Dossier: histoire de la monnaie et des systèmes économiques

Intention

Ce dossier va nous faire voyager au travers d'au moins 5000 ans d'histoire de l'humanité.

Nous allons survoler ici les différents systèmes économiques que les humains ont utilisés pour "faire société". (La "monnaie" n'étant qu'un "système économique" parmi d'autres. On y reviendra.)

Le but de ce document n'est pas d'être exhaustif sur les systèmes utilisés à une époque ou une autre. Mais plutôt de faire émerger les points saillants, les grandes tendances, les paramètres récurrents et leurs conséquences.

Ce document a pour but de monter la dynamique des systèmes économiques au travers de l'Histoire et de pouvoir en tirer des leçons.

Ces enseignements pourront servir à créer un système économique adapté à notre époque au service des humains et du vivant.

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Résumé

Après le « don dans une communauté de confiance » les humains s’organisent en états agraires sous forme de "maisonnée" (oikos en grec) (Notamment à Sumer et en Égypte). L’écriture y est inventée comme moyen de comptabilité pour le contrôle et la distribution de la production. Cette écriture permet de créer de la «monnaie scripturale » soit des reconnaissances de dettes entre individus.  On y retrouve déjà le prêt à intérêt, parfois l’esclavage pour dette et la notion de «jubilé», l’annulation de toutes les dettes.
Ces états agraires utilisent des unités de comptes sous forme de métaux, étoffes, céréales (aussi bière, et pains) et des huiles, reliées par un barème. Les moyens de paiement sont divers et variés.

Le grand chamboulement est l’arrivée des pièces de monnaie qui permet à une élite de vivre sur le dos des autres en imposant son jeton par l’impôt. Ce système a plusieurs effets secondaires : la création de l’économie de marché, l’amélioration perpétuelle de la technique au service de la guerre, la course à la croissance et l’expansionnisme jusqu’à créer des grands empires.

Après l’effondrement de ces derniers, comme l’empire romain, on retrouve un système économique basé sur des unités des comptes (anciennes monnaies romaines) et des moyens de paiement variés. Le bâton de comptage est également un système très utilisé pour enregistrer des dettes. Il est très méconnu de nos jours et pourtant officiel jusqu’en 2016 en France !

Au Moyen Âge se développe la finance. Venise invente les bons du trésor pour financer à l’avance des conquêtes et des colonisations. Les exemples des croisades et de la conquête des Amériques nous montrent que la dette à plusieurs niveaux est un puissant moteur de mise en esclavage de peuples entiers.

L’arrivée du protestantisme va permettre d’autoriser le développement du système bancaire. C’est la naissance des banques centrales. Des banques généralement créées par un accord issu d’une relation de dette entre des monarques et des marchands. Au fil du temps ces organismes obtiennent le monopole d’émission de billet de banque.

Puis c’est la révolution industrielle qui voit se développer une nouvelle forme de banque, la banque commerciale qui fait des crédits. Ce genre de banque est nécessaire pour développer l’industrie lourde comme le chemin de fer par exemple.

De nos jours, à l’ère de l’information, ce sont les cryptomonnaies qui commencent à émerger. Ça paraît neuf, car le média est récent, mais le code monétaire est très semblable à ce qui se faisait déjà 2700 ans plus tôt mais dans un contexte différent.

Au passage nous observerons différentes expériences de code monétaires différents, le crédit mutuel, la monnaie fondante, le chartalisme, les Monnaies Locales Complémentaires, les monnaies de guerre utiles pour gagner une révolution mais catastrophiques sur le long terme.

Glossaire autour de la "monnaie"

Les mots sont des boutons pour accéder à des idées. Mais parfois le câblage entre le bouton et l’idée change d’une personne à une autre !

Pour être au clair sur le vocabulaire utilisé ici, un glossaire sur les termes liés à la monnaie a été dressé. Ainsi le jargon autour de la monnaie n'aura plus de secrets pour toi.... peut être que tu peux aller y jeter un oeil pour connaitre la différence entre ce que j'appelle "la monnaie" et c'est qu'est un "système économiques".

Chronologie des systèmes économiques

Afin d'avoir une vision globale des systèmes économiques utilisés dans le temps, voici une chronologie de l'invention des principaux systèmes connus et de faits marquants l'histoire de ceux-ci.

Cette vision globale de la chronologie sera ensuite complétée dans ce document par une description plus détaillée des systèmes économiques. Nous détaillerons aussi les facteurs dynamiques qui ont fait émerger ou disparaitre l'un ou l'autre des systèmes à un moment donné.

Cette chronologie marque surtout les inventions de systèmes et apparitions de comportements. Mais rarement leur fin. Car contrairement à une idée répandue, quand on parle de faire une "transition" d'un système à un autre, l'ancien système disparait rarement, il devient juste moins (ou plus du tout) dominant. Ainsi on ne fait qu'empiler des systèmes les uns sur les autres, on les utilise en parallèle.

Donc nous voilà dans des temps reculés immémoriaux. Les humains apparaissent. Ils ont des besoins et des envies. Ils sont entourés de ressources. Comment est-ce que les humains s'organisent pour gérer leurs ressources dans leur communauté ?

C'est là que commence la chronologie des "systèmes économiques" (= règles de la maison)

  • Le "don dans une communauté de confiance" semble le système qui émerge naturellement chez les humains pour organiser leur économie. On donne aux autres, à la communauté quand on a, et on reçoit des autres de la communauté. (quand on est dans le besoin ou pas !)
    Ce système est toujours très largement utilisé avec sa famille et ses amis.
    Ce qui se cache derrière le mot "don" peut être très différent. Ça peut être du don gratuit, inconditionnel, pour se faire plaisir à soi, tout comme un don calculé pour entretenir un lien de communauté, pour s'assurer de recevoir en cas de besoin.
    Chaque personne est différente, chaque situation est différente. Un don peut être fait sur un plan matériel et être équilibré sur un plan immatériel. Il est donc très difficile de généraliser un principe.
    Il y a également un taux d'oubli qui est généralement associé au système économique du don. Chaque individu garde en mémoire un certain nombre de transferts. Il peut ainsi identifier les abuseurs de la communauté. Ceux qui reçoivent de la communauté mais ne contribuent jamais. Le taux d'oubli est différent d'un individu à l'autre. Il y a des gens "qui s'en fiche" et vivent dans le moment présent et d'autres qui sont rancunier et gardent longtemps en mémoire les mauvaises expériences vécues.
    Ainsi on observe que l'individu, ses croyances, ses valeurs, sa vision du monde vont avoir une grande influence sur ce système économique. Dans la même situation, avec des individus différents, on aura une expérience différente.
    Pour représenter l'étendue des possibles on va dessiner un axe de gradation partant de la peur (de manquer) et allant jusqu'à la confiance totale (en la Vie). On va placer la réciprocité du "don" sur cet axe avec des délais de retour. Le délai de retour est nul, il est immédiat quand la confiance est nulle et que la peur est à son maximum. Là on est dans le troc, dans l'échange simultané immédiat. Je te donne tu me donnes.
    A l'opposé on a un délai de retour infini quand la personne est dans une confiance totale dans la Vie. Elle pratique le don inconditionnel et n'attend rien en retour.
    Entre les deux, il y a un énorme champ des possibles. Il y a par exemple le cadeau. Je donne, mais en ayant en tête que l'autre va aussi me donner. C'est le cas des cadeaux d'anniversaire et de Noël. On fait un cadeau par ce que l'on sait qu'on en aura aussi.
    Un autre exemple, c'est de donner quand on a à ceux qui sont dans le besoin, pour se créer une sorte d'assurance de recevoir de ces gens là quand on sera soi-même dans le besoin. Cette vision peut être très matérialiste ou se compenser sur un plan spirituel. De nombreuses religions ont instauré l'aumône aux pauvres avec une récompense dans l'au delà en compensation.
    Celui qui est dans la peur du manque aura tendance à faire de la comptabilité, à comptabiliser ce qu'il donne et à le faire enregistrer publiquement pour éviter le risque de se faire passer pour un abuseur et donc de se faire exclure de la communauté. (la sanction la plus courante)
  • Quand la communauté grandit et que la confiance diminue, on mémorise les transferts, notamment par l'écriture ou d'autres moyens comme les encoches sur bâton de comptage ou jeton d'argile, ainsi que des nœuds sur des cordes (quipu).
Jetons de comptabilité en terre cuite, Suse, période d'Uruk.
tablette argile sumérienne allocation de bière uruk
Tablette enregistrant l'allocation de bière vers -3100 à Uruk.
enveloppe d'argile
Enveloppe d'argile
  • Il est souvent évoqué dans les médias que les sumériens avaient un "salaire en bière". Mais il n'est pas certain que le paiement d'un salaire se fasse toujours en nature. Un "employé" peut très bien recevoir un contrat enveloppe d'argile qui lui permet d'obtenir plus tard d'autres biens équivalents au même montant. Ainsi le grain de céréale devient une unité de compte.
  • ~ -2500 en Égypte. Contrat d'achat d'une maison à Giza pour un prix de 10 shât. (stèle borne JE 42787) On sait ainsi qu'il existe une unité de mesure de moyen de paiement. Ces moyens de paiements sont très divers, la maison est payée avec 2 tissus valant chacun 3 shât et un lit valant 4 shât. C'est une monnaie scripturale qui peut être payée en nature ou non. [A. Testart aux origines de la monnaie, 2001] Plus tard le deben supplante le shât comme unité de poids.
  • ~ -2500 chez les Sumériens, il était courant de voir des administrateurs et riches consentir aux paysans en difficultés financières des prêts garantis par un nantissement. (grain, moutons, chèvres, meubles, champs maison, membres de la famille... et emprunteur lui-même) Ainsi il n'est pas rare de voir de nombreux paysans se retrouver en esclavage pour dette (Péonage) chez leur créancier suite à une mauvaise récolte. (contrairement à l'Égypte où l'esclavage privé n'existait pas ! Probablement de par le fait que l'État était propriétaire des moyens de production et employeur principal dans une société très hiérarchisée. On utilise le terme d'"économie palatiale" depuis l'étude du palais de Knossos et du système économique minoen.)
  • -2450 le Roi sumérien de Lagash, En-metena crée la première libération de dette connue de l’histoire. [ama-ar-gi] = "retour à la mère", "retour à l'origine" souvent traduit par "liberté". C'est l’équivalent du jubilé dont on parle dans la Bible (Lévitique 25.8-22) Les esclaves pour dette (les péons) peuvent retourner dans leur famille. (dans la Bible il est dit "clan")
  • - 2300 Plus ancienne trace de contrat sumérien mentionnant une unité de compte en sicle (shekel) d'argent. Il y a 2 unités de compte de base en Mésopotamie: l'argent et le grain d'orge.
    L'argent se compte en unité de poids: le grain ŠE, le sicle GÍN (qui signifie "peser") ou la mine MA.NA. (qui signifie "compter")
    L'orge se compte en unité de volume: le SILÀ ou le GUR
  • ~ -2000 en Egypte. Pendant le moyen empire (-2033 à -1786) Le Deben est une unité de mesure de poids. Il existe des pierres polies servant d'étalon de poids, garantie avec le cartouche de Pharaon gravé dessus.
    1 deben ≈ 91g (1 deben d'or = 12 shât → 1 shât = 7.6g)
    Cette unité de poids est utilisée pour mesurer la quantité de 4 types de marchandises faisant aussi office d'unité de mesure de moyen de paiement:
    - des métaux (or, argent, cuivre)
    - des étoffe (lin)
    - des céréales (orge, blé amidonnier, pains, bière)
    - de l'huile
    Chaque type a ses propres subdivisions. Il y a un barème d'équivalence de valeur entre les différents produits. On a ainsi un système global et souple d'évaluation de valeur d'un objet ou d'un contrat.
    Les rémunérations sont faites en nature ou par virement de monnaie scripturale. Ceci est prouvé par des papyrus (Reisner 1 et Berlin 10005) qui dans les extrêmes nous montrent des salaires de 21kg de pain par jour par personne ou 1/18 de pain par personne par jour. Ce qui n'a aucun sens en nature. Mais oui en monnaie scripturale !
  • - 1750 le code d'Hammurabi règlemente la vie à Babylone. On y apprend notamment les salaires minimaux de quelques professions (noté en unité de compte de poids d'argent et/ou de volume de grain), les limites de l'application d'intérêt, et aussi que le péonage, l'esclavage pour dette est limité à 3 ans.
  • - 1600 sous la dynastie Shang en Chine (-1600 à -1046) et la dynastie Zhou (-800 à -300), en plus des céréales et des tissus, les cauris sont utilisés comme monnaie, ou du moins comme unité de compte. Les cauris sont de petits coquillages qu'on trouve dans l'océan indien, particulièrement aux Maldives. Les marchands arabes les ont répandus en Afrique depuis le Xème siècle. (et il parait que c'est toujours occasionnellement utilisé ?)
Coquillages cauris utilisés en Chine comme monnaie
  • ~ -1500 pendant le nouvel empire en Égypte. (-1500 à -1000), le deben est réévalué en référence aux unités utilisées à Babylone.
    1 deben d'argent = 1/2 deben d'or.
    (Deben signifie "anneau" ce qui fait penser à certains auteurs que ce sont des monnaies "jeton de valeur" anneau. Mais on n'a jamais trouvé de tels anneaux. Il est nettement plus probable que le deben n'est qu'une unité de compte. )
  • ~ Basse époque égyptienne (-750 à -332) bien que les échanges courants se fassent en monnaie céréales (grain), des lingots de métaux commencent à circuler pour le commerce international. Les temples se chargent de garantir la pureté des lingots. (Temples: Harsaphès à Thèbes et de Ptah à Memphis.)
  • La version de "l'histoire de la monnaie" qu'on trouve dans les manuels d'économie commence souvent ici sans parler des systèmes économiques précédents. En substance le discours est "Tout commence avec le Troc, mais comme ça ne marche pas bien, on s'est mis à utiliser de la monnaie". La Banque Nationale Suisse a fait tout une communication illustrée sur ce thème. Cette version de l'histoire est controversée par les anthropologues qui cherchent encore la civilisation dans laquelle le troc a pu faire système. Le don dans une communauté est plus efficace et simple et existe encore. Le troc n'existe marginalement que lors d'échanges entre des gens qui ne se font pas confiance. (des étrangers, des ennemis, etc..) Le troc vu par les économistes est surtout un mythe fondateur pour émanciper "l'économie marchande" comme discipline à part entière. [Servet 2001]
banque nationale suisse tout commence avec le troc
La brochure de la BNS nous dit que "Tous commence avec le troc" => faux!
  • Vers -700 à -600 apparition simultanée de monnaie métallique en Grèce (frappée), en Inde (poinçonnée), en Chine (coulée).
  • Vers – 700 en Chine, les premières pièces de monnaie métallique apparaissent. (錢 en chinois) (mais en forme de bèche 布幣 et médaille... Ce n'est qu'en -350 que les pièces rondes apparaissent.)
    (Avant il existe aussi de nombreuses formes de monnaie similaires, mais sous forme de couteaux, de haches, de coquillages cauris, de carapaces de tortues, etc…)
  • Vers -600 en Lydie (Turquie actuelle, mais civilisation grecque à l’époque) la monnaie métallique apparait. L’exemple le plus connu, c’est le roi Crésus qui frappait des pièces de monnaie avec de l’alliage électrum trouvé dans la rivière Pactole.
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Stater du roi Crésus
  • Vers – 600 av. J.-C, en Grèce, apparaissent les marchés. (et donc l'économie de marché) → Ce qui s’explique par la création de la monnaie et de l’impôt qui impose l’utilisation de la monnaie. Le gens ont besoin de vendre pour gagner de la monnaie afin de payer les impôts.
  • Vers - 600 av J.C Les Étrusques utilisent des blocs de bronze brut comme unité de compte. C'est l'æs rude (bronze brut coulé). Ces blocs sont utilisés comme réserve de valeur et produits par qui veut.
  • -525 l'Empire Perse achéménides prend le contrôle de l'Égypte. Il utilise le principe des pièces de monnaie que l'Égypte n'a pas.
  • - 480 Au moins Cent cités grecques qui frappent de la monnaie, alors que les grandes nations commerçantes de la méditerranées (les Phéniciens) n'utilisent pas les pièces. (p.493 Dette 5000 ans d'Histoire)
  • - 450 Les temples bouddhistes inventent un nouveau type d’offrande divine.
    → La donation perpétuelle
    → Une personne fait don d’une richesse et le temple vit des intérêts de ce don (~15%). Sans jamais toucher au principal.
  • - 413: 10 000 esclaves s'échappent des mines d’argent du Laurion en Grèce. On estime qu’il y en avait 20 000 selon Thucydide, dans Histoire de la guerre du Péloponnèse, VII, 27. Ça montre l'ampleur du système: frappe de monnaie + impôt + esclave.
  • Vers - 400 Les Romains s'inspirent des æs rude étrusques pour normaliser ces lingots de bronze et les créer de façon centralisée. C'est l'æs signatum. Le moule représente souvent un bœuf. Marque qui montre que l'unité de compte traditionnel était la tête de bétail. Ici elle se transpose dans un bloc de bronze. Cette nouvelle unité de compte, l'As, était utilisée par les censeurs pour recenser la population romaine, mais aussi pour les condamnations à des "peines pécuniaires". Ce mot vient de "pecus", le bétail. Tandis que le mot "capital" vient de la tête (de bétail). (et le "cheptel" est un contrat de garde de bêtes qui donne droit à une production sans toucher au "capital" donc aux têtes de bétail.) Au Vème siècle un bœuf représentait 1000 AS et un mouton 10 AS.
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As signatus
  • -362 L'auteur grec Xénophon publie son livre L’Économique « L'art et la manière de bien gérer un grand domaine agricole ». Un Oikos étant une "maisonnée", un ensemble de biens et d'humains (esclaves compris) rattaché à un lieu d'habitation et de production.
    → le mot "éco-nomie" a pour origine  οἶκος, oîkos → maison(née) et νόμος, nómos → "loi", "règles".
    le mot "éco-nomie" signifie donc "les règles de la maison".
    (on retrouve le concept de maisonnée avec le "É" sumérien et la Domus romaine)
  • - 331 Alexandre le Grand conquiert l'Égypte. Après les Perses, c'est le 2ème empire qui impose ses pièces de monnaie en Égypte. Ceci achève l'ancien système de monnaie scripturale.
  • -331 Alexandre le Grand conquiert Babylone et amène les pièces de monnaie en Mésopotamie, ce qui fait également disparaitre l'ancien système.
  • vers - 300 en Inde, dans le traité de politique, d'économie et de stratégie militaire Arthashâstra l'outil de paiement Ādesha , une lettre de change est mentionné. Littéralement Ādeśa signifie "ordre". C'est donc un ordre de paiement qui permet d'envoyer une paiement d'une personne à une autre via une banque. Dans ce traité Arthashâstra (disponible ici en anglais) on découvre également ce que pensent les dirigeants des débuts de l'empire Maurya des orfèvres "banquiers". Il est dit qu'en cas de besoin de renflouer le trésor, le souverain peut lever un impôt. Il y a les tarifs indiqués pour chaque catégorie de métiers. "On mettra la main sur tout ce que possèdent les orfèvres; et aucune de leurs offenses ne sera pardonnée; car ils exercent leur commerce frauduleux tout en prétendant être en même temps honnêtes et innocents. » (Livre V, chap. 2) traduction automatique."
  • - 289 L'Æs grave remplace l'æs signatum. On normalise encore plus les lingots de bronze. Les têtes de bétails disparaissent au profit de la double tête de Janus. On coule des pièces rondes avec un poids précis d'une livre romaine (324g)
  • -269 av. J.-C un atelier monétaire est créé à Rome sur la colline du Capitole à côté du temple de la déesse Junon Moneta. → C’est là l’origine du mot « Monnaie » . On y frappait des "Deniers" (denarius), une pièce en argent.
colline du capitole rome temple junon moneta
Vue du Forum Romain et de la colline du Capitole. Le temple de Junon Moneta se trouvait là où il y a la basilique Santa-Maria (batiment ocre) que l'on voit haut dessus des pins au dessus de l'arc de triomphe de Scipion, et au dessous du monument blanc dédié à Victor Emmanuel II.
  • avant -242, le chapitre "jin bu lu" traduit par "Règlement concernant [les monnaies] métalliques et en tissu" du livre chinois des "18 règlements de Qin" donne des renseignements sur les pratiques monétaires du royaume. Notamment: la valeur de la pièce de monnaie ne dépend pas de sa qualité, bonne ou mauvaise, et que le tri est un délit. On a donc là une monnaie fiduciaire.
  • - 118 L'empereur chinois Han Wudi crée le Wu Zhu 五銖 (litt: "cinq Zhu") une pièce de monnaie en bronze de 3.25g. Ce type de pièce sera produit pendant 7 siècles. Cette création met fin à une période instable d'alternance d'interdiction et de concurrence entre les ateliers de fabrication de monnaie privés ou publiques.
  • - 81 Dispute sur le sel et le fer (鹽鐵論 Yán Tiě Lùn): un grand débat d'érudit à la cour impériale de Chine sur le rôle et la politique de l'Etat. Notamment sur l'impôt et la monnaie. La monnaie est un monopole d'Etat. (En -25 beaucoup de règles se sont assouplies mais pas le monopole d'Etat sur la monnaie.)
Shang Lin San Guan Wu Zhu (chinois : 上林三官五銖
Shang Lin San Guan Wu Zhu - 上林三官五銖
  • ~30 "Rendez à César ce qui lui appartient" réponse de Jésus aux Pharisiens qui lui demandent si il est conforme à la loi de payer l'impôt romain.
  • 220 La dynastie chinoise Han prend fin. Depuis la création de la pièce de monnaie Wu Zhu en bronze, le cuivre est de plus en plus utilisé dans l'artisanat et immobilisé dans les tombes. Il devient rare et ainsi la valeur intrinsèque de la pièce Wu Zhu augmente beaucoup et devient un objet de thésaurisation au lieu de circuler. La fin de la dynastie Han est l'occasion pour rééquilibrer la valeur. Les pièces de monnaie sont coupées en deux, mais chacune des deux parties garde la même valeur. On double ainsi la masse monétaire. (Ça ressemble pas mal à la monnaie locale "le demi" qu'on trouve de nos jours en Gaspésie)
  • 294 Réforme du système monétaire par l'empereur Romain Dioclétien. Création d'un système tri-métallique. Or, argent, bronze. Mais l'inflation continue.
  • 310 L'empereur Romain Constantin Ier crée le solidus. Une pièce de 4,5g d'or fin. Cette quantité va changer au cours du temps. Mais le solidus est solide ! Il sera utilisé jusqu'au XIème siècle à Byzance et sera l'ancêtre du "sou". (solidus.. sol... sou...) Le solidus est surtout la nouvelle unité de compte de l'Empire romain et perdurera bien au-delà comme unité de compte.
    → Les "soldats" sont "ceux qui reçoivent une solde", le mot "solde" venant du solidus. La "solde" est le "salaire" des soldats. Le mot "salaire", vient de "salarium" la partie de la solde des légionnaires romains payée en sel (sal en latin)
solidus constantin monnaie romaine
Solidus en or de Constantin
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Kai Yuan Tong Bao 開元通寶
  • 781 Réforme monétaire de Charlemagne. La frappe de monnaie devient un monopole royal. La livre d'argent (409 g) devient l'unité de compte de l'empire carolingien. 1 livre = 20 sol (sou) et 1 sou = 12 deniers. (donc on peut faire 240 deniers avec une livre d'argent... et c'est ce qui était fait !) Seul le denier existait vraiment sous forme de pièces.
    la plupart des paiements ne se font pas en monnaie, mais en nature. Des fouilles archéologiques à Rome ont prouvées qu'entre le VIIIème et le XIème siècles les pièces étaient quasi absentes malgré des échanges abondants.
    (En Galice, au XIe siècle, les hautes valeurs sont exprimées en sous, les valeurs médianes en muids de grain, les petites valeurs en bétail.)
baton de comptage tallystick noisettier
gros tournoi de st-louis pièce de monnaie
Gros tournois d'argent de St-Louis
  • 1271 La dynastie Mongol Yuan est officiellement créée en Chine (après une occupation depuis 1234). Les anciens papiers monnaie de la dynastie Jin sont abandonnés car il ne valent plus rien après deux hyperinflations (1214 et ~1230) dues au financement de la guerre contre les Mongols (guerre perdue !). Dans un premier temps les Mongols utilisent les pièces de bronze en circulation, puis c'est le papier monnaie Jiaochao 交钞 qui est privilégié, les pièces de monnaie tombent en désuétude.
  • 1282 Venise créé le ducat d'or.
  • 1360 Le banquier Francesch Castello a été décapité devant sa banque pour avoir prêté plus qu’il n’a. La religion catholique est intransigeante quant à l'interdiction de l'usure mais ce principe est appliqué de manière plus où moins stricte selon les endroits. Les cités-États (comme Venise) sont les endroits aux mœurs plus libérales.
  • 1368 La Chine vit la révolte des Turbans Rouges qui crée la dynastie Ming. L'élément déclencheur est une inondation du fleuve jaune dû au manque d'entretien des digues et dans un contexte de manipulation monétaire de papier monnaie. Ainsi la nouvelle dynastie met en place un système basé sur l'autonomie agraire et des "impôts en nature" donc des corvées. Le papier monnaie n’est plus reconnu pour payer les impôts. Les pièces de monnaie reviennent, mais les Ming n'arriverons jamais à contrôler la masse monétaire. Il y a toute une économie souterraine en pièce d'argent qui se crée. Il y a des mines d'argent illégales qui s'ouvrent.
  • 1430-1440 Le gouvernement de la dynastie Ming tente de réguler les mines d'argent. Ça déclenche des révoltes. Le gouvernement inverse sa position et décide de ne plus contrer les pièces d'argent, mais de les utiliser officiellement.
  • 1450 - 1580 En Chine, La dynastie Ming abandonne progressivement les impôts en nature (corvée) et met en place un impôt monétaire qui doit obligatoirement se payer en argent. Cette action va avoir un effet sur la demande en argent. Comme on le verra plus tard. Cette réforme est appelée "le coup de fouet unique" 条鞭法 (Yi Tiao Bian Fa). Cette transition vers l'impôt en argent est terminée et ratifiée par le grand secrétaire impérial Zhang Juzheng en 1580.
  • 1521 Hernán Cortés conquiert et rase la ville de Tenochtitlan, capitale de l'empire Aztèque. C'est le début de la colonisation espagnole des Amériques. Un des moteurs des conquistadors est de ramener de l'or et de l'argent. Par le livre des mémoires du conquistador Bernal Díaz del Castillo écrit par lui-même, on apprend (via David Graeber: Dette 500 ans d'Histoire) que Cortés était un joueur-flambeur souvent endetté et dont la motivation était l'or et l'argent (probablement pour payer ses créanciers). L'expédition pour le Yucatan depuis Cuba n'était pas autorisée, une fois sur place, Cortés a fait saboter les bateaux pour forcer les soldats à continuer. Ces derniers ont été endettés pour payer leurs armes et matériel de rechange. Après le partage de l'or du trésor impérial l'essentiel des soldats étaient toujours endettés. Un impôt a été imposé aux Aztèques survivants (de la variole et du massacre de la ville), un prêt proposé à ceux qui ne pouvaient pas payer en échange du travail dans les mines d'or et d'argent.
    → C'est ainsi que Graeber émet la thèse que c'est la dette à plusieurs niveaux qui a été le moteur de la mise en esclavage d'un continent entier. (et le génocide de sa population.) Par comparaison, lors de sa période des grandes découvertes au début 15ème siècle (La flotte des Trésors), la Chine a beaucoup voyagé et découvert des terres inconnues, mais n'a pas mis en esclavage sa population.
  • 1524 Après avoir commencé en 1520 sa "carrière" de réformateur par des campagne contre l'usure et le commerce, Martin Luther est dépassé par l'effet révolutionnaire de ses propos qui menacent l'ordre établi par plusieurs soulèvements populaires. Il calme la situation et préserve l'ordre établi en déclarant l'usure modérée acceptable. Il justifie ceci car "Nous sommes sur terre et pas dans un monde idéal, donc il est possible de faire des entorses à l’idéal". Il propose de contourner l’interdiction de l’usure faite dans le Deutéronome 23.20-21 et de considérer que 4% à 5% d’intérêt n’est pas de l’usure. (p391 Dette 5000 ans d’histoire) → un siècle plus tard les protestants dominent le commerce en ayant intégré cette règle !
  • 1530 Les mines d’argent de Chine sont totalement épuisées. → La Chine devient le moteur de la demande minière en Amérique. Alors qu'il y a pénurie de monnaie métallique en Europe. Après avoir épuisé les mines du Japon, l'argent vient en Chine d'abord par l'Espagne, puis dès 1565 directement via les Philippines sans passer par l'Europe, c'est le "Galion de Manille". Cet argent est essentiellement acheté en vendant de la porcelaine. (Les fameux vase Ming !) (Mais aussi de la soie et du thé.)
  • 1543 Great Debasement, une grande dévaluation de la monnaie en circulation sous Henri VIII. La proportion d'argent que les pièces contenaient ayant été progressivement divisée par quatre en huit ans, pour tomber à seulement un quart en 1551, ce qui provoqua ensuite une vague d'inflation, la sortie d'Angleterre des pièces d'or, et la Crise monétaire anglaise des années 1550.
  • 1545 Le juriste et réformateur Jean Calvin justifie pour la première fois le prêt à intérêt dans une lettre à Claude de Sachins, seigneur d’Asnières (Concilium de Usuris). Il justifie le prêt à intérêt pour investir, mais pas pour en faire métier.
  • 1547 Jean Calvin publie à Genève les ordonnances ecclésiastiques dans lesquelles le taux d'intérêt est fixé à 5%. C'est souvent considéré par les historiens comme le point de basculement de l'évolution économique européenne. C'est le début de la place financière genevoise.
  • ~1550 la pratique des « enclosures » (tragédies des communs) se généralise. → la privatisation de pâturages communaux.
  • 1570 Le moine dominicain et économiste Tomás de Mercado a écrit que l'on trouve une bourse aux bons d'État à Medina del Campo en Espagne. Ces bons représentent l'or et l'argent venus des Amériques prêté à l'empereur. Le métal ne restait pas en Espagne mais partait en Chine pour l'argent et en Inde pour l'or. Cependant le papier représentant ces métaux continuait d'être utilisé comme moyen de paiement en Europe. Les banquiers et États qui les émettent peuvent ainsi multiplier la quantité réelle de métal importée sans même y toucher.
    Selon David Graeber, c'est l'abus par les États des bons d'États qui a créé l’inflation massive en Europe entre 1500 et 1650, connue sous le nom de "Révolution des prix" (et pas l'arrivée massive d'or et d'argent en provenance des Amériques Vu qu'il y a découplage entre la quantité réelle de métal et les bons en circulation.)
  • 1598 Frappe de "La pièce de 8" pesos ou real ou piastre d'argent. Une pièce frappée par l'Empire espagnol, afin de s'aligner sur le thaler, la monnaie continentale du Saint-Empire. La pièce de 8 a été utilisée très largement dans de nombreux pays comme unité de compte. Notamment aux Amériques. La pièce de huit a servie de base pour établir le dollar américain, et son cours légal resta en vigueur aux États-Unis jusqu'au « Coinage Act of 1857. Le symbole du dollar $ vient de cette pièce sur laquelle il y a les armoiries de l'Espagne avec 2 piliers entourés de banderoles. (certains disent que ce sont les symboles des colonnes d’Hercule) Le nom du "Dollar" a pour origine le nom de la monnaie "Thaler". Monnaie créée grâce au filon d'argent trouvé à Joachimsthaler, un village de Bohème. (république Tchèque actuelle)
8_Reales,_1770,_British_Museum colonne dollars origine
  • 1602 Création de la Compagnie néerlandaises des Indes orientales. C'est le modèle même de la société anonyme multinationale financée par des actions et obligations. Elle va beaucoup influencer la création des places de bourse.
  • 1609 Création de la Banque d'Amsterdam, une des premières banques de dépôts. (à la valeur intrinsèque des pièces). Invention de la "monnaie de banque", il est possible de payer en effectuant un virement sur le compte d'un autre client de la banque. La banque est créee avec l'accord et la garantie de l'État de Hollande. Les banquiers ont un statut de fonctionnaire de la ville et sous l'autorité des édiles de la ville. Une loi oblige tout paiement de plus de 600 florins à passer par un virement en interne de cette banque, forçant ainsi les commerçants à avoir un compte et faire des dépôts.
  • 1644 Li Zicheng à la tête d'une rébellion paysanne prend Pékin et met fin à la dynastie Ming. Un des facteurs qui a mené à cette chute est l'impossibilité de financer les soldats qui contenaient les rebelles à cause d'un manque d'approvisionnement en lingot d'argent par les espagnols. (des "galions de Manille" ont coulé dans les années 1640)
  • 1656 Création de la banque de Stockholm, inspirée par la banque d'Amsterdam. C'est la première banque à émettre des "vrais" billets de banque en Europe. Ils sont convertibles en argent ou en cuivre.
  • 1661 Création de la banque de Suède qui reprend le monopole d'émission de billets de banque de la banque de Stockholm lors de la faillite de cette dernière. La banque de Suède est souvent considérée comme la première banque centrale.
  • 1685 Suite à une pénurie de monnaie dans les colonies françaises du Canada, des cartes à jouer ont été utilisées comme monnaie de nécessité. Le gouverneur a signé une promesse de paiement de la solde.
  • 1690 Création des Colonial scrips. La Province de la baie du Massachusetts a émis sa propre monnaie papier. Puis une à une chaque colonie d'Amérique du nord a émis sa propre monnaie fiduciaire sur papier. La quantité de monnaie était régulée par l'émission ou la destruction par l'impôt. La colonie de Pennsylvanie reste un exemple de bonne gouvernance monétaire d'un Etat pendant 50 ans. (Principe du chartalisme.) Le 19 avril 1764 le parlement anglais vote le currency Act, une loi interdisant aux 13 colonies de créer de la monnaie. C'est un des facteurs qui a mené à la guerre d'indépendance des USA. (financée avec une autre monnaie, le "Continental dollars")
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Colonial scrips de Pennsylvanie imprimé par Benjamin Franklin en 1764
  • 1694 Création de la banque d’Angleterre. Une société privée appartenant à 40 marchands qui prêtent au gouvernement £ 1,25 million. Une partie de cette somme est prêté en or et une autre partie est enregistrée sur des bâtons de comptage. (A013/1)
  • 1695 En Angleterre John Locke (le contractualiste libéral) est un des conseillers de Isaac Newton (connu pour sa découverte de la gravitation, mais qui est aussi à cette époque le directeur de la monnaie Anglaise). Locke était un scientifique rationaliste, matérialiste → Il ne voulait pas introduire la notion de foi ou croyance dans la monnaie. Il ne croyait pas à la « Foi » en l’État.
    → il pensait que c’est l’or (ou d’autres métaux) qui par nature contient la valeur.
    → Invention de crénelure sur la tranche des pièces pour éviter le rognage et donc perte de valeur. Dans l'antiquité on n'avait pas ce problème. Car les pièces valaient plus que le métal en étant garanties par celui qui a sa marque sur la face de la pièce. (monnaie fiduciaire).
    → La mise en place des théories de Locke n'a pas été concluante. (Selon Graeber)
  • 1717 La Grande Bretagne et l’Empire Britannique adoptent l'étalon or.
  • 1720 Eclatement de la bulle spéculative de la compagnie des mers du sud.
    → C’est une époque de grande spéculation sur les richesses que cette compagnie allait pouvoir faire. Les dirigeants de cette compagnie, pour faire grimper leur financement, ont grossi les gains possibles. Il se sont fait prendre pour manipulation et l’action s’est effondrée.
  • 1721 La banque centrale française créée par John Law fait faillite.
    → Le principe est le même que la banque d’Angleterre, juste une circulation de monnaie papier convertible en or. La création monétaire était basée sur les richesses rapportées des colonies, surtout de la Louisiane. Law a ensuite agi comme en Angleterre en faisant miroiter des richesses beaucoup plus grandes en provenance des colonies.
    → Les ennemis de Law (le prince Conti et le duc de Bourbon) ont soutenu la spéculation dans le but de créer une bulle. Ce qui n’a pas manqué. Les investisseurs ayant vu le cours de l’action atteindre des sommets ont voulu réaliser leur gain (40 fois), ils viennent chercher leur or. Ce qui provoque la fin de la banque, car les gains des colonies ne sont pas encore faits.
    → De par ces faillites, le papier monnaie ne donne pas du tout confiance à cette époque à beaucoup de gens. (un peu comme le bitcoin de nos jours !)

