A quoi sert vraiment l’impôt ? C’est certainement pas ce que tu crois…

Dans cet article on va aller voir la véritable origine de l’impôt.

J’aime bien aller explorer le pourquoi des choses, l’intention qui est derrière les choses. Quelle est donc l’intention derrière l’impôt ? A quoi ça sert les impôts ?

Quand je pose la question, en générale, j’ai plein de réponses, mais rarement la bonne !

Quel est le rôle de l’impôt ?

Donc le principe de l’impôt, c’est que chaque personne doit donner à l’Etat une certaine quantité de monnaie. C’est obligatoire. Si une personne ne paie pas ses impôts elle encourt une sanction.

Lors de soirées Jeu de la Monnaie, je pose cette question, à quoi sert l’impôt ?

Voici les réponses que j’ai:

  • à financer des infrastructure en commun
  • à payer les fonctionnaires
  • à financer les écoles et les hôpitaux
  • à financer l’armée
  • à assurer une certaine redistribution sociale des richesses
  • à payer les services sociaux
  • etc…

Toutes ces réponses ne sont pas fausses, mais c’est très rare qu’on me donne la réponse que j’attends !

Toutes ces réponses sont le reflet de ce que la plupart des gens pensent être le rôle de l’Etat. J’en ai déjà parlé dans mon article sur le contractualisme.

Les gens de gauche voient l’impôt comme un moyen de redistribution de l’argent.

La véritable intention derrière l’impôt, c’est imposer…

Le nom impôt est clair pourtant, ça sert à imposer… mais imposer quoi ?

Voici donc la réponse que j’attends:

L’intention derrière l’impôt, c’est d’imposer l’utilisation d’une certaine monnaie.

Une croyance courante c’est que les humains ont besoin de monnaie pour s’organiser dans une économie. (étymologiquement: règles de la maison !)

Mais en fait les humains s’organisent très bien tout seuls avec du don et des reconnaissances de dette mutuelles.

Mais voilà que vers -700 à -600 suivant les endroits, une forme de monnaie a été inventée comme outils de domination. Comme outil pour une caste pour vivre sur le dos des autres. Cette forme de monnaie ne fonctionne que si on l’impose…. avec l’impôt !

banque police

Invention de la monnaie métallique et de l’impôt

Vers -700 à -600 simultanément en Chine, en Inde et en Lydie (Grèce antique) des « chef de gang » ont innovés et inventé une technique très efficace pour vivre sur le dos des autres.

C’est l’invention de la monnaie métallique, des pièces de monnaie.

frapper la monnaie celtes
En europe les pièces de monnaie sont « frappées ». Alors qu’en Inde elles sont poinçonnées et en Chine elles sont moulées.

Historiquement, il y avait des chefs de gang, des seigneurs (saigneurs !) locaux qui s’arrangeaient dans un système mafieux pour vivre sur le dos des autres:

Tu me donne une partie de ta récolte et je te massacre pas….. et mieux encore je te protège des autres gangs qui veulent te piquer ta récolte…

Vivre de razzia et racket c’est pas très efficace. Ça donne une mauvaise image et très souvent ça conduit à tuer les gens sur le dos des quels on aimerait vivre. Pas terrible.

C’est ainsi que la monnaie est un meilleur système.
Prenons un exemple tout à fait historique.

Le roi Crésus, allait (faire) chercher de l’électrum, un alliage d’or et d’argent, dans la rivière Pactole. Avec cet électrum il fabriquait des pièces de monnaie.

Pièce de monnaie du roi Crésus
Pièce de monnaie du roi Crésus

Ces pièces d’or vont lui permettre d’acheter la récolte des paysans. Voilà donc l’innovation majeure, acheter au lieu de piller….

Mais est-ce très différent ?

Non pas vraiment, car ces pièces de monnaie ne coûtent pas grand chose à Crésus. Juste le coût d’extraction de l’électrum et de frappe des pièces.

La différence entre la valeur nominale attribuée à une pièce et son coût de fabrication est appelée le seigneuriage.

C’est en bref, le pouvoir d’achat « gratuit » qui revient de droit au seigneur qui a le monopole d’émission de la monnaie.

Donc c’est pas très différent d’aller voler aux paysans leur récolte ou de l’acheter avec de la monnaie qu’on a eu gratuitement… pour le seigneur, ça ne coûte rien ! C’est gratuit !

Une économie de marché est-elle possible sans impôts ?

Donc notre ami Crésus se dit qu’il va être gentil, au lieu de réquisitionner chez ses sujets ce qu’il lui faut, il va acheter.

Mais il va acheter à qui ?

Est-ce qu’il y a un marché ? Est-ce qu’il y a des gens qui vendent ?

Et bien non… si tout le monde est autonome, que tout le monde vit de sa récolte et complète ses propres récoltes par des dons entre les habitants. Pourquoi avoir envie/besoin de vendre au seigneur ?

Tout le monde s’en fiche !

Donc Crésus l’a dans l’os. Pas de marché.. rien à acheter !

Il faut donc créer un marché ! Comment on fait ?

Et bien il faut mettre en place un impôt !

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Marché aux épices. Une économie de marché n’émerge pas tout seule.

Exemple du premier achat de récolte de blé

On va démontrer tout ça en racontant la petite histoire du premier achat de l’Histoire.

C’est l’histoire du soldat qui va acheter une récolte de blé à un paysan pour le compte de son seigneur:

« L’année dernière on a tué ton frère pour lui prendre sa récolte. Cette année tu as de la chance on a changé le système. On ne va pas te tuer, on va juste t’acheter ta récolte ! »

Mais le paysan à qui on fait cette proposition n’est pas d’accord.
La rondelle de métal qu’on lui propose ne se mange pas ! Alors que se récolte oui. Il refuse donc de se faire acheter sa récolte.

C’est là qu’intervient l’impôt.
Voici ce que répond au paysan le soldat chargé d’acheter la récolte:

« Tu veux pas te faire payer ? C’est dommage, car c’est ton seul moyen d’avoir de quoi payer l’impôt ! Oui oui..
En fait mon chef, le Seigneur dans son château, à la fin de l’année il va demander qu’on lui rende un certain nombre de rondelles. Si tu peux pas lui payer cet impôt, là on te met en prison.
T’as le choix ! »

Le paysan, accepte… sans en réaliser totalement les implications futures…

Voici donc l’origine de l’impôt. En effet, sans ce mécanisme, il y a des gens qui pourraient sortir du système. Décider qu’ils n’ont pas besoin de monnaie pour vivre.

Mais avec l’impôt, le seigneur impose l’utilisation de SA monnaie, qu’il peut obtenir quasi gratuitement.

champ de blé plaine areuse
« Avoir du blé« … signifie avoir de l’argent… mais au moins ça se mange !

L’économie de marché est une conséquence de la monnaie et de l’impôt

Notre ami paysan, premier vendeur de l’histoire est content. Il a réussi à se débarrasser des soldats sans avoir du verser une seule goutte de sang. Il a perdu une partie de sa récolte. Mais c’est pas grave. Il a reçu de l’or en échange…

Il garde ses pièces, d’or, déjà par ce qu’il ne sait pas quoi en faire. Mais surtout car il a compris qu’on allait lui en demander à la fin de l’année… combien ?? Bonne question…

Il apprendra que le seigneur va lui en demander bien plus que ce qu’il a reçu en échange de la vente de son blé.

Ainsi le paysan, si il ne veut pas finir en prison ou pire…. va devoir s’arranger pour trouver encore quelques pièces d’or.

Ça tombe bien, notre ami paysan n’est pas le seul à avoir reçu des pièces d’or. En effet le seigneur à aussi été faire des emplettes dans chez d’autres paysans, et même chez quelques rares artisans, notamment un forgeron pour acheter quelques épées. ⚔️ 🗡

(ouais, le seigneur local a besoin d’équiper quelques soldats pour être certain de contraindre les paysans à payer l’impôt !)

Ainsi le forgeron a pas mal de boulot, il va gagner plein d’argent et d’or en vendant des épées. Mais du coup il n’a plus le temps de s’occuper de son jardin et de faire à manger pour lui.

Heureusement notre amis forgeron dispose de plein de monnaie et peut acheter ce dont il a besoin pour vivre (de la nourriture !) chez d’autres paysans.

