les outils forgés à la main. En fer... et pas au tungstène.... !!
Très intéressant qu'il dise que c'est possible. Car souvent on nous le présente comme "impossible".

Par contre il trouve que c'est impossible de faire ce que l'on voit en égypte sur du granite avec des cailloux comme outils !  (la réponse standard des égyptologues quand à la taille des obélisques.)

Jean-Louis Boistel pense que les sculptures en granite Egyptiennes sont certainement faites avec des outils en fer forgé. Il en discute avec des amis égyptologues tailleurs de pierre qui semblent d'accord avec lui.

C'est contraire à l'avis majoritaire des égyptologues qui prétendent que les outils en fer n'existaient pas. Mais quand on voit les découvertes très récentes sur les pigments du bleu égyptien qui est fluorescent et qui permet de refroidir les batiments..... moi je me dis qu'on est encore loins de tout savoir sur la techniques de pointes d'il y a quelques millénaires ! Tout est possible !

Si il y avait des outils en fer, alors pourquoi est-ce que l'on ne retrouve pas ces burins ?
Il évoque le fait que les métaux sont rares et systématiquement reforgés, ou transformés en clou... donc plus c'est ancien.. moins on retrouvera de trace d'outil.

Jean-Louis Boistel évoque aussi quelques techniques de bâtisseurs de cathédrales pour déplacer des gros blocs. Il dit que ces techniques sont en voie de disparition tellement on abuse de l'utilisation des machines. Il suppose que peut être dans le passé il y avait encore d'autres techniques qui ont disparues ?

A propos d'un des coffres du Serapeum de Saqqarah: Il faut beaucoup beaucoup beaucoup de temps, les bons outils sont nécessaire, mais ça ne suffit pas. "En voyant ça on pense machine...".

Quand on lui montre une photo d'un bloc de pierre de Tiahuanaco, (à 1h15) il dit:

"Ce qui est quand même un peu curieux, c'est qu'on voit un négatif d'autres éléments qui viennent s'emboiter dedans ou qui sont derrière..... Un peu comme si tout ça s'était de l'agglomérat coulé sur une structure porteuse en autre pierre..... Voyez les joints, les espèces de traces que l'on a qui correspondent peut être à chaque carré. Un peu comme ce que l'on obtient quand on fait des découpes machine sur des blocs de pierre.... aujourd'hui."

jean-louis boistel tiahuanaco

Quand j'entend un tailleur de pierre autant qualifié dire que ça ressemble beaucoup à un agglomérat de pierre moulée....  et que d'un autre côté, le prof. Davidovits publie un article scientifique qui dit que les pierres de Tiahuanaco sont des géopolymères, donc de la pierre moulée....

... et bien je crois que l'hypothèse des géopolymères pour le site de Tiahunaco se confirme.

Par contre pour le granite, il semble bien que ça se taille, mais avec au moins du fer forgé. Intéressant.

Vases et objets en pierre moulée géopolymères

En ce qui concerne la vaisselle, Davidovits a aussi beaucoup parlé des vases qui ont été retrouvés à Saqqarah. Ils sont souvent en gneiss et en diorite des roches pas spécialement facile à tailler.
(7 ou 8 pour la diorite sur l'échelle de Mohs, sachant que le plus dur c'est le diamant avec 10. Le fer est à 4 ou 5, le calcaire à 3 et le gneiss vers 6 ou 7)

vase en gneiss et diorite saqqarah

Une fresque du mastaba de Ti, haut fonctionnaire de la Ve dynastie (2450 av. J.-C.) montre le travail des sculpteurs de statues. Selon la traduction faites par Davidovits, cette fresque est intéressante car il y a donc deux méthodes décrites. Il y a un texte qui explique comment on taille les pierres et un autre comment on "façonne" les pierres.

Le dessin montre des espèces de vessies qui sont utilisées pour verser un liquide sur les poteries en fabrication. Ça expliquerait qu'il y a des produits chimiques utilisés pour le façonnage des poteries.

Il existe aussi des objets étonnants comme ce "plat" pré-dynastique, donc tout ce qu'il y a de plus vieux !
Il est fait en grauwacke (5 à 6 sur l'échelle de Mohs).  Mais on dirait qu'il a été plié comme de l'argile....