  • 1775 - 1781 Le continental currency dollar est imprimé par le congrès des colonies confédérées pour financer la guerre d'indépendance des USA. C'est une monnaie papier gagée sur les terres. Elle a bien financé la guerre, mais s'est effondrée à cause d'une trop grande quantité de monnaie imprimée. (par le génial Benjamin Franklin.). Cette monnaie faisait suite aux monnaies fiduciaires des états, les "colonial scrips".
  • 1789 La dette publique de l'Etat français est sacralisée par l'Assemblée Nationale Constituante. En cette période révolutionnaire, Peu importe le système politique, la dette publique ne doit jamais être annulée, car c'est le moyen d'épargne le plus courant des français.
  • 1790-1796 Création des assignats. L'Etat français a besoin de liquidité. Il confisque les biens de l'église par assignation et veut les vendre. Mais le processus prend du temps. Pour avoir des liquidités, l'idée est de vendre des titres qui représentent cette vente future.
    Mais les comités révolutionnaires impriment plus d'assignats que prévu. Sans compter qu'il y a beaucoup de faussaires. (aussi à l'étranger, les ennemis de la France tentent d'amplifier la crise)
    Finalement les planches à billet seront brûlées sur la place Vendôme pour mettre fin à ce système monétaire catastrophique, mais qui aura eu pour mérite de créer les liquidités nécessaires et convertir bon nombre de nouveaux propriétaires à la cause de la révolution.
  • 1800 Création de la banque de France. C’est le banquier Suisse Jean-Frédéric Perregaux qui propose la création de cette banque privée à Napoléon. Ce dernier accepte et en devient aussi actionnaire. Cette nouvelle banque sera utilisée pour les services bancaires de l’Etat, notamment pour les « receveurs généraux » qui collectent les impôts.
  • 1803 Napoléon donne le monopole de la création du papier monnaie à la banque de France. (Uniquement pour Paris, le monopole total ne viendra qu'en 1848) Le chef de l’État en bénéficie personnellement en tant qu’actionnaire ! Voir à ce propos l’explication d’Henri Guillemin.
  • 1803 Le Franc Germinal est créé. Il s'inscrit dans le cadre d'un système monétaire bimétallique. or-argent. Un franc = 5g d'argent à 9001000 = 0,322 5 g d'or à 9001000. L'État de reprendre au poids les monnaies rognées ou altérées, ainsi que les monnaies des autres pays. On est dans un système à étalon métallique.
  • 1826 La banque d'Angleterre reçoit le monopole de titrisation de la dette d'état en billet de banque. (Bank Charter Act) Au début la titrisation se faisait au de manière nominative, puis au porteur. Donc c'est une dette que le roi doit rembourser, mais en attendant, pour temporiser les marchands s'engagent à payer la compensation en or qui serait demandée. (d'où le deal d'avoir en échange le monopole de titrisation)
  • En 1834 Au royaume d'Angleterre, le poste de "Caissier de l’échiquier" (Teller of the Receipt of the Exchequer) est supprimé. Marquant ainsi la fin du système de bâton de comptage en Angleterre. Les bâtons ont été brûlés. Le fourneau du palais de Westminster débordant de bâtons de comptage a mis le feu au palais entier. Provoquant un des plus grands incendies de Londres. Le peintre Turner en a fait un célèbre tableau.
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Dynamique de l'histoire des systèmes économiques

On va voir ici la chronologie résumée par une suite logique de dynamiques qui vont engendrer un système, puis un autre, etc...

L'Humain est une "animal social". Il vit en groupe. Du coup, dès que des humains apparaissent avec des besoins et des envies au milieu d'un environnement composé de ressources. Il est normal qu'un système de décision et d'organisation émerge. J'appelle ceci un "système économique".

Don dans une communauté de confiance

Dans les premiers temps, on peut supposer que le système est familial et devient clanique. Les ancêtres dirigent, tout le monde est soumis à la tradition, car c'est ce qui marche pour survivre.

Les gens qui produisent et/ou récoltent donnent ce qu'ils ont à toute leur communauté. Et ainsi chacun reçoit de la communauté.

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Partout dans le monde on retrouve le concept de "maison longue". C'est un habitat communautaire. Chaque famille y a un petit espace, mais on partage tout.

Economie domaniale, palatiale en "Maisonnée"

Chez les Sumériens on observe un système "clanique" qui grandit et se transforme en "empire agraire". C'est une économie domaniale. L'organisation sociale se fait en "maisonnée" (qui se dit "É" en sumérien) gérée autour des palais ou des temples. On parle aussi d'économie palatiale en référence au palais de Cnossos qui est le cœur de l'économie redistributive de la civilisation minoenne. Les humains sont rattachés à un lieu de production et reçoivent en échange des rations de nourriture. Ça ressemble d'une certaine manière à une entreprise actuelle.

A d'autres époque on retrouve le concept de maisonnée avec l'oikos grec et la Domus romaine.

A Sumer, il y a toute une administration qui contrôle ce qui est produit et ce qui est redistribué et à qui. On a retrouvé des centaines de milliers de tablettes d'argiles de comptabilité et de reçus. L'invention de l'écriture est probablement une conséquence de ce besoin d'administration. Ce besoin de contrôle est là pour limiter les abuseurs.

tablette argile recu sumerien shubati
"Reçu" sur tablette d'argile sumérienne ("Shubati" en sumérien) Tablette 19.

Le reçu ci-dessus illustre bien que l'administration comptabilise qui a reçu quoi de où et quand, avec une signature.

Ce reçu dit:

Ursagubki, fils de Ili, le chef des prieurs pénitents a reçu par Bazi du dépôt de Ashaggidakhkha, derrière le temple de la déesse Ninharsag, 30 gur de chanvre pour les graines. Le 7ème mois de la 56ème année Dungi.

Le seau est celui de Ursagubki fils de Ili.

Invention de l'unité de compte

Au fil du temps, la comptabilité devient toujours plus abstraite. Les unités de poids et de volume qui servent à mesurer la quantité de grains de céréales distribuée se transforment gentiment en unités de compte.

Poids d'une demi-mine (poids réel : 248 gr.) consacré par le roi Shulgi et portant l'emblème du croissant de lune ; utilisé dans le temple du dieu-lune à Ur. Période d'Ur III. 
vers 2094-2047 av. J.-C.
Poids d'une demi-mine (poids réel : 248 gr.) consacré par le roi Shulgi et portant l'emblème du croissant de lune ; utilisé dans le temple du dieu-lune à Ur. Période d'Ur III. vers 2094-2047 av. J.-C.

Au lieu de recevoir directement une ration en nature, on peut différer dans le temps la réception et comptabiliser un droit à la ration dans le futur. Le "salaire" en monnaie scripturale est inventée.

Finalement on a un système très proche de la notion actuelle de grande entreprise dirigée par une élite sociale qui emploie des employés et leur verse un salaire.

En Égypte on observe également, globalement à la même période, un système économique de type "empire agraire". La monnaie scripturale émerge aussi. Il y a différents types d'objets qui servent d'unité de compte (et de moyens de paiement): les métaux, les étoffes, les céréales (et leur dérivés, pains et bière), et les huiles. (à Sumer on a que l'argent et les grains)
Les moyens de paiement sont très divers une fois que le prix a été défini dans une unité de compte courante. (On a retrouvé un contrat de vente d'une maison payée en tissus et en lit. [stèle borne JE 42787])

Dans un tel système on observe déjà des virements "bancaire" d'un compte à un autre.

Les moyens de paiement sont créés par tout le monde, vu que n'importe qui peut "faire du blé" et ainsi augmenter la "masse monétaire".
(Il est quand même à noter que "n'importe qui" est un peu abusif. En Égypte antique les moyens de production, les outils, sont la propriété de l'Etat.)

Donc les empires agraires fonctionnent pendant des millénaires avec des "monnaies" variées. Un système à plusieurs unités de comptes reliées par un barème officiel, et de nombreux moyens de paiement de nature différente.

Les métaux sont rares, ne circulent que très peu. Ils sont plutôt réservés aux échanges internationaux. (En -1500 l'Égypte a même modifié son unité de mesure pour s'aligner sur le système babylonien. Les égyptiens avaient des bateaux de haute mer et voyageaient loin pour aller chercher des ressources rares en Égypte.)

Les céréales sont des "monnaies locales fondantes" qui correspondent très bien à l'usage d'une monnaie pour combler ses besoins quotidiens.

La quantité de monnaie est donc régulée naturellement. La monnaie n'est pas rare, car les grains de blé poussent facilement, mais il n'est pas possible d'en créer en quantité infinie. On a toujours un lien avec la nature. La monnaie peut se manger !

blé de la plaine d'areuse

Prêt à intérêt et esclavage

En Mésopotamie, le prêt avec intérêt existait. Une personne qui ne remboursait pas risquait le "péonage" l'esclavage pour dette d'une personne de sa famille ou d'elle-même. Les problèmes générés par ce système ont été résolu en créant le "jubilé" : l'annulation de toute dettes à périodes régulières. On en trouve la trace dans la bible avec la notion de Jubilé tout les 7x7 ans.

A Babylone, le code d'Hammurabi a limité l'esclavage pour dette à 3 ans maximum.

En Égypte, contrairement à une idée répandue, l'esclavage n'existait pas.

Monnaie métallique + impôt

Le système économique des empires agraires est resté stable sur des millénaires. Pourquoi a-t-il changé ?
C'est l'arrivée des pièces de monnaie métallique imposées par les grands empires conquérants qui change la donne.

La conquête se fait par l'impôt. Une armée de mercenaires envahit le pays et soumet ses habitants à l'impôt en pièces de monnaie métalliques créées par le seigneur dirigeant l'empire.

En Égypte c'est l'empire Perse qui amène les pièces de monnaie. A Babylone c'est Alexandre le grand. Mais ce dernier a également envahi l'Égypte après les Perses.

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Quart de stater d'or d'Alexandre le Grand.

Le principe de la monnaie métallique est simple et redoutable. Et malheureusement son mécanisme est trop peu connu des gens qui le subissent encore de nos jours.

L'idée est celui d'un "chef de gang" qui veut vivre sur le dos des autres. Faire des razzias sur les paysans fonctionne à priori assez bien, mais sur le long terme ce n'est pas viable de tuer ceux qui nous nourrissent !

Ainsi l'innovation a été d'acheter la récolte aux paysans. Mais ça ne marche pas bien. Le premier paysan à qui on veut donner une rondelle en échange de son blé refuse. Car le blé se mange et est donc plus utile que du métal.

Le premier soldat chargé d'acheter la récolte pour son seigneur conseille au paysan d'accepter la pièce de monnaie, car il en aura besoin à la fin de l'année. En effet, le seigneur a décidé d'imposer l'utilisation de sa monnaie en créant un impôt. Chaque personne doit rendre un certain nombre de pièce au seigneur. Si elle ne le fait pas, elle risque la prison, l'esclavage ou la mort.

Ainsi la monnaie métallique de type "jeton de valeur" avec la marque du seigneur sur la face devient nécessaire pour vivre.

Ceci a deux conséquences:

  • créer l'économie de marché et le besoin de croissance économique
  • créer des grands empires conquérants
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Biblots sur une place de marché à Dakar. Chacun vend ce qu'il peut pour "gagner sa vie" !

L'empire conquérant

Avec ce système le seigneur peut vivre de son pouvoir de seigneuriage. Soit le pouvoir d'achat gagné gratuitement par le monopole de la création monétaire. C'est la différence entre le coût de fabrication de la monnaie et ce qu'elle permet d'acheter.

Un exemple parlant est celui du roi Crésus qui allait chercher des pépites d'alliage electrum (or et argent) dans le fleuve Pactole pour les frapper en pièces de monnaie.

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Stater du roi Crésus

La première nécessité pour un seigneur est de renforcer son système économique. Ainsi pour imposer son impôt qui impose la monnaie, il a besoin d'une force de coercition physique: une armée.

Le forgeron qui forge de temps en temps des faux pour faucher les blés sera engagé pour forger des armes et équiper une armée professionnelle de "soldats".

De nos jours on parlerait d'une armée de "salariés", en effet, le "soldat" est "celui qui reçoit une solde". La "solde" c'est le "salaire" du soldat. Le mot "solde" vient de la pièce de monnaie romaine le "solidus". Tandis que le mot "salaire" vient de "salarium", la partie de la solde que les légionnaires romains recevaient en sel. (sal en latin)

Ainsi le seigneur se retrouve gratuitement ou presque à la tête d'une armée de nombreux professionnels bien entrainés. L'alternative est une armée de paysans nombreux, mais mal équipés et pas entrainés, ou une armée de noblesse bien entrainée et équipée mais en très faible nombre.

vote bataille sans violence

Ainsi indirectement le système de pièce de monnaie + impôts crée une armée plus efficace que les autres qui peut conquérir aisément les pays voisins.

Un autre avantage militaire de la pièce de monnaie jeton de valeur, c'est que la valeur est uniquement dans la pièce. Ce n'est pas une monnaie sociale. Ce système ne demande pas d'être inséré dans un tissu social avec de multiples reconnaissances de dette entre les gens. Avec un tel système on ne va pas massacrer la personne qui a une reconnaissance de dette envers soi. En agissant ainsi on détruit de la valeur.

Tandis que dans un système à pièce de monnaie, le vol paie !
Et en terrain ennemi, sans aucune relation sociale, il est encore possible d'être payé par son seigneur.

De plus en terme de logistique de guerre, il est plus simple de transporter de la monnaie et d'acheter aux paysans en marge de son empire la subsistance nécessaire que de la transporter avec soi.

On comprend ainsi comment Alexandre le grand a conquis en à peine 10 ans un empire de la Macédoine à l'Inde en englobant tous les grands empires agraires de l'époque.

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Empire d'Alexandre le Grand à son apogée

L'économie de marché

Revenons à notre forgeron qui devient marchand d'armes. Le seigneur va l'embaucher à plein temps. Il n'aura plus le temps de s'occuper de cultiver pour ses propres besoins. Il pourra acheter du blé chez ses voisins avec les pièces reçues directement du seigneur. On franchit un pas de plus dans la spécialisation.

glaive romain

Les paysans étant soumis à l'impôt se voient obligés de vendre leur production. Ainsi des places des marché se créent. Auparavant elles n'étaient pas nécessaires. Dans l'économie du don on produit de quoi assurer sa subsistance et on donne les surplus. Dans une économie domaniale (ou palatiale), la production est suivie par l'administration et directement stockées dans les entrepôts et greniers, prête à être redistribuée.

Le marché met en concurrence les personnes pour obtenir les rares pièces de monnaie en circulation. Ainsi les gens sont obligés d'augmenter leur efficacité à la production. Il vont se spécialiser là où ils sont les meilleurs. De plus ils vont inventer des techniques pour augmenter leur rendement. C'est un moteur de l'innovation et de la science.

Bien qu'étant plus efficace, ce n'est pas gagné pour autant. Le seigneur peut à tout moment augmenter le montant de l'impôt pour s'assurer de bénéficier en permanence des gains de productivité à son profit. La course à la croissance économique est en marche.

marche-aux-epices
L'expression "payer en espèce" vient de "payer en épice". Un moyen de paiement courant.

Il est également intéressant d'avoir une quantité de personnes qui n'arrivent pas à payer l'impôt ça permet de les mettre en esclavage et de les envoyer dans les mines.

En effet, l'électrum du fleuve Pactole ne suffit plus à alimenter les besoins pour la création des pièces de monnaie. Il faut aller chercher les métaux au plus profond des mines. On sait qu'en -400 il y avait environ 20 000 esclaves dans les mines d'argent grecques du Laurion.

Ce système est d'une apparente efficacité redoutable, mais par rapport à une monnaie grain de blé qui se mange, les dizaines de millier d'esclaves mineurs ne sont-ils pas une grosse perte de rendement juste pour créer de la monnaie ?

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Mineurs de l'antiquité grecque

Il existe plusieurs traités antiques qui étudient les relations entre monnaie, esclaves et impôts, notamment en Inde l’Arthashâstra, le «cercle de souveraineté» sassanide et le Dispute sur le sel et le fer (鹽鐵論 Yán Tiě Lùn) en Chine.

Aristote a décrit la monnaie par trois fonctions : unité de compte, réserve de valeur et intermédiaire des échanges. Cette définition est toujours enseignée. Mais il oublie de dire que la fonction principale est de créer un outil pour qu'une élite vive sur le dos des autres !

Et pourtant Aristote était le précepteur d'Alexandre le grand…. il devait connaitre cette "fonction cachée". Car déjà du temps de Philippe II de Macédoine, le père d'Alexandre, ce principe fonctionnait très bien !

Actuellement la majorité des gens pense que la monnaie est concept qui a émergé pour favoriser le commerce et que sans monnaie pas de commerce. Mais c'est totalement faux.

Les Phéniciens étaient les champions du commerce sur la Méditerranée. A l'origine, ils n'avaient pas de pièces de monnaie. Ils pratiquaient l'enregistrement de reconnaissance de dettes dans chaque port. Ce n'est pas pour rien que l'alphabet phénicien est un des plus anciens. Le commerce a surtout besoin d'écriture comptable, pas de monnaie.

Les Phéniciens se sont fait conquérir comme les autres par les empires conquérants et leur pièces de monnaies.

Routes_commerciales_des_Phénicien

Limite et effondrement des empires conquérants

Quels est le revers de la médaille de la monnaie métallique de type jeton de valeur ?

Et bien justement il est intéressant d'étudier la face des pièces de monnaie. C'est la marque du souverain ou même son profil depuis Jules César.

L'inscription sur la face d'une pièce de monnaie indique qui paie en dernier recours. Ainsi on remarque que la valeur d'une telle pièce vaut plus que la valeur intrinsèque du métal. Les pièces de monnaie de l'antiquité sont de la monnaie fiduciaire. (de la déesse fides, la confiance)

De nos jours on retrouve de nombreuses allégories de pays (Marianne, Dame Helvetia, Germania...) . Donc la valeur de la pièce est garantie par un état qui peut lever un impôt.

Dans le thème de la monnaie et des systèmes économiques le maitre mot c'est la confiance.

Le souci qui arrive vite avec un empire qui grandit très vite, c'est qu'il manque de pièces de monnaie pour payer les soldats et les fournitures pour les soldats. Comme vu ci-dessus le fleuve Pactole ne suffit plus il faut trouver d'autres sources de métaux.

Déjà ce sont les trésors des pays conquis qui sont réquisitionnés et convertis en pièces. Les métaux se trouvaient très souvent dans les temples. Si l'on se souvient bien dans les empires agraires, les métaux ne circulent que très peu. Ce sont essentiellement des unités de compte.

Le trésor des Perses a bien servi à Alexandre le grand pour continuer son expansion.

Une fois les métaux précieux existant déjà convertis en pièces de monnaie, il est nécessaire de retourner à la mine. Ce qui est de plus en plus difficile.

Mais la chute des empire conquérants est surtout un problème de succession.

Alexandre est mort très jeune (32 ans) probablement de maladie. Ses enfants trop jeunes pour régner ont été victime de la crise de confiance dans un souverain expansionniste. L'empire n'a pas survécu tel quel.

L'empire Maurya du roi Ashoka en Inde s'étend à tous ce sous-continent, puis Ashoka après de nombreuses luttes de conquête devient pacifiste, il se converti au bouddhisme et devient végétarien. Mais son empire ne lui survit pas tel-quel.

piece monnaie empire mauria ashoka inde MauryanCoin
Pièce de monnaie de l'empire Maurya en Inde sous le règne d'Ashoka

Dans l'empire romain, il y a une multitude d'empereurs qui se succèdent. Mais régulièrement il y a des problèmes de confiance et des soucis monétaires. Il y a plusieurs réformes monétaires qui sont faites et une inflation régulière qui nécessite toujours plus de métal pour le même pouvoir d'achat.

Les pièces sont fabriquées de plus en plus dans des métaux de moins en moins rares. (laiton, cuivre), la teneur en argent des pièces de monnaie romaines ne fait que diminuer.

Contre toute attente, c'est le Solidus, une pièce de monnaie en or qui va perdurer pendant plusieurs siècles comme unité de compte à la chute de l'empire romain d'occident. De nos jours, le "sou" est ce qui reste du "sol" de "solidus".

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Solidus en or de Constantin

Unité de compte du haut Moyen Âge

Une fois l'empire romain d'occident effondré en 476. La monnaie métallique ne circule plus en Europe. Le Solidus reste uniquement une unité de compte. Pour effectuer des paiements on utilise toutes sortes de moyens de paiement comme lors de la période des empires agraires sumériens et égyptiens.

On suppose que l'on pratiquait des reconnaissances de dette entre les personnes. Mais on ne sait pas sur quel support. Le bâton de comptage est supposé, mais pour le haut Moyen Âge on ne sait pas.

Les fouilles archéologiques sur la ville de Rome ont montré qu'entre le VIIIe et le XIe siècles les pièces de monnaie métalliques avaient quasi totalement disparues. Cependant on pratiquait encore beaucoup de commerce.

Après des siècles de flou. Charlemagne s'est attribué le monopole de la création monétaire et a instauré un nouveau système. La livre d'argent devient la nouvelle unité de compte. (qui ne circule pas). Elle se divise en 240 deniers d'argent. (qui eux circulent sous forme de pièce)

Les bâtons de comptage

Le bâton de comptage est un moyen simple d'enregistrer une reconnaissance de dette. Il y a une "souche" et un "échantillon" qui sont créés à partir de la même branche d'arbre.
Les deux parties d'un contrat enregistrent ensemble des valeurs sous forme d'encoches. Puis chacun garde sa partie.

Petit exemple d'utilisation. Une personne va acheter du pain dans une boulangerie. Elle s'y rend avec son "échantillon". Pour payer, elle va retrouver la souche qui correspond à son compte. C'est celle qui a la même "marque de famille" dessus.

Puis on va "débiter" son compte, soit ajouter une encoche. Le verbe "débiter" signifie bien couper du bois.

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bâton de comptage

De 1100 à 1834 le bâton de comptage est un moyen officiel pour payer les impôts en Angleterre. En France "la taille" est un impôt enregistré sur bâton de comptage.

De nos jours, le bâton de comptage est totalement méconnu, il n'apparait pas dans les manuels d'économie, et pourtant il a été un moyen de comptabilité officiel en France jusqu'en 2016 !
Il était inscrit à l'article 1333 du code Napoléonien repris dans le code civil français.

En tant que tel, le bâton de comptage est infalsifiable. Mais une des dérives que l'on observe est de croire que la souche a une valeur en tant que telle. Et de ne plus se préoccuper de qui va rembourser la dette, mais de se focaliser sur la valeur indiquée et de l'utilise directement comme moyen de paiement.

Ceci est fondamental à comprendre pour comprendre les billets de banque et le système bancaire.

Ainsi il existe des tricheurs, (le roi en premier !) qui créent des fausses reconnaissances de dette sur des bâtons de comptage et mettent sur le marché des souches qui ne correspondent à rien. On échange les souches. Ce qui en anglais se dit "stock exchange". C'est ainsi que l'on appelle la bourse.

Avec un système de bâton de comptage, il n'est pas nécessaire de "créer de la monnaie". La "masse monétaire" fluctue au fil des créations de reconnaissances de dette et de leur destruction. (on brûle le bâton dans son fourneau ce qui a pour avantage de nous chauffer. C'est probablement pour ça que les bâtons de comptage sont très peu connus, c'est qu'ils ont souvent fini brûlés, ne laissant aucune trace archéologique)

La "masse monétaire" correspond toujours à la somme de biens et services achetés. Ainsi il n'y a pas de risque d'inflation monétaire.
.... sauf si des gens trichent en créant de faux bâtons. De part ce fait ils s'octroient un droit de consommation de biens et services de la communauté sans avoir eux-mêmes contribué.

baton de comptage tallystick

Une des questions qui revient régulièrement quand je parle de bâton de comptage, c'est "Comment on soldait les comptes ?"

La réponse simple que j'avais un temps, c'est d'utiliser des pièces de monnaie. Mais ensuite j'ai découvert que ce n'était qu'une possibilité, pas forcément la plus utilisée.

La réponse se trouve dans les foires commerciales. Actuellement on associe volontiers une foire à une "place de marché". Mais c'est un peu différent.

Au Moyen Âge, il y avait tout un système de grandes foires, Comme celle de St Giles à Winchester. ou les foires de Champagne. C'était le lieu de rassemblement de tous les marchands d'Europe. Il était courant de faire crédit jusqu'à la prochaine foire.

Les foires étaient l'occasion de solder les comptes. Ces rassemblements de marchands était propices à solder ses comptes en payant en nature de toutes sortes et avoir la diversité sur place pour arriver à combler ses besoins. On observe tout à fait ce genre d'échange dans le Jeu de la Monnaie.

Foire de champagne au 13ème siècle
Foire de Champagne au XIIIème siècle

Lors de ces foires, dès le XIIème siècle, les services financiers ce sont développés. Les marchands utilisent de plus en plus la lettre de change pour effectuer les paiements.

Cet outil de crédit permet à une personne de voyager uniquement avec une lettre et de se faire payer dans une banque plus près de chez elle.

C'est un outil que les Templiers étendront jusqu'au Moyen-Orient. D'ailleurs c'est probablement de là qu'il vient. Le monde musulman pratiquant abondamment le paiement par chèque à cette période.

Naissance des bons du trésor et obligations

C'est vers 1200 à Venise qu'un nouvel instrument est créé pour financer les guerres. Vu qu'au fil du temps, le seul pouvoir de seigneuriage du seigneur ne suffit plus à financer ses dépenses, il faut innover: On va prendre un impôt en avance !

La population a "l'obligation" (d'où le nom !) de souscrire à une dette publique. En échange, elle reçoit un papier valeur qui lui promet un intérêt. (mais aucune date d'échéance n'est spécifiée)

Cette manière de procéder met directement une pression sur la nécessité de résultats de l'entreprise qui est ainsi financée.

C'est un changement de paradigme. C'est un pari sur le futur. Je reçois mon financement tout de suite et je paie plus tard.

panorama de venise

Ceci aura de lourde conséquence sur le monde. C'est probablement le moteur de la colonisation du monde par une poignée de pays européens. On y reviendra plus tard.

Il est à noter qu'à cette époque l'interdit religieux sur les intérêts est encore très fort. C'est dans les cités États autonomes comme Venise que les mœurs sont les plus libérales.