Ainsi notre amis paysan 1er vendeur de l’histoire va vendre un peu de blé au forgeron. Tout le monde est content. Le forgeron a de quoi manger et le paysan de quoi payer son impôt.

Le seigneur est aussi très heureux. Car ainsi il obtient gratuitement à manger et de quoi équiper son armée. C’était pas si simple de voler des armes, car les forgerons expérimentés qui font de bonnes armes c’est plutôt rare et c’est dommage de les tuer. Avec la monnaie il est beaucoup plus heureux !!

Vu que maintenant dans le village tout le monde vend des choses. Il est décidé d’organiser officiellement une place de marché. Les gens qui ont des choses à vendre peuvent venir tous les samedi matin sur la grand place pour exposer leur produits. C’est nettement plus efficace pour mettre en relation des vendeurs et des acheteurs.

Voilà, l’économie de marché est née.

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Biblots sur une place de marché à Dakar. Chacun vend ce qu’il peut pour « gagner sa vie » !

La monnaie un outil au service de l’expansion territoriale et technique

Le seigneur ayant vu que la place du marché se rempli bien il a décidé de mettre une taxe sur l’occupation d’un emplacement. Taxe payable uniquement dans sa monnaie. Génial une nouvelle forme d’impôt !

Du coup, pour encaisser les taxes et faire pression sur ceux qui rechignent à payer. Le seigneur (toujours plus saigneur…) a besoin de quelques soldats de plus dans son armée.

Il va donc pouvoir engager quelques soldats de plus grâce à son pouvoir de seigneuriage.

Progrès technique et concurrence : la spécialisation

Les nouveaux soldats du seigneur devront être équipés d’armes. Ce qui va donner encore du boulot au forgeron du village.

Notre ami forgeron occupe déjà tout son temps à fabriquer des épées, mais aussi des armures. Ainsi il cherche et trouve des techniques pour gagner du temps et améliorer son efficacité.

Il va aussi engager un apprenti pour l’aider et lui apprendre le métier.

Son voisin d’en face, même si il n’est pas forgeron chevronné, se dit qu’il y a du fric à se faire, donc il se met aussi à son compte comme forgeron….

La concurrence dans un marché libre est inventée.

economiste monnaie neutre
Extrait de la BD Economix, qui raconte très bien l’histoire de l’économie. Et montre bien que les économistes, comme ici Ricardo, ont toujours simplifié la monnaie et l’on vue comme neutre alors que c’est elle qui génère les dynamiques principales !

Plus tard des corporations, avec des maitres, des compagnons et des apprentis se formerons pour contrôler et réguler le marché. Des écoles seront crées, la corporation deviendra une personne morale…. mais tout ceci est une musique d’avenir…

Tout comme le fait que le forgeron va fabriquer des épées, puis d’autres armes, et on va passer de l’arme blanche à la poudre à canon, puis des armes à feux aux fusées 🚀… (pour les missiles…)

Ainsi ici, le forgeron 🔨 est le premier employé de l’industrie de l’armement... et l’astronaute 👩‍🚀 en est toujours un… la conquête de la lune 🌔 s’est faite par des militaires…

Je te laisse méditer sur l’intention derrière le progrès technique…..
besoin de fric… et financement de l’industrie de la mort…. 💀

Besoin de croissance infinie…..

Armée professionnelle

Revenons à notre seigneur qui est très content d’avoir plusieurs marchands d’armes à disposition pour équiper son armée.

Historiquement, ce n’était pas simple d’avoir une armée. Il n’y avait que des « nobles », le chef de gang, sa famille et quelques compagnons (étymologie du titre de noblesse « comte ») qui avaient le temps de s’entrainer au maniement des armes.

Donc ça donne une armée, forte, mais très très petite en nombre.

Il y avait aussi parfois des armées composées de paysans. Donc en grand nombre, mais sans vraies armes, et sans entrainement.

L’invention de la monnaie, permet de payer de gens pour ne devenir que soldat: des mercenaires.

Le mot salaire vient du latin salarium, qui désigne justement le sel donné aux soldats en payement de leur service.

Les soldats deviennent les premiers salariés de l’histoire.

… et quand on a une grande armée, il se passe quoi ?

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Légionnaires romains. Les premiers salariés de l’Histoire.

Expansion territoriale, naissance des empires

Quand un seigneur dispose d’une grande armée, il est vite tenté d’aller imposer sa monnaie sur un territoire un peu plus grand.

Avant la monnaie, c’était dur, notamment pour les raisons évoquées ci-dessus, l’armée était trop petite ou trop mal entrainée.

Mais aussi car les systèmes économique utilisés, des reconnaissances de dettes mutuelles, impliquaient d’être intégré dans un tissus social.

Or, le soldat en territoire ennemi qui massacre tout le monde n’est pas très bien intégré dans un tissus social.

De plus, plus la conquête avance, plus faire venir de la nourriture depuis le château du seigneur est de plus en plus compliqué. Ainsi les anciennes conquêtes étaient limitée en distance. Mais la possibilité d’acheter la nourriture sur place, permet une expansion territoriale énorme.

Le processus devient simple:

  • conquérir un territoire avec une armée professionnelle
  • mettre en place l’obligation de payer un impôt
  • acheter tout ce dont tu as besoin avec des pièces de monnaie

Ainsi on obtient de nouvelles ressources qui vont étendre le territoire du seigneur.

La notion d’empire est inventée.

Empire d'Alexandre de le Grand, avec le tracé de son parcours de conquête
Empire d’Alexandre de le Grand, avec le tracé de son parcours de conquête

Un des exemples les plus emblématique est celui d‘Alexandre le grand. Un prince Macédonien qui a passé sa courte vie à conquérir des territoires et les soumettre à l’impôts de son empire.

Pièce de monnaie en or d'Alexandre le Grand
Pièce de monnaie en or d’Alexandre le Grand

Les premières pièces de monnaie trouvée en Suisse étaient des pièces de monnaie à l’effigie de Philippe II de Macédoine. Le père d’Alexandre le Grand.

Minage et esclavage

Le pouvoir de seigneuriage a permis à notre petit seigneur d’acheter quasi gratuitement tout ce qu’il lui faut pour vivre et pour financer son armée et ainsi devenir empereur.

Marchand d’arme est devenu la profession la plus lucrative dans un empire en expansion.

Mais qui dit expansion des achats, dit aussi expansion des paiements et donc des pièces d’or et d’argent !

D’où vient tout ce métal précieux utilisé pour faire des pièces de monnaie ?

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Lingot d’or

Et bien la rivière Pactole dont nous avons parlé plus haut disposait de ressource en alliage électrum facile à obtenir.

Mais avec le temps, c’est devenu toujours plus dur. Le pouvoir de seigneuriage est devenu plus faible. Et si en plus il faut payer des gens pour aller cherche de l’or et de l’argent, ça diminue le pouvoir de seigneuriage.

Ainsi la solution trouvée pour assurer une grande création monétaire et un grand seigneuriage, c’est l’esclavage.

En effet, que faire de tous les gens qui ne paient pas les impôts ?

La prison ça coûte cher. La mort c’est pas très efficace. Ainsi l’esclavage pour aller chercher des métaux précieux, c’est nettement mieux.

Après l’orpaillage dans les rivières, c’est l’industrie minière qui a débutée.

Donc on ajoute au processus de conquête, une phase de prélèvement de quelques esclaves qu’on va mettre avec les gens qui n’ont pas réussi à payer leurs impôts.

Pour avoir un ordre de grandeur de l’esclavage pratiqué on sait que 20 000 esclaves sont sont échappés en -413 des mines d’argent du Laurion grec, selon Thucydide, dans Histoire de la guerre du Péloponnèse, VII, 27.

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Pièce de monnaie Athénienne en Argent. Cet argent provenait généralement des mines d’argent du Laurion.

L’expansion d’un empire dépend donc directement de sa capacité à produire de la monnaie.

Une autre source de métal possible était aussi toutes les statues et idoles religieuses qui se trouvaient dans les temples. Beaucoup ont été recyclées en pièces de monnaie.

Les empires ayant une monnaie basée sur le bronze et le fer (en Chine) ont eu plus de facilité à s’étendre que les empires avec une monnaie basée sur l’or et l’argent (Grèce).