Ka_ankh_plateau Greywacke protodynastique metropolitan museum

Ce n'est pas sans rappeler le fameux disque de Sabu qui interroge beaucoup de gens.

disque de sabu

La première impression de ce genre d'objet c'est quoi ? taillé ? moulé ? façonné mou et durci ?  Comme la pâte fimo ?

Dish_in_the_shape_of_a_leaf_MET_eg19.2.16.-17.R

coupe gneiss anorthositique 99
coupe n°99 en gneiss anorthositique, Catalogue de l'exposition, l'Art Égyptien au Temps des Pyramides, Réunion des Musées Nationaux, 1999

Voici une étude statistiques des différents matériaux, des différents types de pierres utilisées pour réaliser des vases tout au long de l'histoire égyptienne.

On observe ici que c'est vers -3000 à -2700, lors de la période pré-dynastique et des toutes premières dynasties que la diversités des types de pierres utilisées est la plus grande.

chronologie type de pierre utilisee par les egyptiens pour realiser des vases
Types de pierres utilisées pour les vases durant l'histoire égyptienne.
Source: Aston 1994, Lilyquist 1995, Nicholson & Shaw 2000

Dans ce tableau on observe clairement que plus le temps avance, moins il y a de diversité dans les choix de pierre. On peut se dire que c'est un choix esthétique, mais on peut aussi se dire que c'est à cause de capacité technique. Je me dis que là il existait à une époque une capacité à utiliser tout type de roche pour faire des vases. Puis ensuite cette connaissance s'est perdue et l'on a été capable de n'utiliser plus que les roches facile à travailler. (et de nos jours les magasins de pierres vendent surtout des vases en albâtre. Donc le plus tendre.)

Il faut que je prenne une fois du temps pour mettre l'échelle de dureté de Mohs en parallèle avec les types de pierres de ce tableau, histoire de voir si il y a une corrélation... et si quelqu'un veut le faire.. c'est bienvenu 🙂

Il me semble que les géopolymères expliquent beaucoup de choses. Il me semble qu'en utilisant le principe du rasoir d'ockham, en privilégiant la méthode la plus simple, on devrait se rendre compte que les pierres moulées, les pierres molles sont la méthode la plus simple pour réaliser les nombreux vases et objets qui ont été découverts notamment à Saqqarah. (J'en ai vu plein au musée de Saqqarah)

Les murs cyclopéens de Sacsayhuaman sont-ils moulés ?

En extrapolant l'utilisation des géopolymères en Egypte, je m'interroge aussi sur leur utilisation dans les constructions du Pérou.

A Sacsayhuaman, il y a des énormes murs cyclopéens. Il sont en fait en calcaire. Même si la couleur est étonnante, et même si la page wikipedia parlait d'andésite jusqu'à ce que je corrige l'info!!
(bon c'est pas encore très clair, car il y a plein de références à un bouquin de 1980 qui dit que les fondations sont en calcaire et les murs en andésite, mais là pas de données techniques. Est-ce juste. Car La page 75 de cette étude récente nous montre bien que la roche est composée de 70% de CaO... la base du calcaire. Pour de l'andésite on aurait eu moins de 10% de CaO)
(Et au Machu Picchu, les blocs sont pour la plupart en granite ! mais avec le même style!)

La jointure des blocs est parfaite. Même en 3d !
Les blocs sont parfois énormes. Il me semble pour moi logique que le moulage est probablement la solution la plus simple.

Sacsayhuamán 2005 mur cyclopen

Comme on voit qu'en Egypte et en Bolivie il y a des pierres calcaire moulées. C'est peut être aussi le cas au Pérou ?

Sacsayhuaman detail jointure mur cyclopene

On remarque souvent sur le bas des blocs des bosses, des protubérances. Il semble aberrant de tailler des blocs avec de telles bosses au vue du boulot supplémentaire que ça demande ?

Sacsayhuamán mur cyclopen megalithe bosses

L'hypothèse courante, c'est que ces bossent servent à porter les blocs. Beaucoup rétorquent que c'est pas très pratique d'avoir la bosse en bas, elle devrait être plus haute que le centre de gravité pour avoir une véritable efficacité. De plus il y a des bosses sur des énormes blocs, ce qui semble logique pour aider à les porter,  mais aussi sur des tout petits blocs pour lesquels l'utilité est moindre par rapport au boulot de taille !

Je me dis que c'est aussi peut être un point d'appui pour un levier. Là ça a du sens d'être en bas ?