En 1524, Luther qui vient d'amorcer la réforme de l'église catholique déclare que prendre un intérêt jusqu'à 5% n'est pas de l'usure. Le juriste réformateur Calvin officialisera cette idée en 1545. Les protestants vont donc rapidement se mettre à la finance.

Le frère dominicain et économiste Tomás de Mercado nous dit que depuis 1570 on trouve une bourse aux bons d'État à Medina del Campo en Espagne. Le financement par le crédit et donc l'endettement (car on ne peut pas gagner à tous les coups !) est répandu dans toute l'Europe.

La dette comme moteur de colonisation du monde

Depuis toujours la dette est un moyen de pression énorme. Il est courant que cet outil mène à l'esclavage. Mais pourquoi l'obligation morale de rembourser une dette est-elle souvent plus forte que toutes les conséquences morales que va entrainer ce remboursement ? (esclavage, génocide, destruction écologique, etc...)

C'est pour tenter de répondre à cette question que David Graeber a écrit son livre "Dette 5000 ans d'histoire".

dette-5000-ans-dhistoire-graeber

Voici ce qu'il observe:

La dette commence par un contrat de crédit. Quelqu'un reçoit tout de suite et promet de rembourser plus tard. Pour qu'un tel contrat puisse être valable. Il faut qu'il paraisse équitable. Il doit y avoir un équilibre et le contrat doit paraitre plausible. Les deux parties doivent être libres de contracter et sur un pied d'égalité.

Une fois cette base acquise. La personne qui échoue à remplir le contrat a failli. Il y a un déséquilibre qui se crée et elle se retrouve dans l'obligation morale de rétablir l'équilibre. C'est cette force de vouloir rétablir l'équilibre qui semble être très fortement ancrée dans la psychologique humaine.

Or, si l'on observe de nombreux cas d'endettement, il se trouve que le contrat était frauduleux à la base. Très souvent il s'agit d'une manipulation. La principale est à mon avis l'incapacité de notre cerveau à comprendre les relations de cause à effet autres que linéaires. Si les gens savaient mieux compter, si par exemple ils avaient une meilleure compréhension intuitive des exponentielles. La plupart des contrats de crédit ne se feraient pas !

J'observe clairement ceci dans le Jeu de la Monnaie. La plupart des gens qui finissent en prison pour cause de non remboursement du crédit me disent que s'ils avaient vraiment compris ce qu'impliquait les termes du crédit ils n'auraient jamais pris de crédit.

croissance
3 types de croissance: en vert linéaire, en bleu quadratique, en rouge exponentielle

Petit exemple. Un crédit à intérêt composé à 3% d'intérêt, au bout de 24 ans, ça revient à dire qu'il faut rembourser le double de ce qu'on a reçu !
(Si aucun remboursement n'est fait en cours de route)

Le fait d'exprimer en pourcents les taux d'intérêt est une manière de cacher un déséquilibre. Ainsi la dette est très souvent frauduleuse dès le début.

C'est pareil pour la croissance du PIB qui n'est pas linéaire. Encore un pourcentage qui nous cache la vérité !

Donc sur cette base, on observe que dès le milieu du Moyen Âge, le crédit se répand et devient "monnaie courante" à la Renaissance.

Déjà en 1202 la Quatrième croisade part mal. Elle est déjà endettée avant de partir envers les Vénitiens qui assurent le transport en bateau des croisés. Le doge refuse de laisser les bateaux partir tant que le paiement n'est pas fait. Mais un arrangement est trouvé, le paiement de la dette est différé (donc la dette n'est même pas annulée) si les croisés vont reconquérir le port de Zara en Dalmatie pour le compte des Vénitiens. Ce qui est fait et a pour conséquence que le pape excommunie les croisées qui sont justement venus en croisade sur l'appel du pape !

L'obligation de remboursement est probablement aussi un des facteurs qui a fait que la croisade a été détournée de son but pour aller assiéger et conquérir la ville de Constantinople.

Prise de Constantinople par la 4ème croisade

Autre histoire pour illustrer le pouvoir de la dette. C'est la conquête et la destruction de l'empire aztèque par le conquistador Hernán Cortés. On apprend par les mémoires d'un autre conquistador (Bernal Díaz del Castillo) que Cortés était un joueur flambeur souvent endetté et dont la motivation était l'or et l'argent (probablement pour payer ses créanciers). Il a toujours été limite avec les règles de l'ordre établi en prenant des risques et en partant dans une fuite en avant permanente sans retour en arrière.

L'expédition pour le Yucatan depuis Cuba n'était pas autorisée, il l'a avancée de peur de se faire interdire l'expédition, une fois sur place, Cortès a fait saboter les bateaux pour forcer les soldats à continuer. Ces derniers ont été endettés pour payer leurs armes et matériel de rechange. Ainsi, après le partage de l'or du trésor impérial l'essentiel des soldats étaient toujours endettés. Ce qui les a forcés à rester sous les ordres de Cortés dans l'espoir de se refaire.

Cortès a aussi utilisé une technique de manipulation connue pour obtenir de la main-d’œuvre dans les mines d'or et d'argent.

Un impôt a été imposé aux Aztèques survivants (de la variole et du massacre de la ville). Evidemment l'impôt était conçu pour que tout le monde ne puisse pas le payer et un prêt a été proposé à ceux qui ne pouvaient pas payer en échange du travail dans les mines d'or et d'argent.

Le contrat parait équitable non ?

C'est ainsi qu'a débuté la colonisation du continent américain par les Espagnols, ainsi qu'un génocide et mise en esclavage du peuple qui vivait sur ce continent.

Cortés une fois rentré en Espagne était toujours aussi endetté.

navire de la compagnie néerlandaise des indes orientales
Navire de la compagnie néerlandaises des Indes orientales

Après la colonisation des Amériques (les Indes comme le pensaient les gens de l'époque), ce modèle est appliqué au monde entier.

Dans toute l'Europe de nombreuses "Compagnies des Indes" sont créées pour aller exploiter les richesses des colonies.

La plus importante est la Compagnie néerlandaises des Indes orientales fondée en 1602 et financée par des actions et des obligations.

C'est toujours le même principe de recevoir de la "monnaie" tout de suite et de payer plus tard tout en subissant la pression du devoir de résultat qui est utilisé.

action de la compagnie néerlandaise de indes orientales
Bon de la compagnie néerlandaise des Indes orientales, garantissant 6¼% d'intérêt annuel.

L'ère des banques centrales

Comme nous venons de le voir plus haut, les Pays-Bas sont la grande puissance commerciale du XVII ème siècle. Ceci en bonne partie grâce à la vision du monde protestante qui développe la finance. En effet, les Hollandais sont fortement protestants et lors de la révocation de l'édit de Nantes, ils vont accueillir beaucoup de réfugiés français.

Les services bancaires vont se développer. La banque d'Amsterdam est créée en 1609. C'est une des premières banques de dépôts et elle propose de faire des paiements par virement entre les comptes des clients de la banque.

Une loi est même adoptée pour obliger tout paiement de plus de 600 florins à se faire via des virements dans la banque d'Amsterdam. Ainsi c'est le succès assuré pour cette banque. On peut dire que c'est une banque d'État.

La banque d'Amsterdam est créée avec l'accord et la garantie de l'État de Hollande. Les banquiers ont un status de fonctionnaire de la ville et sous l'autorité des édiles de la ville.

La banque d'Amsterdam va inspirer d'autres banques, comme la banque de Stockholm qui sera la première à utiliser des billets de banques, et la banque d'Angleterre.

Le principe d'une banque centrale est toujours un hybride entre le droit privé et le droit public. C'est une alliance entre l'État et des marchands.

banque de france

Si l'on se souvient bien une des conséquences de la création de la monnaie métallique de type jeton de valeur, imposé par l'impôt, c'est la création de l'économie de marché. Ceci favorise énormément les marchands d'armes et de fournitures militaires. Tous les progrès de la science tournent également autour de cette motivation militaire.

Au début, ce sont les seigneurs qui profitent de leur pouvoir de seigneuriage pour renforcer leur armée et faire grandir leur empire. Mais on l'a vu ci-dessus, le pouvoir de seigneuriage a ses limites. Limite que le crédit n'a pas !

Les marchands d'armes sont également assez futés pour financer les deux camps d'un conflit. Donc ils ne perdent jamais !

Les seigneurs s'endettent et les marchands d'armes s'enrichissent. A tel point qu'au bout d'un moment les marchands vont vouloir leur part du gâteau du pouvoir.
(Selon la suite logique de vouloir le pouvoir une fois qu'on a déjà la richesse.)

L'exemple de la création de la Banque d'Angleterre en 1694 est emblématique. C'est le Roi d'Angleterre William III (qui est Hollandais !) qui autorise la création de cette banque centrale.

Le principe est simple. Le roi est endetté, il y a un groupe de 40 marchands qui vont lui prêter 1,25 million de livres sterling. Il pourra ainsi prolonger sa guerre contre la France que le parlement anglais refuse de financer.

La reconnaissance de dette est enregistrée en partie sur des bâtons de comptage.
Le roi n'a pas ni l'envie ni les moyens de rembourser la dette.

Les marchands proposent de titriser cette dette, ainsi des billets de banques vont pouvoir circuler. On augmente la masse monétaire à partir d'une dette.

Le billet de banque n'est qu'un petit morceau de la grosse dette du roi. Ainsi tout possesseur d'un billet peut demander au roi de lui payer ce qui est inscrit sur le billet. (de l'or théoriquement) Un billet de banque est un chèque au porteur. Il y a encore des pays où c'est écrit sur les billets. (En Inde notamment, le gouverneur de la banque centrale s'engage à donner des roupie en échange du billet. Mais que sont les roupies à part une unité de compte ?)

Cependant cette dette est enregistrée sur un bâton de comptage et le roi n'a pas les moyens de payer si quelqu'un vient avec un billet !

Chose assez paradoxale à priori, ce sont les marchands qui vont proposer de payer la contrepartie en or que représentent les billets. Ceci en échange du monopole d'émission des billets de banque.

C'est ainsi qu'au fil du temps, par étape successives étalées sur un siècle, la banque d'Angleterre se crée.

Le principe d'une banque centrale, c'est de "rendre liquide une dette". Ainsi une banque centrale a toujours besoin d'acheter des titres, des dettes, généralement des bons d'État, pour créer de la monnaie. Elle va mettre en circulation la nouvelle monnaie en payant avec elle la dette achetée.

Les systèmes d’étalons métalliques

Depuis le Moyen Âge un courant d’idées prône que la valeur de la monnaie réside dans le contenu métallique (essentiellement de l’argent) des espèces monétaires.

Au 17ème siècle John Locke reprend cette idée en y mêlant les conceptions libérales naissantes sur le droit naturel de la propriété. Pour lui, la valeur de la monnaie fait partie du contrat à la base de la société. Si l’État y touche et dévalue la monnaie, il rompt ce contrat. Ces idées progressivement mises en place dans le système monétaire anglais au XVIIIe siècle seront à la base des systèmes d’étalons métalliques.

Il y a une idée fortement ancrée dans les livres d'économie qui indique que c'est grâce à l’immense masse de métal précieux venue d’Amérique, qu'il est devenu possible d’envisager un système monétaire où la valeur de la monnaie est basée sur un poids de métal précieux.

Cependant, on a maintenant de nombreuses preuves que l'argent physique issu des mines d'argent du continent américain (notamment à Potosi en Bolivie) ne venait pas en Europe, ou repartait tout de suite en Chine.

La Chine est devenue le plus grand consommateur d'argent depuis le milieu du 16ème siècle la dynastie Ming, après avoir supprimé le papier monnaie de la dynastie précédente, a imposé progressivement l'utilisation de l'argent pour le paiement des impôts. Notamment sous forme de scyee, des lingots d'argent normalisés utilisés jusqu'en 1933, date du passage aux pièces de monnaie en argent.

Pour suivre le rythme de son expansion économique, l'empire chinois a été obligé d'importer de l'argent du monde entier.

Cependant, on a quand même vu en Europe une augmentation de la quantité d'argent. Il s'agit principalement d'argent issus des mines de Bohème découverte vers 1290. C'est de là, au village de Sankt-Joachimsthal que seront frappé les "Thaler" qui deviendrons les "Dollars" une fois de l'autre côté de l'atlantique.

Il faut aussi se méfier des différentes comptabilité d'argent physique que l'on trouve, car parfois c'est de l'argent papier. C'est une titrisation faite à Séville sur les cargaisons des navires en provenance d'Amérique, mais qui repartaient directement en Chine tout en étant prêté au roi!
C'est le moine dominicain et économiste Tomás de Mercado qui nous rapporte ceci. C'est une des pistes d'explication de l'inflation européenne entre 1500 et 1650, connue sous le nom de "Révolution des prix"

Le principe de l'étalon métallique est justement d'éviter que les États ne jouent avec la monnaie. Le mécanisme de l'étalon métallique revient souvent en force juste après une crise de confiance dans une forme "reconnaissance de dette".

Dans un tel mécanisme, l’État ne peut créer de manière illimitée de la monnaie, il est contraint par les réserves de métal précieux disponibles.

lingot d'or BCN

Les possédants sont protégés d’une fonte de la valeur de leur avoir et de leurs rentes. Il y a dans ce système une tendance à la raréfaction de la monnaie circulante.

L'étalon métallique est adopté progressivement par d’autres pays européens. La France crée en 1803 le « franc germinal », valant cinq grammes d’argent.

Avec le développement des échanges internationaux au XIXe siècle, un autre avantage se révèle. Les devises nationales faites de papier monnaie ne valent qu’à l’intérieur du territoire national et n’ont aucune raison d’être acceptées à leur valeur à l’étranger. Par contre, tous les pays acceptent les métaux précieux en paiement. De la sorte, des monnaie nationales dont l’unité de compte est basée sur un poids d’or peuvent plus facilement commercer entre eux, pourvu que l’on soit assuré que chacune verra sa convertibilité garantie par l’État.

C’est la naissance de l’étalon-or international. On assiste à une première organisation des échanges internationaux avec une parité fixe des devises.

Mais à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, cette organisation montre aussi ses limites. Les États sont sous la dépendance des producteurs de métaux pour leur émission monétaire ; la spéculation se développe, liée aux différences de prix entre le cours boursier du métal et son cours légal ; les pays les plus faibles économiquement ne sont pas capables de maintenir leurs réserves ; les gouvernements poussent à la création de crédits supplémentaires, et en cas de crises sévères telles que les guerres chacun revient à une monnaie de papier.

Les différentes ruées vers l'or en Californie et en Australie dérégulent également la proportion entre l'or et l'argent des systèmes à étalons bi-métallique.

Progressivement, le lien avec l’or devient plus fictif à mesure que se développe l’émission de monnaie fiduciaire et scripturale par les banques commerciales et le système sera abandonné dans les années 1930.

Avec les crypto-monnaies, on voit réapparaitre une forme d'étalon métallique. Il y a une analogie qui est faite entre les jetons enregistrés dans les blockchains des crypto-monnaies, et les métaux précieux. Notamment par le le fait que l'on parle de "minage" (mining) de cryptomonnaie, soit une référence directe au fait d'aller extraire de l'or ou de l'argent d'une mine.

Pour le Bictoin, la première des crypto-monnaies, il y a un total de 21 millions de jetons qui est prévu à l'avance par l'algorithme et qui s'obtient en récompense de vérifier l'intégrité du réseau et en ajoutant les nouveaux blocs à la "blockchain". (c'est ceci que l'on nomme le "mining")

On retrouve ainsi une monnaie qui est limitée dans son nombre d'unité. C'est peut être une émanation de la tendance à la perte de confiance dans un système monétaire basé sur les reconnaissance de dette. On observe très souvent dans l'histoire ce mouvement de balancier. Pour rappel, le Bitcoin est sorti de nulle part juste après la crise financière et bancaire de 2008.

L'ère des banques commerciales

L'impôt obligeant toujours les gens à se battre pour "gagner leur vie" en obtenant des moyens de paiement reconnus pour payer l'impôt, la marchandisation du monde continue à s'étendre.

Le meilleur moyen de gagner de l'argent, c'est de rendre payant ce qui était gratuit, de favoriser l'approche commerciale plutôt que le don.

La science fait évoluer la technique et la technique rend plus efficace les méthodes de captation d'argent. Cependant les nouvelles techniques nécessitent souvent un nouvel écosystème qui se rend indispensable.

La révolution industrielle faite de grandes promesses de révolutions techniques. Notamment le chemin de fer et la marine à vapeur, puis plus tard l'électrification.

La construction d'un chemin de fer nécessite d'énormes ressources, il faut créer un réseau de chemin de fer, mais avant il faut extraire du fer et le transformer en acier dans des aciéries.

Comment va être payée cette infrastructure ?

C'est là qu'on observe de nombreuses banques commerciales qui se créent pour financer les compagnies des chemins de fer par le crédit bancaire. C'est toujours la logique du "Je reçois de la monnaie tout de suite et je paye plus tard". Ainsi la vision du monde qui va avec doit nécessairement voir le futur comme meilleur que le présent et le passé.

L'exemple le plus emblématique de création d'un nouvel écosystème industriel est le cas de la création du Crédit Suisse par Alfred Escher en 1856 afin de financer le développement des chemins de fer Suisse, au nord-est et au Gothard.

Alfred Escher avait de la suite dans les idées. Une fois qu'il avait le financement, il faut des ingénieurs pour réaliser la construction du réseau ferroviaire. Il a donc également créé l’Ecole Polytechnique Fédérale.

Transports, banques, assurances et hautes écoles. Alfred Escher y est pour beaucoup dans l'identité Suisse.

banque montreux

En Allemagne on voit la création de la Deutsche Bank en 1870, afin d’aider le développement international d’entreprises industrielles, notamment Siemens. L’un des fondateurs de la Deutsche Bank était Georg Siemens un petit cousin du fondateur de l’entreprise électrique Siemens.

Aux USA, en 1871 Le célèbre banquier JP Morgan a créé sa banque. Il sera également très actif dans le développement industriel, acier, électricité, chemin de fer et compagnie maritime (il sera ainsi indirectement le propriétaire du Titanic !)

Ainsi la banque commerciale est très liée aux activités industrielles. La grosse industrie, notamment pétrolière, ne peut pas fonctionner sans crédit bancaire permanent.

Il est également intéressant de voir que le banquier crée le futur. Si le banquier vous est favorable votre projet est financé. Si votre banquier trouve votre projet pas rentable. Il ne sera pas financé.

Ainsi il vaut mieux être en bon terme avec son banquier pour se lancer dans l'industrie. Ce n'est peut-être pas pour rien que de grosses entreprises créent leurs propres banques. (General Electric par exemple....)

C'est l'assurance de ne pas se faire refuser un crédit.

credit bancaire facile

Une monnaie pour être souverain

Si l'on fait le bilan de 5000 ans d'histoire, on observe que les "monnaies" des Sumériens et des Égyptiens étaient créées par une large part de la population. Toute personne en mesure de cultiver un champ de céréales crée de la "monnaie".

Au fil du temps, on a vu que la création monétaire a été confiée à une élite. C'était clairement le but de l'invention de la monnaie métallique de type jeton de valeur + impôt. La monnaie est l'instrument pour qu'une élite vive sur le dos des autres.
(Bon, à Sumer c'était pas très différent, mais ce sont les classes sociales qui séparaient les gens pas le système économique.)

Avec les grains de céréales, la masse monétaire est en lien avec la nature et le travail humain.

Avec la monnaie métallique, la masse monétaire est ajustée pour faire travailler les gens au service d'un seigneur. La masse monétaire dépend de la quantité de métaux disponibles. Il y a une limite.

Le crédit fait totalement sauter la limite et donc le lien avec une certaine réalité naturelle. Cette absence de limite est géniale pour celui qui profite de la monnaie qu'il reçoit immédiatement. Mais quand cette absence de limite se transforme en esclavage c'est moins drôle. Ça veut dire qu'il n'y a aucune limite au remboursement d'une dette exponentielle !

On en arrive à être totalement prisonnier d'une dette.
On en arrive parfois à avoir tout ce qu'il faut, des ressources matérielles et des humains pour accomplir un travail, mais pas les chiffres nécessaires pour payer ce travail.

Donc pourquoi le chômage existe si la seule chose qui manque c'est des chiffres ?
C'est la chose la plus simple à créer !

C'est selon ce constat que plusieurs systèmes sont apparus au cours de l'histoire pour qu'une communauté puisse reprendre sa destinée en main.

Expérience de Wörgl

L'expérience la plus connue est certainement celle de Wörgl en Autriche en 1932. En plein crise des années 1930, le chômage était très élevé et pourtant la ville avait plein de travaux à faire et plein de gens ayant du temps.

C'est là que le Burgmestre de Wörgl, inspiré par la théorie de Silvio Gesell décida de mettre en place une monnaie locale. Le terme de monnaie étant prohibé par la loi c'est le terme de "certificat de travail" qui a été utilisé.

Cette monnaie avait la particularité d'être fondante. Il fallait payer un timbre en monnaie officielle pour que le billet en monnaie locale soit valable. Cette particularité a accéléré la circulation de la monnaie.

monnaie fondante de wörgl
Monnaie locale fondante de Wörgl avec les timbres à payer pour prolonger la validité du billet

La mise en place de cette monnaie locale a permis de faire baisser de 25% le chômage local, alors que dans la même période il a augmenté de 20% dans le reste de l'Autriche.

Le système a tellement bien fonctionné qu'il a été interdit !

On ne remet pas si facilement en cause le pouvoir de celui qui émet la monnaie !

Ceci fait totalement écho avec les MLC, les Monnaies Locales Complémentaires. Dont on voit un grand essor dans les années 2010, surtout suite au film "Demain".

L'énorme avantage d'une Monnaie Locale Complémentaire "nantie". C'est le fait de pouvoir doubler la masse monétaire. En recevant un billet de monnaie officielle, on peut garantir un billet de monnaie complémentaire. On a ainsi deux billets.

Ce principe a été utilisé par la Banco Palmas au Brésil pour dynamiser l'économie d'un quartier pauvre. Cette monnaie locale a par exemple permis la construction d'une école. Un fond a été collecté en monnaie officielle pour créer l'école. Cette monnaie a été utilisée pour garantir son équivalent en monnaie locale. L'essentiel de la construction a pu être fait en monnaie locale. Seul 30% du fond de base en monnaie officielle a dû être utilisé pour payer ce que la communauté locale n'arrivait pas à fournir. Ainsi on observe qu'une monnaie locale peut créer un bon effet de levier.

Cependant, vu le succès grandissant des Monnaies Locales Complémentaires. La France s'est dotée en 2014 d'une loi sur les Monnaies Locales Complémentaires qui interdit de toucher au fond de garantie qui doit rester sur un compte en banque. Ainsi on bride une des fonctions les plus intéressante de monnaies locale complémentaire et on permet aux banques commerciales d'augmenter leur potentiel de crédit. Ce qui généralement va à l'encontre des chartes des MLC.

Encore une fois, il est dur de s'émanciper de celui qui crée la monnaie.

farinet
Billet de la défunte Monnaie Locale Complémentaire valaisanne le "Farinet" du nom du célèbre faux monnayeur du 19ème siècle.

Du Colonials scrips au Continental Dollar

Voici un autre exemple de communautés qui ont créé leur propre monnaie. Il s'agit des colonies anglaises des USA avant les USA. Ces colonies utilisaient des "colonial scrips". Chaque État utilisait une monnaie différente.

Dans les colonies lointaines, les pièces des monnaies métalliques étaient rares. C'est pour cette raison que l'État du Massachusetts a été le premier à émettre du papier monnaie. Une lettre de change adossée sur la dette publique et gagée sur la terre.

Ainsi le gouvernement pouvait couvrir ses frais directement en créant de la monnaie. Puis par l'impôt le surplus de monnaie est détruit. C'est le principe du "chartalisme".

Les différents États géraient plus ou moins bien leur monnaie. Les États du sud plus souvent en guerre ont subi une plus forte inflation. La Pennsylvanie semble avoir été l'état qui a le mieux géré sa monnaie en oubliant pas de la détruire régulièrement. Sur 50 ans le cours du "Pennsylvania Pound" est resté stable en regard du cours de l'or.

colonial scrips benjamin franklin
Colonial scrips de Pennsylvanie imprimé par Benjamin Franklin en 1764

Le 19 avril 1764 le parlement anglais vote le currency Act, une loi interdisant aux 13 colonies de créer de la monnaie. C'est un des facteurs qui a mené à la guerre d'indépendance des USA.

Cette guerre a été financée par une autre monnaie créée pour l'occasion en 1775 par les "Colonies Unies", il s'agit du "Continental dollar".

Cette monnaie a été massivement imprimée pour financer la guerre, et de fait elle subit une forte inflation durant ces 6 années d'existence. Mais néanmoins on peut se poser la question de l'issue de cette guerre sans avoir eu ce financement ?
(La France a également beaucoup financé la révolution américaine, ce n'est pas uniquement le continental dollars qui a suffi)

continental dollar benjamin franklin
Continental dollar dessiné par Benjamin Franklin

Assignats de la révolution Française

Quelques années plus tard, en 1790 en France on retrouve un même type de monnaie papier créée pour financer une révolution. Il s'agit des "assignats".

L'Etat français a besoin de liquidité. Il confisque les biens de l'église par assignation (d'où le nom des assignats) et veut les vendre. Mais le processus prend du temps. Pour avoir des liquidités, l'idée est de vendre des titres qui représentent cette vente future.

Les comités révolutionnaires impriment des assignats, et pris au jeu de cette monnaie gratuite, en imprime beaucoup et négligent souvent de les détruire comme il était prévu.

De plus, les ennemis de la révolution impriment aussi des faux assignats afin de faire effondrer le système. Il y a un atelier très efficace à Londres.

assignats de la révolution française 25 sols
Assignats de 25 sols

Ce système a duré également 6 ans, tout comme le Continental dollar. Là aussi on peut se questionner sur le bilan. Cette monnaie n'a pas été durable, mais en temps de révolution c'est un outil très utile pour changer un système en place.

L'observation que l'on peut faire sur ces monnaies fiduciaires d'État. C'est que la gouvernance de cette monnaie est un point critique. Un gouvernement qui imprime trop de monnaie et/oui qui néglige de la détruire va rapidement faire effondrer sa monnaie.

La monnaie fondante de Wörgl ne semble pas avoir subi de problème d'inflation monétaire. Peut être grâce à son caractère fondant qui "détruit" une monnaie qui n'est plus nécessaire. Ce n'est pas avéré, mais c'est une piste intéressante.

Crédit mutuel

Le système bancaire majoritaire de nos jours crée de la monnaie par le crédit bancaire. Il s'agit d'une personne qui va présenter un projet à son banquier. Si ce dernier trouve que le projet est rentable et intéressant pour lui, il crée la monnaie en échange du remboursement avec intérêt en plus.

Il se trouve que l'accès au système bancaire n'est pas égal pour tout le monde. Comme le dit l'adage. "On ne prête qu'aux riches". Plus on est proche du robinet, plus l'accès aux liquidités est facile.

Ainsi à contrario, plus on est loin des banques moins il y a de monnaie. Ce n'est pas pour rien que les villes de Genève et Zurich sont les plus chères du monde. Ce sont des places financières internationales avec une grande densité de banque.

Donc comment créer des chiffres quand on est loin d'une banque ?

Raiffeisen

Friedrich Wilhelm Raiffeisen crée en 1849 la "Société de secours aux agriculteurs impécunieux de Flammersfeld" afin de renforcer la coopération financière dans les communautés rurales. Il crée une forme de banque coopérative locale au beau milieu des campagnes, là où les grandes banques commerciales liées à l'industrie (comme on l'a vu ci-dessus) ne sont pas.

Le mouvement de coopératives bancaires "Raiffeisen" va se propager en Allemagne, Autriche, Suisse (vers 1900) et en France sous le nom de "crédit Mutuel" ou "crédit agricole". (un nom à consonance Allemande ne passant pas bien après la guerre de 1870...)

Le but est principalement de faciliter l'accès au crédit pour les agriculteurs et ainsi éviter d'avoir recours à des usuriers. Ceci est possible grâce à la mutualisation. Au lieu d'avoir un seul banquier qui assume les risques de crédit, avec le "crédit mutuel" c'est toute une communauté qui assume les risques. Chacun est ainsi autant créditeur que débiteur.

La banque du peuple

Également en 1848-1849, Pierre Joseph Proudhon lance son idée de Banque du peuple. Le but étant de réaliser une véritable démocratie économique grâce au crédit mutuel et gratuit grâce à une suppression progressive du taux d'intérêt, ainsi qu'un découplage d'avec l'or.

Le lancement de la banque va échouer malgré un grand intérêt populaire. Ceci à cause du manque de fonds propres nécessaires pour remplir les obligations légales. La raison est due à plusieurs amendes qui grèvent les actifs du journal "le Peuple" qui devaient servir de fonds propres.

La banque WIR

En 1934, la Banque WIR est créée en Suisse, inspiré par les théories de Silvio Gesell. Le "Franc WIR" est une monnaie utilisable dans un réseau de ~60 000 entreprises. Le Franc WIR n'est pas convertible en Franc Suisse. C'est un crédit mutuel.

Depuis 1948, le WIR n'est plus une monnaie fondante, et depuis 1952 le modèle de "monnaie franche" (aussi appelée "économie libre") de Silvio Gesell a été abandonné, ouvrant la porte au crédit avec intérêt.

Les SEL

Les Systèmes d'Echange Locaux sont souvent organisés comme un crédit mutuel basé sur une unité de temps. (bien que certains SEL ont des unités de mesures non liées au temps)

Chaque personne qui "rend un service" à une autre personne comptabilise sont temps et ainsi obtient le droit d'avoir le même temps à disposition pour un autre service offert par quelqu'un de la communauté.

Ce système est un véritable système économique parallèle et en cela il dérange aussi.

En 1996, un procès se déroule contre 3 personnes du SEL d'Ariège pour avoir fait du "travail clandestin, hors taxe". Les SEL sont tolérés par l'administration fiscale tant que l'échange reste de l'ordre du "coup de main". Si l'échange est régulier il est soumis à l'impôt.

Les SEL sont donc condamnés à rester marginaux.

Puissance du crédit mutuel

L'idée de mutualiser les ressources d'une communauté pour se créer une chambre de compensation commune est très puissante. Le principe des reconnaissances de dettes entre individus se retrouve déjà sur les bâtons de comptage et même les tablettes d'argile. Mais ce sont à chaque fois des dettes entre un binôme d'individus.

Mutualiser toutes ces reconnaissances de dettes dans un même système économique commun permet de faciliter les échanges.

L'avantage du crédit mutuel c'est qu'il n'y a pas d'inflation monétaire possible. Vu que "la masse monétaire" est créée lors d'une transaction réelle et pas en amont déconnecté de la réalité.

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La somme des comptes d'un crédit mutuel est toujours nulle.

Un des gros avantages du crédit mutuel est la facilité d'accès au crédit. C'est en général la raison principale de la création de ce genre de système. Il y a néanmoins un risque pour la communauté. Ainsi de nombreuses communautés ont mis en place une limite de consommation à crédit. C'est surtout le cas quand il n'y a pas d'intérêt sur le crédit comme dans les SEL.

Dans les systèmes Raiffeisen et WIR un intérêt existe sur les crédits. C'est en général une manière de rémunérer la gestion du système.