Sources historiques sur l’histoire des impôts

Cette jolie histoire est sympathique. Mais est-ce qu’on a la preuve que ça s’est passé ainsi. J’ai jamais entendu ça dans mes bouquins d’histoire, ni dans mes bouquins d’économie !!

En effet, l’histoire de la monnaie est très méconnue. Et pourtant elle influence toujours nos vies.

Personnellement, c’est surtout le livre de l’anthropologue David Graeber: Dette 5000 ans d’histoire qui m’a permis de découvrir l’histoire de la monnaie. Voici mon résumé de ce magnifique livre.

Voici quelques extraits de ce livre et les références vers les sources historiques pour appuyer cette version méconnue de l’histoire.

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L’impôt permet aux états (et leur souverain) de supplanter les systèmes économiques précédents

« Au fil de l’histoire, la raison la plus fréquente de s’endetter a toujours été la nécessité de réunir les sommes nécessaires pour payer l’impôt. »

« En décrétant que seules leurs propres pièces seraient acceptables pour régler les redevances, les amendes et les impôts, les Etats ont réussi à submerger les innombrables monnaies sociales qui existaient sur leur territoires et à instaurer une sort de marché national unifié. »
D.Graeber

Chapitre 9: l’âge axial (p277 de Dette 5000 ans d’histoire)

Les souverains de l’antiquité se sont beaucoup intéressés aux liens entre monnaie, armée, esclaves et impôts

Aux quatre coins du monde la caste des gens qui avaient envie de vivre sur le dos des autres ont beaucoup étudié la monnaie et comment la mettre en place à leur profit.

« Il suffit de jeter un coup d’œil au traité de Kautilya, l’Arthasastra, au « cercle de souveraineté » sassanide ou au Discours sur le sel et le fer chinois pour constater que la plupart des monarques antiques passaient beaucoup de temps à réfléchir sur la relation entre mines, soldats, impôts et denrées alimentaires.

Presque tous ont conclu que créer des marchés n’était pas seulement commode pour nourrir les soldats, mais utile à bien d’autres fins : les gouvernants n’auraient plus à réquisitionner directement chez leurs sujets tout ce qu’il leur fallait, ou à trouver comment le produire sur les domaines ou dans les ateliers royaux. »

Extrait de: David Graeber. « Dette : 5000 ans d’histoire (Les Liens Qui Libèrent) (French Edition). » iBooks. p107…. mais p64 de mon édition papier»

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Il n’y a pas que les souverains de l’antiquité, de nos jours encore la monnaie est une arme de domination au profit de celui qui la crée…

Exemple de mise en place de l’impôt colonial à Madagascar pour soumettre les habitants de l’île

Un exemple de mise en « esclavage civilisé par le marché » avec la colonisation de Madagascar par les français.

« C’était particulièrement fréquent dans le monde colonial. Revenons un instant à Madagascar : j’ai déjà signalé qu’une des premières initiatives du général français Gallieni, quand il a achevé la conquête de l’île en 1901, a été d’imposer un impôt personnel. Il était très élevé, mais aussi payable «uniquement en francs malgaches, la monnaie qu’on venait d’émettre. Bref, Gallieni a bel et bien imprimé de la monnaie, puis exigé que tous les habitants du pays lui en rendent un peu. »

« Mais le plus frappant a été le vocabulaire dont il s’est servi pour décrire cette capitation. Il l’a appelée l’« impôt moralisateur ». Autrement dit, cette fiscalité visait – pour adopter le langage de l’époque – à inculquer aux indigènes la valeur du travail. »

« On pourrait ne voir dans l’ensemble du projet qu’un mécanisme cynique pour soutirer à la paysannerie une main-d’œuvre bon marché, et c’était bien le but […]»

La suite de cette phrase que j’ai tronquée explique que le second but, c’est de créer de nouvelles habitudes de « luxe » qui rendrait dépendante Madagascar pendant longtemps de la France…

Extrait de: David Graeber. « Dette : 5000 ans d’histoire (Les Liens Qui Libèrent) (French Edition). » iBooks. p107  »

La Françagrique est une longue tradition. La colonisation continue, notamment à travers le Franc CFA, monnaie africaine contrôlée par la France.

Histoire de la monnaie en vidéo: l’invention de la monnaie métallique et de l’impôt

La monnaie métallique n’est qu’un des nombreux épisodes de l’histoire de la monnaie, si tu veux en savoir plus je peux encore t’en raconter beaucoup. Mais sur un autre article, et même en vidéo:

Voici l’épisode 4 de ma série sur l’histoire de la monnaie. C’est l’épisode dans lequel j’y évoque l’origine de la monnaie métallique et de l’impôt:

Rôle de l’impôt de nos jours

Ainsi maintenant tu connais l’histoire. Tu connais l’origine de l’impôt. Tu sais que l’impôt n’est qu’un outil pour imposer l’utilisation d’une monnaie dont personne ne veut.

Depuis l’époque de l’invention de la monnaie métallique, 2700 ans se sont écoulé. La situation à un peu évolué, mais pas tant que ça !

Bref résumé de 2700 ans d’histoire

  • Grâce à l’utilisation de monnaie et de l’impôt des petits seigneurs locaux sont devenus de grands empereurs.
  • La monnaie s’est répandue partout. Le monde entier à été converti à l’utilisation de monnaie centralisée. Les moyens de règlements de dette et de comptabilité mutuelle ont été éradiqués, tellement la pression à « gagner sa vie » avec de la monnaie imposée est forte.
  • En vendant à tous les camps les marchands d’armes sont devenus plus riches que les seigneurs qui les engagent.
  • Les seigneurs ruinés se sont endettés auprès de riches marchants (d’armes…) pour continuer à faire la guerre.
  • Les créanciers des seigneurs ont acceptés de différer quasi à l’infini le remboursement de la dette, en échange du monopole donné par l’Etat de titriser la dette sous forme de billet de banque => la notion de banque centrale est née.
  • Les marchands sont devenus plus forts que les Etats. Grâce à la dette infinie, ils peuvent créer des quantités infinies de billets de banques.
  • La technique s’améliore toujours pour être plus efficace que la concurrence et ainsi obtenir plus facilement de la monnaie.
  • Un grand saut technique est franchi lors de la révolution industrielle qui permet d’exploiter l’énergie fossile plutôt que la force musculaire des esclaves.
  • Les infrastructures de la révolution industrielle coûtant très cher, (aciéries, train, navires, usines, etc…) les banques commerciales ont été inventées pour fournir tout de suite, un crédit en monnaie scripturale à rembourser plus tard.
  • Les banques commerciales ont pris le dessus de la création monétaire.
  • Les Etats ne font plus rien avec leur seigneuriage. (si il en reste un ! … En suisse c’est le cas. L’Etat émet les pièces de monnaie, mais en France c’est la banque centrale qui le fait. L’Etat n’a donc plus rien !)
  • Les Etats ont conservé la notion d’impôt. Mais le circuit ne leur profitent plus.
  • Les Etats se financent via l’impôt, mais aussi via le crédit bancaire.
  • Les banques commerciales sont les grandes gagnantes.
  • Les cryptomonnaies et Monnaie Locale Complémentaire sont inventées, mais ne servent pas à payer les impôts… vont elles prendre ?
banque montreux
Les banques commerciales créent la majorité de la monnaie de nos jours

L’Etat a augmenté ses dépenses et ne les finances plus par la création monétaire !

De nos jours la situation est beaucoup plus complexe. L’Etat a augmenté son train de vie, surtout depuis qu’il sert à autre chose que financer une armée.

L’impôt est utilisé pour financer le train de vie de l’Etat. (Armée, fonctionnaire, écoles, hôpitaux, subvention à l’économie, services sociaux, protection de l’environnement, etc..)

Propagande pro-achat d'avion de combat Gripen qui montre que le budget militaire est minime dans la répartition des impôts
Propagande pro-achat d’avion de combat Gripen qui montre que le budget militaire est minime dans la répartition des impôts

L’Etat impose toujours l’utilisation d’une monnaie en particulier, mais les citoyens ne peuvent plus payer les impôts avec la monnaie de l’Etat !

(Bon, techniquement, il est toujours possible de faire un versement en pièces de monnaie à un guichet de poste. Mais ensuite l’Etat va récupérer de la monnaie scripturale, soit des substituts monétaires sur un compte en banque…)

Conclusion, l’Etat a augmenté ses dépenses et ne les finances plus par la création monétaire.

