Mon avis sur Frédéric Lordon, le revenu universel et le salaire à vie de Bernard Friot

Il m’a arrive régulièrement de recevoir des e-mails de la part de gentils lecteurs qui me posent des questions ou me demandent mon avis.

J’ai reçu une fois le contenu suivant par e-mail…

Un gentil lecteur m’écrit :

Bonjour 🙂

je te vois parler de holacratie :
https://martouf.ch/2016/12/notes-resume-du-livre-reinventing-organizations-de-frederic-laloux/

connais tu Frédéric Lordon ?
que penses tu de ce qu’il dit ?

à propos, puisque Lordon aborde le sujet, voici à mon avis les 2 meilleures vidéos (ex-aequo) sur le sujet du revenu universel :

je pense que tu n’apprendras rien dans la 1ère, mais je suis curieux de savoir ce que tu penses de la 2ème 🙂

et à cette occasion je suis retombé sur une vieille vidéo qui à mon avis n’a pas vieilli 😉

Je fais quoi avec une telle demande ?

Là comme tu peux le voir c’est des petites question anodines, avec quelques liens vers des vidéos… plus où moins longues… donc si je veux répondre il faut déjà que je regarde 4h de vidéo… que je comprennent bien. Que je me fasse un avis, puis que je l’écrive, que je structure tout ça.. et que je réponde par e-mail…..

Tout ça.. gracieusement !! .. c’est beau le courrier des lecteurs !

.. et ce n’était que la première partie de ce e-mail !!! Le même lecteur m’a aussi posé une autres question.. tu penses quoi de…. sans plus d’explication… et rebelote… 4h de vidéo en plus… etc.. etc….

Donc pour rentabiliser un peu, j’ai décider de publier ma réflexion. Ainsi c’est pas perdu pour tout le monde.

Ma réponse à ce gentil lecteur

Est-ce que je connais Frédéric Lordon et ses propos ?

J’ai déjà entendu quelques propos de Frédéric Lordon.
Usul avait fait un bon résumé de ses propos dans cette vidéo…


Lordon explique tout en terme compliqué pour des choses simples.

Par exemple dans ses bouquins il parle de « l’angle alpha« .

C’est la différence entre son aspiration personnelle est l’aspiration de son patron.

Lordon a la même vision du monde que Spinoza. Il est structuraliste.

Il pense que ce sont les structures externes, le cadre qui conditionne les humains.

Le cadre le plus courant pour un travailleur, c’est l’entreprise, et l’entrepris est cadrée par l’économie en général.

Il dit que le capitalisme est une structure. Que cette structure agit par affect et désir.

Lordon cherche à changer ce cadre pour changer la condition humaine. Il est du même avis que les marxistes. Il parle souvent de l’aliénation des travailleurs.

Il adopte l’idéal marxiste « le salut du travailleur passe par le propriété des moyens de production en mains des travailleurs« .

L’avis de Lordon sur l’Holacratie

A propos d’holacratie. Il dit que ça ne marche que par beau temps. « Allez voir quand les actionnaires n’en veulent plus« .

Et là je ne peux que le rejoindre. C’est pour cette raison que Frédéric Laloux, dans son bouquin réinventing Organization appuie bien sur les conditions nécessaires pour fonctionner avec holacratie, sollicitation d’avis, auto-organisation, etc….

La condition première est d’avoir un propriétaire qui a une vision du monde dans laquelle il est normal de fonctionner ainsi. Si ce n’est pas le cas, il dit que ça en vaut pas la peine de tenter de réformer la structure.

Il décrit très bien le cas de AES. Pendant 30 ans la société a très très bien fonctionné par sollicitation d’avis. Les deux directeurs fondateurs avaient tout construit ainsi.

Puis le conseil d’administration était en majorité acquis, mais avec des résistances….  

Puis avec le scandale d’Enron au début des années 2000, toutes les entreprises du domaine énergétique on vu leur cotation boursière chuter…. AES compris, même si ça n’avait rien à voir !!!