Si on prend l'hypothèse du moulage. On peut imaginer que les bosses soient en fait l'équivalent de la petite tige d'arrivée de la matière qui reste sur les moulages en plastique par injection ? Mais là ça n'est pas très logique d'avoir la bosse en bas !

mur pierre moulée 10374515_1020518.jpgmur pierre moulée 103563.jpg

Peut être qu'il s'agit d'une ouverture de sous-tirage de la pierre molle, liquide, ce qui permet de s'assurer que tout le moule soit bien rempli ?

Chose étonnante, on retrouve aussi ce genre de bosses sur les blocs en granite de la pyramide de Mykerinos !
Le géopolymère granite existe quand même ??

Menkaura_mykerinos granite bosse parement pierre

Revenons au Pérou.

Il y a 2 ans le gouvernement péruvien a demandé une étude des cavités souterraines de Sacsayhuaman à des géologues russes.

Au passage ils ont étudié la composition des pierres et ont découvert que la composition est identique dans les murs et les carrières avoisinantes, hormis un détail: les murs semblent débarrassés des fossiles et résidus organiques que l'on observe pourtant dans la carrière !

Ce détail semble plaider pour une ré-aglomération des pierres. Sinon par quel moyen la pierre aurait-elle été débarrassée de ses impuretés ? En taillant la pierre ça me semble impossible.

Voici le compte rendu de cette étude en vidéo en anglais:

Et voici les slides en pdf en russe...  et en espagnol...

Ce rapport conclus que la "pâte de chaux" est probablement la méthode la plus plausible de construction des murs cyclopéens de Sacsayhuaman. Pour en savoir plus, la conclusion est discutée sur ce forum en anglais....

Avant de conclure.. petite question....

"Comment on fait cette inclusion de pierre dans une pierre avec l'hypothèse de pierre taillée ?"

C'est un détail d'un mur à Raqch'i au Pérou. La pierre semble être de l'andésite selon des sources indiquées sur wikipedia.

pierre moulee Raqchi perou mur cyclopene patch inclusion

Alors c'est peut être pas une inclusion. C'est peut être juste un défaut naturel ? L'andésite est une roche volcanique. Peut être que c'est une bulle déjà présente avant la taille du bloc ?

Je ne sais pas. Mais je trouvais intéressant de partager cette image pour faire réfléchir... On me la partagée sur facebook, il y a d'autres photos du même lieu. (Bon, je précise que je n'adhère pas forcément à cette source..  J'avais juste envie de photos de ce lieu... après, je crois que la conversation autour c'est de prouver qu'il y a eu un cataclysme qui a détruit ce lieu... J'en sais rien.. c'est pas mon propos ici...)

On voit aussi des espèces des patch, d'enduit par dessus ou directement de la pierre entre les blocs ?
Ce mur mérite d'être observé d'un peu plus près... Je verrai si je trouve d'autres infos.

Si c'est moulé, pourquoi faire des blocs tous différents ?

Je rajoute ce paragraphe après quelques réactions que j'ai eu suite à la lecture de cet article.

J'ai plusieurs personnes qui m'on dit que c'est pas logique de mouler des pierres à chaque fois dans un moule différent !
C'est vrai que vu comme ça, ça parait pas très logique. Mais en fait il y a plusieurs réponses à ça.

Déjà les cas sont tous très différents. On va déjà aller voir du côté de l'Egypte, puis nous irons en Amérique du sud.

En Egypte

Le prof. Davidovits a déjà eu souvent cette question du pourquoi de plusieurs tailles différentes. Une réponse est disponible dans les FAQ à propos de géopolymères.

Dans les constructions de la seconde dynastie, on trouve des murs en brique de terre crue moulées, comme dans le temple funéraire de Khâsekhemoui. Les briques ne sont pas toutes de la même taille. On trouve là 5 tailles différentes. Donc croire que forcément si on utilise des la pierres moulée, les blocs sont de la même taille est faux.

brique de terre crue louxor

D'après Davidovits, c'est Imothep qui aurait inventé la pierre calcaire ré-agglomérée. Au début, avec la "pyramide" à degré de Djoser, les blocs ont été moulés à priori, puis placés sur la pyramide. Cette technique impose d'avoir des blocs transportables. Donc il ne sont pas grands. Il font en moyenne 60kg pour pouvoir être porté à 2 personnes.

pyramide mastaba degre djoser pano

Puis la technique à changée. Le moulage s'est fait directement sur place. Comme on le voit dans la vidéo d'animation ci-dessus. Il est plus simple de couler directement la pierre sur place. Les joints sont ainsi parfait ! (C'est bien le grand mystère !)

