Dossier: histoire de la monnaie et des systèmes économiques

Intention

Ce dossier va nous faire voyager au travers d'au moins 5000 ans d'histoire de l'humanité.

Nous allons survoler ici les différents systèmes économiques que les humains ont utilisés pour "faire société". (La "monnaie" n'étant qu'un "système économique" parmi d'autres. On y reviendra.)

Le but de ce document n'est pas d'être exhaustif sur les systèmes utilisés à une époque ou une autre. Mais plutôt de faire émerger les points saillants, les grandes tendances, les paramètres récurrents et leurs conséquences.

Ce document a pour but de monter la dynamique des systèmes économiques au travers de l'Histoire et de pouvoir en tirer des leçons.

Ces enseignements pourront servir à créer un système économique adapté à notre époque au service des humains et du vivant.

economie-du-don-finance-carotte-panneau-alternatiba

Résumé

Après le « don dans une communauté de confiance » les humains s’organisent en états agraires sous forme de "maisonnée" (oikos en grec) (Notamment à Sumer et en Égypte). L’écriture y est inventée comme moyen de comptabilité pour le contrôle et la distribution de la production. Cette écriture permet de créer de la «monnaie scripturale » soit des reconnaissances de dettes entre individus.  On y retrouve déjà le prêt à intérêt, parfois l’esclavage pour dette et la notion de «jubilé», l’annulation de toutes les dettes.
Ces états agraires utilisent des unités de comptes sous forme de métaux, étoffes, céréales (aussi bière, et pains) et des huiles, reliées par un barème. Les moyens de paiement sont divers et variés.

Le grand chamboulement est l’arrivée des pièces de monnaie qui permet à une élite de vivre sur le dos des autres en imposant son jeton par l’impôt. Ce système a plusieurs effets secondaires : la création de l’économie de marché, l’amélioration perpétuelle de la technique au service de la guerre, la course à la croissance et l’expansionnisme jusqu’à créer des grands empires.

Après l’effondrement de ces derniers, comme l’empire romain, on retrouve un système économique basé sur des unités des comptes (anciennes monnaies romaines) et des moyens de paiement variés. Le bâton de comptage est également un système très utilisé pour enregistrer des dettes. Il est très méconnu de nos jours et pourtant officiel jusqu’en 2016 en France !

Au Moyen Âge se développe la finance. Venise invente les bons du trésor pour financer à l’avance des conquêtes et des colonisations. Les exemples des croisades et de la conquête des Amériques nous montrent que la dette à plusieurs niveaux est un puissant moteur de mise en esclavage de peuples entiers.

L’arrivée du protestantisme va permettre d’autoriser le développement du système bancaire. C’est la naissance des banques centrales. Des banques généralement créées par un accord issu d’une relation de dette entre des monarques et des marchands. Au fil du temps ces organismes obtiennent le monopole d’émission de billet de banque.

Puis c’est la révolution industrielle qui voit se développer une nouvelle forme de banque, la banque commerciale qui fait des crédits. Ce genre de banque est nécessaire pour développer l’industrie lourde comme le chemin de fer par exemple.

De nos jours, à l’ère de l’information, ce sont les cryptomonnaies qui commencent à émerger. Ça paraît neuf, car le média est récent, mais le code monétaire est très semblable à ce qui se faisait déjà 2700 ans plus tôt mais dans un contexte différent.

Au passage nous observerons différentes expériences de code monétaires différents, le crédit mutuel, la monnaie fondante, le chartalisme, les Monnaies Locales Complémentaires, les monnaies de guerre utiles pour gagner une révolution mais catastrophiques sur le long terme.

Glossaire autour de la "monnaie"

Les mots sont des boutons pour accéder à des idées. Mais parfois le câblage entre le bouton et l’idée change d’une personne à une autre !

Pour être au clair sur le vocabulaire utilisé ici, un glossaire sur les termes liés à la monnaie a été dressé. Ainsi le jargon autour de la monnaie n'aura plus de secrets pour toi.... peut être que tu peux aller y jeter un oeil pour connaitre la différence entre ce que j'appelle "la monnaie" et c'est qu'est un "système économiques".

Chronologie des systèmes économiques

Afin d'avoir une vision globale des systèmes économiques utilisés dans le temps, voici une chronologie de l'invention des principaux systèmes connus et de faits marquants l'histoire de ceux-ci.

Cette vision globale de la chronologie sera ensuite complétée dans ce document par une description plus détaillée des systèmes économiques. Nous détaillerons aussi les facteurs dynamiques qui ont fait émerger ou disparaitre l'un ou l'autre des systèmes à un moment donné.

Cette chronologie marque surtout les inventions de systèmes et apparitions de comportements. Mais rarement leur fin. Car contrairement à une idée répandue, quand on parle de faire une "transition" d'un système à un autre, l'ancien système disparait rarement, il devient juste moins (ou plus du tout) dominant. Ainsi on ne fait qu'empiler des systèmes les uns sur les autres, on les utilise en parallèle.

Donc nous voilà dans des temps reculés immémoriaux. Les humains apparaissent. Ils ont des besoins et des envies. Ils sont entourés de ressources. Comment est-ce que les humains s'organisent pour gérer leurs ressources dans leur communauté ?