Cette chute a fait très peur au conseil d’administration qui s’est renforcé en membres très sceptiques sur la sollicitation d’avis (alors que ça n’avait rien à voir !) ….. et là le conseil d’administration a pris le pouvoir et décidé de réformer l’entreprise.

Les deux fondateurs sont partis. Ils n’ont pas accepté de travailler dans un cadre « plus classique ».

Donc en effet, là on voit qu’il est totalement nécessaire que ce genre de fonctionnement viennent des gens qui ont le pouvoir. « Les propriétaires des moyens de productions« .

Dans le bouquin de Laloux: C’est le cas de FAVI en France qui appartient a une famille qui semble ouverte à ces pratiques. C’est le cas de Morning star qui appartient entièrement à son fondateur etc….

Et c’est aussi le cas chez ecodev, l’entreprise dont je suis co-propriétaire avec mes 7 associées. Nous fonctionnons passablement par sollicitation d’avis.

Personnellement, comme je le mentionne souvent, j’aime beaucoup le modèle de la spirale dynamique. Je trouve qu’il y a différentes visions du monde qui existent et de chacune de celle-ci découle une manière de s’organiser.

Pour le détail je te propose de lire mon article à propos de la spirale dynamique….

Je viens de compléter cet article par des vidéos. La seconde en fin d’article décrit très bien les organisations issues des différentes vision du monde:

Visions du mondes les plus courantes de nos jour

Voici les visions du monde les plus courantes de nos jours:

Vision du monde: bleue (ou ambre selon Laloux)

C’est la vision du monde « conformiste« . Il faut faire selon les lois, les règles, le livre pour accéder à un idéal…

les organisations issues de cette vision du monde sont des administrations.

Il y a des grades, des classes. Actuellement il reste les administrations publiques et leur classes de salaires. Les fonctionnaires, l’armée, l’église catholique et certaines écoles.

Vision du monde orange

La vision « rationnelle« . La plus adaptée au capitalisme, à la raison, à la science. Tout est rationnel, l’émotionnel, l’humain n’a pas sa place.

Tout fonctionne comme une mécanique. Tout est basé sur des objectifs à atteindre peu importe les moyens. (alors que dans la vision bleue, il y a un règlement qui décrit « comment faire »)

« L’entreprise » est issue de la vision du monde orange.

Vision du monde verte

La vision du monde égalitaire.

C’est la vision du monde des ONG et associations, des gens qui sont pour abolir toute hiérarchie.

Vision du monde jaune

La vision du monde systémique. Ce sont des réseaux. Les gens à cette vision du monde comprennent le fonctionnement du monde en systèmes et sont souvent dans une vision du monde pessimiste qui voit les effondrements partout… effondrement écologique, effondrement financier….

Vision du monde turquoise/opale:

C’est la vision du monde holistique. Ce sont les gens issus de cette vision du monde qui sont vraiment capables de comprendre un fonctionnement avec des systèmes comme la sollicitation d’avis et/ou l’holacratie.

C’est à cette vision du monde que l’on tente de trouver ce qui est juste pour soi, pour les autres et pour le monde.

Les organisations issues de cette vision du monde ont une raison d’être et les individus qui composent ses organisations alignent leur propre raison d’être sur celle de l’organisation: l’angle alpha de Lordon est donc nul !

Ici l’organisation n’a pas comme raison d’être uniquement la survie comme c’est le cas de l’entreprise issue de la vision du monde orange.

C’est à cette vision du monde que la notion de revenu de base inconditionnel devient naturel.

Les organisations opales que Laloux a observées ont toutes un fonctionnement au niveau de la rémunération qui n’est pas tout à fait courant dans le monde des entreprises.

Il me semble que Lordon a une vision du monde qui doit être de type « verte ». Il est pour l’égalité.

En tout cas ce sont les gens avec des valeurs ancrées dans cette vision du monde qui ont menés les luttes sociales.

Donc il s’inscrit vraiment là dedans. De mon observation les gens qui sont dans cette vision du monde n’aime pas trop le revenu de base / revenu universel.