Donc l’Etat dépend des banques commerciales.

Ainsi on comprend pourquoi personne ne répond juste à ma question « à quoi sert l’impôt ». Tout le monde a l’habitude de la situation actuelle. Peu de gens connaissent l’intention de base de l’impôt.

Cependant cette fonction d’imposer l’utilisation d’une forme de monnaie existe toujours.

Les différentes formes d’impôts de nos jours

Si l’on considère qu’un impôt est ce qui impose l’utilisation d’une forme de monnaie, alors quelles sont les impôts existants de nos jours ?

Si je prend mon cas en Suisse. J’ai trouvé les impôts suivant:

  • impôt sur le revenu (communal, cantonal, et fédéral)
  • impôt sur la fortune (communal, cantonal et fédéral)
  • TVA (à chaque achat on paye l’utilisation de la monnaie !! L’acheteur pourrait acheter dans une autres monnaie, mais le vendeur lui doit payer la TVA dans la monnaie officielle)
  • redevance radio-TV
  • impôt anticipé (prélèvement à la source de 35% des gains en capitaux sur les compte bancaires pour inciter les gens à déclarer leur compte aux autorités fiscales)
  • Assurance maladie (Cette assurance est obligatoire et les assurances n’acceptent pas, à priori qu’on les paie en autre monnaie que le CHF )
  • Assurance ménage (éventuellement Responsabilité Civile car c’est très fortement conseillé)
  • Taxe déchet suivant les lieux… 
  • Taxe foncière suivant les lieux (les cantons de ZH, SZ, GL, ZG, SO, BL et AG ne pratiquent pas)
  • Valeur locative, même un propriétaire paye en impôt la valeur estimée d’un revenu si il avait loué son immeuble !!
  • les diverses taxes incitatives.… (Alcool, tabac, carburant, chauffage, autoroute, chien, etc..)  Il suffit de suivre l’incitation.. on est moins libre d’un côté.. mais de l’autre oui !
  • (la taxe d’habitation française, n’existe pas sous cette forme en suisse)
  • (La taxe professionnelle française n’existe pas en suisse)

Pour tous savoir sur le système fiscal suisse et sur les impôts existant en Suisse au niveau cantonal, communal et fédéral, voici le tout réuni dans un document pdf…

Voici le portail des impôts français, histoire de comparer…

billet franc suisse mille impots

La Suisse est probablement le seul pays au monde où les gens votent massivement pour être imposés !

Le système Suisse fait que l’on vote régulièrement, environ tous les 3 mois sur divers sujets.

En mars 2018, un des sujets soumis en votation demandait en substance:

  • est-ce que vous voulez toujours la TVA ?
  • est-ce que vous voulez toujours des impôts fédéraux ?

En Suisse, l’impôt fédéral et la TVA sont inscrits dans la constitution de manière provisoire. Ainsi tous les 15 ans le peuple doit dire si il veut toujours de ces impôts ou pas.

Ce « Nouveau régime financier 2021 » a été accepté par 84% des votants.

Ce qui m’étonne c’est qu’il n’y a pratiquement eu aucun débat sur le sujet ! Le parlement était à l’unanimité pour ces impôts !
L’immense majorité des partis étaient pour.

Aucun débat public n’a eu lieu ! C’est quand même incroyable !

PLR est pour les impôts.
regime financier et no billag votation suisse mars 2018
Le PLR est pour les impôts malgré ce qu’il dit à longueur d’année !

Ceci alors qu’à longueur d’année les partis de droites comme le PLR tapent sur les impôts trop élevés…

… et les partis de gauche comme le POP tapent sur la TVA, cet impôt injuste qui frappent tout le monde de la même manière que l’on soit riche ou pauvre.

Mais là, POP et PLR ont recommandé de reconduire ces impôts !! Incroyable!

4 mars 2018 régime financier et no billag
POP est pour le TV
Le POP est pour la TVA, même si il tape dessus régulièrement en disant que c’est un impôt injuste

Mais il faut préciser quand même que le même jour il y avait un autre sujet de votation qui a fait grand bruit. Probablement une des votations qui a fait le plus de débat ces dernières années.

C’était la votation sur l’initiative « no billag » qui proposait de supprimer la redevance Radio TV.

Evidemment, les journalistes (surtout ceux dont le jobs dépend directement du résultat de la votation) ont beaucoup plus parlé de cette votation et organisé de nombreux débats.

Alors que fondamentalement, si l’on regarde les montants en jeu. La décision à propos de la redevance radio-TV est beaucoup moins importante.

proportion des montants en jeux votation 4 mars 2018 impôt ifd tva et billag

Bref, le même jour, le 4 mars 2018, les Suisses on voté avec une très large majorité pour la continuité de 3 formes d’impôts différentes qui vont les piéger encore longtemps dans un système monétaire précis.

… et 3 mois plus tard, les mêmes ont refusé l’initiative monnaie pleine qui proposait de crée de la monnaie sans dette et de donner la possibilité de la distribuer aux personnes directement.

Ainsi la majorité des Suisse, probablement par ignorance, plébiscitent un système monétaire qui leur est majoritairement défavorable !

L’impôt empêche les systèmes économiques alternatifs

Il y a des nombreuses personnes qui aimeraient changer de système économique.

Il y a des gens qui aimeraient utiliser des monnaies plus vertueuses. Notamment les gens qui crées des Monnaies Locales Complémentaires.

Il y a les gens qui aimeraient vivre sans argent. 💰

Mais voilà, que ça ne marche pas. Ça ne prend pas. Il y a toujours l’impôt pour obliger à utiliser la monnaie officielle.

J’ai participé en 2018 aux rencontres des Monnaies Locales Complémentaires de France et 10 jours après à l’équivalent de Suisse.

Chaque fois c’est le même discours, il faut investir massivement pour inciter les gens à utiliser les Monnaies Locales Complémentaires, et ça ne marche pas….

monnaie locale complementaire

J’ai organisé à chaque fois une partie du Jeu de la Monnaie. Donc il n’y a que des fans des Monnaies Locales Complémentaires, des gens qui se battent pour les faire utiliser.

Quand on introduit une MLC dans le jeu de la monnaie, et bien les fervents défenseurs des Monnaies Locales Complémentaires ne sont pas très intéressés par celle-ci….

Je veux pas des tes cacahuètes 🥜, une monnaie de singe 🐵 J’ai un crédit à rembourser et des impôts à payer dans une autres monnaie. C’est déjà assez dur comme ça…

Voilà on a tout résumé.

Ainsi pour faire fonctionner une économie autrement. Il ne suffit pas de proposer des monnaies alternatives (Ça me fait penser aux inconditionnels de la monnaie libre Ğ1 qui pensent que tout va se résoudre en utilisant cette monnaie !)

Il faut également réduire, voir supprimer sa dépendance à des monnaies prédatrices qui permettent à une caste de vivre sur le dos des autres en profitant de leur pouvoir de seigneuriage.

Ceci peut se faire, soit en échappant le plus possible aux impôts, soit en permettant de payer des impôts dans des monnaies moins prédatrices.

Les créateurs de Monnaies Locales Complémentaires devraient penser à ça.

farinet
Des Farinets. La monnaie locale valaisanne.

Conclusions

On a donc vu dans cet article, que l’intention première de l’impôt, c’est d’imposer une forme de monnaie dont personne ne veut sauf le seigneur (saigneur) qui en a le monopole d’émission et qui profite de son pouvoir de seigneuriage pour vivre sur le dos des autres.

On a vu que ce système monnaie métallique + impôts génère la création d’une économie de marché, ainsi que la concurrence entre les personnes pour gagner plus d’argent et ainsi tenter de se libérer au maximum de l’impôt.

Une autre conséquence d’avoir à « gagner sa vie » sous la forme de « gagner de la monnaie » pour payer les impôts, c’est que l’on favorise le progrès technique, la recherche de l’efficacité par le progrès technique.

On peut se poser la question de savoir si notre civilisation serait autant « avancée » sur le plan technique si on avait eu un autre type de monnaie ?

monopoly maison
Le but du jeu du monopoly est de faire gagner une seule personne. Peu importe qui sont les joueurs, des escrocs ou des moines vertueux….. ainsi changeons le système.