C'est là que commence la chronologie des "systèmes économiques" (= règles de la maison)

  • Le "don dans une communauté de confiance" semble le système qui émerge naturellement chez les humains pour organiser leur économie. On donne aux autres, à la communauté quand on a, et on reçoit des autres de la communauté.
    Ce système est toujours très largement utilisé avec sa famille et ses amis.
  • Quand la communauté grandit et que la confiance diminue, on mémorise les transferts, notamment par l'écriture ou d'autres moyens comme les encoches sur bâton de comptage ou jeton d'argile, ainsi que des nœuds sur des cordes (quipu). (SETE, Système d'Enregistrement des Transferts Economiques)
  • ~4100–3300 av. J.-C. Durant la Période d'Uruk en Mésopotamie se développe un système de comptabilité sophistiqué. Depuis plusieurs millénaires il existe déjà des "figurines jetons de comptage" et des sceaux simples pour cacheter des récipients. A cette période l'organisation de la société se complexifie et s'étend. Un nouvel outil de comptabilité est créé, la bulle enveloppe de calculi scellée par un sceau-cylindre.
    Les calculi sont des figurines d'argile normalisées symbolisant des quantités de marchandise. Pour éviter une falsification de la comptabilité, et/ou sécuriser un transport de marchandises, on enferme les calculi dans une enveloppe d'argile cachetée.
  • Vers -3000: Fin de la période Uruk: Les cités-États sumériennes sont organisées selon une organisation domaniale autour de la "maisonnée" (É en sumérien) (équivalent de l'oikos grec) Il y a une élite sociale qui gouverne des maisonnées (les temples en sont aussi) et qui organise une administration de production, de stockage et de redistribution de la production vers le reste de la population qui participe à tout ce système. Le terme "d'économie palatiale" est aussi utilisé en référence au palais de Cnossos au centre du système économique minoen.
  • Vers – 3300 l'écriture sur tablette d'argile apparait à Sumer (Suse) et remplace les calculis pour la comptabilité. (On préfère dessiner les calculi en 2D que de les façonner en 3D) (on trouve aussi des tablettes d'argile pour la comptabilité chez les Minoens. )
  • Les "employés" sumériens sont "payés" par des distributions de rations de nourriture, surtout des rations de céréales. (ou de céréales transformées en bière...)
    Voici un document qui dresse une liste de traduction de dizaines de tablettes shubati (qui signifie "reçu"). De nombreux responsables administratifs viennent dans les entrepôts des temples chercher des rations pour leur équipe.
Tablette enregistrant l'allocation de bière vers -3100 à Uruk.
  • Vers -2900 à Sumer Le concept de l'enveloppe d'argile utilisée dans les "bulle enveloppe de calculi" est conservé pour sécuriser les tablettes d'argile. Il est ainsi possible de sécuriser des contrats. Ce qui ouvre d'énormes possibilités, notamment la monnaie scripturale.
  • Il est souvent évoqué dans les médias que les sumériens avaient un "salaire en bière". Mais il n'est pas certain que le paiement d'un salaire se fasse toujours en nature. Un "employé" peut très bien recevoir un contrat enveloppe d'argile qui lui permet d'obtenir plus tard d'autres biens équivalents au même montant. Ainsi le grain de céréale devient une unité de compte.
  • ~ -2500 en Égypte. Contrat d'achat d'une maison à Giza pour un prix de 10 shât. (stèle borne JE 42787) On sait ainsi qu'il existe une unité de mesure de moyen de paiement. Ces moyens de paiements sont très divers, la maison est payée avec 2 tissus valant chacun 3 shât et un lit valant 4 shât. C'est une monnaie scripturale qui peut être payée en nature ou non. [A. Testart aux origines de la monnaie, 2001] Plus tard le deben supplante le shât comme unité de poids.
  • ~ -2500 chez les Sumériens, il était courant de voir des administrateurs et riches consentir aux paysans en difficultés financières des prêts garantis par un nantissement. (grain, moutons, chèvres, meubles, champs maison, membres de la famille... et emprunteur lui-même) Ainsi il n'est pas rare de voir de nombreux paysans se retrouver en esclavage pour dette (Péonage) chez leur créancier suite à une mauvaise récolte. (contrairement à l'Égypte où l'esclavage privé n'existait pas ! Probablement de par le fait que l'État était propriétaire des moyens de production et employeur principal dans une société très hiérarchisée. On utilise le terme d'"économie palatiale" depuis l'étude du palais de Knossos et du système économique minoen.)
  • -2450 le Roi sumérien de Lagash, En-metena crée la première libération de dette connue de l’histoire. [amargi] = libération C'est l’équivalent du jubilé dont on parle dans la Bible (Lévitique 25.8-22) Les esclaves pour dette (les péons) peuvent retourner dans leur famille. (dans la Bible il est dit "clan")
  • - 2300 Plus ancienne trace de contrat sumérien mentionnant une unité de compte en sicle (shekel) d'argent. Il y a 2 unités de compte de base en Mésopotamie: l'argent et le grain d'orge.
    L'argent se compte en unité de poids: le grain ŠE, le sicle GÍN (qui signifie "peser") ou la mine MA.NA. (qui signifie "compter")
    L'orge se compte en unité de volume: le SILÀ ou le GUR
  • ~ -2000 en Egypte. Pendant le moyen empire (-2033 à -1786) Le Deben est une unité de mesure de poids. Il existe des pierres polies servant d'étalon de poids, garantie avec le cartouche de Pharaon gravé dessus.
    1 deben ≈ 91g (1 deben d'or = 12 shât → 1 shât = 7.6g)
    Cette unité de poids est utilisée pour mesurer la quantité de 4 types de marchandises faisant aussi office d'unité de mesure de moyen de paiement:
    - des métaux (or, argent, cuivre)
    - des étoffe (lin)
    - des céréales (orge, blé amidonnier, pains, bière)
    - de l'huile
    Chaque type a ses propres subdivisions. Il y a un barème d'équivalence de valeur entre les différents produits. On a ainsi un système global et souple d'évaluation de valeur d'un objet ou d'un contrat.
    Les rémunérations sont faites en nature ou par virement de monnaie scripturale. Ceci est prouvé par des papyrus (Reisner 1 et Berlin 10005) qui dans les extrêmes nous montrent des salaires de 21kg de pain par jour par personne ou 1/18 de pain par personne par jour. Ce qui n'a aucun sens en nature. Mais oui en monnaie scripturale !
  • - 1750 le code d'Hammurabi règlemente la vie à Babylone. On y apprend notamment les salaires minimaux de quelques professions (noté en unité de compte de poids d'argent et/ou de volume de grain), les limites de l'application d'intérêt, et aussi que le péonage, l'esclavage pour dette est limité à 3 ans.