Le système Raiffeisen actuel (et assimilé comme Crédit Mutuel et Crédit Agricole) n'est plus à considéré comme un crédit mutuel. Ce sont maintenant des banques commerciales comme d'autres. Il n'y a plus de réelle différence. La principale étant la forme juridique de la société, une coopérative. Ceci est principalement dû à deux facteurs:

  • la convertibilité de la monnaie de la communauté dans toute autre forme de moyen de paiement. (ainsi on met en concurrence les substituts monétaires issus d'une coopérative avec ceux issus du crédit bancaire )
  • les taux d'intérêt bancaires qui sont devenus tellement bas, voir négatif que l'avantage de la mutualisation ne se voit plus.

Les cryptomonnaies

En 2009, le monde encore sous le choc de la crise bancaire et financière de 2008 découvre le Bitcoin, la première crypto-monnaie basée sur une blockchain.

Le Bitcoin ne vaut rien. Ce sont des jetons virtuels générés par un algorithme pour rémunérer les gens qui font "tourner" un nœud qui vérifie le réseau de transactions.

Des geeks essaient de dépenser leur Bitcoins. En 2010 l'un d'eux achète deux pizzas pour 10 000 bitcoins.

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les deux pizza achetées pour l'équivalent de 100 millions de $ en 2020

Puis en quelques années, des bourses d'échanges sont mise en place pour acheter des Bitcoins contre des dollars (ou autre). Gentiment le Bitcoin prend de la valeur jusqu'à passer les 10 000 $ en 2017.

Dans son code monétaire, le bitcoin n'a absolument rien d'innovant. C'est un jeton de valeur au même titre qu'une pièce métallique.

La masse monétaire est fixée à l'avance et limitée à 21 millions de Bitcoins.

Là où le bitcoin est révolutionnaire c'est dans le fait que sa gouvernance est décentralisée. C'est un réseau de nœuds. Le bitcoin est un protocole. Tant que 51% des nœuds qui gèrent le réseau ont intérêt à ce que le protocole soit suivi, tout fonctionne. Le ou les concepteurs du bitcoin est toujours inconnu.

Ces facteurs font que le bitcoin est impossible a arrêter. Il n'y a aucune personne ou organisation centrale que l'on peut faire passer devant un tribunal.

On a donc là un véritable contre-pouvoir monétaire aux systèmes dominants.

La sécurité du bitcoin se base sur l'accès à l'énergie. En effet, pour pouvoir ajouter un bloc de transactions à la base de données globale, (et être ainsi rémunéré avec de la création monétaire) il faut être le premier à présenter une "preuve par le travail". Cette preuve consiste à avoir trouvé un "hash", sorte de signature-résumé d'un bloc de données, qui commence par un certain nombre de 0. Ceci ne peut se déduire mathématiquement. Il faut donc réaliser des essais au hasard jusqu'à trouver la bonne solution. On est dans l'ordre de grandeur de 200 milliards d'essais. Ce qui représente une certaine quantité d'énergie et rend le bitcoin pas très écologique.

Comme tous les blocs contenant l'historique des transactions sont chainés depuis l'origine. Celui qui veut tricher et imposer sa version de l'historique doit être capable de tout recalculer depuis le moment où il veut tricher. Ainsi il doit mettre exponentiellement plus d'énergie dans l'opération que ce qui a déjà été mis. Comme avec le bitcoin on est aux limites physiques des vitesses de calcul actuelles. C'est une opération virtuellement impossible et probablement non rentable économiquement. Ainsi la blockchain est sécurisée contre les modifications frauduleuses.

La spéculation qui s'est emparée du bitcoin en fait un outil de mesure très instable. Et de par ce fait, très peu utilisable pour des paiements courants.

Il y a de nombreuses alternatives et variantes du bitcoin qui ont été créées, mais aucune n'a détrôné l'original.

Plus haut nous avons vu que les banques commerciales sont intrinsèquement liées au monde industriel.

Tant que les organisations les plus puissantes du monde étaient des organisations industrielles, les banques étaient fortes. Mais avec la désindustrialisation du monde occidental et la montée en puissance des entreprises liées à l'ère de l'information (les GAFAM), le monde des banques perd de sa puissance.

Il se pourrait bien que, tout comme les marchands ont demandés aux seigneurs féodaux leur part du pouvoir, les GAFAM demandent leur part du pouvoir en créant des alternatives monétaires aux banques commerciales et centrales.

C'est ce que l'on commence à voir avec Facebook qui a lancé son projet de monnaie Libra, basée sur une blockchain de 100 nœuds gérés par des milliardaires et des institutions financières.

Facebook, avec Whatsapp et Instagram dispose d'une base de 5 milliards d'utilisateurs !

L'idée c'est une monnaie basée sur un panier de devise. Ainsi on résout le problème de stabilité de l'unité de compte trop volatile que l'on a dans le bitcoin.

Mais ceci n'est pas encore fait. Les autorités de surveillance des banques (affiliées aux banques elles-mêmes) ne sont pas d'accord et demandent une segmentation de Libra en plusieurs monnaies par continent ! Le monde des banques n'est pas encore mort !

Nécessité d'un système de retour à l'équilibre

Une observation dont on parle peu, mais qui est une constante dans l'Histoire, c'est la remise à zéro du système.

Dans tous les systèmes économiques depuis la nuit des temps. Que ce soit explicitement conçu ou non, il y a TOUJOURS un système de remise à zéro…

Parfois le système de retour à l'équilibre et intégré dans le système et parfois c'est l'effondrement du système qui de facto le ré-initiatilise.

Avec le "don dans une communauté de confiance", quand le temps passe, la mémoire humaine devient floue, automatiquement on oublie et remet à zéro nos reconnaissances de dette mutuelles.

Quand tu n'as pas été boire un verre 🍻 avec tes potes depuis longtemps, tu ne sais plus qui avait payé la dernière tournée et qui ne l'avait pas encore fait.
Il y a retour à l'équilibre naturel dans le fonctionnement humain. Le taux de retour à l'équilibre est cependant différent selon les personnes. Il y a des personnes plus ou moins rancunière, plus ou moins confiante. Celles qui lâche prise et celle qui pensent que "les bons comptes font les bons amis", vraiment ?

Quand on passe dans un système plus formel comme celui de la comptabilité sur tablettes d'argiles sumériennes. Très vite des soucis de dettes et d'esclavage pour dette apparaissent.

Graeber, nous dit que les sumériens trop endettés finissaient pas s'échapper dans le désert et se regrouper en hordes vivant de razzias sur les villes. Quand le problème n'est plus marginal, les souverains sumériens ont du trouver une solution.

Ainsi c'est en –2450 que le Roi sumérien de Lagash, En-metena crée la première annulation de dette connue de l’histoire. Le mot sumérien est "ama.ar.gi" qui signifie littéralement "retour à la mère". C'est un retour à l'état d'origine. Ce mot est souvent traduit par "liberté".

On a encore la trace de cette tradition d'annulation de dette dans la notion de Jubilé biblique qu'on trouve dans le lévitique. Tous les 7x7 ans, toutes les dettes sont annulées et tous les esclaves pour dette rentrent dans leur clan.

La fameuse pierre de rosette qui a permis de déchiffrer les hiéroglyphes égyptiens parle d'une annulation de dettes.

Durant le moyen âge les nombreux changements de systèmes monétaires ont agit comme des systèmes de retour à l'équilibre, de remise à zéro.

Les grandes périodes d'hyperinflation ont souvent servies à remettre à zéro les dettes. C'est le cas de l'hyperinflation de 1923 en Allemagne qui a permet de faire fondre les dettes et repartir à neuf.

En 1948, rebelote en Allemagne la Währungsreform refait un retour à l'équilibre pour passer au Deutsche Mark. En une semaine les Allemands de l'ouest doivent changer leur monnaie. Le taux est de 1:1 pour les 40 premiers reichsmarks, puis de 10:1 pour les suivants.

Au lieu de provoquer un retour à l'équilibre par surprise, on peut l'intégrer le principe dans le code monétaire. Ainsi tout se passe en douceur. Une des techniques existante, c'est de faire fondre la monnaie. Elle perd de la valeur avec le temps qui passe.

La monnaie fondante de Silvio Gesell fonctionne très bien pour faire tourner une économie au quotidien. Mais il n'est pas possible de thésauriser une monnaie. Si une personne conserve de la monnaie son pouvoir d'achat diminue.

Les riches n'ont donc aucun avantage à la monnaie fondante. C'est peut être une des raison de l'interdiction de la monnaie fondante à Wörgl en 1934.

Dans le principe de la "Monnaie libre" selon la Théorie Relative de la Monnaie, implémenté avec la Ğ1, on renverse l'apparence du référentiel de mesure.

Mais de fait la monnaie libre est aussi une monnaie fondante. Le montant du "Dividende Universel" versé régulièrement à tous les co-créateurs de monnaie augmente avec le temps. Ceci a pour effet de faire fondre le pouvoir d'achat de l'ancienne monnaie déjà en circulation. Ainsi on réalise la fonction d'une monnaie fondante, faire tendre le solde de comptes de tout le monde vers un équilibre commun.

Les banques centrales ont de nos jours pour mission principale la stabilité des prix et par conséquent d'éviter l'inflation. C'est une mesure qui profite surtout aux riches.

L'inflation agit comme de la monnaie fondante, la monnaie perd de sa valeur avec le temps. Durant la période de 30 glorieuses, l'inflation était élevée, mais le pouvoir d'achat conservé grâce à l'indexation des salaires sur l'inflation (En France jusqu'en 1983). C'est ainsi que les pays dévastés par la deuxième guerre mondiale se sont reconstruit à faible coût.

Depuis la fin des 30 glorieuses, il existe un indicateur dans les pays de l'OCDE qui s'appelle le NAIRU, c'est le "Taux de Chômage n'accélérant pas l'inflation".

Contrairement au discours courant, les politiques ne visent pas à réduire totalement le chômage, mais plutôt à atteindre le taux du NAIRU. Ceci pour éviter de déclencher l'inflation. C'est donc une politique consciente de conservation de la dette, de la fortune des riches et d'empêchement de l'accès à l'emploi de l'entier de la population.

Dans l'Égypte antique on fonctionnait avec 2 systèmes parallèles, on avait des unités des comptes fixes (métaux, étoffe, céréales et huile) et des moyens de paiement divers. Mais surtout des moyens facile à produire comme le grain de céréale, le pain, la bière….
Ce sont des monnaies fondantes. Le grain ça pourri.

Si l'on sort du monde virtuel de la monnaie et que l'on observe le monde réel on constate que tout ce qui n'est pas vivant à tendance à se dégrader avec le temps. Les maisons tombent en ruine, la nourriture non consommée pourri, les vêtements s'usent, etc....

Sur un plan physique le second principe de la thermodynamique, l'entropie fait que la qualité de l'énergie disponible diminue dans le temps. De l'énergie utile à la base va se dissiper en bruit et chaleur irrécupérable.

Donc si l'on veut faire une équivalence entre la monnaie et les biens et services qu'elle permet de rendre accessible, il est nécessaire de faire fondre la monnaie au même rythme que les biens échangés.

Ainsi forcément vouloir garder une dette sur le long terme ça ne marche pas. C'est la loin de l'entropie qui veut ça.

Tôt au tard l'entropie fera son œuvre et les dettes disparaitrons….

La monnaie comme moyen de corruption

Une fonction de la monnaie dont on ne parle jamais dans les livres d'économie, mais qui pourtant a une influence considérable, c'est la fonction de corruption.

Les expressions Bakchich, pot-de-vin, dessous-de-table, graisser la patte, expriment toutes une manière d'obtenir quelque chose hors des règles par un versement de monnaie.

Ce sont en général les personnes qui sont en charge de faire appliquer des lois et des règlements qui sont le plus visés par la corruption. (policier, juge, fonctionnaire)

Mais très vite c'est tout un système qui se met en place et qui touche les personnes qui font les lois, les politiciens. Là on parle plutôt de lobbies ou de renvoi d'ascenseur vers les financeurs de campagne politique.

Le pouvoir de l'argent se place ainsi très souvent au dessus des lois, ou au dessus de la morale.

On peut se poser la question de la motivation des gens à effectuer des activités et tâches immorales, dangereuses et/ou pénibles.

Si tout le monde avait largement assez d'argent pour assouvir ses désirs, est-ce que la prostitution existerait toujours ?

Est-ce que l'on trouverai des gens pour travailler par 40°C à l'ombre, en plein soleil sur l'autoroute, au milieu des gaz d'échappement à couler du goudron encore plus chaud que l'air ?

Il est indéniable que le pouvoir de seigneuriage s'accompagne également d'un pouvoir de corruption. Le seigneuriage permet déjà à celui qui crée la monnaie de vivre sur le dos des autres en achetant pour un coût quasi nul ce qui est sur le marché.

Cependant disposer d'une grande quantité de monnaie permet également d'acheter ce qui n'est normalement pas sur le marché en raison de règles légales et/ou morales.

Ce pouvoir hors des règles vient souvent du fait de la rareté de la monnaie. Ou du moins de sa répartition très inégale. Une personne qui a beaucoup d'argent est en position de force envers une personne qui est dans le besoin.

C'est ainsi que l'on a vu ci-dessus avec l'indicateur NAIRU, que le taux de chômage est sciemment choisi pour favoriser un chantage au chômage: "Si tu n'acceptes pas mes conditions tu n'auras rien", "Il y en a mille des gens comme toi qui peuvent prendre ta place".

Il est connu que dans certains pays, le salaire des policiers ne permet pas de vivre. Ainsi le bakchich est le moyen qu'ont certains fonctionnaires d'augmenter leur salaire. Les amendes imaginaires pleuvent sur la route parfois.

Le financement des partis politiques est un vrai problème qui fait régulièrement scandale. Les pays qui se sont dotés de législations pour contrôler le financement des partis politiques découvre régulièrement des caisses noires !

Peut être est-il plus simple de ne rien règlementer qu'on ne puisse vraiment contrôler ? C'est la pratique en Suisse. Du coup les grandes banques avouent verser des millions de "subventionnement" aux partis politiques qui vont dans le sens de leur idées !

Que faire pour limiter le pouvoir de corruption de la monnaie ?

Quand une personne n'a pas assez de monnaie pour vivre, elle va plus facilement accepter de contourner les règles ou d'agir à l'encontre de ses valeurs (probablement une des causes majeure de la destruction de l'environnement).

Ainsi assurer à tous de quoi vivre décemment est un moyen qui permet de limiter drastiquement la corruption monétaire. On peut imaginer par exemple que l'instauration d'un Revenu de Base Inconditionnel suffisant pour vivre changerait fondamentalement les conditions d'acceptation d'un emploi et diminuerai probablement la corruption.

Cependant satisfaire des besoins reste accessible, mais satisfaire des désirs, c'est autre chose. Il peut toujours être très tentant pour des personnes ayant de quoi vivre largement de vouloir toujours plus, et donc de se faire corrompre par une grosse somme d'argent.

Si l'on supprime les écarts de richesse, on diminue le risque de corruption.

Ainsi fondamentalement, une meilleure répartition des richesses est une protection contre la corruption.

Une des manière de réaliser cette meilleure répartition des richesses est comme on l'a vu ci-dessus, l'utilisation d'une monnaie fondante. Tous les soldes des comptes ont tendance à fondre (en positif, comme en négatif), ainsi sur le long terme tout le monde tend vers une moyenne commune.

Enseignements de l'Histoire

L'histoire ne sert à rien si elle ne nous enseigne pas, si nous n'apprenons pas de nos erreurs. Donc que peut ont tirer comme enseignements de l'histoire des systèmes économiques ?

  • Les systèmes économiques qui ont duré le plus longtemps sont ceux dont on parle le moins ! (don dans une communauté de confiance, Etat agraire organisé en maisonnée, haut moyen âge)
  • Il est tout à fait possible de séparer l'unité de compte des moyens de paiement.
  • On observe qu'il y a toujours système de retour à l'équilibre, de remise à zéro des dettes qui apparait, qu'il soit intégré dans le système économique ou qu'il arrive à l'effondrement du système.
  • Pour gagner une guerre ou une révolution, créer de la monnaie est une bonne technique à cour terme (~6 ans). (mais pas à long terme)
  • L'adoption d'une monnaie ne se fait pas naturellement. Un type de monnaie est utilisé car il est imposé par l'impôt. On a ainsi une concurrence entre différentes formes de monnaies. Les "substituts monétaires" des banques commerciales sont plus utilisés que les Monnaies Locales Complémentaires car ils sont acceptés pour le paiement des impôts.
  • Si ce n'est pas l'impôt qui impose un moyen de paiement, ça peut aussi être un créancier. C'est lui qui décide si le crédit est remboursé ou non.
  • La dette est un puissant moteur de contrainte. Le débiteur va placer le remboursement de son crédit à la tête de ses priorités. Même si ça va à l'encontre de ses valeurs. (génocide, pillage, mise en esclavage, destruction écologique, etc...) L'explication morale d'acceptation de la dette semble être la tendance humaine à vouloir retrouver une situation d'équilibre dans les relations individuelles entre humains. (être prêt à sacrifier les autres, le monde et la vie en général pour un retour à l'équilibre entre 2 parties.)
  • La monnaie est un outil de corruption. Surtout quand la répartition des richesses est mauvaise (indice de Gini élevé) et que les gens se battent pour avoir de quoi vivre.
  • La "confiance" est le maître mot des systèmes économiques. (son opposé étant la peur) La confiance se déplace, de sa propre confiance en l'avenir, en sa famille, en sa communauté, jusqu'à s'incarner dans une écriture comptable sur tablette d'argile, bâton de comptage, base de données informatique, blockchain, ou dans un objet: lingot d'or, pièces de monnaie, coquillage. La confiance réside parfois dans une institution et ses symboles, l'allégorie d'un État sur une pièce de monnaie, la cravate du banquier d'une banque de confiance.
  • Toute reconnaissance de dette peut se transformer en moyen de paiement. C'est un contrat entre deux parties. Il est très fréquent que l'on ne rembourse jamais les dettes, mais qu'on paie en transférant une reconnaissance de dette. Suivant les personnes et les époques, une reconnaissance de dette a plus de valeur qu'une autre.
  • La centralisation ou la décentralisation de la création de la nouvelle monnaie détermine qui aura le pouvoir dans le système concerné. Un seigneur seul habilité à créer de la monnaie peut vivre de son pouvoir de seigneuriage. A l'opposé dans un crédit mutuel tout le monde détient dès le départ un potentiel de création monétaire.
  • Il est nécessaire de garder un équilibre entre la quantité de signe monétaire en circulation et les biens et services qu'ils représentent (la vraie richesse). La régulation peut se faire naturellement en utilisant comme moyen de paiement des marchandises utiles à tous, qui peuvent potentiellement être créée par tous, mais que personne ne peut créer en quantité infinie. C'est l'exemple du grain de céréale.
    Le crédit mutuel pose une égalité stricte entre les biens et services et les signes monétaires qui les représentes. On ne peu avoir un signe monétaire que lors d'une transaction effective. Il n'y a pas de "monnaie" créé en amont des échanges. Ça c'est le pire moyen de régulation. Surtout si il est centralisé c'est un déséquilibre total des pouvoirs.
    On trouve encore des autres méthodes de régulation comme l'algorithme du bitcoin qui prévoit 21 millions de bitcoin avec une création étalée dans le temps.

Glossaire des mots en lien avec la Monnaie

Pièce de monnaie 1 Batz vaudois 1803
Un Batz vaudois. La monnaie cantonale avant le franc Suisse.

Clarifions la signification des mots

Les mots sont des boutons pour accéder à des idées. Mais parfois le câblage entre le bouton et l'idée change d'une personne à une autre !

Cette confusion est particulièrement vraie dans le domaine de la "monnaie".

Par exemple: un "prêt" n'est pas pareil qu'un "crédit".

Donc avant tout chose, pour éviter de tomber dans des pièges sémantiques voici quelques définitions importantes.

credit bancaire facile
Les banques commerciales octroient des crédits: de la nouvelle monnaie en échange de votre promesse de la rendre + les intérêts.

Qu'est-ce qu'un système économique ?

Le mot "économie" est très souvent utilisé de nos jours. Mais peu de monde en connait l'étymologie:

"éco-nomie" = "règles de la maison, de l'environnement"

Le préfixe "éco" est le même que celui dans éco-logie. Il vient du grec οἶκος, oîkos qui signifie "maison", "maisonnée","environnement".

Le suffixe "-nomie" vient du grec νόμος, nómos qui signifie "la loi", "la règle".

Un système économique est donc un système de "gouvernance", un système de décision.

Dans la Grèce antique, un Oikos est une "maisonnée", un ensemble de biens et d'humains (esclaves compris) rattaché à un lieu d'habitation et de production et dirigé par un chef de famille.

En 362 avant J.-C, l'auteur grec Xénophon publie son livre L’Économique « L'art et la manière de bien gérer un grand domaine agricole » (15 000 hectares)

Un système économique est ce qui permet de faire des choix et donc de créer le futur d'une communauté qui l'utilise.

economie science
L'économie est surtout de la politique, mais depuis Ricardo, on y a mis des mathématiques et les économistes pensent souvent que c'est une sciences exacte alors que c'est une science sociale.

Qu'est-ce que la "Monnaie" ?

Le mot "Monnaie" est souvent celui qui est utilisé dans le langage courant, en premier, sans réfléchir pour évoquer le domaine des "systèmes économiques", avec un mot direct et simple. (ça va nous arriver aussi !)

Cependant quand on connait "L'histoire de la monnaie", on remarque que la monnaie n'est qu'un cas particulier de système économique. Ainsi ne parler que de "monnaie" est déjà un parti pris, une limitation du champ des possibles.

L'origine du mot "monnaie" vient de l'atelier de frappe de monnaie qui a été créé à côté du temple de la déesse Junon Moneta sur la colline du Capitole à Rome en -269 avant. J.-C.

Le mot monnaie est donc intrinsèquement lié à l'idée de "frappe de pièce de monnaie métallique".

colline du capitole rome temple junon moneta
Vue du Forum Romain et de la colline du Capitole. Le temple de Junon Moneta se trouvait là où il y a la basilique Santa-Maria (batiment ocre) que l'on voit haut dessus des pins au dessus de l'arc de triomphe de Scipion, et au dessous du monument blanc dédié à Victor Emmanuel II.

Ainsi pour clarifier, dans ce document nous allons utiliser le mot "monnaie" dans le sens d'un "système de Jeton de valeur". Soit la croyance qu'un chiffre a de la valeur, ceci peu importe son support.

Donc un système de comptabilité mutuelle (comme chez les Sumériens), un bâton de comptage, un SEL, n'est pas une monnaie. (Attention, la souche du bâton de comptage peut vite devenir une "monnaie" si elle se met à circuler...)
Un caillou, une pièce de monnaie métallique, un bitcoin, un gobelet ecocup, est une monnaie.

tablette-argile-contrat-de-vente-Sales_contract_Shuruppak_Louvre_AO3760
Contrat de vente d'une maison et d'un champ en -2600, en pré-cunéiforme sumerien. (shuruppak)

Là où ça se corse, c'est quand les concepts se mélangent. Comme dans le système monétaire bancaire, majoritaire actuellement.

Nous allons considérer qu'une reconnaissance de dette comptabilisée sous forme de chiffre sur un compte en banque, ou une reconnaissance de dette titrisée par une banque centrale sous forme de billet de banque est une monnaie.

C'est confus et obscur ?
Ne vous en faites pas. Le but de ce document est justement d'éclairer tout ça.

Glossaire autour de la "monnaie"

Nous avons défini les deux notions majeures de "Monnaie" et "système économique". Mais il reste de nombreux mots spécifiques au jargon des systèmes économiques qui méritent une petite explication. C'est pour cette raison qu'un glossaire a été dressé.

  • Argent → Métal de numéro atomique 47. Très souvent utilisé pour créer des pièces de monnaie. Dans ce document, le mot "argent" désigne la matérialisation du concept de "donner et recevoir", de "transfert économique" entre humains. C'est une notion propre aux valeurs et croyances de chacun. Alors que le terme de "monnaie" désigne un concept technique précis.
  • Banque commerciale → Une entreprise qui a une licence bancaire qui l'autorise à créer de la monnaie sous forme de crédit bancaire. (En Suisse à ne pas confondre avec la Banque Privée qui est un indépendant de la banque. Il ne fait pas de crédit, mais des prêts de sa propre fortune. Il n'en reste plus que 5. La confusion est souvent faite car la banque commerciale est une banque de droit privé, une banque privée, par opposition à une banque publique. Mais il existe aussi des banques commerciales en main publique !)
  • Crédit bancaire → Un crédit est l’opération qu’une banque commerciale effectue pour ajouter de la monnaie sur le compte d’un de ses clients. En contrepartie, ce dernier, le débiteur (emprunteur) s’engage à rembourser le crédit, soit à verser plus tard à la banque commerciale le même montant qu’on lui a mis à disposition ex-nihilo, ainsi que des intérêts en sus qui rémunéreront le banquier.
  • Crédit mutuel → Aussi appelé : Crédit mutualisé. C’est un système de comptabilité compensatoire entre des individus, pratiqué dans beaucoup de SEL ou entre entreprises. Le WIR est souvent mentionné comme un crédit mutuel. C'était le cas à l'origine et ça l'est de moins en moins.
80-ans-credit-mutuel_sans_limite_ni_contraction
  • Dette → vient du mot latin: debeo qui signifie "devoir". C'est un devoir envers quelqu'un. Sur le plan philosophique, c'est un engagement moral à compenser ce qui a déjà été offert. Mais plus couramment, c'est un devoir de payer. C'est une obligation juridique définie dans un contrat.
  • Échange économique → Deux "transferts économiques" symétriques.
  • Économie → domaine de la vie en société (dans des communautés d'humains) qui vise à organiser des règles, des droits et des devoirs pour gérer les ressources à disposition afin de satisfaire des besoins et d'assouvir des désirs. Étymologiquement le mot: "éco-nomie" signifie "règles de la maison, de l'environnement". C'est un système de "gouvernance" de décision.
  • Monnaie → cas particulier d'un système économique qui donne de la valeur à des chiffres, des unités de compte. Aussi synonyme de "moyen de paiement" bien que ce n'est qu'un cas particulier de moyen de paiement. "LA" monnaie n'existe pas. Il y a de nombreux types de "moyens de paiement" qui sont créés de différentes manières et qui n'ont pas le même statut légal.
  • Monnaie ayant cours légal → C’est la monnaie officielle, que l’on est obligé d’accepter comme moyen de paiement (techniquement on dit "pour libérer une dette"). Toutes les monnaies ne sont pas des moyens de paiement ayant cours légal.
    En France, les pièces et les billets ont cours légal. Pas le reste.
    En Suisse, La LUMMP, la Loi sur l’Unité Monétaire et les Moyens de Paiement dit que les moyens de paiements légaux en Suisse sont : les pièces de monnaies, les billets de banque de la BNS et les comptes à vue de la BNS. La monnaie scripturale des banques commerciales n’est pas un moyen de paiement ayant cours légal. C’est une monnaie privée. Ces monnaies scripturales sont appelées substituts monétaires par le Conseil fédéral.
  • Monnaie fiduciaire → le mot "fiduciaire" vient du latin "fiducia", la confiance. Une monnaie fiduciaire est une monnaie de confiance. Mais confiance en quoi ? "La confiance" est le maitre mot dans tout système économique ! Mais là on parle surtout de pièce et de billet, et de la confiance que l'autorité qui les a émis garanti la valeur indiquée. Valeur qui vaut plus que le support. (métal ou papier) En général, c'est celui qui est sur la face de la pièce qui paie en dernier recours. On y trouve des profils ou des marques de souverain ou des figures allégorique des états, comme Marianne ou Dame Helvetia.
    → Les amateurs de cryptomonnaie utilisent souvent le terme "Fiat money" pour parler de monnaie fiduciaire, bien que ce soit à peine différent. La monnaie fiduciaire peut être en partie adossée sur une valeur concrète, comme de l'or ou des biens. Mais la "Fiat money" est totalement découplée d'une couverture. C'est de la confiance pure. Le terme "fiat" est du latin qui signifie "qu'il soit..." donc pure création à partir de rien.
  • Monnaie fondante → Monnaie dont la valeur diminue avec le temps.
  • Monnaie locale complémentaire → Souvent abrégée MLC. (ou MLCC si elle est Citoyenne) Une MLC est généralement une « monnaie » qui est créée localement par des personnes qui veulent dynamiser l’économie locale et/ou favoriser les commerces qui correspondent à une charte éthique. La plupart des monnaies locales complémentaires sont nanties et très souvent à parité avec la monnaie ayant cours légal. (Ex: Gonette, Léman, Doume, Eusko, abeille, etc...)
farinet, monnaie locale valais
  • Monnaie pleine → C’est la monnaie qui a cours légal ou qui est couverte à 100% par un moyen de paiement ayant cours légal. C’est le cas des billets de banques, des pièces de monnaie, des comptes à vue des banques centrales. Ce n’est pas le cas de la monnaie scripturale des banques commerciales qui n'est qu'une promesse couverte par un fond de garantie qu’à 2.5% en Suisse. (1% dans l’UE, et parfois 0% dans les pays anglo-saxons). Donc par opposition, une monnaie pleine n'est pas une promesse d'une monnaie, mais un jeton de valeur qui existe par lui-même. (En suisse en 2018, il y a eu une initiative populaire fédérale appelée "monnaie pleine" pour demander la mise en place d'une monnaie pleine, créée sans dette par la BNS.)
    Le concept connu sous le terme de "100% money" est également une "monnaie pleine". C'est une proposition de l'économiste Irving Fisher de 1935 qui vise à couvrir à 100% la "monnaie scripturale" des banques commerciales par de la monnaie banque centrale.
  • Monnaie scripturale → Monnaie uniquement présente sous forme d’écriture. Actuellement, c’est environ 90% de la monnaie en circulation. (En Suisse la BNS dit que c'est 90% de la monnaie libellée en francs suisses).
    La grande partie de la monnaie scripturale est constituée par les avoirs sur les comptes des clients de banques commerciales. Ces avoirs sont en fait des promesses scripturales des banques commerciales de donner des moyens de paiements ayant cours légal. Ce sont des substituts monétaires.
    Au sens large, on utilise aussi le terme de "monnaie scripturale" pour la comptabilité comme celle des Sumériens sur tablette d'argile ou de carte à jouer au canada.
  • Nantissement ou couverture → Nous utilisons le terme de nantissement ici surtout dans le cadre des Monnaies Locales Complémentaires. Une MLC est très souvent nantie. C’est à dire qu’elle est garantie, couverte, par une autre monnaie. Par exemple, 1 Léman = 1 euro. Si je veux un Léman, je dois l’échanger contre un 1 euro. Donc pour chaque Léman, il existe un euro placé sur un compte en banque. (Ce qui bride le la monnaie locale en ne lui permettant pas de faire de la création monétaire. De plus le placement bancaire augmente le pouvoir de crédit de la banque commerciale par le système des réserves fractionnaires.)
monnaie locale complementaire
  • Prêt (emprunt) → Un prêt, c’est le déplacement d’un bien, d’un endroit à un autre. Ainsi celui qui prête quelque chose à quelqu’un ne peut plus disposer de ce qu’il a prêté. A ne pas confondre avec le crédit !
    (Si je prête mon vélo, je ne peux plus l’utiliser… alors qu’une dette est un actif pour celui qui la détient….  c’est un crédit !)
  • Seigneuriage → Privilège de celui qui émet la monnaie. C'est par exemple, pour un seigneur féodal, la différence entre le coût de création d'une pièce de monnaie et l'avantage qu'il en retire en pouvant "acheter gratuitement" des biens et services sur le marché.
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Pièce de monnaie d'Alexandre le grand.
  • Substitut monétaire → C’est ainsi que le conseil fédéral Suisse appelle les monnaies qui ne sont pas de la monnaie ayant cours légal. Soit à peu près 90% de la monnaie utilisée en Suisse libellée en CHF. C’est principalement la monnaie scripturale des banques commerciales. L’expression substitut monétaire apparait dans l’interpellation 12.3305. A laquelle le conseil fédéral répond « La croissance des substituts monétaires est laissée à la libre appréciation des marchés, conformément à la conception du secteur privé ancrée dans la Constitution. » En bref : créer une monnaie est une entreprise comme une autre.
  • Système d'Enregistrement des Transferts Économiques: SETE → Un système de mémorisation et de reconnaissance des transferts économiques qui ont lieu dans une communauté d'humains. Ceci dans le but de réduire la peur, d'augmenter la confiance que si je fournis un transfert à la communauté, je pourrais obtenir, plus tard, un droit de tirage sur les biens et ressources de la communauté. (revenir à l'équilibre)
  • Thésauriser → C'est conserver, accumuler de la monnaie et ne pas l'utiliser. Conserver des chiffres sans les investir. (En espérant garder le même pouvoir d'achat dans le temps, ou l'augmenter)
  • Titriser → L'action de transformer une dette en titre négociable, en moyen de paiement. Une dette a de la valeur si l'on croit que le débiteur va la rembourser. Les banques centrales "titrisent" des dettes d'État (bon du trésor) en chèques au porteur que l'on appelle des "billets de banque".
    La finance utilise beaucoup le principe de titrisation. Les produits dérivés sont des titres qui représentent un "sous jacents". Le danger de la titrisation est de tellement découpler le produit financier du produit réel sous jacent qu'il devient impossible d'évaluer la qualité réelle du produit. C'est ainsi que lors de crise des Subprimes, une énorme quantité de produits financiers basés sur des hypothèques ont perdus d'un coup leur valeur quand on a découvert que beaucoup d'hypothèques avaient été octroyées à des NINJA des gens qui n'ont ni emploi, ni revenu, ni actifs et sont donc dans l'impossibilité de rembourser leur crédit. C'est la création de paquet opaque composé de petites tranches de crédit diversifiés et noté (frauduleusement?) fiable par les agences de notation qui a masqué de nombreux actifs pourris aux yeux des acheteurs.
monnaie_dollars_renminbi_yuan
  • Transfert économique → C'est la plus petites unité divisible (atome) d'un "flux économique". Un transfert économique est défini par:
    - Qui exporte (fournit)
    - Qui importe (reçoit)
    - ce qui est transféré
    - libellé, donnée complémentaire de description
    - la valeur (juste un nombre... pas le jugement)
    - le référentiel dans lequel est exprimé la valeur. (Origine, sens et échelle)
  • Troc → Le troc est un échange direct et utile (au même instant) entre deux parties. C’est l’échange d’un bien contre un autre. Nous avons ici une définition stricte pour bien différentier le troc d’autres systèmes économiques. Si le troc ne se fait pas dans le même instant, ce n’est plus du troc. Si l’on commence à différer les échanges dans le temps, on est plutôt dans un système de « don dans une communauté de confiance ».
    Les livres d’économie ont tendance à dire "Tout commence avec le troc, puis la monnaie a été inventée". On appelle ça la "fable du troc".
    Cependant le troc n’a jamais "fait système", il n'a jamais été le moyen d'échange régulier au sein d'une communauté constituée. Il a toujours été marginal, utilisé lors de périodes chaotiques d’économie de guerre ou de crises économiques brutales. (fermeture des banques)
banque nationale suisse tout commence avec le troc
La brochure de la BNS nous dit que "Tous commence avec le troc" => faux!