Encore une autre conséquence de ce système monétaire de type jeton-valeur métallique et non de reconnaissance de dettes mutuelle dans une communauté de confiance, c’est le fait qu’il est très efficace pour favoriser la création d’une armée efficace. Ceci d’autant plus que la course à la technique et l’économie de marché avec des acteurs en concurrence va d’autant plus favoriser la création de nouvelles armes plus efficaces.

Il n’est donc pas étonnant de voir que le moment de l’invention du système monnaie métallique + impôt est le moment de l’émergence de grands empires basé sur l’expansion guerrière.

Le grand public et même les soi-disants spécialistes de la monnaie et de l’économie, ne connaissent pas la véritable origine de l’impôt. (ainsi te voilà maintenant plus au courant que 90% des économistes !)

C’est pour cette raison que le peuple vote quasi systématiquement contre ses intérêts dans les votations sur ce genre de sujets.

J’espère ainsi contribuer la moindre à une meilleure compréhension du sujet des impôts et de la monnaie et faire émerger un système qui me semble plus juste et qui ne nécessite pas d’impôt !
… même pour réaliser les tâches que l’on attribue généralement à l’Etat..

Si tu veux en savoir plus c’est par ici… Il s’agit du kong, une nouvelle monnaie de singe… 🐵 C’est du low-tech basé sur des carnets où l’on pratique une comptabilité, on sécurise le tout avec des signatures croisées comme pour un contrat.

Et chaque mois, chaque personne reçoit son revenu de base. Pas besoin de banquier, ni de saigneur, pour faire la monnaie….

Tout est possible, garde l’esprit ouvert !

Mon avis sur Frédéric Lordon, le revenu universel et le salaire à vie de Bernard Friot

Il m’a arrive régulièrement de recevoir des e-mails de la part de gentils lecteurs qui me posent des questions ou me demandent mon avis.

J’ai reçu une fois le contenu suivant par e-mail…

Un gentil lecteur m’écrit :

Bonjour 🙂

je te vois parler de holacratie :
https://martouf.ch/2016/12/notes-resume-du-livre-reinventing-organizations-de-frederic-laloux/

connais tu Frédéric Lordon ?
que penses tu de ce qu’il dit ?

à propos, puisque Lordon aborde le sujet, voici à mon avis les 2 meilleures vidéos (ex-aequo) sur le sujet du revenu universel :

je pense que tu n’apprendras rien dans la 1ère, mais je suis curieux de savoir ce que tu penses de la 2ème 🙂

et à cette occasion je suis retombé sur une vieille vidéo qui à mon avis n’a pas vieilli 😉

Je fais quoi avec une telle demande ?

Là comme tu peux le voir c’est des petites question anodines, avec quelques liens vers des vidéos… plus où moins longues… donc si je veux répondre il faut déjà que je regarde 4h de vidéo… que je comprennent bien. Que je me fasse un avis, puis que je l’écrive, que je structure tout ça.. et que je réponde par e-mail…..

Tout ça.. gracieusement !! .. c’est beau le courrier des lecteurs !

.. et ce n’était que la première partie de ce e-mail !!! Le même lecteur m’a aussi posé une autres question.. tu penses quoi de…. sans plus d’explication… et rebelote… 4h de vidéo en plus… etc.. etc….

Donc pour rentabiliser un peu, j’ai décider de publier ma réflexion. Ainsi c’est pas perdu pour tout le monde.

Ma réponse à ce gentil lecteur

Est-ce que je connais Frédéric Lordon et ses propos ?

J’ai déjà entendu quelques propos de Frédéric Lordon.
Usul avait fait un bon résumé de ses propos dans cette vidéo…


Lordon explique tout en terme compliqué pour des choses simples.

Par exemple dans ses bouquins il parle de « l’angle alpha« .

C’est la différence entre son aspiration personnelle est l’aspiration de son patron.

Lordon a la même vision du monde que Spinoza. Il est structuraliste.

Il pense que ce sont les structures externes, le cadre qui conditionne les humains.

Le cadre le plus courant pour un travailleur, c’est l’entreprise, et l’entrepris est cadrée par l’économie en général.

Il dit que le capitalisme est une structure. Que cette structure agit par affect et désir.

Lordon cherche à changer ce cadre pour changer la condition humaine. Il est du même avis que les marxistes. Il parle souvent de l’aliénation des travailleurs.

Il adopte l’idéal marxiste « le salut du travailleur passe par le propriété des moyens de production en mains des travailleurs« .

L’avis de Lordon sur l’Holacratie

A propos d’holacratie. Il dit que ça ne marche que par beau temps. « Allez voir quand les actionnaires n’en veulent plus« .

Et là je ne peux que le rejoindre. C’est pour cette raison que Frédéric Laloux, dans son bouquin réinventing Organization appuie bien sur les conditions nécessaires pour fonctionner avec holacratie, sollicitation d’avis, auto-organisation, etc….

La condition première est d’avoir un propriétaire qui a une vision du monde dans laquelle il est normal de fonctionner ainsi. Si ce n’est pas le cas, il dit que ça en vaut pas la peine de tenter de réformer la structure.

Il décrit très bien le cas de AES. Pendant 30 ans la société a très très bien fonctionné par sollicitation d’avis. Les deux directeurs fondateurs avaient tout construit ainsi.

Puis le conseil d’administration était en majorité acquis, mais avec des résistances….  

Puis avec le scandale d’Enron au début des années 2000, toutes les entreprises du domaine énergétique on vu leur cotation boursière chuter…. AES compris, même si ça n’avait rien à voir !!!

Cette chute a fait très peur au conseil d’administration qui s’est renforcé en membres très sceptiques sur la sollicitation d’avis (alors que ça n’avait rien à voir !) ….. et là le conseil d’administration a pris le pouvoir et décidé de réformer l’entreprise.

Les deux fondateurs sont partis. Ils n’ont pas accepté de travailler dans un cadre « plus classique ».

Donc en effet, là on voit qu’il est totalement nécessaire que ce genre de fonctionnement viennent des gens qui ont le pouvoir. « Les propriétaires des moyens de productions« .

Dans le bouquin de Laloux: C’est le cas de FAVI en France qui appartient a une famille qui semble ouverte à ces pratiques. C’est le cas de Morning star qui appartient entièrement à son fondateur etc….

Et c’est aussi le cas chez ecodev, l’entreprise dont je suis co-propriétaire avec mes 7 associées. Nous fonctionnons passablement par sollicitation d’avis.

Personnellement, comme je le mentionne souvent, j’aime beaucoup le modèle de la spirale dynamique. Je trouve qu’il y a différentes visions du monde qui existent et de chacune de celle-ci découle une manière de s’organiser.

Pour le détail je te propose de lire mon article à propos de la spirale dynamique….

Je viens de compléter cet article par des vidéos. La seconde en fin d’article décrit très bien les organisations issues des différentes vision du monde:

Visions du mondes les plus courantes de nos jour

Voici les visions du monde les plus courantes de nos jours:

Vision du monde: bleue (ou ambre selon Laloux)

C’est la vision du monde « conformiste« . Il faut faire selon les lois, les règles, le livre pour accéder à un idéal…

les organisations issues de cette vision du monde sont des administrations.

Il y a des grades, des classes. Actuellement il reste les administrations publiques et leur classes de salaires. Les fonctionnaires, l’armée, l’église catholique et certaines écoles.

Vision du monde orange

La vision « rationnelle« . La plus adaptée au capitalisme, à la raison, à la science. Tout est rationnel, l’émotionnel, l’humain n’a pas sa place.

Tout fonctionne comme une mécanique. Tout est basé sur des objectifs à atteindre peu importe les moyens. (alors que dans la vision bleue, il y a un règlement qui décrit « comment faire »)

« L’entreprise » est issue de la vision du monde orange.

Vision du monde verte

La vision du monde égalitaire.

C’est la vision du monde des ONG et associations, des gens qui sont pour abolir toute hiérarchie.

Vision du monde jaune

La vision du monde systémique. Ce sont des réseaux. Les gens à cette vision du monde comprennent le fonctionnement du monde en systèmes et sont souvent dans une vision du monde pessimiste qui voit les effondrements partout… effondrement écologique, effondrement financier….