  • - 1600 sous la dynastie Shang en Chine (-1600 à -1046) et la dynastie Zhou (-800 à -300), en plus des céréales et des tissus, les cauris sont utilisés comme monnaie, ou du moins comme unité de compte. Les cauris sont de petits coquillages qu'on trouve dans l'océan indien, particulièrement aux Maldives. Les marchands arabes les ont répandus en Afrique depuis le Xème siècle. (et il parait que c'est toujours occasionnellement utilisé ?)
  • ~ -1500 pendant le nouvel empire en Égypte. (-1500 à -1000), le deben est réévalué en référence aux unités utilisées à Babylone.
    1 deben d'argent = 1/2 deben d'or.
    (Deben signifie "anneau" ce qui fait penser à certains auteurs que ce sont des monnaies "jeton valeur" anneau. Mais on n'a jamais trouvé de tels anneaux. Il est nettement plus probable que le deben n'est qu'une unité de compte. )
  • ~ Basse époque égyptienne (-750 à -332) bien que les échanges courants se fassent en monnaie céréales (grain), des lingots de métaux commencent à circuler pour le commerce international. Les temples se chargent de garantir la pureté des lingots. (Temples: Harsaphès à Thèbes et de Ptah à Memphis.)
  • La version de "l'histoire de la monnaie" qu'on trouve dans les manuels d'économie commence souvent ici sans parler des systèmes économiques précédents. En substance le discours est "Tout commence avec le Troc, mais comme ça ne marche pas bien, on s'est mis à utiliser de la monnaie". La Banque Nationale Suisse a fait tout une communication illustrée sur ce thème. Cette version de l'histoire est controversée par les anthropologues qui cherchent encore la civilisation dans laquelle le troc a pu faire système. Le don dans une communauté est plus efficace et simple et existe encore. Le troc n'existe marginalement que lors d'échanges entre des gens qui ne se font pas confiance. (des étrangers, des ennemis, etc..) Le troc vu par les économistes est surtout un mythe fondateur pour émanciper "l'économie marchande" comme discipline à part entière. [Servet 2001]
banque nationale suisse tout commence avec le troc
La brochure de la BNS nous dit que "Tous commence avec le troc" => faux!
  • Vers -700 à -600 apparition simultanée de monnaie métallique en Grèce (frappée), en Inde (poinçonnée), en Chine (coulée).
  • Vers – 700 en Chine, les premières pièces de monnaie métallique apparaissent. (錢 en chinois) (mais en forme de bèche 布幣 et médaille... Ce n'est qu'en -350 que les pièces rondes apparaissent.)
    (Avant il existe aussi de nombreuses formes de monnaie similaires, mais sous forme de couteaux, de haches, de coquillages cauris, de carapaces de tortues, etc…)
  • Vers -600 en Lydie (Turquie actuelle, mais civilisation grecque à l’époque) la monnaie métallique apparait. L’exemple le plus connu, c’est le roi Crésus qui frappait des pièces de monnaie avec de l’alliage électrum trouvé dans la rivière Pactole.
  • Vers – 600 av. J.-C, en Grèce, apparaissent les marchés. (et donc l'économie de marché) → Ce qui s’explique par la création de la monnaie et de l’impôt qui impose l’utilisation de la monnaie. Le gens ont besoin de vendre pour gagner de la monnaie afin de payer les impôts.
  • Vers - 600 av J.C Les Étrusques utilisent des blocs de bronze brut comme unité de compte. C'est l'æs rude (bronze brut coulé). Ces blocs sont utilisés comme réserve de valeur et produits par qui veut.
  • -525 l'Empire Perse achéménides prend le contrôle de l'Égypte. Il utilise le principe des pièces de monnaie que l'Égypte n'a pas.
  • - 480 Au moins Cent cités grecques qui frappent de la monnaie, alors que les grandes nations commerçantes de la méditerranées (les Phéniciens) n'utilisent pas les pièces. (p.493 Dette 5000 ans d'Histoire)
  • - 450 Les temples bouddhistes inventent un nouveau type d’offrande divine.
    → La donation perpétuelle
    → Une personne fait don d’une richesse et le temple vit des intérêts de ce don (~15%). Sans jamais toucher au principal.
  • - 413: 10 000 esclaves s'échappent des mines d’argent du Laurion en Grèce. On estime qu’il y en avait 20 000 selon Thucydide, dans Histoire de la guerre du Péloponnèse, VII, 27. Ça montre l'ampleur du système: frappe de monnaie + impôt + esclave.
  • Vers - 400 Les Romains s'inspirent des æs rude étrusques pour normaliser ces lingots de bronze et les créer de façon centralisée. C'est l'æs signatum. Le moule représente souvent un bœuf. Marque qui montre que l'unité de compte traditionnel était la tête de bétail. Ici elle se transpose dans un bloc de bronze. Cette nouvelle unité de compte, l'As, était utilisée par les censeurs pour recenser la population romaine, mais aussi pour les condamnations à des "peines pécuniaires". Ce mot vient de "pecus", le bétail. Tandis que le mot "capital" vient de la tête (de bétail). (et le "cheptel" est un contrat de garde de bêtes qui donne droit à une production sans toucher au "capital" donc aux têtes de bétail.) Au Vème siècle un bœuf représentait 1000 AS et un mouton 10 AS.
  • - 331 Alexandre le Grand conquiert l'Égypte. Après les Perses, c'est le 2ème empire qui impose ses pièces de monnaie en Égypte. Ceci achève l'ancien système de monnaie scripturale.
  • -331 Alexandre le Grand conquiert Babylone et amène les pièces de monnaie en Mésopotamie, ce qui fait également disparaitre l'ancien système.
  • -362 L'auteur grec Xénophon publie son livre L’Économique « L'art et la manière de bien gérer un grand domaine agricole ». Un Oikos étant une "maisonnée", un ensemble de biens et d'humains (esclaves compris) rattaché à un lieu d'habitation et de production.
    → le mot "éco-nomie" a pour origine  οἶκος, oîkos → maison(née) et νόμος, nómos → "loi", "règles".
    le mot "éco-nomie" signifie donc "les règles de la maison".
  • - 289 L'Æs grave remplace l'æs signatum. On normalise encore plus les lingots de bronze. Les têtes de bétails disparaissent au profit de la double tête de Janus. On coule des pièces rondes avec un poids précis d'une livre romaine (324g)
  • -269 av. J.-C un atelier monétaire est créé à Rome sur la colline du Capitole à côté du temple de la déesse Junon Moneta. → C’est là l’origine du mot « Monnaie » . On y frappait des "Deniers" (denarius), une pièce en argent.
colline du capitole rome temple junon moneta
baton de comptage tallystick noisettier
  • Xème siècle (et suivants..) Chez les Iroquois, il y a un système de répartition de la production. C’est une maison longue, qui est une sorte d'immeuble collectif mais aussi entrepôt. Tout ce qui est produit en surplus est déposé là.
    → les femmes se chargent de répartir les biens. (ref: Ralph Hawtrey (1935, p. 2-3, cité in Einzig 1949, p. 375))
  • XIIème siècle dans le monde musulman: Les riches marchands mettent en banque leur fortune et achète tout à crédit à l’aide de reconnaissances de dettes tirables à la banque indiquée. → Sakk → d’où vient le mot « chèque ».