Le bâton de comptage, un moyen de paiement oublié et pourtant officiel en France jusqu’en 2016

Le bâton de comptage, (tally stick en anglais) est un moyen de paiement qui a été utilisé pendant des siècles. Il était même encore reconnu jusqu'en 2016 dans le code civil français, art 1333:

"Les tailles corrélatives à leurs échantillons font foi entre les personnes qui sont dans l'usage de constater ainsi les fournitures qu'elles font ou reçoivent en détail."

baton de comptage 2 parties souche echantillon tally stick stock exchange

Mais pourquoi on en parle jamais dans les bouquins d'économie ?

Pourquoi on nous rabâche toujours la fable du troc qui n'a jamais fait système et date d'Adam Smith.

banque nationale suisse tout commence avec le troc
La brochure de la BNS nous dit que "Tous commence avec le troc" => faux!

Pourquoi les économistes adorent nous parler des petits coquillages d'iles lointaines, comme monnaie primitives alors que beaucoup, beaucoup plus près de nous dans l'espace et le temps, le bâton de comptage était le moyen de paiement principal !

Peut être que la simplicité et l'efficacité des bâtons de comptage n'arrangent pas les banquiers ? En effet, pas de crédit à intérêt, uniquement des reconnaissances de dette mutuelles dans une communauté.

Comment fonctionne un bâton de comptage

Dans cette vidéo, je montre à quoi ressemble un bâton de comptage, comment il était utilisé (par exemple pour acheter du pain à la taille), comment il est encore utilisé de manière folklorique dans les alpes suisses, avec les bâtons de comptage des vaches et les droits d'eau liés aux bisses valaisans.

Le principe est simple. Un bâton est fendu en deux dans la longueur. (sauf un petit bout de la souche).

DIY fabrication bâton de comptage fendre le bâton de comptage à la hache
Après une encoche à la scie pour délimiter la souche, le bâton est fendu à la hache

Le bâton était souvent une branche de noisetier. Ou alors de manière plus élaborée, une petite planchette.

baton de comptage tallystick noisettier

On obtient ainsi deux parties liées entre elles. C'est l'origine même du mot symbole qui vient du grec σύμβολον, súmbolon qui désigne un objet coupé en deux servant de signe de reconnaissance.

La grande partie est appelée la souche.
La petite partie est appelée l'échantillon.

Les deux parties servent à enregistrer un contrat. On le fait en taillant une encoche sur les deux parties emboitées.

baton de comptage tally stick planchette marque famille pyrogravure

Ainsi une fois que l'on a séparé les deux bouts de bois, chacune des deux partie a une trace de la transaction et ne peut pas la réfuter ni la modifier.

Le commerçant (ou créancier) garde la souche c'est à lui que l'autre partie, le débiteur, celui qui garde l'échantillon, devra rembourser la dette.

C'est ainsi que l'on pouvait acheter "à la taille" de nombreuses choses dans des commerces. Par exemple du pain à la taille dans une boulangerie.

Le principe est simple, c'est le même que celui de l'ardoise de bistrot, ou de carnet du lait. On achète à crédit dans les commerces et périodiquement, une fois par mois, par exemple, on vient solder son compte en payant avec des pièces de monnaie. (par exemple)

monnaie-batz-vaud
Un batz vaudois de 1828

Ce principe me fait beaucoup penser à la version moderne de paiement dans l'épicerie participative dans laquelle je suis. J'ai un compte dans l'épicerie et régulièrement je charge mon compte par un virement.

epicerie-cooperative-participative-solde-compte-achat

La souche est elle même un moyen de paiement

Il y a un point important à comprendre. C'est que la souche est elle même un moyen de paiement. Elle a de la valeur. Si tu es propriétaire d'une souche, c'est la preuve que quelqu'un te dois ce qui est indiqué dessus.

Ainsi si tu es boulangère et qu'on te paie 3 unités sur le bâton de comptage de ton commerce, tu détiens une reconnaissance de dette de 3 unités.

Si par hasard tu dois payer 3 unités au boucher. Et bien au lieu d'attendre que ton débiteur te paie ce qu'il te dois, tu peux toi même donner ta souche au boucher.

baton de comptage tallystick noisettier
La souche c'est la grande partie du bas.

Payer avec des reconnaissances de dette c'est très courant. C'est ce que l'on fait à chaque fois avec un virement bancaire. Car ce qui est sur un compte bancaire n'est rien d'autre qu'une dette que la banque a envers son client.

C'est ça la magie de la "monnaie", c'est qu'à partir de rien, on crée un contrat qui enregistre une dette. La reconnaissance de dette sert de monnaie d'échange. On visualise bien ça avec un bâton de comptage. Mais c'est pareil avec un compte en banque et c'est important de le comprendre.

Ça signifie que rembourser toutes les dettes revient à détruire toute la monnaie !
(On brûle le bâton de comptage, une fois la dette remboursée)

dette-5000-ans-dhistoire-graeber
Le livre "Dette 5000 ans d'histoire" de David Graeber qui décrit bien que l'histoire de la dette, c'est l'histoire de la monnaie.

Comment décoder ce qui est inscrit sur un bâton de comptage ?

Un bâton de comptage est un contrat. Tout comme sur un contrat papier il est possible d'écrire dans une langue ou dans une autre, sur un bâton de comptage, on peut écrire des codes différents pour enregistrer les informations du contrat.

La manière la plus simple, c'est de faire 1 encoche pour une unité. Mais ça fait vite beaucoup de coches pour les grands nombres.

J'ai testé une convention qui me semble plausible:

  • une encoche droite simple = 1 unité
  • une encoche en V = 10 unités
  • une encoche large = 100 unités.
encoche baton de comptage tally stick

Puis en regardant mes encoches je me suis dis que ça ressemble beaucoup aux chiffres romains !!

Peut être que c'est là une origine des chiffres romains ?

  • une encoche droite = 1 unité
  • une encoche en V = 5 unités
  • une encoche en X = 10 unités
  • ... etc..

J'ai vu ce genre de code sur des bâtons de comptage. C'est peut être une piste intéressante !

Kerbholz bâton de comptage du 17ème siècle avec des croix
"Kerbholz" du 17ème siècle

En Angleterre, il y a le livre "Dialogue of the Exchequer" qui décrit le code à utiliser sur les bâtons de comptage royaux. (Tally sticks)

"La manière de couper est la suivante:
En haut du bâton de comptage, on fait une entaille de l'épaisseur de la paume de la main pour représenter mille livres ; puis cent livres par une entaille de la largeur du pouce ; vingt livres de la largeur de l'auriculaire ; une seule livre de la largeur d'un grain d'orge gonflé ; un shilling plus étroit qu'un penny est marqué par une seule entaille sans enlever de bois".

dialogue-exchequer-d40110-24

Pour voir le texte intégral de "Dialogue concerning the Exchequer"

Code de durée de temps d'arrosage sur des bâtons de comptage

Dans le contexte des bisses valaisans. Il y a des bâtons de comptage qui indiquent les droits d'eau qui sont liés à des familles liées à des terrains.

Ainsi il y a des marques qui indiquent des durées d'utilisation d'une certaine proportion du débit du bisse. (Par exemple 1h pour 1/4 du bisse)

Voici quelques autres exemples de comptage de temps pour les droits d'eau.

baton compatage droit eau code

Utilisation de bâtons comme contrats et règlements

On voit avec l'exemple des bisses (aqueduc d'amenée d'eau dans les montagnes du Valais) que les bâtons de comptage sont quelques choses qui va au delà de la notion de monnaie et de moyen de paiement.

On est ici dans les véritables fondement de l'éco-nomie, soit étymologiquement: les règles de la maison.

La monnaie, les reconnaissances de dette, sont une partie de règles qui régissent une communauté, mais il y a en a de nombreuses autres non monétaires.

Par exemple le fait qu'un propriétaire de vache mette ses vaches à l'alpage et il veut en récupérer le même nombre lors de la désalpe, mais aussi surtout, il veut récupérer la production de fromage qui lui revient !

Tally_sticks_baton comptage Doppeltessel der Alp Blümatt (Turtmann VS) 1893
Bâton de comptage "Doppeltessel" de l'Alpe Blümatt (Turtmann VS) 1893

Les consortages pour gérer des biens communs

Depuis le moyen âge on trouve des communautés qui se sont organisées pour gérer des "Biens communs". Il s'agit souvent de droits d'eau, de droits liés aux pâturages et aux fromages produits, ainsi que des accès au bois d'une forêt, ou l'entretient de chemins et de four à pain.

Dans les régions alpines il existent encore plusieurs de ces organisations communautaires.

De nos jours, en économie, on oppose souvent la propriété privée et la propriété publique. Mais on oublie souvent la forme intermédiaire, soit la propriété en Biens communs. Ce n'est pas public... mais ce n'est pas une propriété exclusive. C'est une propriété d'une organisation.

En Valais on utilise souvent le terme de "Consortage".

Par exemple le consortage du bisse d'Ayent est propriétaire de l'eau de la rivière et de l'eau qui coule dans le bisse. Seuls les membres du consortage, les consorts, ont le droit de l'utiliser. Ça a été le fruit d'une grande bataille juridique quand une société a voulu s'approprier l'eau de la rivière pour la turbiner et en faire de l'électricité.

Bisse_d_Ayent valais partie aerienne

C'est un texte de 1448 (toujours valable), signé par l'évêque de Sion de l'époque qui a prouvé les droits du consortage. La société hydroélectrique a donc du acheter le droit d'utiliser une partie de l'eau sans porter préjudice au bisse.

On voit par là que le consortage est un système très durable. Celà fait 572 ans que le consortage gère l'accès à l'eau dans cette région !

Les biens communs reviennent un peu à la mode. Ceci se voit notamment avec le (faux) "prix Nobel" d'économie donné à Elinor Ostrom en 2009 pour ses travaux sur les biens communs, notamment dans la gestion des consortages haut-valaisans.

Les "tachères" des bâtons pour enregistrer des règles

Dans des règles communautaires, il n'y a pas que des droits, mais il y a aussi des devoirs. On parle de tâches. C'est notamment l'entretien des bisses et les travaux collectifs.

Ces tâches, et qui doit les effectuer, sont enregistrées sur des bâtons que l'on nomme des "tachères" ou en allemand des "tesseln". (Kehrtesseln ou Wassertesseln)

Encore une fois je vois un lien entre cette manière de fonctionner séculaire des consortages et l'épicerie coopérative participative.

On est tous co-propriétaire de notre épicerie et l'on a tous des droits de consommer les produits avec des avantages, mais on a aussi des devoirs, celui de travailler l'équivalent de 3h par mois pour faire tourner l'épicerie.

Au passage, voici mon guide pour aider à démarrer une épicerie coopérative participative.

Les marques de familles, des signes distinctifs pour identifier une famille ou un individu

La personne où la famille qui doit effectuer la tâche est indiquée sur le bâton avec une "marque de famille" ou "marque domestique".

Les gens étaient souvent illettrés, ainsi ce sont des dessins qui désignent les familles. Sur un bâton de comptage on retrouve aussi une marque de famille pour savoir à qui appartient le compte, qui est le créancier et qui est le débiteur.

Dans mes essais de fabrication de bâtons de comptage, j'ai reproduis des marques de famille en marquant le bois avec un clou de fer à cheval chauffé dans mon fourneau à bois. J'ai ainsi réalisé une pyrogravure qui semble plausible.

pyrogravure clou fer cheval marque famille

Je me suis inspiré de marques que l'on retrouve sur un panneau de marques de famille de la commune de Münster dans le haut valais.

Kehrtafel aus Münster mit Hauszeichen für das Gemeinwerk oder Wassernutzung 1864
Kehrtafel aus Münster mit Hauszeichen für das Gemeinwerk oder Wassernutzung 1864

Voici le panneau en entier:

Kehrtafel aus Münster mit Hauszeichen für das Gemeinwerk oder Wassernutzung, 1864
Kehrtafel aus Münster mit Hauszeichen für das Gemeinwerk oder Wassernutzung, 1864

Beaucoup de mots liés à la monnaie ont pour origine le bâton de comptage

L'étymologie de beaucoup de mots liés à la monnaie vient des bâtons de comptage.

Pourquoi est-ce que l'on parle de "débiter" un compte, comme on débite un tronc ?

Pourquoi est-ce que l'on a une "souche" sur un chéquier ?

souche du chéquier de Charlie chaplin
Souche du chéquier de Charlie chaplin

En anglais, "souche" se dit "Stock".... et donc créer un marché d'échange de souches, c'est le "Stock exchange"... la bourse !

L'actionnaire se dit en anglais: Stockholder, soit le détenteur de la souche !

Stock exchange

Le bâton de comptage a été traité de "chèque en bois" par les tenants de la monnaie métallique.

La "taille" un impôt dont le nom vient du bâton de comptage

Les bâtons de comptage étaient également utilisés pour les impôts.

En Angleterre, il existe encore des bâtons de comptage du 13ème siècle. Souvent le texte était écrit en latin, voir même en hébreux !!

Comme celui-ci:

"De Solomon fils d'Isaac, taille de 20'000 marks" avec le montant inscrit de ‘¾’ et daté de 1293-94.

Le mot "taille" est le nom d'une forme d'impôt direct. (en anglais Tallage) On voit tout de suite que le nom de cet impôt provient du nom du bâton de comptage sur lequel on inscrit le paiement !

Ce bâton de comptage qui montre aussi l'acharnement des rois de l'époque à taxer plus lourdement les juifs..... C'est par ici pour en savoir plus...

La taille était un impôt très impopulaire, car il était arbitraire et les nobles et le clergé en était exemptés !

La malédiction du bâton de comptage sur ceux qui veulent le faire disparaitre

En 1694, un nouveau système arrive. C'est la création de la banque d'Angleterre. C'est une société privée qui va prêter au gouvernement £ 1,25 million. Une partie de cette sommes est prêté en or et une autre partie est enregistrée sur des bâtons de comptage. (A013/1)

Comme le remboursement tarde, ça arrange le gouvernement de ne pas rembourser. Les propriétaires de la banque d'Angleterre acceptent, en échange que la banque centrale reçoive le monopole de titrisation de cette dette en billet de banque. (En 1826 avec le Bank Charter Act)

Ainsi plus besoin de rembourser... et la banque centrale peut émettre des billets, faire tourner la planche à billet...

banque montreux

La rumeur dit que les banquiers aurait commencés à s'attaquer au système des bâtons de comptage, car ils étaient hors du contrôle de leur système bancaire.

Le système des bâtons de comptage était très populaire en Angleterre. Il a commencé avec le règne du roi Henri 1er au XIème siècle.

Les bâtons de comptage étant acceptés comme moyen de paiement pour les impôts royaux. Le système était largement répandu.

En 1834 le poste de "Caissier de l'échiquier" (Teller of the Receipt of the Exchequer) a été supprimé. Marquant ainsi la fin du système de bâton de comptage en Angleterre.

Pour la petite histoire, l'échiquier, c'est un nom qui désigne, dans le duché de Normandie et en Angleterre, une sorte de "chambre des comptes". Le nom vient du fait que les comptables de l'époque utilisaient un plateau avec un damier comme celui d'un jeu d'échec pour aligner des jetons et faire leur comptabilité. C'est un moyen très visuel et pragmatique pour faire des calculs. C'est plus simple que notre manière actuelle d'écrire sur du papier.

Le bureau du caissier supprimé... il a fallu brûler les bâtons de comptage... et là c'est le drame !

En 1834, le fourneau du palais de Westminster débordant de bâtons de comptage a mis le feu au palais entier. Provoquant un des plus grand incendie de Londres. Le peintre Turner en a fait un célèbre tableau.

incendie de Westminster par Turner

Un moyen de paiement low-tech qui assure une résilience à l'effondrement

De nos jours le bâton de comptage a disparu. Mais un jour, il reviendra peut être ?

Par exemple, en cas de coupure prolongée d'électricité, que deviennent nos comptes en banque ? Que deviennent les blockchains ?

Le bâton de comptage lui, ne craint pas le blackout électrique. Il fonctionne toujours. Souviens toi de ça.....

Remplacer tous les impôts par une micro-taxe sur les paiements électroniques c’est possible ?

En 2013, le financier Felix Bolliger a publié un pdf (ci-joint en allemand) qui lance l'idée de remplacer les impôts par une micro-taxe sur les transactions électroniques. (La mise à jour du document en 2019)

L'idée se précise, car une initiative populaire fédérale est en préparation pour demander au peuple Suisse son avis sur la question.

L'idée est simple, avec le prélèvement d'une miette sur le trafic de paiement il est possible de collecter une somme plus grande que la totalité des impôts payés en Suisse, et donc de les remplacer.

Fini la corvée de la déclaration d'impôt, les niches fiscales et les effets de seuils.

Attention, ce n'est pas la fameuse taxe Tobin. Cette dernière ne veut taxer que les transactions financières. La microtaxe dont on parle taxe tous les paiements électroniques. Donc aussi vos courses au supermarché ou un repas au restaurant, et aussi les retraits au bancomat pour éviter de se soustraire à la microtaxe.

Pour l'économie réelle et l'énorme majorité de la population, c'est une charge en moins.
Pour la finance, c'est moins bien. Mais la Suisse a tellement d'avantages dans ce domaine que toute cette branche économique ne disparaitra pas.

On va voir tout le détail ci dessous de ce projet de révolution de la fiscalité!

microtaxe-elections-federales-2019-democratie-directe-spiritualites-nature

CHF 100 000 milliards d'échanges annuel entre les banques en Suisse, vraiment ?

Pour avoir un ordre de grandeur du potentiel d'une microtaxe, Felix Bölliger a été voir les statistiques de la Banque Nationale Suisse sur le trafic interbancaire.

En 2012, il y a 95 000 milliards dans les échanges du SIC. (SIX Interbank Clearing)

Voici une vidéo qui explique le rôle du SIC, le réseau interbancaire qui connecte les banques entre-elles en Suisse pour assurer le trafic de paiement.


Les impôts cantonaux, communaux et fédéraux + les assurances maladie en 2011 avaient pour total CHF 170 milliards

Felix Bolliger conclu qu'un prélèvement de 2 pour mille suffit à remplacer les impôts. (soit 200 milliards pour remplacer 170 milliards)

La BNS modifie ses statistiques et supprime 60% du potentiel de la microtaxe !

Attention ⚠️ !

Depuis que Fellix Bölliger a lancé son idée et que le prof de Finance Marc Chesney l'a popularisée, la BNS a bidouillé ses statistiques !

Les statistiques actuelles de la BNS ont changées. Il n'y a plus 100 000 milliards par ans... mais 40 000 milliards !!

La justification indiquée est la suivante:

"2013-01 A compter de janvier 2013, le nombre de transactions ne comprend plus les virements excédentaires et ne peut donc plus être comparé aux chiffres publiés jusqu’alors."

Heu ?? ça veut dire quoi ?

La meilleure explication que j'ai trouvé s'explique par le déplacement du compteur de transaction.

Les transactions entre le compte des banques à la BNS et le même compte chez SIX n'est plus comptabilisé. Ce qui est logique, car juridiquement c'est le même compte !! C'est juste un moyen technique pour que la BNS puisse faire ses stats.

bns en travaux
La BNS en travaux... elle change ses pratiques...

Au delà du trafic interbancaire

Ci-dessus on ne parle que du trafic interbancaire. Mais pour tout ce qui reste dans la même banque, on n'en sais rien !! .... et c'est beaucoup plus gros !

Felix Bölliger s'est basé sur les stats de la BNS, car elles sont publiques. Mais beaucoup du trafic de paiement se fait à l'intérieur même des banques. Et là c'est opaque au possible.

Les banques commerciales ont le privilège de pouvoir créer de la monnaie, via le crédit bancaire. Elles publient leur bilan et leur comptabilité est contrôlée par un réviseur de compte. Mais en fait... beaucoup de choses restent très opaques dans la banque.

banque du miel

Qu'est-ce qu'il se passe entre deux bilans ? Le bilan n'est qu'une photo de la situation à un moment donné. Mais on peut imaginer qu'une banque se crée un matin CHF 1 milliards... joue avec en bourse, gagne quelques millions... et le soir rembourse le crédit. Ni vu ni connu ?

Il est sensé y avoir des mécanismes de contrôle interne aux banques. Mais on peut douter qu'un auto-contrôle fonctionne toujours...

L'expérience le montre avec l'affaire Kerviel. Il a réussi à frauder le contrôle interne de la banque en émettant de fausses informations. (bon, là paradoxalement, il créaient de fausses pertes pour masquer ses gains et passer sous le radar..)

Sinon, les banques sont aussi contrôlées par la FINMA, l'autorité de surveillance des banques. 🏦
.. oui mais.... Avec à sa tête un banquier anglais, ex cadre d'UBS.... c'est un peu au loup qu'on a donné la tâche de surveiller la bergerie !

Là aussi l'expérience le montre. En 2008 quand Crédit Suisse était en faillite avec un trou de CHF 10 milliards, Crédit Suisse a fait un crédit de CHF 10 milliards au Quatar pour que ce dernier comble le trou.

On appelle ça une opération de portage. Moi j'appelle ça, "me créer pour moi même CHF 10 milliards". Et là... personne n'était au courant, sauf la FINMA.. et la FINMA a donné son feu vert !

Ce n'est que 5 ans après les faits que le Financial Times a révélé l'affaire !

cercle viceux credit

Donc on a actuellement aucune idée du trafic de paiement réel à l'intérieur d'une banque. Il y a potentiellement des parties cachées.

Mais on peut se faire une idées des montants en jeu avec la proportion des montants créés et gérés par les différentes entités.

Si les stats de la BNS donnent déjà le vertige, les montants gérés par les banques commerciales sont encore nettement plus énormes !

Le budget de la confédération Suisse tourne autour des CHF 70 milliards en 2019.

Le bilan de la BNS est de CHF ~800 milliards à fin 2018.

bns echaffaudage travaux

On estime que la somme au bilans des banques des substituts monétaires libellés en francs suisses CHF est d'environ le double du bilan de la BNS.
Soit CHF 1600 milliards. (l'estimation a été faite en 2015.. on est certainement plutôt à 2000... mais faut refaire ce long calcul)

On peut encore doubler tout ça pour avoir le montant libellé dans des devises autres que le francs Suisse.

Puis il y a tout ce qui est de la finance... les actions mais aussi, les contrats divers et variées sont aussi des formes de monnaies !

Pour ce faire une idée du montant colossale de tout ce qui est considérés comme "monnaie", par exemple les produits dérivés... cette visualisation sous forme de petits carrés fait très peur.....
La fortune d'un milliardaire n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan...

... et tout ça s'échange parfois plusieurs fois par années... voir par seconde !
Ce qui génère un montant de transaction totalement astronomique !

Ordre de grandeurs des actifs sous gestions dans les banques Suisses

Postfinance indique dans son rapport de gestion qu'elle traite un peu moins de 1 milliard de transactions par an. (avec CHF 113 milliards à son bilan réparti sur les 4.6 millions de comptes qu'elle gère)

Il y a 245 banques en Suisse 🇨🇭 en 2019.

Donc même si la BNS a changé ses statistiques et diminué de 60% le potentiel d'une microtaxe sur les paiements électroniques, ça ne change rien.

En fait si on applique aussi cette microtaxe sur les paiements entre les comptes d'une même banque, le potentiel est toujours là... et il est même beaucoup plus gros !

coffres safe banque numero

Quel est le potentiel d'une microtaxe sur les paiements électroniques ?

Pour les gens qui veulent calculer le potentiel d'une microtaxe sur les paiements électroniques, les stats de la BNS sur le trafic interbancaire (SIC) sont ici...

On voit qu'il y a en moyenne CHF 3 200 milliards / mois qui sont échangés. Ce qui nous donne un total annuel d'à peine moins de CHF 40 000 milliards par année.

A cela il faut ajouter tout le reste. Et là... on a très peu d'info. Mais tentons déjà de voir ce que l'on sait.

SIX qui est la société à qui la BNS a délégué la gestion du SIC. A aussi ses stats.

La bourse suisse est gérée par SIX. Ainsi on voit que pour ce qui concerne les transactions boursières on est dans l'ordre de grandeur de CHF 100 milliards par mois ( Soit un total de CHF 1361 milliards sur l'année 2018)

La taxe Tobin ne vise que les transactions financières, donc c'est juste ce potentiel là qu'elle aurait. La microtaxe sur les paiements électroniques vise plus large: tout paiement électronique.

Pour le trafic de transaction à l'interne des banques... aucune info supplémentaires pour le moment !!

C'est un point à creuser....

banque montreux

Financer un Revenu de Base Inconditionnel avec une microtaxe sur les paiements électroniques

En 2016, j'avais déjà fait une vidéo pour expliquer le financement du Revenu de Base Inconditionnel.

Dans cette vidéo j'avais déjà inclus l'idée d'une microtaxe de 0.05% sur les paiements électroniques qui permettait de récupérer CHF 50 milliards.

Avec ceci on peut clairement assurer un financement d'un revenu de base selon le modèle de financement mixte. (redistribution de la Valeur Ajoutée Nette des entreprises + microtaxe)

Pour voir juste la partie microtaxe de cette vidéo il est possible de commencer à 16min33...

La microtaxe sur les paiements électroniques dans le débat aux élections fédérales d'octobre 2019

La microtaxe sur les paiements électroniques s'est invitée dans le débat des élections fédérales 2019 via la liste Démocratie Directe SpiritualitéS & Nature, que l'on trouve dans les cantons de Vaud (listes 11) et Fribourg (listes 24). (Je suis personnellement candidat sur la liste vaudoise)

L'idée est de proposer une microtaxe de 0,1% sur les paiements électroniques, ceci afin d'avoir les moyens de faire une vraie démocratie.

On ne peut pas décider sans avoir les moyens de ses ambitions.

Voici un exemple de texte d'initiative pour une microtaxe sur les paiements électroniques.

La microtaxe n'est qu'un emplâtre sur une jambe de bois

Il faut quand même émettre une critique sur cette microtaxe sur les paiements électroniques.

Vouloir changer la manière de faire la redistribution de la monnaie ne s'attaque pas au vrai problème qui est lié à la monnaie.

monnaie minimoi

Une meilleure chose à faire c'est de vraiment reprendre le pouvoir de la création monétaire par le peuple pour le peuple. J'en parle déjà abondamment sur ce site 🙂

... et je propose aussi le Kong, une monnaie de singe 🐵 🐒 pour commencer direct à utiliser une monnaie plus vertueuse.

J'organise aussi régulièrement des parties du Jeu de la Monnaie, pour éveiller les gens à l'histoire de la monnaie, décoloniser leur imaginaire et proposer des alternatives.

Mais par les temps qui courent, peu de gens ont vraiment compris ce qu'est la monnaie et où est le problème.

Ainsi il est aussi intéressant de communiquer via cette idée de micro-taxe qui est beaucoup plus simple à comprendre.

Ce qui m'intéresse vraiment dans l'idée de remplacer les impôts par la micro-taxe sur les paiements électroniques, c'est que l'on va supprimer des impôts.

Là il y a encore moins de gens pour le comprendre, mais supprimer les impôts, c'est supprimer l'obligation d'utiliser une certaine forme de monnaie. Dès lors on peut commencer à librement utiliser des formes des monnaies alternatives plus vertueuses. (.. et du coup avoir beaucoup plus de moyens pour financer les infrastructures en commun et assurer la solidarité entre toutes et tous)

Si ce n'est pas fait je vous invite à lire mon article dans lequel j'explique en détail à quoi sert vraiment l'impôt. .... oui.. l'impôt sert à imposer l'utilisation de la monnaie !

piece 5CHF franc suisse confederatio helevetica
La seule monnaie qui appartient vraiment aux Suisse sont les pièces de monnaie

Conclusions

Il est possible de créer une microtaxe de 1 pour mille sur tous les paiements électroniques qui se font en Suisse, et ainsi être capable de remplacer TOUS les impôts. (TVA, impôts fédéraux, communaux, cantonaux, etc)

Une initiative populaire fédérale est en préparation pour mettre en place cette idées.