Pour une pyramide, comme on le voit dans l'animation , il y a plein de moule en parallèle, puis c'est l'espace entre les blocs moulés qui est rempli. Plus besoin de faire un moule en bois. Ceci va nous aider à comprendre mon hypothèse pour les murs de Sacsayhuaman.

En Amérique du sud.

A Sacsayhuaman, les blocs sont de taille différents. Il y a des gros, très gros et des petits. De plus ils sont bombé. Je me dis que probablement quelques gros blocs sont moulés avec un moule fait d'une manière ou d'une autre. (argile maintenue par des feuilles, des planches, des tissus, des cordes, etc...)

Puis ces gros blocs servent de base pour les suivants qui sont juste posés les uns contre les autres. Je pense que la pâte doit être humide, mais pas trop. Ainsi elle tient en place, elle est contrainte par les blocs déjà en place. Mais il est possible de la lisse, de lui donner une forme comme de la glaise. Puis elle va durcir.

Le fait que les blocs soient bombés s'expliquent, pour moi, par le fait que la viscosité de la pâte permet que le bloc se bombe, mais bouge plus au centre du bloc que sur les jointures où les frottements sont plus important.

Bref, c'est comme quand tu poses des boules de pâte à pain l'une à côté de l'autre. C'est d'ailleurs bien l'analogie boulangère qui est utilisée pour les colosses de Memnon !

Ainsi avec une telle construction, il n'y a pas à proprement parler de moule. Donc il est logique d'avoir plusieurs taille différentes.

Une technique anti-sismique

De plus, le fait d'utiliser des blocs de plusieurs tailles différentes est une bonne méthode anti-sismique. Est-ce que c'est fait par hasard ou en toute connaissance de cause ? C'est encore une autre question!

Dans les murs du temples de la vallée à Gizeh et au Machu Picchu, il y a des motifs répété dans les pierres. Il semble donc bien que ce soit voulu.

symetrie blocs de granite antisismique temple vallee kephren gizeh

Mes conclusions sur l'hypothèse des pierres moulées pour les pyramides de Gizeh et les murs Incas

Voici donc l'état actuel de mon enquête sur le sujet.

Ainsi pas besoin d'extra-terrestre et de lévitation pour déplacer des pierres gigantesques. Mais peut être tout simplement une techniques low-tech, naturelle, écologique qui permet facilement de créer ce qui nous parait impossible de nos jours, par ce que notre civilisation est passé longtemps à côté de cette technique.

Mais en fait, quand on y pense. Si on devait refaire ce genre de monument de nos jours, on ne les feraient pas non plus en pierre de taille, mais en béton moulé ! 

.... ou plutôt, on peut espérer, en géopolymère. Car ainsi on évite beaucoup de défaut du béton et on utilise beaucoup moins d'énergie à sa fabrication !

Pour moi il est clair que l'hypothèse des géopolymères de types alcalin pour construire des blocs de calcaire, des blocs de roches sédimentaires comme la roche rouge de Tiahuanaco et Puma Punku, est une très bonne hypothèse. C'est même certainement le plus plausible. Même si sur un même site il y a plusieurs techniques de construction différentes ce qui brouille les pistes.

Comme le prof. Davidovits le montre il y a aussi d'autres sortes de géopolymères, comme le type à catalyseur acide qui permet de fabriquer des géopolymères à base de roche volcanique. Je pense que là on est dans quelques chose qui vient de passer du plausible au certain. Au vue de la publication faites en octobre 2018.

En ce qui concerne le granite. Il ne semble pas exister de recette de géopolymères. Par contre on observe autant en Egypte qu'au Macchu Picchu, il y a un style qui ressemble beaucoup à ce qui est fait dans d'autres roches réalisées par des techniques de géopolymère. Donc il me semble intéressant de creuser cette piste.

En complément il y aussi cette histoire d'acide sulfurique issu de l'oxydation de pyrite par des bactéries, le tout permettant de faire un traitement de surface des blocs qui se transforment superficiellement en gel de silice visqueux. Tout à fait plausible pour ajuster les blocs de granite taillés.