  • XIIème siècle. Les ordres religieux et militaires (templiers, hospitaliers, teutoniques, calatrava, alcantara, santiago, aviz...) couvrent la route des pèlerinages d'un réseau de prieurés. Les voyageurs, pèlerins puis commerçants peuvent y déposer du numéraire et font valoir auprès des autres prieurés leurs reçus ou lettres de change. Ce système contribue à la prospérité des Templiers et conduit à leur dissolution (et massacre) en 1312.
  • XIIème siècle à Venise. Invention des bons municipaux pour financer la guerre → C’est un emprunt obligatoire en avance de l’Etat sur ses citoyens (comme un impôt en avance) qui est rémunéré à 5%. C'est l'ancêtre des "bons du trésor", "dette d'État". Les citoyens vénitiens détiennent des titres mais sans échéance. Ainsi personne ne sait s'ils seront vraiment remboursés et tout un marché spéculatif se met en place autour des bons municipaux. Leur valeur oscille au gré des victoires ou revers militaires de l'État vénitien.
  • 1202 La 4ème Croisade part pour reprendre la Terre sainte aux musulmans. Les croisés de toute l'Europe se réunissent à Venise pour le départ en bateau. Venise étant l'armateur de l'expédition maritime. Le prix convenu était de 85 000 marcs d'argent. Les croisés étant moins que prévus, seuls 51 000 marcs ont pu être réunis. Le doge Dandolo refuse donc de laisser partir les navires. Un arrangement est trouvé. La dette est reportée (pas annulée!) en échange de la reprise du port de Zara en Dalmatie.
    → La croisade part, la ville de Zara conquise. Ce qui indigne le pape qui excommunie les croisés et les Vénitiens. La croisade continue son chemin et pour des raisons non encore clairement élucidées (mais dont le facteur de la dette n'est peut-être pas à négliger) est détournée et va mettre à siège et conquérir Constantinople.
  • ~1180 à ~1240 Dans une période d'une soixantaine d'années, c'est environ la moitié des cathédrales de France qui ont été érigées. (du moins la base) Ce "temps des cathédrales" est expliqué par prospérité de l'économie et des finances royales, et l'appui fort de souverains comme Philippe-Auguste, Louis VIII et Saint Louis. Pour Bernard Lietaer cette prospérité est due à de multiples monnaies fondantes et un investissement dans la pierre.
  • 1223 Le roi de France Louis VIII interdit l'usure aux juifs et ainsi annule certaines créances.
  • 1250 Le concept de « personne morale » a été créée dans le droit canon par le pape Innocent IV → "persona ficta" . Avec l'assurance, la personne morale est une des bases du capitalisme.
    → les monastères (surtout cisterciens), les universités, les églises, les municipalités et les corporations et compagnies deviennent des personnes morales et peuvent acquérir des biens et terrains pour elles-mêmes.
  • 1266 Le Roi de France Saint Louis créé le Gros tournois d'argent et l'écu d'or, et interdit aux féodaux de battre monnaie. (Une étape de la guerre entre seigneurs pour le contrôle de la monnaie.)
  • 1271 La dynastie Mongol Yuan est officiellement créée en Chine (après une occupation depuis 1234). Les anciens papiers monnaie de la dynastie Jin sont abandonnés car il ne valent plus rien après deux hyperinflations (1214 et ~1230) dues au financement de la guerre contre les Mongols (guerre perdue !). Dans un premier temps les Mongols utilisent les pièces de bronze en circulation, puis c'est le papier monnaie Jiaochao 交钞 qui est privilégié, les pièces de monnaie tombent en désuétude.
  • 1282 Venise créé le ducat d'or.
  • 1360 Le banquier Francesch Castello a été décapité devant sa banque pour avoir prêté plus qu’il n’a. La religion catholique est intransigeante quant à l'interdiction de l'usure mais ce principe est appliqué de manière plus où moins stricte selon les endroits. Les cités-États (comme Venise) sont les endroits aux mœurs plus libérales.
  • 1368 La Chine vit la révolte des Turbans Rouges qui crée la dynastie Ming. L'élément déclencheur est une inondation du fleuve jaune dû au manque d'entretien des digues et dans un contexte de manipulation monétaire de papier monnaie. Ainsi la nouvelle dynastie met en place un système basé sur l'autonomie agraire et des "impôts en nature" donc des corvées. Le papier monnaie n’est plus reconnu pour payer les impôts. Les pièces de monnaie reviennent, mais les Ming n'arriverons jamais à contrôler la masse monétaire. Il y a toute une économie souterraine en pièce d'argent qui se crée. Il y a des mines d'argent illégales qui s'ouvrent.
  • 1430-1440 Le gouvernement de la dynastie Ming tente de réguler les mines d'argent. Ça déclenche des révoltes. Le gouvernement inverse sa position et décide de ne plus contrer les pièces d'argent, mais de les utiliser officiellement.
  • 1450 En Chine, La dynastie Ming abandonne les impôts en nature (corvée) et met en place un impôt monétaire qui doit obligatoirement se payer en argent. Cette action va avoir un effet sur la demande en argent. Comme on le verra plus tard.
  • 1520 Luther dit que "Nous sommes sur terre et pas dans un monde idéal, donc il est possible de faire des entorses à l’idéal". Il propose de contourner l’interdiction de l’usure faite dans le Deutéronome 23.20-21 et de considérer que 4% à 5% d’intérêt n’est pas de l’usure. (p391 Dette 5000 ans d’histoire) → un siècle plus tard les protestants dominent le commerce en ayant intégré cette règle !
  • 1521 Hernán Cortés conquiert et rase la ville de Tenochtitlan, capitale de l'empire Aztèque. C'est le début de la colonisation espagnole des Amériques. Un des moteurs des conquistadors est de ramener de l'or et de l'argent. Par le livre des mémoires du conquistador Bernal Díaz del Castillo écrit par lui-même, on apprend (via David Graeber: Dette 500 ans d'Histoire) que Cortés était un joueur-flambeur souvent endetté et dont la motivation était l'or et l'argent (probablement pour payer ses créanciers). L'expédition pour le Yucatan depuis Cuba n'était pas autorisée, une fois sur place, Cortés a fait saboter les bateaux pour forcer les soldats à continuer. Ces derniers ont été endettés pour payer leurs armes et matériel de rechange. Après le partage de l'or du trésor impérial l'essentiel des soldats étaient toujours endettés. Un impôt a été imposé aux Aztèques survivants (de la variole et du massacre de la ville), un prêt proposé à ceux qui ne pouvaient pas payer en échange du travail dans les mines d'or et d'argent.
    → C'est ainsi que Graeber émet la thèse que c'est la dette à plusieurs niveaux qui a été le moteur de la mise en esclavage d'un continent entier. (et le génocide de sa population.) Par comparaison, lors de sa période des grandes découvertes au début 15ème siècle (La flotte des Trésors), la Chine a beaucoup voyagé et découvert des terres inconnues, mais n'a pas mis en esclavage sa population.