L'inconvénient pour moi de cette micro-taxe c'est de ne pas vraiment s'attaquer à la création monétaire. Mais en fait, avec son volet sur la suppression des impôts, elle le fait quand même !

Ceci, car le rôle des impôts est d'imposer l'utilisation d'une forme de monnaie. Avec la microtaxe sur les paiements électroniques, on se libère d'une bonne partie des impôts en place et ainsi on peut plus facilement utiliser des monnaies alternatives plus vertueuses.

A l'occasion des élections fédérales Suisse 🇨🇭d'octobre 2019. Les listes Démocraties Directe, SpiritualitéS et Nature font avancer l'idée de la microtaxe, donc sur Vaud et Fribourg vous pouvez votez pour ces listes (VD 11 et FR 24) pour faire avancer l'idée de la micro-taxe sur les paiements électroniques.

A quoi sert vraiment l’impôt ? C’est certainement pas ce que tu crois…

Dans cet article on va aller voir la véritable origine de l'impôt.

J'aime bien aller explorer le pourquoi des choses, l'intention qui est derrière les choses. Quelle est donc l'intention derrière l'impôt ? A quoi ça sert les impôts ?

Quand je pose la question, en générale, j'ai plein de réponses, mais rarement la bonne !

Quel est le rôle de l'impôt ?

Donc le principe de l'impôt, c'est que chaque personne doit donner à l'Etat une certaine quantité de monnaie. C'est obligatoire. Si une personne ne paie pas ses impôts elle encourt une sanction.

Lors de soirées Jeu de la Monnaie, je pose cette question, à quoi sert l'impôt ?

Voici les réponses que j'ai:

  • à financer des infrastructure en commun
  • à payer les fonctionnaires
  • à financer les écoles et les hôpitaux
  • à financer l'armée
  • à assurer une certaine redistribution sociale des richesses
  • à payer les services sociaux
  • etc...

Toutes ces réponses ne sont pas fausses, mais c'est très rare qu'on me donne la réponse que j'attends !

Toutes ces réponses sont le reflet de ce que la plupart des gens pensent être le rôle de l'Etat. J'en ai déjà parlé dans mon article sur le contractualisme.

Les gens de gauche voient l'impôt comme un moyen de redistribution de l'argent.

La véritable intention derrière l'impôt, c'est imposer...

Le nom impôt est clair pourtant, ça sert à imposer... mais imposer quoi ?

Voici donc la réponse que j'attends:

L'intention derrière l'impôt, c'est d'imposer l'utilisation d'une certaine monnaie.

Une croyance courante c'est que les humains ont besoin de monnaie pour s'organiser dans une économie. (étymologiquement: règles de la maison !)

Mais en fait les humains s'organisent très bien tout seuls avec du don et des reconnaissances de dette mutuelles.

Mais voilà que vers -700 à -600 suivant les endroits, une forme de monnaie a été inventée comme outils de domination. Comme outil pour une caste pour vivre sur le dos des autres. Cette forme de monnaie ne fonctionne que si on l'impose.... avec l'impôt !

banque police

Invention de la monnaie métallique et de l'impôt

Vers -700 à -600 simultanément en Chine, en Inde et en Lydie (Grèce antique) des "chef de gang" ont innovés et inventé une technique très efficace pour vivre sur le dos des autres.

C'est l'invention de la monnaie métallique, des pièces de monnaie.

frapper la monnaie celtes
En europe les pièces de monnaie sont "frappées". Alors qu'en Inde elles sont poinçonnées et en Chine elles sont moulées.

Historiquement, il y avait des chefs de gang, des seigneurs (saigneurs !) locaux qui s'arrangeaient dans un système mafieux pour vivre sur le dos des autres:

Tu me donne une partie de ta récolte et je te massacre pas..... et mieux encore je te protège des autres gangs qui veulent te piquer ta récolte...

Vivre de razzia et racket c'est pas très efficace. Ça donne une mauvaise image et très souvent ça conduit à tuer les gens sur le dos des quels on aimerait vivre. Pas terrible.

C'est ainsi que la monnaie est un meilleur système.
Prenons un exemple tout à fait historique.

Le roi Crésus, allait (faire) chercher de l'électrum, un alliage d'or et d'argent, dans la rivière Pactole. Avec cet électrum il fabriquait des pièces de monnaie.

Pièce de monnaie du roi Crésus
Pièce de monnaie du roi Crésus

Ces pièces d'or vont lui permettre d'acheter la récolte des paysans. Voilà donc l'innovation majeure, acheter au lieu de piller....

Mais est-ce très différent ?

Non pas vraiment, car ces pièces de monnaie ne coûtent pas grand chose à Crésus. Juste le coût d'extraction de l'électrum et de frappe des pièces.

La différence entre la valeur nominale attribuée à une pièce et son coût de fabrication est appelée le seigneuriage.

C'est en bref, le pouvoir d'achat "gratuit" qui revient de droit au seigneur qui a le monopole d'émission de la monnaie.

Donc c'est pas très différent d'aller voler aux paysans leur récolte ou de l'acheter avec de la monnaie qu'on a eu gratuitement... pour le seigneur, ça ne coûte rien ! C'est gratuit !

Une économie de marché est-elle possible sans impôts ?

Donc notre ami Crésus se dit qu'il va être gentil, au lieu de réquisitionner chez ses sujets ce qu'il lui faut, il va acheter.

Mais il va acheter à qui ?

Est-ce qu'il y a un marché ? Est-ce qu'il y a des gens qui vendent ?

Et bien non... si tout le monde est autonome, que tout le monde vit de sa récolte et complète ses propres récoltes par des dons entre les habitants. Pourquoi avoir envie/besoin de vendre au seigneur ?

Tout le monde s'en fiche !

Donc Crésus l'a dans l'os. Pas de marché.. rien à acheter !

Il faut donc créer un marché ! Comment on fait ?

Et bien il faut mettre en place un impôt !

marche-aux-epices
Marché aux épices. Une économie de marché n'émerge pas tout seule.

Exemple du premier achat de récolte de blé

On va démontrer tout ça en racontant la petite histoire du premier achat de l'Histoire.

C'est l'histoire du soldat qui va acheter une récolte de blé à un paysan pour le compte de son seigneur:

« L’année dernière on a tué ton frère pour lui prendre sa récolte. Cette année tu as de la chance on a changé le système. On ne va pas te tuer, on va juste t’acheter ta récolte ! »

Mais le paysan à qui on fait cette proposition n’est pas d’accord.
La rondelle de métal qu’on lui propose ne se mange pas ! Alors que se récolte oui. Il refuse donc de se faire acheter sa récolte.

C’est là qu’intervient l’impôt.
Voici ce que répond au paysan le soldat chargé d’acheter la récolte:

« Tu veux pas te faire payer ? C’est dommage, car c’est ton seul moyen d’avoir de quoi payer l’impôt ! Oui oui..
En fait mon chef, le Seigneur dans son château, à la fin de l’année il va demander qu’on lui rende un certain nombre de rondelles. Si tu peux pas lui payer cet impôt, là on te met en prison.
T’as le choix ! »

Le paysan, accepte... sans en réaliser totalement les implications futures...

Voici donc l’origine de l’impôt. En effet, sans ce mécanisme, il y a des gens qui pourraient sortir du système. Décider qu’ils n’ont pas besoin de monnaie pour vivre.

Mais avec l'impôt, le seigneur impose l'utilisation de SA monnaie, qu'il peut obtenir quasi gratuitement.

champ de blé plaine areuse
"Avoir du blé"... signifie avoir de l'argent... mais au moins ça se mange !

L'économie de marché est une conséquence de la monnaie et de l'impôt

Notre ami paysan, premier vendeur de l'histoire est content. Il a réussi à se débarrasser des soldats sans avoir du verser une seule goutte de sang. Il a perdu une partie de sa récolte. Mais c'est pas grave. Il a reçu de l'or en échange...

Il garde ses pièces, d'or, déjà par ce qu'il ne sait pas quoi en faire. Mais surtout car il a compris qu'on allait lui en demander à la fin de l'année... combien ?? Bonne question...

Il apprendra que le seigneur va lui en demander bien plus que ce qu'il a reçu en échange de la vente de son blé.

Ainsi le paysan, si il ne veut pas finir en prison ou pire.... va devoir s'arranger pour trouver encore quelques pièces d'or.

Ça tombe bien, notre ami paysan n'est pas le seul à avoir reçu des pièces d'or. En effet le seigneur à aussi été faire des emplettes dans chez d'autres paysans, et même chez quelques rares artisans, notamment un forgeron pour acheter quelques épées. ⚔️ 🗡

(ouais, le seigneur local a besoin d'équiper quelques soldats pour être certain de contraindre les paysans à payer l'impôt !)

Ainsi le forgeron a pas mal de boulot, il va gagner plein d'argent et d'or en vendant des épées. Mais du coup il n'a plus le temps de s'occuper de son jardin et de faire à manger pour lui.

Heureusement notre amis forgeron dispose de plein de monnaie et peut acheter ce dont il a besoin pour vivre (de la nourriture !) chez d'autres paysans.

Ainsi notre amis paysan 1er vendeur de l'histoire va vendre un peu de blé au forgeron. Tout le monde est content. Le forgeron a de quoi manger et le paysan de quoi payer son impôt.

Le seigneur est aussi très heureux. Car ainsi il obtient gratuitement à manger et de quoi équiper son armée. C'était pas si simple de voler des armes, car les forgerons expérimentés qui font de bonnes armes c'est plutôt rare et c'est dommage de les tuer. Avec la monnaie il est beaucoup plus heureux !!

Vu que maintenant dans le village tout le monde vend des choses. Il est décidé d'organiser officiellement une place de marché. Les gens qui ont des choses à vendre peuvent venir tous les samedi matin sur la grand place pour exposer leur produits. C'est nettement plus efficace pour mettre en relation des vendeurs et des acheteurs.

Voilà, l'économie de marché est née.

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Biblots sur une place de marché à Dakar. Chacun vend ce qu'il peut pour "gagner sa vie" !

La monnaie un outil au service de l'expansion territoriale et technique

Le seigneur ayant vu que la place du marché se rempli bien il a décidé de mettre une taxe sur l'occupation d'un emplacement. Taxe payable uniquement dans sa monnaie. Génial une nouvelle forme d'impôt !

Du coup, pour encaisser les taxes et faire pression sur ceux qui rechignent à payer. Le seigneur (toujours plus saigneur...) a besoin de quelques soldats de plus dans son armée.

Il va donc pouvoir engager quelques soldats de plus grâce à son pouvoir de seigneuriage.

Progrès technique et concurrence : la spécialisation

Les nouveaux soldats du seigneur devront être équipés d'armes. Ce qui va donner encore du boulot au forgeron du village.

Notre ami forgeron occupe déjà tout son temps à fabriquer des épées, mais aussi des armures. Ainsi il cherche et trouve des techniques pour gagner du temps et améliorer son efficacité.

Il va aussi engager un apprenti pour l'aider et lui apprendre le métier.

Son voisin d'en face, même si il n'est pas forgeron chevronné, se dit qu'il y a du fric à se faire, donc il se met aussi à son compte comme forgeron....

La concurrence dans un marché libre est inventée.

economiste monnaie neutre
Extrait de la BD Economix, qui raconte très bien l'histoire de l'économie. Et montre bien que les économistes, comme ici Ricardo, ont toujours simplifié la monnaie et l'on vue comme neutre alors que c'est elle qui génère les dynamiques principales !

Plus tard des corporations, avec des maitres, des compagnons et des apprentis se formerons pour contrôler et réguler le marché. Des écoles seront crées, la corporation deviendra une personne morale.... mais tout ceci est une musique d'avenir...

Tout comme le fait que le forgeron va fabriquer des épées, puis d'autres armes, et on va passer de l'arme blanche à la poudre à canon, puis des armes à feux aux fusées 🚀... (pour les missiles...)

Ainsi ici, le forgeron 🔨 est le premier employé de l'industrie de l'armement... et l'astronaute 👩‍🚀 en est toujours un... la conquête de la lune 🌔 s'est faite par des militaires...

Je te laisse méditer sur l'intention derrière le progrès technique.....
... besoin de fric... et financement de l'industrie de la mort.... 💀

Besoin de croissance infinie.....

Armée professionnelle

Revenons à notre seigneur qui est très content d'avoir plusieurs marchands d'armes à disposition pour équiper son armée.

Historiquement, ce n'était pas simple d'avoir une armée. Il n'y avait que des "nobles", le chef de gang, sa famille et quelques compagnons (étymologie du titre de noblesse "comte") qui avaient le temps de s'entrainer au maniement des armes.

Donc ça donne une armée, forte, mais très très petite en nombre.

Il y avait aussi parfois des armées composées de paysans. Donc en grand nombre, mais sans vraies armes, et sans entrainement.

L'invention de la monnaie, permet de payer de gens pour ne devenir que soldat: des mercenaires.

Le mot salaire vient du latin salarium, qui désigne justement le sel donné aux soldats en payement de leur service.

Les soldats deviennent les premiers salariés de l'histoire.

... et quand on a une grande armée, il se passe quoi ?

vote bataille sans violence
Légionnaires romains. Les premiers salariés de l'Histoire.

Expansion territoriale, naissance des empires

Quand un seigneur dispose d'une grande armée, il est vite tenté d'aller imposer sa monnaie sur un territoire un peu plus grand.

Avant la monnaie, c'était dur, notamment pour les raisons évoquées ci-dessus, l'armée était trop petite ou trop mal entrainée.

Mais aussi car les systèmes économique utilisés, des reconnaissances de dettes mutuelles, impliquaient d'être intégré dans un tissus social.

Or, le soldat en territoire ennemi qui massacre tout le monde n'est pas très bien intégré dans un tissus social.

De plus, plus la conquête avance, plus faire venir de la nourriture depuis le château du seigneur est de plus en plus compliqué. Ainsi les anciennes conquêtes étaient limitée en distance. Mais la possibilité d'acheter la nourriture sur place, permet une expansion territoriale énorme.

Le processus devient simple:

  • conquérir un territoire avec une armée professionnelle
  • mettre en place l'obligation de payer un impôt
  • acheter tout ce dont tu as besoin avec des pièces de monnaie

Ainsi on obtient de nouvelles ressources qui vont étendre le territoire du seigneur.

La notion d'empire est inventée.

Empire d'Alexandre de le Grand, avec le tracé de son parcours de conquête
Empire d'Alexandre de le Grand, avec le tracé de son parcours de conquête

Un des exemples les plus emblématique est celui d'Alexandre le grand. Un prince Macédonien qui a passé sa courte vie à conquérir des territoires et les soumettre à l'impôts de son empire.

Pièce de monnaie en or d'Alexandre le Grand
Pièce de monnaie en or d'Alexandre le Grand

Les premières pièces de monnaie trouvée en Suisse étaient des pièces de monnaie à l'effigie de Philippe II de Macédoine. Le père d'Alexandre le Grand.

Minage et esclavage

Le pouvoir de seigneuriage a permis à notre petit seigneur d'acheter quasi gratuitement tout ce qu'il lui faut pour vivre et pour financer son armée et ainsi devenir empereur.

Marchand d'arme est devenu la profession la plus lucrative dans un empire en expansion.

Mais qui dit expansion des achats, dit aussi expansion des paiements et donc des pièces d'or et d'argent !

D'où vient tout ce métal précieux utilisé pour faire des pièces de monnaie ?

lingot d'or BCN
Lingot d'or

Et bien la rivière Pactole dont nous avons parlé plus haut disposait de ressource en alliage électrum facile à obtenir.

Mais avec le temps, c'est devenu toujours plus dur. Le pouvoir de seigneuriage est devenu plus faible. Et si en plus il faut payer des gens pour aller cherche de l'or et de l'argent, ça diminue le pouvoir de seigneuriage.

Ainsi la solution trouvée pour assurer une grande création monétaire et un grand seigneuriage, c'est l'esclavage.

En effet, que faire de tous les gens qui ne paient pas les impôts ?

La prison ça coûte cher. La mort c'est pas très efficace. Ainsi l'esclavage pour aller chercher des métaux précieux, c'est nettement mieux.

Après l'orpaillage dans les rivières, c'est l'industrie minière qui a débutée.

Donc on ajoute au processus de conquête, une phase de prélèvement de quelques esclaves qu'on va mettre avec les gens qui n'ont pas réussi à payer leurs impôts.

Pour avoir un ordre de grandeur de l'esclavage pratiqué on sait que 20 000 esclaves sont sont échappés en -413 des mines d’argent du Laurion grec, selon Thucydide, dans Histoire de la guerre du Péloponnèse, VII, 27.

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Pièce de monnaie Athénienne en Argent. Cet argent provenait généralement des mines d'argent du Laurion.

L'expansion d'un empire dépend donc directement de sa capacité à produire de la monnaie.

Une autre source de métal possible était aussi toutes les statues et idoles religieuses qui se trouvaient dans les temples. Beaucoup ont été recyclées en pièces de monnaie.

Les empires ayant une monnaie basée sur le bronze et le fer (en Chine) ont eu plus de facilité à s'étendre que les empires avec une monnaie basée sur l'or et l'argent (Grèce).

Sources historiques sur l'histoire des impôts

Cette jolie histoire est sympathique. Mais est-ce qu'on a la preuve que ça s'est passé ainsi. J'ai jamais entendu ça dans mes bouquins d'histoire, ni dans mes bouquins d'économie !!

En effet, l'histoire de la monnaie est très méconnue. Et pourtant elle influence toujours nos vies.

Personnellement, c'est surtout le livre de l'anthropologue David Graeber: Dette 5000 ans d'histoire qui m'a permis de découvrir l'histoire de la monnaie. Voici mon résumé de ce magnifique livre.

Voici quelques extraits de ce livre et les références vers les sources historiques pour appuyer cette version méconnue de l'histoire.

dette-5000-ans-dhistoire-graeber

L'impôt permet aux états (et leur souverain) de supplanter les systèmes économiques précédents

« Au fil de l’histoire, la raison la plus fréquente de s’endetter a toujours été la nécessité de réunir les sommes nécessaires pour payer l’impôt. »

« En décrétant que seules leurs propres pièces seraient acceptables pour régler les redevances, les amendes et les impôts, les Etats ont réussi à submerger les innombrables monnaies sociales qui existaient sur leur territoires et à instaurer une sort de marché national unifié. »
D.Graeber

Chapitre 9: l’âge axial (p277 de Dette 5000 ans d’histoire)

Les souverains de l'antiquité se sont beaucoup intéressés aux liens entre monnaie, armée, esclaves et impôts

Aux quatre coins du monde la caste des gens qui avaient envie de vivre sur le dos des autres ont beaucoup étudié la monnaie et comment la mettre en place à leur profit.

« Il suffit de jeter un coup d’œil au traité de Kautilya, l’Arthasastra, au « cercle de souveraineté » sassanide ou au Discours sur le sel et le fer chinois pour constater que la plupart des monarques antiques passaient beaucoup de temps à réfléchir sur la relation entre mines, soldats, impôts et denrées alimentaires.

Presque tous ont conclu que créer des marchés n’était pas seulement commode pour nourrir les soldats, mais utile à bien d’autres fins : les gouvernants n’auraient plus à réquisitionner directement chez leurs sujets tout ce qu’il leur fallait, ou à trouver comment le produire sur les domaines ou dans les ateliers royaux. »

Extrait de: David Graeber. « Dette : 5000 ans d’histoire (Les Liens Qui Libèrent) (French Edition). » iBooks. p107…. mais p64 de mon édition papier»

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Il n'y a pas que les souverains de l'antiquité, de nos jours encore la monnaie est une arme de domination au profit de celui qui la crée...

Exemple de mise en place de l'impôt colonial à Madagascar pour soumettre les habitants de l'île

Un exemple de mise en « esclavage civilisé par le marché » avec la colonisation de Madagascar par les français.

« C’était particulièrement fréquent dans le monde colonial. Revenons un instant à Madagascar : j’ai déjà signalé qu’une des premières initiatives du général français Gallieni, quand il a achevé la conquête de l’île en 1901, a été d’imposer un impôt personnel. Il était très élevé, mais aussi payable «uniquement en francs malgaches, la monnaie qu’on venait d’émettre. Bref, Gallieni a bel et bien imprimé de la monnaie, puis exigé que tous les habitants du pays lui en rendent un peu. »

« Mais le plus frappant a été le vocabulaire dont il s’est servi pour décrire cette capitation. Il l’a appelée l’« impôt moralisateur ». Autrement dit, cette fiscalité visait – pour adopter le langage de l’époque – à inculquer aux indigènes la valeur du travail. »

« On pourrait ne voir dans l’ensemble du projet qu’un mécanisme cynique pour soutirer à la paysannerie une main-d’œuvre bon marché, et c’était bien le but […]»

La suite de cette phrase que j’ai tronquée explique que le second but, c’est de créer de nouvelles habitudes de « luxe » qui rendrait dépendante Madagascar pendant longtemps de la France…

Extrait de: David Graeber. « Dette : 5000 ans d’histoire (Les Liens Qui Libèrent) (French Edition). » iBooks. p107  »

La Françagrique est une longue tradition. La colonisation continue, notamment à travers le Franc CFA, monnaie africaine contrôlée par la France.

Histoire de la monnaie en vidéo: l'invention de la monnaie métallique et de l'impôt

La monnaie métallique n'est qu'un des nombreux épisodes de l'histoire de la monnaie, si tu veux en savoir plus je peux encore t'en raconter beaucoup. Mais sur un autre article, et même en vidéo:

Voici l'épisode 4 de ma série sur l'histoire de la monnaie. C'est l'épisode dans lequel j'y évoque l'origine de la monnaie métallique et de l'impôt:

Rôle de l'impôt de nos jours

Ainsi maintenant tu connais l'histoire. Tu connais l'origine de l'impôt. Tu sais que l'impôt n'est qu'un outil pour imposer l'utilisation d'une monnaie dont personne ne veut.

Depuis l'époque de l'invention de la monnaie métallique, 2700 ans se sont écoulés. La situation à un peu évolué, mais pas tant que ça !

Bref résumé de 2700 ans d'histoire

  • Grâce à l'utilisation de monnaie et de l'impôt des petits seigneurs locaux sont devenus de grands empereurs.
  • La monnaie s'est répandue partout. Le monde entier à été converti à l'utilisation de monnaie centralisée. Les moyens de règlements de dette et de comptabilité mutuelle ont été éradiqués, tellement la pression à "gagner sa vie" avec de la monnaie imposée est forte.
  • En vendant à tous les camps les marchands d'armes sont devenus plus riches que les seigneurs qui les engagent.
  • Les seigneurs ruinés se sont endettés auprès de riches marchants (d'armes...) pour continuer à faire la guerre.
  • Les créanciers des seigneurs ont acceptés de différer quasi à l'infini le remboursement de la dette, en échange du monopole donné par l'Etat de titriser la dette sous forme de billet de banque => la notion de banque centrale est née.
  • Les marchands sont devenus plus forts que les Etats. Grâce à la dette infinie, ils peuvent créer des quantités infinies de billets de banques.
  • La technique s'améliore toujours pour être plus efficace que la concurrence et ainsi obtenir plus facilement de la monnaie.
  • Un grand saut technique est franchi lors de la révolution industrielle qui permet d'exploiter l'énergie fossile plutôt que la force musculaire des esclaves.
  • Les infrastructures de la révolution industrielle coûtant très cher, (aciéries, train, navires, usines, etc...) les banques commerciales ont été inventées pour fournir tout de suite, un crédit en monnaie scripturale à rembourser plus tard.
  • Les banques commerciales ont pris le dessus de la création monétaire.
  • Les Etats ne font plus rien avec leur seigneuriage. (si il en reste un ! ... En suisse c'est le cas. L'Etat émet les pièces de monnaie, mais en France c'est la banque centrale qui le fait. L'Etat n'a donc plus rien !)
  • Les Etats ont conservé la notion d'impôt. Mais le circuit ne leur profitent plus.
  • Les Etats se financent via l'impôt, mais aussi via le crédit bancaire.
  • Les banques commerciales sont les grandes gagnantes.
  • Les cryptomonnaies et Monnaie Locale Complémentaire sont inventées, mais ne servent pas à payer les impôts... vont elles prendre ?
banque montreux
Les banques commerciales créent la majorité de la monnaie de nos jours

L'Etat a augmenté ses dépenses et ne les finances plus par la création monétaire !

De nos jours la situation est beaucoup plus complexe. L'Etat a augmenté son train de vie, surtout depuis qu'il sert à autre chose que financer une armée.

L'impôt est utilisé pour financer le train de vie de l'Etat. (Armée, fonctionnaire, écoles, hôpitaux, subvention à l'économie, services sociaux, protection de l'environnement, etc..)

Propagande pro-achat d'avion de combat Gripen qui montre que le budget militaire est minime dans la répartition des impôts
Propagande pro-achat d'avion de combat Gripen qui montre que le budget militaire est minime dans la répartition des impôts

L'Etat impose toujours l'utilisation d'une monnaie en particulier, mais les citoyens ne peuvent plus payer les impôts avec la monnaie de l'Etat !

(Bon, techniquement, il est toujours possible de faire un versement en pièces de monnaie à un guichet de poste. Mais ensuite l'Etat va récupérer de la monnaie scripturale, soit des substituts monétaires sur un compte en banque...)

Conclusion, l'Etat a augmenté ses dépenses et ne les finances plus par la création monétaire.

Donc l'Etat dépend des banques commerciales.

Ainsi on comprend pourquoi personne ne répond juste à ma question "à quoi sert l'impôt". Tout le monde a l'habitude de la situation actuelle. Peu de gens connaissent l'intention de base de l'impôt.

Cependant cette fonction d'imposer l'utilisation d'une forme de monnaie existe toujours.

Les différentes formes d'impôts de nos jours

Si l'on considère qu'un impôt est ce qui impose l'utilisation d'une forme de monnaie, alors quelles sont les impôts existants de nos jours ?

Si je prend mon cas en Suisse. J'ai trouvé les impôts suivant:

  • impôt sur le revenu (communal, cantonal, et fédéral)
  • impôt sur la fortune (communal, cantonal et fédéral)
  • TVA (à chaque achat on paye l'utilisation de la monnaie !! L'acheteur pourrait acheter dans une autres monnaie, mais le vendeur lui doit payer la TVA dans la monnaie officielle)
  • redevance radio-TV
  • impôt anticipé (prélèvement à la source de 35% des gains en capitaux sur les compte bancaires pour inciter les gens à déclarer leur compte aux autorités fiscales)
  • Assurance maladie (Cette assurance est obligatoire et les assurances n'acceptent pas, à priori qu'on les paie en autre monnaie que le CHF )
  • Assurance ménage (éventuellement Responsabilité Civile car c'est très fortement conseillé)
  • Taxe déchet suivant les lieux... 
  • Taxe foncière suivant les lieux (les cantons de ZH, SZ, GL, ZG, SO, BL et AG ne pratiquent pas)
  • Valeur locative, même un propriétaire paye en impôt la valeur estimée d'un revenu si il avait loué son immeuble !!
  • les diverses taxes incitatives.... (Alcool, tabac, carburant, chauffage, autoroute, chien, etc..)  Il suffit de suivre l'incitation.. on est moins libre d'un côté.. mais de l'autre oui !
  • (la taxe d'habitation française, n'existe pas sous cette forme en suisse)
  • (La taxe professionnelle française n'existe pas en suisse)

Pour tous savoir sur le système fiscal suisse et sur les impôts existant en Suisse au niveau cantonal, communal et fédéral, voici le tout réuni dans un document pdf...

Voici le portail des impôts français, histoire de comparer...

billet franc suisse mille impots

La Suisse est probablement le seul pays au monde où les gens votent massivement pour être imposés !

Le système Suisse fait que l'on vote régulièrement, environ tous les 3 mois sur divers sujets.

En mars 2018, un des sujets soumis en votation demandait en substance:

  • est-ce que vous voulez toujours la TVA ?
  • est-ce que vous voulez toujours des impôts fédéraux ?

En Suisse, l'impôt fédéral et la TVA sont inscrits dans la constitution de manière provisoire. Ainsi tous les 15 ans le peuple doit dire si il veut toujours de ces impôts ou pas.

Ce "Nouveau régime financier 2021" a été accepté par 84% des votants.

Ce qui m'étonne c'est qu'il n'y a pratiquement eu aucun débat sur le sujet ! Le parlement était à l'unanimité pour ces impôts !
L'immense majorité des partis étaient pour.

Aucun débat public n'a eu lieu ! C'est quand même incroyable !

PLR est pour les impôts.
regime financier et no billag votation suisse mars 2018
Le PLR est pour les impôts malgré ce qu'il dit à longueur d'année !

Ceci alors qu'à longueur d'année les partis de droites comme le PLR tapent sur les impôts trop élevés...

... et les partis de gauche comme le POP tapent sur la TVA, cet impôt injuste qui frappent tout le monde de la même manière que l'on soit riche ou pauvre.

Mais là, POP et PLR ont recommandé de reconduire ces impôts !! Incroyable!

4 mars 2018 régime financier et no billag
POP est pour le TV
Le POP est pour la TVA, même si il tape dessus régulièrement en disant que c'est un impôt injuste

Mais il faut préciser quand même que le même jour il y avait un autre sujet de votation qui a fait grand bruit. Probablement une des votations qui a fait le plus de débat ces dernières années.

C'était la votation sur l'initiative "no billag" qui proposait de supprimer la redevance Radio TV.

Evidemment, les journalistes (surtout ceux dont le jobs dépend directement du résultat de la votation) ont beaucoup plus parlé de cette votation et organisé de nombreux débats.

Alors que fondamentalement, si l'on regarde les montants en jeu. La décision à propos de la redevance radio-TV est beaucoup moins importante.

proportion des montants en jeux votation 4 mars 2018 impôt ifd tva et billag

Bref, le même jour, le 4 mars 2018, les Suisses on voté avec une très large majorité pour la continuité de 3 formes d'impôts différentes qui vont les piéger encore longtemps dans un système monétaire précis.

... et 3 mois plus tard, les mêmes ont refusé l'initiative monnaie pleine qui proposait de crée de la monnaie sans dette et de donner la possibilité de la distribuer aux personnes directement.

Ainsi la majorité des Suisse, probablement par ignorance, plébiscitent un système monétaire qui leur est majoritairement défavorable !

L'impôt empêche les systèmes économiques alternatifs

Il y a des nombreuses personnes qui aimeraient changer de système économique.

Il y a des gens qui aimeraient utiliser des monnaies plus vertueuses. Notamment les gens qui crées des Monnaies Locales Complémentaires.

Il y a les gens qui aimeraient vivre sans argent. 💰

Mais voilà, que ça ne marche pas. Ça ne prend pas. Il y a toujours l'impôt pour obliger à utiliser la monnaie officielle.

J'ai participé en 2018 aux rencontres des Monnaies Locales Complémentaires de France et 10 jours après à l'équivalent de Suisse.

Chaque fois c'est le même discours, il faut investir massivement pour inciter les gens à utiliser les Monnaies Locales Complémentaires, et ça ne marche pas....

monnaie locale complementaire

J'ai organisé à chaque fois une partie du Jeu de la Monnaie. Donc il n'y a que des fans des Monnaies Locales Complémentaires, des gens qui se battent pour les faire utiliser.

Quand on introduit une MLC dans le jeu de la monnaie, et bien les fervents défenseurs des Monnaies Locales Complémentaires ne sont pas très intéressés par celle-ci....