Vision du monde turquoise/opale:

C’est la vision du monde holistique. Ce sont les gens issus de cette vision du monde qui sont vraiment capables de comprendre un fonctionnement avec des systèmes comme la sollicitation d’avis et/ou l’holacratie.

C’est à cette vision du monde que l’on tente de trouver ce qui est juste pour soi, pour les autres et pour le monde.

Les organisations issues de cette vision du monde ont une raison d’être et les individus qui composent ses organisations alignent leur propre raison d’être sur celle de l’organisation: l’angle alpha de Lordon est donc nul !

Ici l’organisation n’a pas comme raison d’être uniquement la survie comme c’est le cas de l’entreprise issue de la vision du monde orange.

C’est à cette vision du monde que la notion de revenu de base inconditionnel devient naturel.

Les organisations opales que Laloux a observées ont toutes un fonctionnement au niveau de la rémunération qui n’est pas tout à fait courant dans le monde des entreprises.

Il me semble que Lordon a une vision du monde qui doit être de type « verte ». Il est pour l’égalité.

En tout cas ce sont les gens avec des valeurs ancrées dans cette vision du monde qui ont menés les luttes sociales.

Donc il s’inscrit vraiment là dedans. De mon observation les gens qui sont dans cette vision du monde n’aime pas trop le revenu de base / revenu universel.

Ils trouvent que ça ne résout pas la lutte de classe. Que c’est un compromis inacceptable. (C’est ce que j’ai vu personnellement, mais je n’ai pas vu ce discours chez Lordon)

Du coup comme ils n’aiment pas le revenu de base, ils sont plutôt pour le salaire à vie. (Théorisé par Bernard Friot)

Le salaire à vie selon Frédéric Lordon

Quand j’entend Lordon parler du salaire à vie, il utilise l’argumentaire du revenu de base. Il ne dit pas pareil que Friot.

Lordon dit même qu‘il pousse peut être un peu plus loin le concept quand il dit que le salaire à vie reconnait le fait d’exister... et que ça implique forcément le faire de produire, car toute personne est productrice..

Friot lui, dit bien qu‘il ne reconnait pas l’être. Mais la production!!  

Il est très attaché au mot production.
→ Je vois là des projections d’une pensée de Lordon sur le modèle de Friot… 

Friot ne pense pas comme Lordon.Tout comme Usul a aussi fait des projections du modèle de Friot qui ne sont pas exactement ce qu’en dit Friot !

A ce propos, j’ai déjà fait un article dans lequel je montre la différence entre le revenu de base inconditionnel (revenu universel) et le salaire à vie.

Je m’étais basé sur la vidéo de Usul… et c’était avant que j’aille à une conférence de Friot à Genève, ce qui m’a permis d’éclaircir pas mal de choses…

En fait le projet est beaucoup plus flou et Friot beaucoup moins polarisé et fermé que je ne le pensais !!!

C’est Usul qui a en tête un modèle précis de salaire à vie, mais qui n’existe que chez lui !!!

Comme quoi… il faut se méfier de tout média qui oriente forcément un peu les choses en fonction de ce qu’il a compris et de ce qu’il a envie de transmettre. Aucune source n’est neutre et j’aime bien comprendre l’intention derrière la source pour savoir le message qu’elle tente de véhiculer.

Pour revenir aux propos de Lordon….

Pourquoi utiliser le mot « production » dans une société qui est majoritairement faite de services ?

Est-ce que le mot production s’applique aussi aux soins ? .. « je produis un soin ? » , « Je produit un service à la clientèle » ?

J’ai l’impression que ces gens sont bloqués dans une vision du monde du 19ème siècle !! 

Qu’est-ce que le structuralisme ?

Lordon est un structuraliste. Il parle de structuralisme.

Mais c’est quoi le structuralisme ? Regardons ça…

J’organise régulièrement le Jeu de la monnaie:
https://jeu-de-la-monnaie.org

On expérimente 4 systèmes économiques différents avec 4 jeux.

Donc ça c’est une expérience qui pose à priori que le cadre influence le comportement des individus. C’est du structuralisme. Ça va dans le sens de Lordon.Ça marche relativement bien. On voit des bonnes différences selon le cadre.

Par contre dans le premier jeu. Le cadre est inexistant. Et là on voit mieux les comportements des individus.

Et il y a plusieurs comportements différents. Personnellement, je suis persuadé que le cadre influence les choses. Mais je me refuse à croire que SEUL le cadre est responsable. L’individu est également responsable.

Lordon ose dire que nous n’avons aucun libre arbitre dans ce cadre. Moi je ne suis pas d’accord. Il y a une double influence.

Nous avons toujours le choix. Même quand on est bien cadré. Même si c’est pas facile. Même si il y a une pression sociale énorme.

Il y a très souvent un petit capitaliste en nous. C’est très intéressant de prendre un militant anti-capitaliste et de le mettre dans un autre cadre. Comment il se comporte ? Est-ce que le petit capitaliste en lui émerge ?

Frédéric Bosqué qui est impliqué dans de nombreux projets alternatifs, a raconté une anecdote que j’avais trouvée intéressante.

Dans une coopérative qui voulait court-circuiter les supermarchés capitalistes, il y avait une madame chargée de l’approvisionnement auprès de producteurs, des paysans.

Elle tenait mordicus à négocier le prix des patates au centime près. Elle tenait à faire baisser les prix au maximum. Au mépris même de l’agriculteur qui cultivait les patates.

Frédéric Bosqué à dit qu’il avait du lui signaler « le petit capitaliste en elle » qui finalement ne fait que reproduire le même comportement qu’elle dénonçait chez les autres !

Donc selon moi, les structures de la société ne sont que le reflet de nos propres structures individuelles.

Les structures extérieures sont le reflet de nos peurs et nos aspirations.

Si des individus sont mus par la peur de survivre, par la peur du manque, ils vont créer une entreprise qui va tenter de résoudre leur peur, soit assurer la survie en maximisant les profits pour ne manquer de rien.

Puis entrer en concurrence avec les autres pour accumuler plus que les autres.

Mais si on résout individuellement notre peur de survivre. Si on va vers la confiance en l’abondance. La confiance que la vie nous apportera tout ce don on a besoin. Plus besoin de la concurrence, plus besoin d’accumuler à l’infini… On peut créer des organisations pour une raison d’être précise autre que faire du profit.

Le revenu de base est selon moi un outil de transition pour aider tout le monde à avoir confiance en l’abondance. Ne pas être figé dans la peur du manque. Car il faut bien que tout le monde soit dans la confiance.

Car sinon le groupe des peureux risque de créer une organisation prédatrice chez les autres. Est-ce qu’il seront suffisamment forts pour rester dans la confiance en la vie ?
Il doit y avoir une question de masse critique là dedans !

Mon avis sur la vidéo: « La Justice sociale au XXIe siècle, table ronde autour de Philippe Van Parijs« 

C’était un bon débat de fond avec une bonne partie des archétypes classiques du sujet:

Anne Cathrine Menetrey qui nous dit que le revenu de base va permettre de sortir d’un système de croissance économique… (c’est par cette vision du monde que je m’y suis intéressé.. mais actuellement ce n’est plus la mienne)

On peut aussi faire le discours inverse… le revenu de base permet d’assurer que les consommateurs aient assez d’argent pour consommer… et donc assurer la croissance du PIB !!

Myret Zaki fait une tête incroyable quand elle découvre que son voisin, Guy Mettant se dit libéral... pour une économie de marché… etc…. et que tout d’un coup il dit qu’il est aussi favorable au revenu de base ! BAM… ça semble la surprendre ! :p

Marco Salvi se fait huer !!! … mais ça se comprend il est franchement pas très bon dans ses arguments !!

Il représente les arguments standards face à cette idée: tout le monde va arrêter de travailler...  la solution c’est plutôt faire grandir le gâteau pour mieux le redistribuer.

Il a même sorti les arguments que c’est anti-féministe car on remet les femmes à la maison…  ça c’est une question qui a fait de grand débat au sein du parti socialiste !

En trame de fond, on voit quand même que le théoricien belge Philippe Van Parijs n’est pas sur la même longueur d’onde que les partisans suisses. Lui il est à fond pour une solution progressive, avec un revenu de base dont le montant est faible et peu grandir. Alors que les partisans suisse sont plutôt pour un revenu d’existence. Un revenu suffisant pour vivre sinon c’est pas du tout pareil.