  • 1530 Les mines d’argent de Chine sont totalement épuisées. → La Chine devient le moteur de la demande minière en Amérique. Alors qu'il y a pénurie de monnaie métallique en Europe. Après avoir épuisé les mines du Japon, l'argent vient en Chine d'abord par l'Espagne, puis dès 1565 directement via les Philippines sans passer par l'Europe, c'est le "Galion de Manille". Cet argent est essentiellement acheté en vendant de la porcelaine. (Les fameux vase Ming !) (Mais aussi de la soie et du thé.)
  • 1543 Great Debasement, une grande dévaluation de la monnaie en circulation sous Henri VIII. La proportion d'argent que les pièces contenaient ayant été progressivement divisée par quatre en huit ans, pour tomber à seulement un quart en 1551, ce qui provoqua ensuite une vague d'inflation, la sortie d'Angleterre des pièces d'or, et la Crise monétaire anglaise des années 1550.
  • ~1550 la pratique des « enclosures » (tragédies des communs) se généralise. → la privatisation de pâturages communaux.
  • 1570 On trouve une bourse aux bons d'État à Medina del Campo en Espagne. Selon David Graeber, c'est l'abus par les États des bons d'États qui a créé l’inflation massive en Europe entre 1500 et 1650. (et pas l'arrivée massive d'or et d'argent en provenance des Amériques comme il est souvent dit, vu que l'or partait dans le temple indiens et l'argent en Chine. Voir plus haut.)
  • 1598 Frappe de "La pièce de 8" pesos ou real ou piastre d'argent. Une pièce frappée par l'Empire espagnol, afin de s'aligner sur le thaler, la monnaie continentale du Saint-Empire. La pièce de 8 a été utilisée très largement dans de nombreux pays comme unité de compte. Notamment aux Amériques. La pièce de huit a servie de base pour établir le dollar américain, et son cours légal resta en vigueur aux États-Unis jusqu'au « Coinage Act of 1857. Le symbole du dollar $ vient de cette pièce sur laquelle il y a les armoiries de l'Espagne avec 2 piliers entourés de banderoles. (certains disent que ce sont les symboles des colonnes d’Hercule) Le nom du "Dollar" a pour origine le nom de la monnaie "Thaler". Monnaie créée grâce au filon d'argent trouvé à Joachimsthaler, un village de Bohème. (république Tchèque actuelle)
8_Reales,_1770,_British_Museum colonne dollars origine
  • 1602 Création de la Compagnie néerlandaises des Indes orientales. C'est le modèle même de la société anonyme multinationale financée par des actions et obligations. Elle va beaucoup influencer la création des places de bourse.
  • 1609 Création de la Banque d'Amsterdam, une des premières banques de dépôts. (à la valeur intrinsèque des pièces). Invention de la "monnaie de banque", il est possible de payer en effectuant un virement sur le compte d'un autre client de la banque. La banque est créee avec l'accord et la garantie de l'État de Hollande. Les banquiers ont un statut de fonctionnaire de la ville et sous l'autorité des édiles de la ville. Une loi oblige tout paiement de plus de 600 florins à passer par un virement en interne de cette banque, forçant ainsi les commerçants à avoir un compte et faire des dépôts.
  • 1656 Création de la banque de Stockholm, inspirée par la banque d'Amsterdam. C'est la première banque à émettre des "vrais" billets de banque en Europe. Ils sont convertibles en argent ou en cuivre.
  • 1661 Création de la banque de Suède qui reprend le monopole d'émission de billets de banque de la banque de Stockholm lors de la faillite de cette dernière. La banque de Suède est souvent considérée comme la première banque centrale.
  • 1685 Suite à une pénurie de monnaie dans les colonies françaises du Canada, des cartes à jouer ont été utilisées comme monnaie de nécessité. Le gouverneur a signé une promesse de paiement de la solde.
  • 1690 Création des Colonial scrips. La Province de la baie du Massachusetts a émis sa propre monnaie papier. Puis une à une chaque colonie d'Amérique du nord a émis sa propre monnaie fiduciaire sur papier. La quantité de monnaie était régulée par l'émission ou la destruction par l'impôt. La colonie de Pennsylvanie reste un exemple de bonne gouvernance monétaire d'un Etat pendant 50 ans. (Principe du chartalisme.) Le 19 avril 1764 le parlement anglais vote le currency Act, une loi interdisant aux 13 colonies de créer de la monnaie. C'est un des facteurs qui a mené à la guerre d'indépendance des USA. (financée avec une autre monnaie, le "Continental dollars")
colonial scrips benjamin franklin US-Colonial_(PA-115)-Pennsylvania-18_Jun_1764
Colonial scrips de Pennsylvanie imprimé par Benjamin Franklin en 1764
  • 1694 Création de la banque d’Angleterre. Une société privée appartenant à 40 marchands qui prêtent au gouvernement £ 1,25 million. Une partie de cette somme est prêté en or et une autre partie est enregistrée sur des bâtons de comptage. (A013/1)
  • 1695 En Angleterre John Locke (le contractualiste libéral) est un des conseillers de Isaac Newton (connu pour sa découverte de la gravitation, mais qui est aussi à cette époque le directeur de la monnaie Anglaise). Locke était un scientifique rationaliste, matérialiste → Il ne voulait pas introduire la notion de foi ou croyance dans la monnaie. Il ne croyait pas à la « Foi » en l’État.
    → il pensait que c’est l’or (ou d’autres métaux) qui par nature contient la valeur.
    → Invention de crénelure sur la tranche des pièces pour éviter le rognage et donc perte de valeur. Dans l'antiquité on n'avait pas ce problème. Car les pièces valaient plus que le métal en étant garanties par celui qui a sa marque sur la face de la pièce. (monnaie fiduciaire).
    → La mise en place des théories de Locke n'a pas été concluante. (Selon Graeber)
  • 1717 La Grande Bretagne et l’Empire Britannique adoptent l'étalon or.
  • 1720 Eclatement de la bulle spéculative de la compagnie des mers du sud.
    → C’est une époque de grande spéculation sur les richesses que cette compagnie allait pouvoir faire. Les dirigeants de cette compagnie, pour faire grimper leur financement, ont grossi les gains possibles. Il se sont fait prendre pour manipulation et l’action s’est effondrée.
  • 1721 La banque centrale française créée par John Law fait faillite.
    → Le principe est le même que la banque d’Angleterre, juste une circulation de monnaie papier convertible en or. La création monétaire était basée sur les richesses rapportées des colonies, surtout de la Louisiane. Law a ensuite agi comme en Angleterre en faisant miroiter des richesses beaucoup plus grandes en provenance des colonies.
    → Les ennemis de Law (le prince Conti et le duc de Bourbon) ont soutenu la spéculation dans le but de créer une bulle. Ce qui n’a pas manqué. Les investisseurs ayant vu le cours de l’action atteindre des sommets ont voulu réaliser leur gain (40 fois), ils viennent chercher leur or. Ce qui provoque la fin de la banque, car les gains des colonies ne sont pas encore faits.
    → De par ces faillites, le papier monnaie ne donne pas du tout confiance à cette époque à beaucoup de gens. (un peu comme le bitcoin de nos jours !)