Ils trouvent que ça ne résout pas la lutte de classe. Que c’est un compromis inacceptable. (C’est ce que j’ai vu personnellement, mais je n’ai pas vu ce discours chez Lordon)

Du coup comme ils n’aiment pas le revenu de base, ils sont plutôt pour le salaire à vie. (Théorisé par Bernard Friot)

Le salaire à vie selon Frédéric Lordon

Quand j’entend Lordon parler du salaire à vie, il utilise l’argumentaire du revenu de base. Il ne dit pas pareil que Friot.

Lordon dit même qu‘il pousse peut être un peu plus loin le concept quand il dit que le salaire à vie reconnait le fait d’exister... et que ça implique forcément le faire de produire, car toute personne est productrice..

Friot lui, dit bien qu‘il ne reconnait pas l’être. Mais la production!!  

Il est très attaché au mot production.
→ Je vois là des projections d’une pensée de Lordon sur le modèle de Friot… 

Friot ne pense pas comme Lordon.Tout comme Usul a aussi fait des projections du modèle de Friot qui ne sont pas exactement ce qu’en dit Friot !

A ce propos, j’ai déjà fait un article dans lequel je montre la différence entre le revenu de base inconditionnel (revenu universel) et le salaire à vie.

Je m’étais basé sur la vidéo de Usul… et c’était avant que j’aille à une conférence de Friot à Genève, ce qui m’a permis d’éclaircir pas mal de choses…

En fait le projet est beaucoup plus flou et Friot beaucoup moins polarisé et fermé que je ne le pensais !!!

C’est Usul qui a en tête un modèle précis de salaire à vie, mais qui n’existe que chez lui !!!

Comme quoi… il faut se méfier de tout média qui oriente forcément un peu les choses en fonction de ce qu’il a compris et de ce qu’il a envie de transmettre. Aucune source n’est neutre et j’aime bien comprendre l’intention derrière la source pour savoir le message qu’elle tente de véhiculer.

Pour revenir aux propos de Lordon….

Pourquoi utiliser le mot « production » dans une société qui est majoritairement faite de services ?

Est-ce que le mot production s’applique aussi aux soins ? .. « je produis un soin ? » , « Je produit un service à la clientèle » ?

J’ai l’impression que ces gens sont bloqués dans une vision du monde du 19ème siècle !! 

Qu’est-ce que le structuralisme ?

Lordon est un structuraliste. Il parle de structuralisme.

Mais c’est quoi le structuralisme ? Regardons ça…

J’organise régulièrement le Jeu de la monnaie:
https://jeu-de-la-monnaie.org

On expérimente 4 systèmes économiques différents avec 4 jeux.

Donc ça c’est une expérience qui pose à priori que le cadre influence le comportement des individus. C’est du structuralisme. Ça va dans le sens de Lordon.Ça marche relativement bien. On voit des bonnes différences selon le cadre.

Par contre dans le premier jeu. Le cadre est inexistant. Et là on voit mieux les comportements des individus.

Et il y a plusieurs comportements différents. Personnellement, je suis persuadé que le cadre influence les choses. Mais je me refuse à croire que SEUL le cadre est responsable. L’individu est également responsable.

Lordon ose dire que nous n’avons aucun libre arbitre dans ce cadre. Moi je ne suis pas d’accord. Il y a une double influence.

Nous avons toujours le choix. Même quand on est bien cadré. Même si c’est pas facile. Même si il y a une pression sociale énorme.

Il y a très souvent un petit capitaliste en nous. C’est très intéressant de prendre un militant anti-capitaliste et de le mettre dans un autre cadre. Comment il se comporte ? Est-ce que le petit capitaliste en lui émerge ?

Frédéric Bosqué qui est impliqué dans de nombreux projets alternatifs, a raconté une anecdote que j’avais trouvée intéressante.

Dans une coopérative qui voulait court-circuiter les supermarchés capitalistes, il y avait une madame chargée de l’approvisionnement auprès de producteurs, des paysans.

Elle tenait mordicus à négocier le prix des patates au centime près. Elle tenait à faire baisser les prix au maximum. Au mépris même de l’agriculteur qui cultivait les patates.

Frédéric Bosqué à dit qu’il avait du lui signaler « le petit capitaliste en elle » qui finalement ne fait que reproduire le même comportement qu’elle dénonçait chez les autres !