Je veux pas des tes cacahuètes 🥜, une monnaie de singe 🐵 J'ai un crédit à rembourser et des impôts à payer dans une autres monnaie. C'est déjà assez dur comme ça...

Voilà on a tout résumé.

Ainsi pour faire fonctionner une économie autrement. Il ne suffit pas de proposer des monnaies alternatives (Ça me fait penser aux inconditionnels de la monnaie libre Ğ1 qui pensent que tout va se résoudre en utilisant cette monnaie !)

Il faut également réduire, voir supprimer sa dépendance à des monnaies prédatrices qui permettent à une caste de vivre sur le dos des autres en profitant de leur pouvoir de seigneuriage.

Ceci peut se faire, soit en échappant le plus possible aux impôts, soit en permettant de payer des impôts dans des monnaies moins prédatrices.

Les créateurs de Monnaies Locales Complémentaires devraient penser à ça.

farinet
Des Farinets. La monnaie locale valaisanne.

Conclusions

On a donc vu dans cet article, que l'intention première de l'impôt, c'est d'imposer une forme de monnaie dont personne ne veut sauf le seigneur (saigneur) qui en a le monopole d'émission et qui profite de son pouvoir de seigneuriage pour vivre sur le dos des autres.

On a vu que ce système monnaie métallique + impôts génère la création d'une économie de marché, ainsi que la concurrence entre les personnes pour gagner plus d'argent et ainsi tenter de se libérer au maximum de l'impôt.

Une autre conséquence d'avoir à "gagner sa vie" sous la forme de "gagner de la monnaie" pour payer les impôts, c'est que l'on favorise le progrès technique, la recherche de l'efficacité par le progrès technique.

On peut se poser la question de savoir si notre civilisation serait autant "avancée" sur le plan technique si on avait eu un autre type de monnaie ?

monopoly maison
Le but du jeu du monopoly est de faire gagner une seule personne. Peu importe qui sont les joueurs, des escrocs ou des moines vertueux..... ainsi changeons le système.

Encore une autre conséquence de ce système monétaire de type jeton-valeur métallique et non de reconnaissance de dettes mutuelle dans une communauté de confiance, c'est le fait qu'il est très efficace pour favoriser la création d'une armée efficace. Ceci d'autant plus que la course à la technique et l'économie de marché avec des acteurs en concurrence va d'autant plus favoriser la création de nouvelles armes plus efficaces.

Il n'est donc pas étonnant de voir que le moment de l'invention du système monnaie métallique + impôt est le moment de l'émergence de grands empires basé sur l'expansion guerrière.

Le grand public et même les soi-disants spécialistes de la monnaie et de l'économie, ne connaissent pas la véritable origine de l'impôt. (ainsi te voilà maintenant plus au courant que 90% des économistes !)

C'est pour cette raison que le peuple vote quasi systématiquement contre ses intérêts dans les votations sur ce genre de sujets.

J'espère ainsi contribuer la moindre à une meilleure compréhension du sujet des impôts et de la monnaie et faire émerger un système qui me semble plus juste et qui ne nécessite pas d'impôt !
... même pour réaliser les tâches que l'on attribue généralement à l'Etat..

Si tu veux en savoir plus c'est par ici... Il s'agit du kong, une nouvelle monnaie de singe... 🐵 C'est du low-tech basé sur des carnets où l'on pratique une comptabilité, on sécurise le tout avec des signatures croisées comme pour un contrat.

Et chaque mois, chaque personne reçoit son revenu de base. Pas besoin de banquier, ni de saigneur, pour faire la monnaie....

Tout est possible, garde l'esprit ouvert !

Pacifier ta relation à l’argent pour changer le monde

Sur ce site je parle beaucoup de monnaie, de système monétaire, de structures collectives liées à la notion d'argent. Aujourd'hui on va voir tout ceci sous un angle différent.

Aujourd'hui je vais compléter l'article sur ton rapport personnel à l'argent pour montrer comment des croyances personnelles peuvent faire émerger des systèmes économiques.

De plus nous verrons comment pacifier sa relation personnelle avec l'argent.

Je dis souvent que la monnaie est une structure du monde. Et bien souvent je dis que c'est une structure de pouvoir d'une poignée sur un grand nombre. Une transformation d'un système d'esclavage vers un autre.

Cette petite vidéo humoristique le montre bien.... 😛

Mais d'où vient une structure collective ? Ne serait-ce pas l'agrégation de nombreuse structures individuelles dans lesquelles chacun joue son rôle ?

La structures oblige les individus à jouer un rôle

Il y a plusieurs avis sur le sujet. Nous avons par exemple les structuralistes. Frédéric Lordon en est un. Il pense que le capitalisme est une structure qui agit sur les individus par affect et désir. Il pense que les individus dans cette structure n'ont pas de libre arbitre. Ils sont conditionnés par cette structure.

Voici une vidéo dans laquelle il évoque ceci.
(Je trouve qu'il dit des choses finalement simples mais d'une manière terriblement compliquées !!)

Petite digression par rapport aux structures d'organisation

Un autre sujet qui me passionne, c'est les structures des organisations, il n'y a pas que les structures monétaires dans la vie !

Lordon parle dans cette vidéo, de la gouvernance en holacratie. Il dit que ça ne fonctionne que par beau temps: "Allez voir quand les actionnaires ne sont plus d'accord... tout ce management s'effondre"

Effectivement il soulève un point très intéressant qui est souvent négligé, mais il jette le bébé avec l'eau du bain.

Fédéric Laoux le dit très bien dans son livre "Reinventing organizations", si l'on veut appliquer une gouvernance partagée, une gouvernance de type Opale. Il est nécessaire que le(s) propriétaire(s) soient en accord avec ce fonctionnement.

livre reinventing organization frédéric laloux

Lordon a une vision du monde de lutte de classe. Donc évidemment ça ne l'arrange pas quand on peut sortir de la lutte !

C'est le grand combat entre les deux visions du monde, réformer de l'intérieur ou faire la révolution....   et personnellement je trouve plus intéressant la troisième voie: construire à côté.

Le cas de Buurtzorg, entreprise de soins à domicile aux Pays-Bas est passionnant. Ce cas montre qu'en très peu de temps, en construisant à côté une entreprise qui correspond à ses valeurs et aux valeurs des acteurs du domaines (les soignants et les soignés) et bien on peut bouffer la majorité du marché. Les soignants préfèrent venir travailler dans un meilleur cadre et les soignés demandent à travailler avec Buurtzorg plutôt qu'avec les autres.

Le Jeu de la Monnaie pour comparer l'effet de quatre systèmes économiques

Régulièrement, j'organise des "Jeu de la Monnaie".

Le Jeu de la Monnaie, c'est 4 petits jeux d'une dizaine de minutes qui nous permettent de simuler 4 systèmes économiques, afin d'observer leur influence sur les individus.

Le fil rouge entre les quatre jeux, c'est la possibilité de construire des maisons. ?
Les maisons sont symbolisées par 4 murs, 4 cartes à jouer de la même hauteur. ♠️♥️♣️♦️
Les règles sont simples, mais ce qui en émerge peut devenir très complexe.

Petit aperçu en vidéo du déroulement d'un jeu de la monnaie...

Donc c'est toujours la même idée là derrière: les structures conditionnent les individus. Si on change la structure, on change tout!

Et effectivement, je constate que les 4 jeux sont très différents. Je vois que le vol, la mendicité, les grosses multinationales qui s'accaparent les ressources n'émergent que dans un des jeux....  devine lequel !

Le libre arbitre existe

Mais malgré tout, il y a des différences entre les parties et la seule chose qui change. Ce sont les joueurs. Ainsi je tends à penser que le libre arbitre existe toujours, contrairement à ce que pense Lordon.

Le premier jeu du Jeu de la Monnaie n'a pas vraiment de structure. Ainsi c'est le jeu dans lequel on voit le plus de différences d'une partie à l'autre. C'est là qu'on observe le mieux le libre arbitre des joueurs.

Certains sont dans la peur et le manque.... et d'autres sont dans la joie et le don....

Mais pourquoi une telle différence entre individus ?

Les croyances autour de l'argent

Dans mon article précédent je t'ai questionné sur ta relation personnelle à l'argent. Si tu n'as pas lu cet article je t'invite à le faire. Je ne ferai ici qu'un bref résumé.

Pour comprendre pourquoi des individus agissent différemment dans la même situation, il est intéressant d'observer les croyances liées à l'argent. Christian Junod le fait bien.

Bien, qu'il soit banquier à la base, Christian Junod dit qu'il n'est pas un spécialiste de la monnaie, de sa création de son origine etc...

Par contre il dit qu'il est un spécialiste de "la relation à l'argent".

Dans les différentes croyances associées à l'argent, il y a des gens pour qui l'argent est du pouvoir, de la liberté, de l'indépendance, de l'autonomie, voir le bonheur. Il y en a pour qui c'est de la sécurité. Il y a des gens pour qui l'argent c'est mal !.. ça brûle les doigts... ça crée des conflits...   Il n'y a qu'à voir les familles qui se déchirent pour des héritages... L'argent c'est sale, ça crée l'injustice.

A partir de ces croyances, il y a des gens qui sont capables d'attirer de l'argent et d'autres qui se sabotent au dernier moment pour ne pas en recevoir. Plus étonnant encore, il semble que c'est parfois en lien avec des croyances familiales et pas que personnelles. Ces croyances sont souvent inconscientes !

Il y a des comportements comme celui que Christian Junod décrit à propos de ce qu'il faisait lui-même, placer sa sécurité dans l'argent. Ainsi, il y a même des gens qui sont multi-millionnaires (ou plus) qui ont toujours besoin d'accumuler, qui sont pingres, car ils n'osent pas toucher à leur sécurité. Il faut toujours plus d'argent. Oui... même en étant millionnaire on peut être dans la peur du manque.

Christian Junod s'est donné pour mission d'aider les gens à pacifier leur relation avec l'argent. Il organise (organisait... il semble qu'il veut changer de formule) des ateliers pour comprendre sa relation à l'argent et la pacifier. Il a également écrit des livres comme "Ce que l'argent dit de vous".

D'où viennent les structures collectives ?

Les structuralistes pensent que la structure va mettre les individus dans une situation où il n'ont plus de libre arbitre. Ils n'ont plus que pour choix de choisir un rôle que la structure offre. D'une manière générale on voit souvent émerger le triangle de Karpman, soit le triangle des relations entre les rôles de bourreau, victime et sauveur.

J'observe qu'effectivement la structure est très forte pour conditionner les individus. Mais d'où vient la structure comment se met-elle en place? Comment et de où est-ce qu'elle émerge ?

J'ai l'impression que les structures collectives ne sont que le reflet de la vision du monde des individus. Plus spécialement les structures sont souvent là pour refléter les peurs des individus.

Quand un groupe est tout neuf, il y a rarement beaucoup de règles. Puis quand il y a eu des conflits, on met en place des règles pour éviter que les conflits ne se reproduisent.

Ainsi une personne qui vit en pleine confiance n'a pas besoin de beaucoup de règles. Alors que la personne qui vit dans la peur tente de construire un système qui la rassurera.

star wars armée stormtroopers

L'origine de la structure collective actuelle de monnaie dette

A propos de monnaie, une personne qui a la croyance que l'argent c'est la sécurité, va tenter de pousser collectivement vers un système qui lui permet d'accumuler beaucoup d'argent. Elle va évidement se mettre du bon côté, même si c'est pas bon pour l'ensemble des individus.

Une personnes qui a la croyance que l'argent c'est le pouvoir et le contrôle de son avenir va avoir tendance à favoriser un système dans lequel elle peut contrôler le plus largement possible les facteurs qui influencent son avenir.

Le système à monnaie dette par exemple, n'est que la conséquence de croyances de certains qui ont par exemple, peur de l'abus, donc veulent contrôler, au point de contrôler l'entier de la société et le futur grâce au contrôle des crédits.

Car oui, quand on y réfléchi, un banquier décide de l'avenir. C'est lui qui décide d'accorder un crédit ou non à un projet.

credit bancaire facile

Ainsi je me dis de plus en plus que les structures du monde actuel ne sont que le fruit des plus peureux d'entre nous !
.... donc ceux qui veulent, tout contrôler (les autres, la vie...) et ne surtout pas faire confiance (aux autres, à la vie).
(Les autres... la vie...... big brother et les OGM... ne serait-ce pas la même source ? Cette envie de tout contrôler ?)

Qui est le plus malheureux dans le triangle de Karpman ?  le bourreau ou la victime ?  Le bourreau ne serait-il pas bourreau juste pour éviter d'être la victime ?

star wars kylo ren sabre laser

Les gens hors contrôle font peur

Pourquoi est-ce que c'est le système des plus peureux qui gagne et pas le système des plus en confiance ?

Pourquoi est-ce que l'on vit dans un système de monnaie dette hyper centralisé où les banques détiennent quasi tous les pouvoirs ? On pourrait tout aussi bien vivre dans un système de don ?

Je me dis que les individus qui ont confiance n'ont pas besoin de règles, donc ils laissent tranquilles les autres. Alors que les individus guidés par la peur et l'envie de contrôler vont forcément impliquer les autres et l'entier du monde dans leur système. Sinon il y a toujours un risque de ne pas contrôler....

Cette thèse semble se confirmer dans l'histoire de l'anarchisme. En tout temps, les anarchistes se sont fait massacrés. Il y a eu au cours des 19ème et 20ème siècles quelques exemples peu connus de sociétés anarchistes qui ont fonctionné, mais elles se sont toujours fait écrasées (en général dans le sang) par les puissants d'à côté qui avaient peur que leur modèle ne s'effondre.

banque dictateur

C'est ainsi que le communisme libertaire s'est fait écraser par le communisme totalitaire. C'est ainsi qu'après avoir combattus ensemble leur ennemis communs, l'armée rouge de l'état central russe a écrasé la Makhnovchtchina une armée d'inspiration anarchiste qui mettait en place des sociétés rurales autogérées en Ukraine.

La commune de Paris en 1871 a également fini dans un bain de sang. La révolution sociale espagnole de 1936 a échoué au bout d'une année. Au moment où la coalition au pouvoir a commencé à gentiment se débarrasser des anarchistes, en interdisant d'abord leur médias, puis en les désarmant.... et c'est ce qui finalement a permis au général Franco mieux armé de prendre le pouvoir pendant les décennies suivantes....

L'histoire de l'anarchie est très bien racontée dans ce documentaire:

Le bénévolat, le marché du travail des anti-argent

Ci-dessus nous avons observé les conséquences de la croyance que dans l'argent se trouve ma sécurité, mon pouvoir, le contrôle de ma vie et de mon avenir.

Mais il y a encore d'autres croyances que nous n'avons pas encore explorées. Quelles sont les conséquences de la croyance que l'argent c'est mal, c'est Mamon ! que ça brûle les doigts, que l'argent crée la discorde et l'injustice ?

Christian Junod explique qu'il est allé parfois dans des organisations bénévoles pour donner ses ateliers sur Sa relation à l'argent. Une fois il a fait un petit sondage sur les croyances des bénévoles présents: une large majorité avait pour croyance que l'argent c'est mal ! (pour diverses raisons)

Ainsi on peut se poser la question: le bénévolat ne serait-il pas l'économie des gens qui ont pour croyance que l'argent est mal ?

En faisant du bénévolat, c'est s'assurer de pouvoir travailler sans avoir besoin d'utiliser de l'argent. Quand il n'y a pas de salaire, il n'y a pas d'argent. C'est donc s'assurer de ne pas participer à ce système totalement injuste qui crée la discorde !

C'est certainement inconscient pour beaucoup, mais ça me semble bien réel !

Polarisation et moralisation de sa vision de l'économie

La conséquence de ce genre de croyances négatives à propos de l'argent, c'est d'être souvent limite concernant ses besoins monétaires. Car en ayant une vision négative de l'argent, on s'interdit d'avoir plus que ce qu'il faut pour survivre. Et survivre, ce n'est pas vivre.

Ainsi le sujet de l'argent revient tout le temps sur le tapis. J'ai pas les moyens pour ceci ou cela... Je ne peux pas me le permettre. Ou pire encore, c'est renoncer à certaines valeurs à cause de ses moyens financiersJe mangerai bien que du bio, mais j'ai pas les moyens...

Ça peut également se traduire par une frustration de ne pas pouvoir vivre en accord avec ses valeurs. C'est par exemple le cas en se forçant à avoir un job alimentaire par-ce qu'il faut bien gagner du fric pour payer les factures. Et d'avoir, en plus, une activité bénévole qui elle, est réellement l'expression de ce que l'on a envie d'offrir au monde.

Cette activité bénévole est l'activité que je ferai si j'étais millionnaire ou si j'avais un Revenu de Base Inconditionnel. Pose-toi cette question et tu sauras si tu es dans peut être dans ce cas ?

revenu de base inconditionnel revenu assure question t-shirt

Survivre ainsi crée un inconfort. Cet inconfort peut être compensé par la morale. En n'ayant pas d'argent, Moi au moins je suis pur car je ne participe pas à ce système injuste.

Ainsi la personne dans cette situation se met à polariser le monde avec des gentils qui font du bénévolat et des méchants qui utilisent de l'argent.

Cette polarisation touche aussi les organisations bénévoles:
Vu que nous ne gagnons pas d'argent, notre but est noble. Alors que ceux qui gagnent de l'argent avec leur activité ne peuvent avoir une noble raison d'être !

Ayant pas mal oeuvré dans le milieu du bénévolat, j'ai souvent remarqué que l'argent est un sujet compliqué. Il y a souvent une justification au fait que l'on ne fait pas quelque chose, car on manque de moyens financiers. (les moyens humains ne manque pas forcément)

Par contre quand il s'agit de trouver l'argent qui permet d'avoir les moyens de ses ambitions. En général, il est très difficile de trouver des gens qui sont motivés pour la tâche de recherche de fonds... (J'ai surtout observé ça dans les gens qui militent pour un Revenu de Base Inconditionnel.... est-ce qu'il y aurait un lien ?)

J'ai eu par contre des activités bénévoles dans d'autres organisations où l'argent coulait à flot ! Enfin.... trop d'argent pour du bénévolat, et pas assez pour rémunérer les gens ou du moins pas tous... ! Et bien là non plus c'était pas simple. La croyance que l'argent sème la zizanie revient au galop et certains disent carrément: ce serait plus simple si on avait pas cet argent.

Le philosophe Karl Jaspers a inventé le concept de l'âge axial. Une période de quelques siècles, assez courte en regard de l'Histoire humaine, durant laquelle la plupart des grandes religions et philosophies ont émergées.

L'anthropologue David Graeber indique dans son livre Dette 5000 ans d'histoire que cette émergence de nombreuses pensées nouvelles en lien avec le divin et la morale est en fait une réaction face à l'invention des pièces de monnaie et l'arrivée de la pensée rationnelle matérialiste. (rationnel, vient de ratio, la proportion. Donc ce qu'il est possible d'acheter avec une quantité de monnaie donnée.)

Il y a donc peut être effectivement un lien entre les croyances liées à l'argent et la moralisation de la société.

dette 5000 ans d'histoire graeber

La lutte contre le système monétaire oppresseur et esclavagiste

Une autres approche, parfois complémentaire, c'est la lutte pour dénoncer le système. Comme montré plus haut, le système monétaire, pour ceux qui sont du mauvais coté est un système esclavagiste qui ne dit pas son nom. Le système monétaire n'est peut être pas la seule structure qui agit, mais il est indéniable qu'elle est bien présente.

J'ai déjà longuement décrit sur ce blog les nombreuses facettes du système monétaire, son fonctionnement et ses alternatives. Tu peux retrouver tout ces articles sur la catégorie monnaie du blog.

monnaie minimoi

La question que je me pose est de savoir si une personne qui est en situation de ne jamais attirer beaucoup d'argent va devenir une personne qui lutte contre ce système injuste à l'extérieur d'elle même ?

Il me semble que c'est tout à fait probable. Le mouvement Occupy Wall Street et ses dérivés le prouve. Le slogan Nous sommes le 99% dénonce bien la structure collective qui organise les inégalités sociales.

Mais on peut se poser la question:

Qui est responsable de cette situation est-ce que ce sont les grands méchants peureux qui ont construits et maintiennent un système qui leur est profitable pour éviter de perdre le contrôle de l'avenir ?

Ou est-ce que c'est ta croyance que l'argent est quelques chose de mauvais et qu'il faut l'éviter ?

A méditer pour toutes les personnes qui aiment lutter contre l'extérieur...  le changement principal est peut-être à faire d'abord à l'intérieur.

En tout cas, il n'est vraiment possible d'agir QUE sur son cercle d'influence. Celui-ci commence par soi-même. Et n'est parfois pas bien grand au delà de soi-même !

Avant de perdre de l'énergie à vouloir changer ce qui n'est pas dans son cercle d'influence (et d'en prendre plein la gueule), il vaut mieux se changer soi-même, et ainsi faire grandir sa sphère d'influence !

Résultat de recherche d'images pour "cercle d'influence personnel"

Gandi disait:

Soyez le changement que vous voulez voir pour le monde.

A la fin de cette vidéo qui décrit le projet d'éco-hameau Tera, son co-fondateur Frédéric Bosqué, indique que ça fait du bien de s'occuper de sa zone d'influence et plus du reste. On sort de son sentiment d'impuissance.

Dans une conférence où je l'avais vu, Frédéric Bosqué nous avait raconté une anecdote vécue dans une organisation de groupement d'achat. Une personne était intraitable avec les paysans pour grapiller des centimes sur le prix des patates.

En fait cette personne agit personnellement de la même manière que la grande distribution qu'elle dénonce à l'extérieur d'elle. Elle construit une alternative au système "capitaliste" qu'elle combat. Mais en même temps elle agit de la même manière. Ce qui n'est pas cohérent... car en suivant cette logique on ne change rien.

Ainsi avant de changer le monde extérieur, il faut bien faire attention de changer son monde intérieur. Sinon le même schéma se reproduit. La structure alternative ne change rien à part les gens à sa tête !

Le circuit du donner-recevoir

Maintenant que cette introduction est faite à propos de se changer à l'intérieur pour voir les changements à l'extérieur de soi, il est temps d'expliquer le circuit du donner et recevoir.

Je pense que ce qui sous-tend tout système économique, tout système monétaire. C'est un circuit de donner et recevoir. (Je pense même que ce principe de circuit peut s'appliquer à de nombreux domaines, comme l'information et la nourriture... )

Je pense que si on ne parvient pas à pacifier le rapport de chacun avec le principe de donner-recevoir, forcément on va laisser émerger un système global qui est plein de défauts.

Etant à la base électronicien, j'ai représenté ici le circuit du donner et recevoir de la même manière qu'une circuit pour allumer une LED qui fait de la lumière.

Le circuit comporte une source qui crée une tension, une différence de potentiel électrique. Cette différence de potentiel crée la circulation d'un courant électrique. Il y a une résistance qui limite le passage de ce courant. Il y a donc là une perte d'énergie. Elle est généralement dissipée en chaleur. Puis ce courant va traverser une LED. Cette LED émet de la lumière. C'est ici l'action utile que l'on voulait. Puis les électrons qui composent le courant électrique reviennent à la source.
(En analogie hydraulique on aurait une différence de potentiel de hauteur, un barrage dans une montagne par exemple, l'eau circule dans des tuyaux, plus le tuyau est petit, plus le débit est petit et donc la résistance grande. Notre action utile peut être quelque chose comme faire tourner un moulin. Puis si l'on veut que le système soit durable, il faut que l'eau retourne au barrage. Dans le cycle naturel, c'est l'évaporation de l'eau qui la faire remonter sous forme de nuage et la pluie va remplir le barrage. )

circuit-donner-recevoir

Un circuit normal est donc une boucle. Si pour une raison où une autre, le circuit électrique est coupé, la LED s'éteint. Comme c'est le circuit du donner et recevoir, il faut que les 2 pôles fonctionnent. Si l'on accepte pas de donner. Il va être dur de recevoir. Si l'on accepte jamais de recevoir le système se bloque aussi.

Ce que je vois comme idéal c'est de donner et recevoir naturellement. Suivant les occasions qui se présentent sans résistance. C'est la meilleure manière d'émettre la lumière, de fluidifier les échanges économiques, et de favoriser l'abondance globale.

Le circuit du donner et recevoir est une image. Ainsi je ne me prononce pas sur l'équivalence stricte entre ce qui est donné et ce qui est reçu.

C'est comme pour le circuit de la respiration. C'est inspirer et expirer. L'équivalence n'est pas absolue dans le rythme de la respiration. On a également des phases de respiration plus ou moins active suivant ses activités.

Ce qui est certain, c'est que si l'on décide d'enlever une des deux phases, (inspirer ou expirer), ça se passe très vite très mal !

Comment choisir quoi et quand donner et recevoir?

Pour décider, j'aime bien avoir conscience de ce qui est juste:

  • pour moi
  • pour les autres
  • pour le monde (donc inclus, l'entier de la biosphère)

Ce mode de décision est applicable à tout. Il permet de prendre conscience des conséquences de ses actes. Il est donc applicable pour les choix à faire dans le donner et recevoir.

En ce qui concerne les questions économiques, c'est sortir de l'individualisme consumériste. La vision du monde qui n'inclus que ce qui est juste pour moi. Mais c'est aussi sortir d'une vision du monde qui m'empêcherai d'agir en raison de conséquences négatives de mes actes sur les autres et le monde. (que j'observe bien chez mes amis décroissants !)

On est bien ici dans la recherche de l'équilibre, entre soi, les autres et le monde.  Aucun choix n'est parfait. Il ne sert à rien de (se) culpabiliser. Il suffit de faire de son mieux en conscience, et de faire toujours un petit peu mieux. Ce qui inspire les autres.

societe de consommation

Petit exemple avec cette méthode de décision, si je dois faire un achat, une veste par exemple, je me dis que pour tenir compte de moi, j'ai envie de quelques chose de pas cher... Je vois qu'il y a des vestes doudounes vraiment pas cher sur le net... cool !!

Je me dis, bon... pour moi c'est bien. Pour les autres ? Le shop est à l'autre bout du monde, il ne va pas favoriser un tissus économique locale qui me sera directement profitable. (la boucle du circuit)

Qu'en est il des matériaux. Il y a des plumes de canards dans ma doudoune. Aucune indication sur leur provenance.... zut.. c'est louche. Certainement un élevage chinois dans lequel on plume vivants les canards.... C'est pas ainsi que je vois le monde.

Bref... je passe à autre chose. Et là je découvre que dans un magasin pas loin de chez moi, il y a un déstockage de vestes de meilleure qualité, certifiées qu'on ne plume pas les canards vivants.

Donc pour moins cher que le prix normal (bon pour moi), proche de chez moi (bon pour les autres) je peux avoir nettement mieux, plus durable, de meilleures qualités, éthique (bon pour le monde) etc....  Là je suis heureux.  Il est juste que je donne de l'argent pour ça.

Avec cette méthode de choix, je me méfie du tout gratuit. Si quelque chose est gratuit, comment va en vivre la personne qui fait le produit ? (Sans parler des faux gratuits où c'est toi le produit... comme les journaux gratuits et réseaux sociaux gratuits...)

Avoir conscience du circuit du donner et recevoir c'est avoir conscience que donner de l'argent aux autres, c'est aussi s'assurer de le voir revenir chez soi !

Avoir conscience du circuit du donner et recevoir, c'est aussi avoir conscience que recevoir de l'autre c'est bien, car on pourra soi même avoir de quoi donner plus loin.

Avec cette conscience, on se libère des connotations et des croyances.

L'important que je veux transmettre ici est qu'il faut se libérer des croyances limitantes sur l'argent. Que finalement l'argent n'est que la façon dont notre société matérialise le circuit du donner et recevoir entre les humains.

Ainsi l'idée est de fluidifier les échanges quand ceux-ci se présentent. Il ne faut pas hésiter à donner quand tu en as envie et/ou quand il le faut. (L'achat est aussi une action de donner de la monnaie...) Et dans l'autre sens il faut aussi se libérer de toute résistance de recevoir.

Il faut se libérer des résistances et des court-circuits de mon analogie électronique.

cheval-attache croyance

La confiance comme système de croyance

Notre vie est basée sur d'innombrables croyances. Il y a des croyances ressources et des croyances limitantes.
Si tu arrives à ancrer la confiance dans ton système de croyance, tu vas changer les choses globalement.

C'est ce que l'on observe concrètement dans le premier jeu du Jeu de la Monnaie. Il n'y a pas de règles pour arriver à constituer des carrés avec ses cartes. Il y a des gens qui ont le jeu complémentaire. Comment réussir à faire des carrés ?

On est obligé d'interagir avec l'autre.

Il y a là tout les conditionnements qui reviennent. Est-ce que je donne ? Est-ce que j'échange ? 1 contre 1 toujours stricte ou pas ? Un échange différé dans le temps ou pas ?

jeu-de-la-monnaie-P2240963

Même dans un jeu sans conséquence sur sa vie on observe que peu de gens osent la confiance, osent donner.

Mais il y a toujours un ou deux "originaux" (par rapport à la moyenne de notre société) qui vivent dans la confiance et donnent des cartes de leur jeu pour aider les autres. Ce qui déclenche un cercle vertueux de dons inspirants qui va tout d'un coup augmenter la productivité et l'abondance dans la joie et la bonne humeur.

Florian est un de ces originaux. Voici un article qui décrit sa façon de vivre "sans argent". Lorsque l'on a joué ensemble au Jeu de la Monnaie. Florian a tout de suite appliqué sa vision du monde "quand on donne sans forcément attendre quelque chose en retour, on observe qu’on reçoit toujours quelque chose.".

florian donne jeu de la monnaie

Florian aime faire des petites expériences. Il donne parfois de l'argent sans raison apparente à des gens, à des inconnus mêmes. Imagine, tu te balade dans la rue et un inconnu viens te donner un billet de CHF 20.- !! Que fais tu ?

Il semble que ça perturbe beaucoup de gens !

Quand Florian dit qu'il veut vivre avec le moins d'argent possible, je me suis demandé si il fait partie de la catégorie des gens qui ont des croyances négatives par rapport à l'argent et donc qu'il cherche à évite l'argent ?

Je n'ai pas (encore) de réponses précises à ce sujet. Mais, à priori, comme je le connais, avec ses expériences de donner de l'argent et sa joie de vivre communicative, sa façon de se laisser guider. Je ne pense pas qu'il puisse avoir de croyances par rapport à l'argent qui le conditionne. Je pense plutôt qu'il a réussi à se déconditionner de cette structure, et qu'il est vraiment ancré dans la couche du dessous, celle du donner et recevoir.

→ edit:  J'ai discuté de tout ça avec Florian c'était passionnant. Et en effet. Il s'est totalement déconditionné de croyances liées à l'argent. Il s'est même déconditionné de la notion de croyance. Il me parle plutôt de vacuité !
J'ai pas encore tout bien saisi la chose, notre discussion était tellement dense !

Le tuyau à fric de Lulumineuse

Voici encore un autre exemple d'une personne qui a hyper confiance, comme elle dit, qui vit complètement dans la croyance profonde que l'argent n'est fait que pour transiter.

Elle utilise une métaphore que je trouve marrante pour expliquer le circuit du donner et recevoir. Elle parle d'un tuyau à fric. Il fonctionne comme une paille pour boire son sirop. Si tu plantes ta paille dans l'eau, que tu bouches le haut avec un doigt, tu peux soulever ta paille. Rien ne coule. Un bout de la paille symbolise le donner et l'autre le recevoir. Si tu bouches le donner. Tu t'empêche de recevoir quand le moment sera venu.