Garde l'esprit ouvert !

Et on termine cet article avec une magnifique statue en Grauwacke du Pharaon Mykerinos avec les déesses Hathor et Bat.....  moulé ou taillé ? Je te laisse méditer là dessus .... 😛

statue mykerinos egyptienne Grauwacke

Pour aller plus loin...

... Pour prendre la pilule rouge et entrer dans le terrier du lapin blanc....
... Je te donne rendez vous sur le wiki du CRAC... le Centre de Recherche sur les Anciennes Civilisations...... C'est un bloc note qui vise à faire la synthèse de nombreuses, observations dérangeantes, d'hypothèses et de théories pour explorer les mystères du monde.....

Complément de janvier 2023

Le béton romain s'auto-cicatrise

L'actualité évolue, et je trouve intéressant d'ajouter ce complément à cet article.

Les romains utilisaient un béton auto-cicatrisant. Ceci en utilisant de la chaux vive dans le mélange (et pas de la chaux éteinte comme maintenant)

Quand une fissure se fait, une réaction chimique va la cicatriser en recréant des cristaux.

Voici le résumé d'une publication scientifique de janvier 2023 qui nous explique ceci:

Les bétons romains antiques ont survécu à des millénaires, mais la compréhension mécaniste de leur durabilité reste une énigme.

Ici, nous utilisons une approche de cartographie élémentaire et chimique corrélative multi-échelle pour étudier les clastes de chaux reliques, un composant minéral omniprésent et visible associé aux anciens mortiers romains.

Ensemble, ces analyses fournissent de nouvelles informations sur les méthodologies de préparation des mortiers et prouvent que les Romains utilisaient le mélange à chaud, en utilisant de la chaux vive en conjonction avec, ou à la place de, la chaux éteinte, pour créer un environnement où les clastes de chaux de grande surface sont retenus dans la matrice du mortier.

Inspirés par ces résultats, nous proposons que ces inclusions macroscopiques puissent servir de sources critiques de calcium réactif pour le remplissage à long terme des pores et des fissures ou la réactivité post-pozzolanique dans les constructions cimentaires. Le développement et les essais ultérieurs de mélanges cimentaires modernes contenant des clastes de chaux démontrent leur potentiel d'auto-guérison, ouvrant ainsi la voie au développement de formulations de béton plus durables, plus résilientes et plus soutenables.

https://www.science.org/doi/10.1126/sciadv.add1602

Dans la presse:

A noter qu'en 2006, l'institut géopolymer cité plus haut en parlait déjà...

Complément de juillet 2024

Une nouvelle conférence sur l'évolution de l'état des lieux des géopolymères. Ça avance beaucoup.

Géopolymères à base d'acide alumoxique

La conférence présente les dernières avancées dans la science des géopolymères, en se concentrant sur leur structure à différentes échelles. Les géopolymères sont des polymères minéraux avec deux systèmes principaux : les polysialates alcalins (à base de sodium ou potassium) et les géopolymères à base d'acide alumoxique (à base d'acide phosphorique ou organique) .

Le mécanisme de géopolymérisation des polysialates alcalins comprend six étapes : alcalinisation, dépolymérisation des silicates, formation de gel d'oligosialates, polycondensation, réticulation et solidification. Ces étapes correspondent à quatre niveaux de structure :

  1. Structure primaire : composition atomique et structure chimique des monomères obtenus lors de l'alcalinisation et la dépolymérisation.
  2. Structure secondaire : formation d'oligomères hexagonaux par réaction chimique des monomères.
  3. Structure tertiaire : production de rubans tridimensionnels par réaction entre les oligomères hexagonaux.
  4. Structure quaternaire : réseau 3D global formé par l'interaction entre plusieurs structures tertiaires.

Des études microscopiques ont révélé que la matrice géopolymère est constituée de nanoparticules de 10 à 20 nm appelées "micelles géopolymères".

La conférence présente également des recherches sur des métakaolins à haute résistance, composés d'un mélange naturel de métakaolinite et de métahalloysite, permettant d'obtenir des géopolymères imprimés en 3D avec des résistances à la flexion de 25-30 MPa et à la compression de 180 MPa .