Donc selon moi, les structures de la société ne sont que le reflet de nos propres structures individuelles.

Les structures extérieures sont le reflet de nos peurs et nos aspirations.

Si des individus sont mus par la peur de survivre, par la peur du manque, ils vont créer une entreprise qui va tenter de résoudre leur peur, soit assurer la survie en maximisant les profits pour ne manquer de rien.

Puis entrer en concurrence avec les autres pour accumuler plus que les autres.

Mais si on résout individuellement notre peur de survivre. Si on va vers la confiance en l’abondance. La confiance que la vie nous apportera tout ce don on a besoin. Plus besoin de la concurrence, plus besoin d’accumuler à l’infini… On peut créer des organisations pour une raison d’être précise autre que faire du profit.

Le revenu de base est selon moi un outil de transition pour aider tout le monde à avoir confiance en l’abondance. Ne pas être figé dans la peur du manque. Car il faut bien que tout le monde soit dans la confiance.

Car sinon le groupe des peureux risque de créer une organisation prédatrice chez les autres. Est-ce qu’il seront suffisamment forts pour rester dans la confiance en la vie ?
Il doit y avoir une question de masse critique là dedans !

Mon avis sur la vidéo: « La Justice sociale au XXIe siècle, table ronde autour de Philippe Van Parijs« 

C’était un bon débat de fond avec une bonne partie des archétypes classiques du sujet:

Anne Cathrine Menetrey qui nous dit que le revenu de base va permettre de sortir d’un système de croissance économique… (c’est par cette vision du monde que je m’y suis intéressé.. mais actuellement ce n’est plus la mienne)

On peut aussi faire le discours inverse… le revenu de base permet d’assurer que les consommateurs aient assez d’argent pour consommer… et donc assurer la croissance du PIB !!

Myret Zaki fait une tête incroyable quand elle découvre que son voisin, Guy Mettant se dit libéral... pour une économie de marché… etc…. et que tout d’un coup il dit qu’il est aussi favorable au revenu de base ! BAM… ça semble la surprendre ! :p

Marco Salvi se fait huer !!! … mais ça se comprend il est franchement pas très bon dans ses arguments !!

Il représente les arguments standards face à cette idée: tout le monde va arrêter de travailler...  la solution c’est plutôt faire grandir le gâteau pour mieux le redistribuer.

Il a même sorti les arguments que c’est anti-féministe car on remet les femmes à la maison…  ça c’est une question qui a fait de grand débat au sein du parti socialiste !

En trame de fond, on voit quand même que le théoricien belge Philippe Van Parijs n’est pas sur la même longueur d’onde que les partisans suisses. Lui il est à fond pour une solution progressive, avec un revenu de base dont le montant est faible et peu grandir. Alors que les partisans suisse sont plutôt pour un revenu d’existence. Un revenu suffisant pour vivre sinon c’est pas du tout pareil.

Mon avis sur la vidéo: « Bernard Friot/Baptiste Mylondo : salaire à vie et revenu de base« 

Friot est vraiment un militant anti-capitaliste. Donc il veut éliminer tout apport de capital et sa rémunération.
→ là je peux le rejoindre. Mais je me questionne quand même sur « comment avoir les moyens de ses ambitions » si on a pas de capital ??  

Le crowdfunding me semble une solution de plus en plus présente et efficace. Surtout pour les objets, car ça permet de faire une étude de marché via le crowdfunding avant même de devoir débourser quoi que ce soit en production.
(contrairement au crédit bancaire où l’on peut se retrouver avec des dettes sans avoir pu vendre son produit..)
Je développe tout ceci dans mon article sur ce que j’appelle l’artisanat industrielle… (ou pourquoi Marx s’est trompé..)

Friot a un idéal d’une société qui fonctionne comme une administration de fonctionnaire à la française:

  • → C’est typiquement une vision du monde de type bleue. Le classe de salaire le montrent bien.
  • Là j’ai de la peine. Moi je ne suis pas du tout dans cette vision du monde. Moi ça me hérisse les poils quand on me propose un tel idéal !!