Mon avis sur la vidéo: « Bernard Friot/Baptiste Mylondo : salaire à vie et revenu de base« 

Friot est vraiment un militant anti-capitaliste. Donc il veut éliminer tout apport de capital et sa rémunération.
→ là je peux le rejoindre. Mais je me questionne quand même sur « comment avoir les moyens de ses ambitions » si on a pas de capital ??  

Le crowdfunding me semble une solution de plus en plus présente et efficace. Surtout pour les objets, car ça permet de faire une étude de marché via le crowdfunding avant même de devoir débourser quoi que ce soit en production.
(contrairement au crédit bancaire où l’on peut se retrouver avec des dettes sans avoir pu vendre son produit..)
Je développe tout ceci dans mon article sur ce que j’appelle l’artisanat industrielle… (ou pourquoi Marx s’est trompé..)

Friot a un idéal d’une société qui fonctionne comme une administration de fonctionnaire à la française:

  • → C’est typiquement une vision du monde de type bleue. Le classe de salaire le montrent bien.
  • Là j’ai de la peine. Moi je ne suis pas du tout dans cette vision du monde. Moi ça me hérisse les poils quand on me propose un tel idéal !!

Friot défend le travail salarié plutôt qu’indépendant. Car c’est plus rentable !!

  • c’est pas une aliénation de faire un boulot que pour le fric ??
  • → moi j’adhère pas !Là l‘angle alpha de Lordon ne se réduit pas !!

Friot: la reconnaissance doit passer par la production, sinon nous acceptons qu’il y a une sous humanité qui ne correspond pas à une validation sociale de sa production !!!
→ Mylondo n’aime pas du tout cette affirmation et je le comprends.

Avec le revenu de base, revenu universel, on reconnait l’existence de la personne. Et ça suffit. C’est encore plus claire avec le terme « revenu d’existence« .  

Mylondo dit: « revenu suffisant ». Là Friot tourne autour du pot. Il ne veut reconnaitre que la production, et se sent obligé de reconnaitre l’existence par le fait que « tout le monde produit »….  Je ne comprends pas trop pourquoi il veut absolument placer le mot production !! ?

Quand il explique pourquoi « salaire » et pas « revenu », il utilise les mêmes arguments que j’aurai utilisé pour définir le contraire !!! 

Il dit que « salaire » reconnait que tout le monde produit !

Pour moi « Revenu » décrit que justement une part de monnaie nous revient.... naturellement.

Pour moi salaire ça vient du mot « sel ». Etymologiquement, c’est issu des soldats romains qui étaient payés avec du sel. Pour moi salaire reconnait qu’il y a forcément une contrepartie dans le cadre d’un emploi.

Dans le terme « revenu de base inconditionnel », j’aime bien le inconditionnel, car justement il n’y a pas de contrepartie. Ainsi là on est clairement en opposition avec le mot salaire.

Quand on évoque le fait de supprimer la monnaie: Friot refuse de supprimer la monnaie pour diluer le pouvoir.  

Si on supprime la monnaie et les classes de salaire on fait resurgir les pouvoir par la fenêtre.« il n’y a pas de société sans lutte de classe, car il n’y a pas de société sans pouvoir« 

C’est fou cette peur du pouvoir.. c’est un truc typique d’une vision du monde « verte » de la spirale dynamique. C’est couper les têtes, c’est renverser les hiérarchies.

Donc là je vois que Friot doit avoir des valeurs ancrées à plusieurs étapes (ce qui est tout à fait normal).

Je me pose aussi toujours la question: Comment on définit la qualification pour savoir quelle classe de salaire on a droit ?

Là je pense qu’il y a de sacré leviers de pouvoir qui peuvent être mis en place. Donc ça m’étonne un peu d’une personne qui a peur du pouvoir qui revient par la fenêtre !

A propos du salaire à vie, il y a quand même toujours une question qui me tardaude….   et Mylondo l’a évoquée.

Si l’on ne rémunère pas le capital et que les salaires sont fixés en fonction des classes de salaires, donc une entreprise n’a pas d’autres charges que la matière première. Comment elle fixe les prix ?

Qu’est-ce qui incite les « entreprises » à vendre leur production plutôt que tout simplement la donner ?

Conclusions…

Je suis bien gentil quand même d’écrire tout ça pour une seule personne…. donc voilà. Maintenant c’est partagé avec les masses.

La réflexion était très intéressante. Je trouve que c’est stimulant de voir l’avis d’autres personnes de se mettre dans leur mode de pensée (via la spirale dynamique) et d’essayer de voir le monde comme eux.

Bien… j’ai toujours l’autre partie du mail à répondre… j’ai un tas de note de lecture… mais rien de texte écrit. Ça fait des mois de ça…. Je ne sais pas si un jour je finirai…

Donc voilà quand tu m’écris un mail… pourquoi je ne répond pas tout de suite ! 😛







Différence entre le salaire à vie de Friot et le Revenu de Base Inconditionnel

Différence entre le salaire à vie de Friot et le Revenu de Base Inconditionnel

Ces derniers temps plusieurs personnes m’ont fait parvenir une vidéo qui tente de démontrer que l’idée de salaire à Vie lancée par Bernard Friot et le réseau salariat et meilleure que l’idée de Revenu de Base Inconditionnel pour laquelle je milite depuis quelques années, surtout dans le cadre de l‘initiative populaire fédérale pour un Revenu de Base Inconditionnel qui a été lancée en Suisse.

Cette vidéo est très bien faite et et c’est la première fois qu’une explication sur le salaire à vie me donne envie d’être pour ! :)…. mais non… en fait je reste sceptique sur le salaire à vie. Je préfère nettement le Revenu de Base Inconditionnel.

Contrairement à ce que beaucoup disent, les deux projets ne sont pas juste des différences de formes avec un fond différent. Pour moi ce sont vraiment deux projets de société différents avec des intentions différentes.

Voici la vidéo en question et voici mes explications des différences entre le salaire à vie de Friot et le Revenu de Base Inconditionnel.

Cette vidéo est bien faite et donne envie d’être pour le salaire à vie…. Mais je ne suis pas entièrement convaincu, il me reste un petit sentiment indéfinissable qui me dit qu’il y a un truc qui coince.. qui n’est pas autant joli que ce que cette vidéo dit.

Le constat de cette vidéo est parfait

Effectivement, le plein emploi est menacé. Et effectivement la marge « capitaliste » prise au passage rend ce système pas aussi efficace qu’il le dit !

Le salaire à vie est un projet adapté au passé et peut être au présent, mais pas à l’avenir

… c’est encore flou… mais j’ai une impression que le salaire à vie est très adapté à la société industrielle avec l’emploi tel qu’on le conçoit jusqu’à maintenant. Il est parfaitement inscrit dans une société productiviste…. mais cette vision coince avec l’avenir… avec une société de l’information. Avec une société de contributeurs et non pas de producteurs.

Ce nom de producteur est quand même souvent utilisé par Friot et ses partisans. Je vois là un reste d’une société révolue… la société productiviste dont le but est de faire passer le bonheur par la quantité d’objets créée….  et là que ce soit des communistes ou des capitalistes, je ne vois aucune différence, ce sont des productivistes.

L’avenir n’est plus au contrat de travail, mais à la communauté de cocréateurs. Le monde matériel va de plus en plus ressembler à celui de la création de logiciel libre. (voir à ce propos le livre « Makers » de Chris Andersen)

Moi c’est ce que j’appelle l’artisanat industriel et voici mon article sur le sujet… Le monde change, la manière de produire change et la lutte de classe  (au sens Marxiste) va donc disparaitre !

Donc est-ce que le salaire à vie est capable de s’insérer là dedans ?

Mais on peut se poser la même question à propos du Revenu de Base Inconditionnel !

Dans les deux cas on ne sait pas trop ce qu’il va se passer. L’avantage du RBI.. c’est qu’il ne s’aventure pas trop loin… donc on ne risque pas d’être à côté de la plaque..

Le Revenu de Base Inconditionnel reconnait l’être, le salaire à vie reconnait le diplôme

Le truc qui me dérange dans le système du salaire à vie, c’est que le système de rémunération est basé sur la capacité des gens à passer des diplômes, des épreuves, à se fondre dans un moule…  et là ça ne cadre pas avec un idéal émancipateur que je ressens chez les partisans du Revenu de Base Inconditionnel.