  • 1775 - 1781 Le continental currency dollar est imprimé par le congrès des colonies confédérées pour financer la guerre d'indépendance des USA. C'est une monnaie papier gagée sur les terres. Elle a bien financé la guerre, mais s'est effondrée à cause d'une trop grande quantité de monnaie imprimée. (par le génial Benjamin Franklin.). Cette monnaie faisait suite aux monnaies fiduciaires des états, les "colonial scrips".
  • 1789 La dette publique de l'Etat français est sacralisée par l'Assemblée Nationale Constituante. En cette période révolutionnaire, Peu importe le système politique, la dette publique ne doit jamais être annulée, car c'est le moyen d'épargne le plus courant des français.
  • 1790-1796 Création des assignats. L'Etat français a besoin de liquidité. Il confisque les biens de l'église par assignation et veut les vendre. Mais le processus prend du temps. Pour avoir des liquidités, l'idée est de vendre des titres qui représentent cette vente future.
    Mais les comités révolutionnaires impriment plus d'assignats que prévu. Sans compter qu'il y a beaucoup de faussaires. (aussi à l'étranger, les ennemis de la France tentent d'amplifier la crise)
    Finalement les planches à billet seront brûlées sur la place Vendôme pour mettre fin à ce système monétaire catastrophique, mais qui aura eu pour mérite de créer les liquidités nécessaires et convertir bon nombre de nouveaux propriétaires à la cause de la révolution.
  • 1800 Création de la banque de France. C’est le banquier Suisse Jean-Frédéric Perregaux qui propose la création de cette banque privée à Napoléon. Ce dernier accepte et en devient aussi actionnaire. Cette nouvelle banque sera utilisée pour les services bancaires de l’Etat, notamment pour les « receveurs généraux » qui collectent les impôts.
  • 1803 Napoléon donne le monopole de la création du papier monnaie à la banque de France. (Uniquement pour Paris, le monopole total ne viendra qu'en 1848) Le chef de l’État en bénéficie personnellement en tant qu’actionnaire ! Voir à ce propos l’explication d’Henri Guillemin.
  • 1826 La banque d'Angleterre reçoit le monopole de titrisation de la dette d'état en billet de banque. (Bank Charter Act) Au début la titrisation se faisait au de manière nominative, puis au porteur. Donc c'est une dette que le roi doit rembourser, mais en attendant, pour temporiser les marchands s'engagent à payer la compensation en or qui serait demandée. (d'où le deal d'avoir en échange le monopole de titrisation)
  • En 1834 Au royaume d'Angleterre, le poste de "Caissier de l’échiquier" (Teller of the Receipt of the Exchequer) est supprimé. Marquant ainsi la fin du système de bâton de comptage en Angleterre. Les bâtons ont été brûlés. Le fourneau du palais de Westminster débordant de bâtons de comptage a mis le feu au palais entier. Provoquant un des plus grands incendies de Londres. Le peintre Turner en a fait un célèbre tableau.
incendie-baton-comptage-1280px-Joseph_Mallord_William_Turner_English_-_The_Burning_of_the_Houses_of_Lords_and_Commons_October_16_1834_-_Google_Art_Project
bns echaffaudage travaux