Friot défend le travail salarié plutôt qu’indépendant. Car c’est plus rentable !!

  • c’est pas une aliénation de faire un boulot que pour le fric ??
  • → moi j’adhère pas !Là l‘angle alpha de Lordon ne se réduit pas !!

Friot: la reconnaissance doit passer par la production, sinon nous acceptons qu’il y a une sous humanité qui ne correspond pas à une validation sociale de sa production !!!
→ Mylondo n’aime pas du tout cette affirmation et je le comprends.

Avec le revenu de base, revenu universel, on reconnait l’existence de la personne. Et ça suffit. C’est encore plus claire avec le terme « revenu d’existence« .  

Mylondo dit: « revenu suffisant ». Là Friot tourne autour du pot. Il ne veut reconnaitre que la production, et se sent obligé de reconnaitre l’existence par le fait que « tout le monde produit »….  Je ne comprends pas trop pourquoi il veut absolument placer le mot production !! ?

Quand il explique pourquoi « salaire » et pas « revenu », il utilise les mêmes arguments que j’aurai utilisé pour définir le contraire !!! 

Il dit que « salaire » reconnait que tout le monde produit !

Pour moi « Revenu » décrit que justement une part de monnaie nous revient.... naturellement.

Pour moi salaire ça vient du mot « sel ». Etymologiquement, c’est issu des soldats romains qui étaient payés avec du sel. Pour moi salaire reconnait qu’il y a forcément une contrepartie dans le cadre d’un emploi.

Dans le terme « revenu de base inconditionnel », j’aime bien le inconditionnel, car justement il n’y a pas de contrepartie. Ainsi là on est clairement en opposition avec le mot salaire.

Quand on évoque le fait de supprimer la monnaie: Friot refuse de supprimer la monnaie pour diluer le pouvoir.  

Si on supprime la monnaie et les classes de salaire on fait resurgir les pouvoir par la fenêtre.« il n’y a pas de société sans lutte de classe, car il n’y a pas de société sans pouvoir« 

C’est fou cette peur du pouvoir.. c’est un truc typique d’une vision du monde « verte » de la spirale dynamique. C’est couper les têtes, c’est renverser les hiérarchies.

Donc là je vois que Friot doit avoir des valeurs ancrées à plusieurs étapes (ce qui est tout à fait normal).

Je me pose aussi toujours la question: Comment on définit la qualification pour savoir quelle classe de salaire on a droit ?

Là je pense qu’il y a de sacré leviers de pouvoir qui peuvent être mis en place. Donc ça m’étonne un peu d’une personne qui a peur du pouvoir qui revient par la fenêtre !

A propos du salaire à vie, il y a quand même toujours une question qui me tardaude….   et Mylondo l’a évoquée.

Si l’on ne rémunère pas le capital et que les salaires sont fixés en fonction des classes de salaires, donc une entreprise n’a pas d’autres charges que la matière première. Comment elle fixe les prix ?

Qu’est-ce qui incite les « entreprises » à vendre leur production plutôt que tout simplement la donner ?

Conclusions…

Je suis bien gentil quand même d’écrire tout ça pour une seule personne…. donc voilà. Maintenant c’est partagé avec les masses.

La réflexion était très intéressante. Je trouve que c’est stimulant de voir l’avis d’autres personnes de se mettre dans leur mode de pensée (via la spirale dynamique) et d’essayer de voir le monde comme eux.

Bien… j’ai toujours l’autre partie du mail à répondre… j’ai un tas de note de lecture… mais rien de texte écrit. Ça fait des mois de ça…. Je ne sais pas si un jour je finirai…

Donc voilà quand tu m’écris un mail… pourquoi je ne répond pas tout de suite ! 😛







Dans l’avenir de la TV, le pouvoir est chez le distributeur

Comme souvent, en rentrant chez moi, à vélo, le soir, dans la nuit noire et profonde, j’écoute des podcasts d’émissions de radio.

Dernièrement, j’écoutais l’émission médialogues de la rsr, à propos d’un grand chamboulement: la téléconnectée.

television_cartoon.pngLa vision d’Eric Scherer, directeur de la prospective et de la stratégie à France télévision ne m’a pas convaincue! J’avais même plutôt l’impression qu’il n’a pas de vision du tout !