Lulumineuse dit que dans le monde, il y a un gros tuyau à fric... et que certains le bouchent d'un côté... ils accumulent alors qu'il y a pénurie chez d'autres par ce que rien ne circule.

Nous avons en chacun de nous un petit tuyau à fric qu'il faut déboucher pour fluidifier l'économie.

tuyau à fric lulumineuse

C'est finalement le principe dans la monnaie fondante théorisée par Silvio Gesell pour inciter les gens à faire circuler leur monnaie afin que comme le sang, la monnaie irrigue toute l'économie.

Lulumineuse dit que la monnaie ne sont que des chiffres, que le changement du chiffre de son solde de compte en banque n'est rien du tout. Que finalement ça ne change rien de concret à sa vie là maintenant tout de suite.

Ce qui change notre vie, notre état d'esprit, c'est surtout la perception que l'on a de devoir payer une facture. Si ça te met de mauvaise humeur, que ça te reste dans la tête en arrière plan comme une pensée qui tourne sans cesse c'est là que tu te pourri la vie.

Si tu arrive à te détacher, à accepter, à lâcher prise, à te lâcher la grappe (selon son expression favorite) sur ton jugement à propos d'une situation liée à l'argent. C'est parfait, tu vivras nettement mieux. 

Tu pourras vivre dans la confiance et le flux de la vie.

Lulumineuse va encore plus loin, elle propose que nous nous libérions de beaucoup de croyances et de peurs en tout genres. Elle propose que chaque personne soit capable de s'écouter elle-même, d'écouter les idées qu'elle capte. Ceci afin d'aller vers la joie, d'aller vers ce qui nous rend heureux, d'aller vers ce qui est soi-même, d'aller vers ce qui est juste pour soi, le monde et les autres.

Ainsi on crée un nouveau système économique sans hiérarchie imposée par la peur. Surtout la peur de ne pas recevoir de salaire !

Quand on a confiance en l'abondance. On peut créer un nouveau système économique dans lequel chacun donne et reçoit librement. Chacun donne sa couleur au monde, ce pour quoi il est doué et reçoit ce dont il a besoin pour vivre. Tout simplement.

C'est là une de mes motivations à militer pour le Revenu de Base Inconditionnel. C'est fournir un outil de transition qui permet à tout le monde d'expérimenter la confiance en l'abondance et ainsi l'ancrer dans son système de croyances profond.

Pour en savoir plus sur l'abondance et le tuyau à fric vu par Lulumineuse, voici un de ses articles à ce sujet...
Lulumineuse propose également des ateliers en vidéos pour libérer son tuyau d'abondance...

En changeant ses croyances personnelles on crées de nouvelles structures collectives

Avec la confiance en l'abondance comme croyance personnelle, on peut ainsi créer des organisations dont le but n'est pas la survie.

En effet, actuellement le but de la plupart des entreprises (et toutes celles basées sur une vision du monde de type orange de la Spirale dynamique) c'est de ne pas faire faillite, donc de faire du profit et d'accumuler du capital au cas où.... de virer des gens pour optimiser les coûts et augmenter les profits. Ceci souvent dirigé par des gens qui ont peur eux-mêmes de manquer. Ce sont les fameux cités plus haut, qui ont pour croyance que c'est dans l'argent que réside leur sécurité.

mr smith matrix economiste cravate

En sortant de ses croyances limitantes liées à l'argent, on peut créer une organisation qui est basée sur une raison d'être. (par exemple résoudre un problème concret et pas créer un faux besoin avec le marketing)

Mais attention de ne pas avoir qu'une raison d'être et d'avoir quand même des croyances négatives liées à l'argent. Comme beaucoup trop d'organisations ancrées dans la vision du monde de type verte de la spirale dynamique. (toutes les associations qui n'ont pas les moyens de leurs ambitions dont je parlais plus haut)

Ce que j'ai en tête ce sont plutôt des organisations de type Opale comme le dit Frédéric Laloux dans son livre Réinventing Organizations. Des organisations issues d'une vision du monde ancrée à l'étape turquoise de la Spirale dynamique.

opale virgin-rainbow

Conclusion personnelle

Depuis quelques mois je me questionne beaucoup sur mon rapport à l'argent et je vois concrètement des changements dans mes croyances. C'est pour ça que je partage toutes ces infos.

J'ai eu de nombreux points de vue sur l'argent au fil de mon cheminement sur les étapes de la spirale dynamique. Parfois dans l'abondance, et parfois dans le manque. Parfois à m'en ficher totalement au point de ne pas connaitre le solde de mon compte. Parfois à m'empêcher de dormir à savoir si j'allais avoir sur le long terme assez d'argent pour vivre. (vivre !! comme si ça se mangeait !)

Suivant les milieux que j'ai fréquenté, mon rapport à l'argent a évolué. J'ai remarqué que dans les milieux décroissants, puis dans les militants du Revenu de Base Inconditionnel, j'ai rencontré beaucoup de gens pour qui l'argent manque. Et c'est parfois lourd comme climat. Ça a déteint sur moi: J'ai pas d'argent... j'achète le minimum... et ça tourne comme un mantra....

J'ai eu des époques où je pouvais m'acheter plein de trucs chers par ce que ça me faisait plaisir, sans me poser de questions (comme un des tout premier appareil photo numérique).

Et d'autres époques où j'avais l'impression de m'arracher quelques chose si devais payer un truc pas très cher, dans le genre acheter un pain au chocolat à la gare quand j'avais faim: ah non.. c'est trop cher ici pour ce que c'est,  j'achète pas....

pain au chocolat

Je m'intéresse depuis une bonne douzaine d'années au fonctionnement du système monétaire. Je découvre comment ce système est bien huilé pour pomper les richesses du grand nombre vers une poignées qui accumulent comme Picsou. (et il y a des milliardaires qui ne savent plus comment dépenser leur argent !)

Ainsi en découvrant l'injustice que crée ce système, j'ai associé l'argent à des croyances négatives: Je ne veux pas participer à ce système injuste.

dette publique banque

Mais au fil du temps, j'ai découvert que le problème n'est pas l'argent, mais les croyances au dessous. Le système du circuit du donner et recevoir.

Il y a bien des façons de matérialiser des systèmes de donner et recevoir. (J'ai créé le Kong, une monnaie de singe 🐵🐒basée sur le Système Monétaire Equilibré. C'est une béquille pour aller vers le Don dans une communauté de confiance. Il existe aussi la monnaie libre Ğ1).

Mais sans pacifier sa propre relation à l'argent, à ce circuit du donner et recevoir, on risque de reproduire dans un système alternatif les défauts qu'on critique dans le système en place.

Ainsi je trouve important de travailler sur sa propre relation au donner et recevoir.  Je sens qu'il y a chez moi une croyance fortement ancrée qui me dit que "Je suis un type chanceux". C'est une bonne base pour avoir une croyance de confiance en l'abondance.

Je sens que j'ai encore des réticence à donner, à dépenser de l'argent. Mais par contre je donne volontiers beaucoup de temps et de mon savoir faire pour beaucoup de causes. Je me dis qu'il y a là un signe que je bloque une partie de mon tuyau à fric ! Je retiens trop.

panneau donner

J'ai donc, ces derniers mois, dépensé beaucoup plus d'argent qu'à mon habitude. Déjà tout simplement pour des dépenses que je repoussais depuis longtemps comme... changer de lunettes ! J'en avais besoin.

Puis je suis allé sur Tipeee et j'ai fais des dons à des chaines youtube qui m'on appris beaucoup. Comme Heu?reka qui fait un boulot magnifique pour vulgariser la finance...  J'ai pas donné grand chose. Mais j'ai fait un grand pas dans mon donner. Je suis fier de donner ainsi de l'énergie à des gens qui m'ont apporté beaucoup. Je favorise ainsi le monde que je veux voir grandir.

C'est ainsi que je vois  une économie libre. Une économie du don. Tout est en libre accès, mais chacun sait en conscience donner, rémunérer les autres et ainsi recevoir aussi ce dont il a besoin.

Là je crois que j'ai débouché quelques chose. Car j'ai dépensé pas mal ces derniers temps, mais j'ai aussi reçu beaucoup plus d'argent que d'habitude.... et de façon vraiment magique parfois !! ... ah.. c'est quoi cette enveloppe ? ... ah tiens, il y a un billet de CHF 1000.- dedans !! incroyable ! Ça tombe bien !

J'ai expérimenté ce que dit Florian, quand tu donnes d'un côté, ça te reviens de l'autre.

billet de 1000 chf

Ainsi maintenant je réfléchi également à ne pas négliger mon recevoir. Mais toujours en ayant conscience de choisir ce qui est juste, pour moi, pour les autres et pour le monde.

Je m'amuse avec l'argent, donc je réfléchi à la manière de mettre en place une sorte de chapeau virtuel pour que les visiteurs puissent déposer facilement de quoi jouer avec moi au jeu du donner et recevoir.

chapeau plein de billets de 1000 CHF

Pour les chanceux comme moi qui co-créent tous le jours de la monnaie libre abondante... Il est possible de me faire un don en monnaie libre Ğ1 en cliquant sur le bouton:

duniter_button

Au delà du blog, surtout dans le cadre d'événements physiques j'aime bien aussi le principe de la Participation consciente. 

C’est une combinaison de ce que je PEUX payer (je suis conscient de mes moyens), ce que je VEUX payer (par ce que j’ai envie de soutenir et remercier pour le magnifique apport) et ce que je DOIS payer (souvent les frais déjà engagé pour la logistique et nourriture).
Ça se paye sans justification en donnant le montant à la personne qui récolte. (C'est parfois dur de ne pas être anonyme et de ne pas pouvoir se justifier... Ex: J'aimerai donner plus.. mais j'ai pas les moyens.... etc...)

J’ai vécu ceci pour la première fois lors d’un stage à l’Université du nous qui se finance ainsi.

Voilà... j'entre donc dans une nouvelle dimension de mon rapport à l'argent. Ça me plait bien de jouer avec ça !
On verra ce que ça donne !  😉

La majorité de la monnaie en Suisse est créée par les banques commerciales

Je remarque que peu de monde a encore compris comment fonctionne vraiment le système monétaire en Suisse. (et aussi ailleurs dans le monde, mais là je me concentre sur les références suisse.)

Si t'aimerai comprendre, alors voici une série de vidéos que j'ai faites pour raconter l'histoire de la monnaie et des système économiques...

Voici donc quelques références pour bien comprendre.

Quelle est la monnaie officielle en Suisse ?

La LUMMP, la Loi sur l'Unité Monétaire et les Moyens de Paiement nous dit que les moyens de paiement ayant cours légal en Suisse sont les pièces, le billets de la BNS et les comptes de la BNS.

le reste, donc les comptes UBS, crédit suisse, raiffeisen, postifnance, etc.. ne sont pas de la monnaie ayant cours légal. Ce ne sont que des promesses des banques de vous donner de la monnaie ayant cours légal...définition CHF initiative monnaie pleine

Pour se comprendre, il vaut mieux avoir la même définition pour un même mot!

"Non un crédit n'est pas un prêt..."
"Il y a une différence entre une banque commerciale et une banque privée"

Voici un lexique sur les mots techniques liés à la monnaie qui ne sont pas toujours utilisé de manière juste....

http://aaapositifs.ch/lexique/

La BNS nous explique qui crée l'essentiel de la monnaie en Suisse... et ce n'est pas elle !

La BNS explique que l'essentiel de la monnaie est crée par le crédit des banques commerciales:

"De nos jours, la monnaie scripturale représente près de 90% des francs suisses, dont une grande partie est créée par les banques commerciales lorsqu’elles octroient des crédits aux ménages et aux entreprises."

On trouve ceci à la page 4 de la brochure "Notre banque nationale".

 

L'Association Suisse des Banquiers avoue que oui les banques créent la monnaie scripturale

Voici une vidéo de SwissBanking qui explique que:

"OUI, la banque peut produire elle même ce que l'on appelle la monnaie scripturale"

Cette vidéo à pour but de vous montrer que oui, les banques commerciales créent la monnaie scripturale, mais que c'est bien ainsi. Qu'il ne faut surtout pas voter oui à l'initiative monnaie pleine.

Le contraire aurait été étonnant ! ... vue que le but de l'initiative monnaie pleine est d'interdire aux banques commerciales de créer la monnaie et donc au passage d'empocher les bénéfices du droit de seigneuriage, alors que si c'est la BNS qui la crée.... 2/3 du bénéfice net de la BNS est distribué aux cantons, selon l'art 99 de a constitution Suisse.

Donc à vous de choisir, le bénéfice de la création monétaire pour les banques commerciales ou pour les cantons ?

Le conseil fédéral dit que créer de la monnaie est un business comme un autre

A la réponse à l'interpellation 12-3305 qui demandait si c'est normal que les banques commerciales créent de la monnaie, le conseil fédéral a répondu:

"La croissance des substituts monétaires est laissée à la libre appréciation des marchés, conformément à la conception du secteur privé ancrée dans la Constitution"

Pour la première fois le conseil fédéral donne un nom à cette monnaie scripturale des banques commerciales, qui n'est pas une monnaie officielle mais qui est largement utilisées. On appelle donc ceci des "substituts monétaires".

Le CEO d'UBS ne sait pas que sa banque crée de la monnaie !

Lors d'un débat entre Sergio Rossi, professeur de macroéconomie et d’économie monétaire à l’Université de Fribourg, et Sergio Ermotti, CEO d’UBS le 15 février 2017 dans l'émission de Teleticino ”I conti in tasca – Un patto di paese per il Ticino” du, on voit un débat surréaliste dans lequel Sergio Ermotti le CEO d'UBS dit que ce sont les dépôts des clients qui sont prêtés.....  c'est totalement faux !

Ainsi on voit que même en étant à la tête d'une des plus grosse banque du monde, il est possible de ne pas vraiment avoir compris le système !

On se trouve là en plein conflit d'autorité. Les deux Sergio ont chacun une cravate... l'un est prof d'uni et l'autre CEO d'une banque.

Qui croire ?

C'est là qu'il faut aller au delà des croyances et de l'autorité. Il faut comprendre soi-même par la pratique. C'est ce que propose le jeu de la monnaie.

Nous avons aussi maintenant un site web dédié au Jeu de la Monnaie...

Le Jeu de la monnaie pour comprendre par la pratique

Le jeu de la monnaie permet en 4x 12 minutes (étalé sur 2h30) de bien comprendre le mécanisme de la monnaie. Ceci au delà des arguments d'autorités et des croyances, juste avec son corps et ses émotions.

Voici la page facebook du jeu de la monnaie pour en savoir plus et trouver ou et quand se déroulent les prochaines parties.

https://www.facebook.com/jeudelamonnaie/

Il est également possible d'organiser des parties soi-même avec ses amis. Voici un kit de démarrage pour organiser un jeu de la monnaie...

Obligation pour l’Etat de se financer par les banques commerciales

Depuis les années 1970, un nouvelle doctrine monétaire est arrivée à maturité pour être déployée un peu partout.

Il s'agit de l'interdiction pour les banques centrales de financer l'Etat.

Ce qui a pour conséquence d'obliger l'Etat à se financer via le crédit des banques commerciales. Crédit qui se pratique avec des intérêts (ce qui n'était pas le cas avant). On voit ici qu'il y a un intérêt (!) certain à la mise en place d'un tel système pour les banques commerciales.

La création monétaire est le droit du souverain

Historiquement, la création monétaire est un droit régalien, un droit du souverain, du roi, du seigneur.

Le droit de frapper la monnaie donne un pouvoir énorme. Dès que l'on a besoin de financer quelque chose, il suffit de créer la monnaie dont on a besoin. On appelle ce droit de créer la monnaie, le droit de seigneuriage.

Pendant très longtemps, la monnaie reposait sur des métaux précieux, sur l'or par exemple. Cette contrainte empêchait les seigneurs féodaux de créer trop de monnaie. (mais encourageait les conquêtes des voisins pour leur piquer leur or et les mettre en esclavage dans les mines)

Depuis les années 1970, la monnaie a été découplée de sa couverture or. (Surtout suite à la fin de la convertibilité en or du Dollar US annoncée par Nixon le 15 août 1971)

frapper la monnaie celtes

La fin de la couverture or et la peur de l'inflation

Une conséquence de ce découplage a ouvert un nouveau risque, celui que le souverain puisse créer de la monnaie sans limite, et donc créer une inflation gigantesque.

Dans les années 1970, le souverain, dans la plupart des cas, n'est plus un seigneur féodal, mais une collectivité publique qui émet de la monnaie par l'intermédiaire d'une banque centrale.

Cette peur que les politiques abusent de la création monétaire et créent de l'inflation a justifié la mise en place de l'interdiction à l'Etat de se financer par sa banque centrale. Les banques centrales sont devenues totalement indépendantes du pouvoir politique. Un ilot hors démocratie.

Interdiction à l'Etat d'exercer son droit de souverain

Dans le monde francophone, on entend régulièrement l'histoire de la mise en place de ce principe d'interdiction de financer l'Etat par la banque centrale, sous le nom de "loi Pompidou - Giscard - Rothschild de 1973".

En effet, c'est le ministre de l'économie, Valéry Giscard d'Estaing qui a mis en place cette loi en 1973 sous la présidence de Georges Pompidou, ancien directeur de la banque Rothschild. Quels sont les intérêts là derrière ? Empêcher l'inflation ou donner un avantage aux banques commerciales ? Ou donner plus d'autonomie à la banque centrale ? Ou une conjonction de tout ça ?

Des études récentes montrent que la fameuse loi de 1973 n'est que la formalisation d'une évolution commencée sous Michel Debré, 7 ou 8 ans plus tôt. C'est-à-dire la volonté d'un jeune inspecteur des finances, Jean-Yves Heberer, de "démanteler le circuit du trésor", comme il l'explique dans un entretien fait en 1995:

« C’est-à-dire tous ces mécanismes automatiques, qui faisaient que le Trésor, sans bouger le petit doigt, était irrigué de liquidités qui lui arrivaient de tous les circuits financiers français. (On) va peu à peu l’obliger à vivre comme un emprunteur, c’est-à-dire à se poser les questions de l’emprunteur sur le coût de l’emprunt et le service de la dette. »

Pour en savoir plus, c'est à la p99, de la Thèse de Benjamin Lemoine : "Les valeurs de la dette. L’Etat à l’épreuve de la dette publique"

Ce principe inscrit ans la loi de 1973 a été repris dans le traité de Maastricht à l'art 104. Puis encore repris dans le traité de Lisbonne à l'art 123.

Donc toute l'union européenne est soumise à ce principe. Mais en Suisse, qu'en est-il ?

Suite à quelques recherches d'un petit groupe, la BNS nous a renseigné sur le sujet.

En suisse, c'est l'article 11, alinéa 2 de la loi fédérale sur la banque nationale suisse qui nous dit:

"La Banque nationale ne peut ni accorder de crédits et de facilités de découvert à la Confédération, ni acquérir, à l’émission, des titres de la dette publique. Elle peut autoriser, contre des garanties suffisantes, des découverts de compte en cours de journée."

La raison de ce texte obscure est indiquée de manière plus claire au chapitre 8, (p 23) de la brochure, "La Banque nationale suisse en bref".

On nous dit:

L'indépendance financière englobe l'autonomie budgétaire, qui découle de la forme juridique sous laquelle la BNS a été constituée, et l'interdiction d'accorder des crédits à la Confédération (art. 11 LBN), ce qui empêche l'Etat de «faire tourner la planche à billets».

L'effet pervers du système

Voilà, nous sommes sauvés, la création monétaire n'est plus en mains du peuple, donc plus soumise au risque du populisme. Seule une élite triée sur le volet aura le droit de créer de la monnaie.

A priori, tout va bien. Mais que se passe-t-il quand l'Etat veut investir massivement dans un grand projet ? Il va devoir trouver de la monnaie. Il va demander un crédit. Quand l'Etat était le souverain, il pouvait soit créer la monnaie nécessaire (avec un risque d'inflation), soit emprunter à sa banque centrale sans intérêt.

Mais avec l'interdiction de la créer, l'Etat est obligé de se financer via les banques commerciales et ceci avec des intérêts. Ce qui change toute la donne.

Voici un petit extrait d'une conférence de Patrick Viveret, ancien membre de la cour des comptes française, qui explique ce système pernicieux :

La véritable origine de la dette publique, c'est le fait de créer de la monnaie avec des intérêts auprès de banques commerciales, ce qui oblige les Etats à s'endetter auprès de ces banques commerciales et à payer des intérêts à ces banques en plus du capital à rembourser.

Ce fait a mis la part des intérêts composés comme étant la part majeure de la dette publique. Si je prends l'exemple français que je connais le mieux, sur les 1500 Milliards de dette publique de la France, il y en a 1350 Milliards qui sont des a des intérêts composés.

Si par hypothèse on n'avait pas changé de mode de création monétaire, s'il continuait à y avoir de la création monétaire publique sans intérêts, la dette française serait aujourd'hui de 150 Milliards et non pas de 1500 Milliards d'euros, ce qui change tout !

Contrairement à une croyance bien ancrée, l'explosion de la dette publique n'est pas due à une mauvaise gestion du budget de l'Etat, mais plutôt aux intérêts composés versés aux banques.

Il n'est pas rare de voir des collectivités publiques demander de nouveaux crédits pour financer le remboursement d'anciens crédits !

Ainsi vos impôts servent essentiellement à financer les banques avant de financer les collectivités publiques.

Un sytème comme celui-ci n'est pas dangereux pour l'Etat tant qu'il a un budget équilibré et qu'il ne se finance pas à crédit. Mais voilà une coïncidence intéressante qu'on observe en France, c'est qu'en 1973 l'interdiction de financer l'Etat par la banque centrale est mise en place, puis Giscard demande un gros crédit, et en 1974 c'est le premier d'une longue série de budgets déficitaires qui commence...  Etait-ce voulu ?

Historique de la mise en place de l'interdiction du financement de l'Etat par la BNS en Suisse.

Bien que la doctrine fût dans l'ère du temps, qui, personnellement, a mis en place en Suisse cette interdiction à l'Etat de se financer avec sa propre monnaie  (art 11. al. 2 LBN) ?

La question a été posée à la BNS et voici la réponse:

Cher Monsieur

Nous vous remercions de votre intérêt pour la Banque nationale suisse.

Vous m’avez posé ce matin une question pour savoir qui est l’auteur (personnellement) de l’alinéa 2 de l’article 11 de la loi actuelle sur la Banque nationale suisse. Cette question n’est pas facile à répondre parce que la loi sur la BNS était élaborée dans l’Administration Fédérale sous les auspices un groupe d’Expert. C’est donc l'œuvre d’un collectif.

Avant d’entrer en matière il est important de rappeler l’histoire :

L’article mentionné fait partie de la loi Fédérale sur la Banque nationale suisse du 3 octobre 2003 (entrée en vigueur le 1er mai 2004, version actuelle du 1er mars 2012).

Dans les années 1995 à 2004 la Suisse a complètement renouvelé son droit monétaire. Sur la base de la Constitution Fédérale (totalement revisée) de 1999 (article 99 ),  la loi sur la Banque nationale fut totalement ré-écrite. L’alinéa mentionné n’apparaissait pas encore dans les versions prédécesseurs de cette loi (voir la loi du 23 décembre 1953 )

Art.11, al. 2 est donc une innovation de 2004 et n’a rien à faire avec les idées pour une banque centrale à l’époque de la fondation de la Banque nationale suisse en 1905/1907.

Un exposé de l’histoire de la loi actuelle se trouve dans le chapitre 9 de l’ouvrage commémoratif écrit à l’occasion du centenaire de la BNS en 2007 (voir plus bas).

Quel est le sens de l’article 11, al. 2 : « La Banque nationale ne peut ni accorder de crédits et de facilités de découvert à la Confédération, ni acquérir, à l'émission, des titres de la dette publique. Elle peut autoriser, contre des garanties suffisantes, des découverts de compte en cours de journée. » ?

Cette alinéa veut assurer l’indépendance financière de la BNS envers l’état : c’est l’interdiction explicite de financer l’état.

Les explications à cet alinéa se trouvent dans le message du Conseil Fédéral concernant la révision de la loi sur la BNS de 2002 et, un aperçu, dans l’ouvrage commémoratif de 2007 déjà mentionné.

"Le groupe d’experts** mit en évidence – conformément à la doctrine* – quatre aspects de l’indépendance d’une banque centrale : son indépendance fonctionnelle, son indépendance institutionnelle, son indépendance financière et l’indépendance des membres de son organe de direction." (BNS 1907-2007, p.546)

* Quant à la « doctrine », on cite l’essai de A. Alesina et L. Summers dans le « Journal for Money, Credit and Banking » vol. 25(2) 2003, p.151-162 : « Central Bank Independence and Macroeconomic Performance: Some Comparative Evidence ». La constitution de la Banque Centrale Européenne a aussi joué un certain rôle.

** Avec le « Groupe d’experts », la citation désigne le Groupe d’Experts « Réforme du Régime Monétaire » (Suisse) qui a été installé par le chef du Département Fédéral des Finances (Suisse) Kaspar Villiger avec la tâche de préparer les messages au Parlement pour une révision des articles concernant le régime monétaire dans la Constitution et les révisions des lois sur la monnaie et le moyens de paiement et sur la Banque nationale suisse. La loi sur la BNS a été formulé par l’Administration Fédérale.

Les membres de ce groupe étaient :

  • Ulrich Gygi (président, directeur de l’Administration des Finances),
  • Peter Klauser (co-président, directeur à la Banque nationale suisse),
  • professeur Ernst Baltensperger (université de Berne),
  • G.A. Colombo (délégué de l’Administration des Finances),
  • professeur M. Giovanoli (conseiller juridique de la BRI et professeur extraordinaire à l’Université de Lausanne),
  • prof. Ulrich Kohli (Université de Genève),
  • P. Merz (directeur à la BNS),
  • U. Plavec (chef de section à l’Administration Fédérale des Finances),
  • Georg Rich (directeur à la BNS).

L’article 11, al. 2 restait incontesté lors de la vote au Parlement en 2003.

Pour en savoir plus, voir mes sources :
- Message concernant la révision de la loi sur la Banque nationale

- Ouvrage commémoratif : « Banque nationale suisse 1907 – 2007 »  ou bien les anciens ouvrages...

- « La Vie économique » 03/2003 « La révision de la loi sur la Banque nationale :
http://www.seco.admin.ch./dokumentation/publikation/00007/00021/01583/index.html?lang=fr

J’espère que votre question soit répondu avec mes explications.

Veuillez agréer, Monsieur, l'assurance de notre considération distinguée.
____

Christian Inäbnit
Coordination de la recherche et éducation économique
Bibliothèque

Conclusions

Cet article 11 al2 LBN  a été rédigé par un groupe d'experts nommé par le chef du département des finances de l'époque Kaspar Villiger.

Celui-ci, après sa carrière au Conseil fédéral, est devenu, en 2009, le président du Conseil d'administration de la plus grande banque du pays.. l'UBS.

Coïncidence ou récompense ?

On observe que dans le cas de la France ou de la Suisse, il y a toujours un lien entre la personne qui met cette loi en place et le monde bancaire qui est le bénéficiaire principal !

Pourquoi les banques veulent supprimer le cash ?

En novembre 2016, l'Inde supprimait 80% de la monnaie en circulation en retirant les billets les plus utilisés et en forçant les gens à utiliser des comptes en banque.
Ceci en créant une gabegie incroyable, sachant que le gros des échanges se fait en Inde avec des billets de banque.
Début février 2017, on apprenait que l'Union Européenne suit la même voie avec le retrait du billet de 500€ pour 2018 !!!

Que se passe-t-il ?

On nous dit que c'est pour empêcher le financement des terroristes et de la drogue. Pour limiter la fraude fiscale...
Mais la vraie raison est ailleurs.
 
La vraie raison c'est que les banques créent la monnaie scripturale à partir de rien. Elle ne crée que des "promesses de donner de la vraie monnaie ayant cours légal". Un compte en banque n'est que ça. Une dette envers son client.
Et là, les banques sentent le vent tourner, elles sentent que la population commence à avoir de moins en moins confiance dans les banques. Elle sentent que la population connait l'existence du "bail in", soit une nouvelle possibilité introduite entre 2012 et 2016 pour se servir sur les comptes de ses clients en cas de faillite...
Du coup, si j'ai pas confiance en ma banque, je vais vider mon compte en banque et garder des billets en lieu sûr.... Mais comme les banques n'ont que la réserve obligatoire en monnaie centrale (2.5% en Suisse, 1% dans l'UE, 0% dans les pays anglo-saxon) et pas le reste...
Il suffit d'un petit vent de panique pour arriver à la faillite....
=> Donc la mesure à prendre.. supprimer le cash. Ainsi on piège tout le monde dans le système bancaire.
Il est vraiment temps de créer nos propres systèmes d'échange.

Financement des partis politiques suisses

Financement des partis politiques suisses

Dans la belle démocratie suisse, le financement des partis politiques en Suisse est un tabou. Mais il y a quand même des grands principes que l'on connait.

Les partis de gauche se financent via les cotisations de leurs membres, puis quand ils ont des élus par une rétrocession d'une partie des jetons de présence des élus. (voir des salaires pour les élus professionnels)

Les partis de droites se financent beaucoup par les entreprises.

L'UDC est connu pour avoir à sa tête des milliardaires qui financent une bonne partie de ses besoins.

Les banques financent les partis de droite (surtout PLR et PDC)

Selon le sondage réalisé par Actares sur le financement des partis en Suisse: "Pour 2012, deux sociétés font état de sommes plutôt élevées. Credit Suisse et UBS mettent chacune un million de francs par an à disposition de l’ensemble des partis"

http://www.actares.ch/download/131013_ACTARES_Financement_Politique_2011-12.pdf

En 2007 UBS ne voulait pas donner de chiffres mais précisait: "UBS soutient des partis qui s'engagent pour l'économie de marché et un environnement favorable à l'activité économique"

http://www.actares.ch/Downloads/110713-Financement_Partis_2010_F.pdf

=> Cette indication nous précise que "L'ensemble des partis" ne concerne certainement pas les partis de gauche…

En 2013-2014:

UBS a fait des dons à des partis politique pour un montant total de CHF 1.8 millions aux partis suivants: PBD, PLR, PDC, PEL et UDC.

Quand à Crédit Suisse:

"Credit Suisse considère le soutien financier de partis politiques comme une part de "son engagement dans la société". L'entreprise exige que le parti remplisse les conditions pour constituer un groupe parlementaire dans l'assemblée fédérale, et qu'il en fasse lui-même la demande. En revanche, l'orientation politique d'un parti ne joue aucun rôle. Dans les années 2013 et 2014, chaque fois jusqu'à près d'un million de francs ont été distribués, selon une clé de répartition basée sur le nombre de mandats cantonaux et fédéraux. Les partis les plus soutenus ont ainsi reçu jusqu'à 200'000 francs."

 

http://www.actares.ch/fr/index.php/dossiers/analysis/smi-political-contributions-2013-14/

Des investissement rentables pour UBS

Ces investissements de la part d'UBS sont rentables. Ainsi comme on le voit, c'est grâce au conseiller fédéral Kaspar Villiger que la loi a officialisé le fait que l'Etat n'a pas le droit de se financer sans intérêts, mais doit passer par des banques commerciales.

A la fin de son mandat au conseil fédéral Kaspar villiger s'est retrouvé président du conseil d'adminstration d'UBS. Coïncidence ou récompense ?

Voici le détail de cette histoire....

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