Chez ces derniers, j’ai déjà souvent remarqué un intérêt à revoir complètement l’école. De passer du système actuel de formation qui formate les gens à un système d’éducation qui (selon l’étymologie de ce mot) aide les gens à devenir autonome.

Le RBI, c’est libérer, émanciper et responsabiliser les gens. Dans le salaire à vie… j’ai un sentiment de grosse usine à gaz qui enferme…

Le salaire à vie n’est pas inconditionnel !

Déjà, premier point, le salaire à vie, n’est pas inconditionnel… vu qu’il ne s’obtient qu’à 18 ans ! Ainsi on aide pas beaucoup les familles, même si les projets de revenu de base prévoient souvent un montant plus faible pour les enfants.

Le salaire à vie crée des hiérarchies stigmatisantes

Même si c’est dans les faits très semblable, le revenu de base ou le salaire à vie de 1er niveau de qualification (donc de base !) ont des intentions et des sous entendus différents…

Le salaire à vie du premier niveau est un premier niveau.. il crée une hiérarchie là ou le Revenu de Base Inconditionnel rend tout le monde égaux. il sous entend que la personne n’est pas capable d’accéder aux niveaux supérieurs…  il y a là une comparaison possible à la stigmatisation actuelle envers les chômeurs. (qui je le rappelle ont financé eux-mêmes leur revenu de chômeur !)

Le salaire à vie crée une usine à gaz au lieu de laisser les gens s’arranger librement

Ce film présente tout un discours sur l’encouragement à travailler qui se fait via la « rapidité de progression dans les classes de salaire » qui peut être ajustée selon les besoins en main d’oeuvre.

Je trouve ce système bien compliqué et pas forcément adapté, alors qu’il suffit de faire un contrat entre un employé et un employeur… l’offre et la demande (qui n’est pas le capitalisme) me semble une technique plus simple, souple et efficace pour aller vers le même but. (Le Revenu de Base Inconditionnel sert justement à équilibrer le rapport de force entre employé et employeur)

Le salaire n’est qu’une forme particulière de revenu et pas le contraire comme le dit ce film !

Dans ce film, il y a tout un discours sur les mots « salaire » et « revenu »…. il est dit que le salaire reconnait le travail, même en dehors de la sphère capitaliste… alors que le revenu voit les humains comme des êtres de besoins….

=> Personnellement, je ne suis pas du tout d’accord. L’étymologie du mot revenu est claire. C’est un retour, c’est une rétribution, il y a une notion de cycle… je donne quelque chose et en échange je reçois un revenu.

Donc ici je peux aussi dire que le revenu de base reconnait n’importe quelle contribution à la société, que ce soit dedans ou en dehors de la sphère capitaliste !

Le discours à ce moment du film ne me parait juste pas objectif !

En revanche, l’étymologie du mot « salaire » vient du mot sel. (salarium) qui était donné aux soldats romains. Le salaire n’est pas une rétribution globale, mais une rétribution, un revenu (!!) très précis. C’est un revenu lié à un contrat. (et donc pas pour une reconnaissance globale de contribution à la société par le simple fait de vivre)

Donc, (en tout cas pour moi), un salaire est lié à un emploi, à une place de travail et pas à n’importe quelle contribution à la société.

Je trouve justement que le mot salaire est mal choisi pour exprimer cette idée de « forfait de confiance quand à la contribution de toute personne ». comme quoi… avec le même raisonnement on peut arriver à des conclusions différentes !

Je retrouve dans ce mot de salaire qui rétribue « toute production de valeur ajoutée » une notion très communiste.

Qu’est ce que la valeur ? uniquement le travail humain ? ne peut-on vraiment pas dépasser le travail ?

Pour les économistes communistes (comme Friot), mais pas forcément pour les autres, la valeur est issue uniquement de la force de travail humaine.

Ainsi le salaire à vie ayant été développé sous cet angle a tendance à ne reconnaitre que ce type de valeur.

Alors que dans l’histoire du Revenu de Base Inconditionnel, d’autres sources de valeur existent.

John Locke (un des contractualistes) et Thomas Paine étaient très axé sur la propriété foncière.

Locke disait que la propriété privée est le meilleur moyen de gérer une ressource efficacement, mais que la privatisation de cette ressource doit être compensée pour ceux qui n’y ont plus accès.
On peut se dire que cette compensation peut donc se faire sous forme d’un revenu issu de la ressources privatisée.

Paine quant à lui voulais distribuer à tous des lopins de terre de base. (rien de monétaire, mais à l’époque un bon moyen pour être assuré de vivre, à soi de décider si on la travaille soi-même où si l’on engage des gens pour le faire !)

Ainsi, dans cette vision du monde, le simple fait d’être propriétaire d’une terre (ou justement de ne pas l’être !) donne droit à un revenu.

Alors que l’économiste communiste ne voit pas là un droit à un revenu, il dit que seul le travailleur de cette terre à droit au revenu !!
=> Un combat qu’on ne résoudra pas aujourd’hui, mais il est intéressant de voir que le st-graal des économistes est souvent la source de LA valeur… (Lire à ce propos le manuel d’anti-économie qui montre tout un panel de croyances sur l’origine de LA valeur...)

Le principe du Revenu de Base Inconditionnel ne tranche pas. Il dit juste que tout le monde a droit à un revenu suffisant pour vivre. Puis, c’est à chacun de s’organiser pour trouver d’autres sources de revenus pour augmenter son revenu global.

La monnaie au service du Revenu de Base Inconditionnel

Dans les partisans du Revenu de Base Inconditionnel, il y a aussi beaucoup de gens qui s’intéressent aux monnaies. Là il y a aussi moyen en sortant d’un système à argent dette et en posant un nouveau système compatible avec la Théorie Relative de la Monnaie, de créer un système dans lequel chaque personne reçoit un revenu monétaire pour le simple fait de participer à ce système.

Il n’y a nul besoin de « travailler » pour avoir un revenu.

Le « salaire à vie » est donc à mon avis un système un peu trop « usine à gaz » pour finalement ne s’occuper que d’une partie du problème en occultant d’autres solutions moins « productivistes » qui fonctionne aussi.

Le salaire à vie = communisme 2.0 pour favoriser les salariés et contrôler

Le salaire à vie est à mon avis un peu trop teinté d’idéologie…. c’est pour cette raison qu’il convainc moins largement sur l’échiquier politique…  mais est-ce un avantage ou un inconvénient ? … Le RBI a un peu le problème inverse. Il n’est pas assez marqué sur l’échiquier politique et trouve ses opposants partout ! (On aime pas le changement)

Donc c’est vrai que le RBI ne remet pas en cause le capitalisme. C’est une des raisons qui fait que de nombreux jeunes socialistes suisses se sont opposés au RBI…  et c’est pourquoi Bernard Friot dit que le « Revenu de Base Inconditionnel est une roue de secours du capitalisme« ….. mais est-ce vraiment une raison pour laquelle un partisan du salaire à vie doit s’opposer au Revenu de Base Inconditionnel ??

Finalement.. le RBI permet de s’émanciper d’un système, d’avoir le droit de vivre en dehors d’un système capitaliste. C’est déjà un bon pas dans la direction de ceux qui défendent le salaire à vie !

Mais peut être pas pour ceux qui voient le salaire à vie comme un moyen de contrôle des gens…

J’ai l’impression que le RBI permet la liberté beaucoup plus que le salaire à vie.
C’est pour cette raison principale que je suis plutôt partisan du Revenu de Base Inconditionnel que du salaire à vie…

Un autre point de vue que le mien sur les différences entre salaire à vie et revenu de base inconditionnel

Voici encore un autre son de cloche qui décrit les vraies différences entre le salaire à vie et le Revenu de Base Inconditionnel… Voici un article écrit par Frédéric Bosqué qui nous précise que ces deux idées sont bien deux projets de société différents.

  • Le Revenu de Base Inconditionnel est émancipateur pour permettre à toute personne de trouver son bonheur.
  • Le salaire à vie étant une réforme du système productiviste pour favoriser le salarié…

Ainsi je ne trouve pas que seule la forme diffère… le fond aussi !

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