« Depuis 15 ans l’internet a chamboulé le monde de la presse, de la musique et maintenant, c’est au tour de la télévision. La TV connectée va être un grand chamboulement » … « L’année 2011, fin 2011.. et puis surtout 2012… nous allons voir la convergence entre l’internet et la télévision… »

« C’est encore le tout début, c’est la terra incognita »

Bref, avec un tel discours, j’ai l’impression que le gars n’a pas de vision, qu’il ne sait pas où il va. C’est facile de dire que le net à tout changé. Tout le monde peut le dire !

J’ai l’impression qu’il répete souvent le même discours… « en 2011…. on verra… » .. et voilà que lors d’une interview en fin octobre 2011, il se dit « heu… c’est presque fini 2011.. et on a pas encore vu grand chose… ce sera surtout 2012…« . Il faut qu’il mette à jour son discours !

Puis, hormis un avis dans lequel il annonce que le principal changement, c’est que le téléviseur va disparaitre, que l’on affichera la tv sur des miroirs, des tables et autres surfaces, il n’y a rien d’intéressant dans cet interview.

De plus, je ne crois pas à cet avenir où toutes les surfaces deviendront des écrans. Je l’ai déjà exprimé dans un autre article. L’avenir est plutôt à la réalité augmentée.

Bref, je crois que les télévisions françaises ne vont pas changer. Pour voir l’avenir de la TV, il vaut mieux aller regarder du côté de la Télévision suisse romande.

Le découplage entre créateur de contenu et distributeur de contenu

vieille-tv.pngPour comprendre l’avenir de la TV, il faut déjà comprendre ce qu’est un média.

L’étymologie du terme média, nous apprendre que ce mot signifie moyen. Un média est un support, est un moyen de communication.

Avec l’arrivée des « mass media », on a commencé à confondre le moyen de communication et le contenu, l’information.

Un journal, la radio, la télévision, sont des médias. Dans l’acceptation traditionnelle du terme média, le support et le contenu sont très liés. Pour lire le contenu d’un journal, on achète le papier. Pour écouter la radio, on se branche sur des ondes radio, puis sur une fréquence particulière pour écouter une fréquence de radio particulière.

La télévision, utilise le même principe que la radio, mais avec l’image en plus.

Ainsi, dans la vision traditionnelle de ces médias. La chaine de TV est autant le créateur du contenu que le distributeur.

Mais si l’on revient au début de ce texte, j’explique que j’écoute des « podcasts d’émissions de radio« .

Cette phrase est étrange. Elle comporte des contradictions. J’écoute une « émission de radio« , mais sans jamais avoir eu besoin d’émettre des ondes radios !

Le principe du podcast est tout autre. J’utilise un moyen de transmission différent de l’information. J’utilise un média différent. Ce n’est plus de la radio. Le podcast est un enregistrement de son qui est diffusé via le média internet.

Voilà ce qu’a changé internet: un nouveau média, un nouveau moyen est né.

vieille-radio.pngUne émission de radio, avait pour unique moyen de se diffuser d’être émise par des ondes radio.

Actuellement, ce que l’on appelle émission de radio n’en est plus une. On écoute juste le contenu. Il existe plusieurs moyens de diffuser ce contenu, les ondes radio, le câble, l’internet en direct sur un site web, le podcast lu en différé sur un lecteur mobile.

Ainsi, l’internet révolutionne le monde des médias, car il est lui même un média dans le vrai sens du terme, mais pas un créateur de contenu.

Internet révolutionne le monde des médias, car internet est un média bon marché, tout le monde peut devenir émetteur. Ce n’est pas le cas d’une télévision ou d’une radio pour lesquelles le matériel d’émission est très cher et où la place sur les ondes est limitée.

Avec l’arrivée de l’internet, on voit une explosion du nombre de créateurs de contenu qui viennent concurrencer directement les créateurs de contenus traditionnels, les journalistes.

Le nombre de créateurs est potentiellement plus grand. Mais les créateurs peinent toujours autant à distribuer leur création.