Dynamique de l'histoire des systèmes économiques

On va voir ici la chronologie résumée par une suite logique de dynamiques qui vont engendrer un système, puis un autre, etc...

L'Humain est une "animal social". Il vit en groupe. Du coup, dès que des humains apparaissent avec des besoins et des envies au milieu d'un environnement composé de ressources. Il est normal qu'un système de décision et d'organisation émerge. J'appelle ceci un "système économique".

Don dans une communauté de confiance

Dans les premiers temps, on peut supposer que le système est familial et devient clanique. Les ancêtres dirigent, tout le monde est soumis à la tradition, car c'est ce qui marche pour survivre.

Les gens qui produisent et/ou récoltent donnent ce qu'ils ont à toute leur communauté. Et ainsi chacun reçoit de la communauté.

Economie domaniale en "Maisonnée"

Puis chez les Sumériens on observe un système "clanique" qui grandit et se transforme en "empire agraire". C'est une économie domaniale. L'organisation sociale se fait en "maisonnée". Les humains sont rattachés à un lieu de production et reçoivent en échange des rations de nourriture. Il y a toute une administration qui contrôle ce qui est produit et ce qui est redistribué et à qui. On a retrouvé des centaines de milliers de tablettes d'argiles de comptabilité et de reçus. L'invention de l'écriture est probablement une conséquence de ce besoin d'administration. Ce besoin de contrôle est là pour limiter les abuseurs.