Concernant les géopolymères à base d'acide alumoxique, le mécanisme de géopolymérisation diffère. Avec l'acide phosphorique par exemple, le métakaolin se décompose en unités SiO2 et en unités alumoxy, formant deux réseaux géopolymériques distincts. Le réseau d'aluminium-phosphate adopte une structure quaternaire similaire au quartz, expliquant sa stabilité .

Des avancées récentes ont permis de développer des géopolymères à base d'acides organiques, ouvrant la voie à la réplication d'artefacts anciens comme les vases en pierre dure de l'Égypte antique .

En conclusion, cette conférence souligne l'importance de comprendre la structure multi-échelle des géopolymères pour développer des matériaux aux propriétés uniques, comme une excellente résistance aux chocs thermiques et au vide, les rendant idéaux pour des applications spatiales et extraterrestres .

Comment parcourir le labyrinthe de la cathédrale de Chartres

Le labyrinthe de la cathédrale de Chartres est très connus. C'est même l'emblème de cette cathédrale.

Le labyrinthe de la cathédrale de Chartres fait 888 pieds romains de long... soit ~261m.
Il a été dit tout et n'importe quoi sur le labyrinthe et sur la cathédrale de Chartres. La version que je trouve la plus sérieuse, c'est celle de Stéphane Cardinaux.

labyrinthe cathedrale de chartres

Stéphane Cardinaux est un architecte dont je vous en ai déjà longuement parlé dans quelques articles. Notamment celui sur l'archéologie du futur grâce aux réseaux telluriques.

Pour savoir ce qu'il dit à propos de la cathédrale de Chartres et de son labyrinthe, c'est à la p122 pour la cathédrale et plus précisément à la p133 pour le labyrinthe de son livre génial "Géométrie sacrée tome 2". (Le pdf ici ~50Mo ... mais oublie pas d'acheter la version papier !)

Voici également une page spéciale sur les labyrinthes sur son site....

Le labyrinthe de la cathédrale de Chartres est un parcours de charge du biochamp humain

Le labyrinthe comporte une cheminée cosmo-tellurique en son centre, elle a des bras positifs. Il y a également un croisement majeur du réseau tellurique fer qui passe au centre du labyrinthe.

La conjonction des deux fait passer les gens sur une alternance de points positifs et négatifs pour le biochamp humain. Le parcours du labyrinthe a pour effet de faire un parcours de charge, un parcours qui fait grandir le bio-champ humain.

C'est très bien conçu. Les retournements de sens sont en général placé sur des points positifs. Ainsi le pellerin va passer plus de temps sur les points positifs et ainsi faire un vrai parcours de charge et pas de décharge !

pieds de Martouf dans labyrinthe cahedrale chartres

Le labyrinthe de la cathédrale de Chartres (mais aussi et surtout tout le reste de la cathédrale, voir à ce propos les parcours proposé dans le livre ) peut servir de parcours de charge du biochamp. Ce qui permet de renforcer sa santé.

labyrinthe cathedrale chartres stephane cardinauxLes 7 cercles du centre sont en fait 7 cercles liés au 7 chakras principaux. Ils permettent des ré-équilibrer les chakras.

centre du labyrinthe de la cathedrale de chartres

Comment bien parcourir le labyrinthe de la cathédrale de Chartres

Sur place à Chartres, j'ai vu beaucoup de gens s'intéresser surtout au centre du labyrinthe, mais pas aux différents cercles autour !! dommage !
Le centre du cercle est certes intéressant, il y a une cheminée, mais l'intérêt c'est surtout le parcours.

Tout comme j'ai vu plein de gens faire le tour du labyrinthe dans l'autre sens.... bon ça c'est pas grave. Mais logiquement, on commence par l'entrée !!! ... soit l'ouverture du côté de la porte. Puis on sort du labyrinthe en face en ligne droite en allant en direction du choeur de la cathédrale qui continue le parcours de charges, avec notamment le vortex qui se trouve dans le saint des saints.... là où il est interdit de marcher. (là où il y a la grosse étoile)

Information pratique qui a son importance, le labyrinthe est dégagé des chaises seulement le vendredi ! Donc si tu veux le parcourir, il faut t'y rendre le vendredi.

Pour aller plus loin dans cette vision du monde étonnante qui renoue avec des connaissances perdues lors de la peste noire de 1350, voici mon article fleuve qui explique comment j'ai changé de vision du monde.... peut être qu'il t'inspirera ?

Garde l'esprit ouvert, le monde est fascinant !

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