Ces créateurs ne sont pas des distributeurs. On remarque qu’il y a un découplage entre le créateur de contenu et le distributeur de contenu.

Le pouvoir est aux mains des distributeurs et non des créateurs

L’avantage des médias traditionnels, c’est qu’ils ont un réseau de distribution. Ainsi, les médias traditionnels ont une longueur d’avance. Mais faut-il encore s’en rendre compte.

Il est un principe de base qui s’applique dans tous les domaines. C’est toujours le distributeur qui contrôle un système dans lequel des producteurs alimentent des consommateurs.

iphone.pngC’est vrai pour la distribution de nourriture et c’est vrai pour les médias.

C’est ainsi que google est devenu l’entreprise qui contrôle le web. Google ne produit pas de contenu. Google propose un service de recherche qui permet à des consommateurs de contenu d’entrer en contact avec des producteurs de contenu.

L’entreprise Apple était en quasi faillite en 1997 et est devenue en 2011 la plus grosse capitalisation boursière de l’histoire. Comment est-ce possible ?

Apple, est devenu distributeur de musique avec iTunes et son réseau d’iPod. Puis, Apple est devenu un distributeur d’applications pour son réseau d’iPhone et d’iPad.

Apple a simplifié la distribution et s’est octroyé le droit de prélever le tiers du prix de chaque transaction. Voilà le secret de la richesse.

Pour connaitre l’avenir, il faut se placer du côté de celui qui a le pouvoir d’imposer l’avenir

pelicule de film.pngDans le cas de la télévision, il faut se placer du côté du plus gros distributeur de contenu vidéo. C’est lui qui va donner les tendances pour l’avenir.

Qui est-ce ?

Vous l’avez deviné… on retourne chez google. Le plus grand distributeur de vidéo. C’est youtube !

Google ne produit pas de vidéos, il propose un service d’hébergement de vidéos. Quand on connait le coût du stockage et de la diffusion de vidéos, on se rend compte qu’il n’y a que google qui est assez riche pour offrir ce service !

… Mais il n’est pas offert sans contrepratie. En échange, google dispose d’un énorme réseau publicitaire qu’il monnaye très bien !

Ainsi, l’avenir de la télévision existe déjà !

C’est youtube ! Ou du moins les princpes que l’on retrouve sur youtube.

C’est un contenu provenant de sources diverses. C’est un contenu accessible en tout temps, sur divers supports, de la grande TV de 2 mètres de diagonales au petit écran de l’iPhone.

De plus, c’est du contenu qu’il est possible d’inclure dans la mise en page d’un autre site web comme celui-ci, ou comme facebook !

Un contenu interactif, un contenu au centre des discussions

conversation.pngFacebook est également un grand distributeur de contenu ! C’est le concurrent direct de google.

Dans le principe google, c’est vous qui devez indiquer le contenu que vous chercher.

Dans le principe facebook, même pas besoin de savoir ce que l’on veut voir. C’est le contenu que vos amis publient ou relayent qui vous est proposé.

Il y a moyen de commenter directement le contenu, d’engager une conversation autour du contenu.

L’avenir de la télévision c’est ça aussi. C’est l’interactivité. La diffusion unidirectionnelle c’est le passé. Maintenant, on commente le contenu.

Le contenu devient interactif, ainsi, dans les vidéos youtube, il est possible de placer des liens hypertextes, et même de placer des jeux !

C’est ce que j’ai découvert dans la vidéos de Cyprien à propos des vieux téléphones mobiles sur lesquel on jouait au jeu du serpent. Maintenant on peu jouer au jeu du serpent sur les vidéos !

Une autre innovation technique que l’on trouve sur youtube est la possibilité de voir des vidéos en 3D.

Comme ça, il est possible de retrouver Cyprien et son pote Norman en 3D…

En découvrant ces évolutions technologiques, vous avez découvert, au passage, les nouvelles célébrités de la TV francophone, que sont Cyprien et Norman.

Chacune de leur vidéos est un succès populaire. En moyenne chaque vidéo est vue environ 2,5 millons de fois !

Cette audience grimpe parfois à 4 voir 6 millions de vues pour certaines vidéos. Ce qui dépasse parfois l’audience du journal de 20h de TF1 !

A titre de comparaison, les 10 meilleures audiences des TV françaises en 2011 naviguent entre 9 millions de téléspectateurs pour des séries comme « The Mentalist » ou « Dr House » à un record de 15 millions de téléspectateurs pour la coupe du monde de Rugby !

En suisse romande, où l’on trouve 60 fois moins d’habitants, la télévision suisse romande se défend bien avec une audience de près de 400 000 personnes pour le journal et la météo.

Et du côté des célérbités romandes sur youtube, Anasteak débute bien, mais n’est pas encore au niveau de ces concurrents français !

La télévision de demain est déjà celle d’aujourd’hui

Si j’observe mes habitudes de consommation de télévision. Je remarque que je ne regarde plus la télévision !

L’écran qui trône dans le salon est un objet que je n’utilise plus. Les chaines de télévision traditionnelles ne m’intéressent plus.

BigRedSmile_A_new_Computer.pngLa télévision traditionnelle est en voie de disparition. Mais pas le contenu vidéo. De loin pas. Youtube est tout de même le 3ème site web le plus visité au monde, juste après google et facebook… qui bien souvent servent à rabattre les utilisateurs vers des vidéos.

Pour le contenu de divertissement, je regarde souvent du contenu provenant de chaines hébergées par youtube.

Pour les documentaires, j’apprécie beaucoup la télévision suisse romande, qui met à disposition toutes ses émissions et ses archives sur le web, et souvent en podcast.

Pour l’information, je préfère la télévision locale, canal-alpha, qui propose également des podcasts de son journal, mais aussi des vidéos en lien avec les articles de la presse locale sur un site web commun: arcinfo.ch.

Conclusion… où est le grand chambardement annoncé de la télévision connectée ?

Je ne vois rien de révolutionnaire pour 2012. La télévision connectée ça fait déjà quelques années que je l’utilise quotidiennement via mon ordinateur.

Ce qui peut changer, c’est que l’on remplace le meuble du salon appelé télévision par un ordinateur !

(mais c’est déjà le cas pour quelques personnes que je connais !)

Le pouvoir se trouve chez le distributeur

Le pouvoir se trouve chez le distributeur

Dans un système de consommation c’est toujours le distributeur qui a la position de pouvoir.

Un système de consommation a pour but de faire consommer par le plus grand nombre. Que ce soit de la nourriture, des objets ou de l’information (film, journaux..).

On remarque que ce sont toujours les intermédiares, les distributeurs qui sont en position de force. Le consommateur préfère avoir le minimum d’interlocuteur pour obtenir ce qu’il veut. Il n’y a qu’à voir le succès des supermarchés par rapport au petits commerce spécialisé.

De son côté le producteur est déjà tellement occupé par sa production. Qu’il est bien content de livrer sa production au même client. Mais il s’en rend ainsi dépendant. Il n’y a qu’à voir la pression que met la Migros sur les prix d’achat aux paysans.

Dans le monde de l’information, c’est pareil. Les maisons de disques ont toujours raflé plus que les musiciens.

Les journaux profitent du contenu de crée leur journalistes et pigistes pour vendre de la publicité à des annonceurs qui veulent profiter du réseau de distribution du journal pour atteindre le plus grand monde.

Mais voilà que la technologie évolue. Le monde de la pub se transforme. Les sociétés qui ont le plus grand potentiel de faire des liens de distribution de l’information sont les moteurs de recherche et les réseaux sociaux. Google et facebook maitrisent les nouveaux réseaux de distribution.

Google tire sont profit de l’influence qu’il a comme distributeur d’information, de mise en commun du producteur et du consommateur.

Est il possible de sortir de ce modèle ?

Faut il toujours qu’il y ait un canal unique de distribution privilégié ? Le modèle réparti n’est il pas possible ?

 

Un article à propos de la polémique de friendfeed qui tente de devenir un distributeur en profitant des sources de contenus:

http://fr.readwriteweb.com/2009/07/27/analyse/friendfeed-cest-mal/

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