Invention de l'unité de compte

Au fil du temps, la comptabilité devient toujours plus abstraite. Les unités de poids et de volume qui servent à mesurer la quantité de grains de céréales distribuée se transforment gentiment en unités de compte. Au lieu de recevoir directement une ration en nature, on peut différer dans le temps la réception et comptabiliser un droit à la ration dans le futur. Le "salaire" en monnaie scripturale est inventée.

Finalement on a un système très proche de la notion actuelle de grande entreprise dirigée par une élite sociale qui emploie des employés et leur verse un salaire.

En Égypte on observe également, globalement à la même période, un système économique de type "empire agraire". La monnaie scripturale émerge aussi. Il y a différents types d'objets qui servent d'unité de compte (et de moyens de paiement): les métaux, les étoffes, les céréales (et leur dérivés, pains et bière), et les huiles. (à Sumer on a que l'argent et les grains)
Les moyens de paiement sont très divers une fois que le prix a été défini dans une unité de compte courante. (On a retrouvé un contrat de vente d'une maison payée en tissus et en lit. )

Dans un tel système on observe déjà des virements "bancaire" d'un compte à un autre.

Les moyens de paiement sont créés par tout le monde, vu que n'importe qui peut "faire du blé" et ainsi augmenter la "masse monétaire".
(Il est quand même à noter que "n'importe qui" est un peu abusif. En Égypte antique les moyens de production, les outils, sont la propriété de l'Etat.)

Donc les empires agraires fonctionnent pendant des millénaires avec des "monnaies" variées. Un système à plusieurs unités de comptes reliées par un barème officiel, et de nombreux moyens de paiement de nature différente.

Les métaux sont rares, ne circulent que très peu. Ils sont plutôt réservés aux échanges internationaux. (En -1500 l'Égypte a même modifié son unité de mesure pour s'aligner sur le système babylonien. Les égyptiens avaient des bateaux de haute mer et voyageaient loin pour aller chercher des ressources rares en Égypte.)

Les céréales sont des "monnaies locales fondantes" qui correspondent très bien à l'usage d'une monnaie pour combler ses besoins quotidiens.

La quantité de monnaie est donc régulée naturellement. La monnaie n'est pas rare, car les grains de blé poussent facilement, mais il n'est pas possible d'en créer en quantité infinie. On a toujours un lien avec la nature. La monnaie peut se manger !

Prêt à intérêt et esclavage

En Mésopotamie, le prêt avec intérêt existait. Une personne qui ne remboursait pas risquait le "péonage" l'esclavage pour dette d'une personne de sa famille ou d'elle-même. Les problèmes générés par ce système ont été résolu en créant le "jubilé" : l'annulation de toute dettes à périodes régulières. On en trouve la trace dans la bible avec la notion de Jubilé tout les 7x7 ans.

A Babylone, le code d'Hammurabi a limité l'esclavage pour dette à 3 ans maximum.

En Égypte, contrairement à une idée répandue, l'esclavage n'existait pas.

Monnaie métallique + impôt

Le système économique des empires agraires est resté stable sur des millénaires. Pourquoi a-t-il changé ?
C'est l'arrivée des pièces de monnaie métallique imposée par les grands empires conquérants qui change la donne.

La conquête se fait par l'impôt. Une armée de mercenaires envahit le pays et soumet ses habitants à l'impôt en pièces de monnaie métalliques créées par le seigneur dirigeant l'empire.

En Egypte c'est l'empire Perse qui amène les pièces de monnaie. A Babylone c'est Alexandre le grand. Mais ce dernier a également envahi l'Égypte après les Perses.

Le principe de la monnaie métallique est simple et redoutable. Et malheureusement son mécanisme est trop peu connu des gens qui le subissent encore de nos jours.

L'idée est celui d'un "chef de gang" qui veut vivre sur le dos des autres. Faire des razzias sur les paysans fonctionne à priori assez bien, mais sur le long terme ce n'est pas viable de tuer ceux qui nous nourrissent !

Ainsi l'innovation a été d'acheter la récolte aux paysans. Mais ça ne marche pas bien. Le premier paysan à qui on veut donner une rondelle en échange de son blé refuse. Car le blé se mange et est donc plus utile que du métal.

Le premier soldat chargé d'acheter la récolte pour son seigneur conseille au paysan d'accepter la pièce de monnaie, car il en aura besoin à la fin de l'année. En effet, le seigneur a décidé d'imposer l'utilisation de sa monnaie en créant un impôt. Chaque personne doit rendre un certain nombre de pièce au seigneur. Si elle ne le fait pas, elle risque la prison, l'esclavage ou la mort.

Ainsi la monnaie métallique de type "jeton valeur" avec la marque du seigneur sur la face devient nécessaire pour vivre.

Ceci a deux conséquences:

  • créer l'économie de marché et le besoin de croissance économique
  • créer des grands empires conquérants

L'empire conquérant

Avec ce système le seigneur peut vivre de son pouvoir de seigneuriage. Soit le pouvoir d'achat gagné gratuitement par le monopole de la création monétaire. C'est la différence entre le coût de fabrication de la monnaie et ce qu'elle permet d'acheter.

Un exemple parlant est celui du roi Crésus qui allait chercher des pépites d'alliage electrum (or et argent) dans le fleuve Pactole pour les frapper en pièces de monnaie.

La première nécessité pour un seigneur est de renforcer son système économique. Ainsi pour imposer son impôt qui impose la monnaie, il a besoin d'une force de coercition physique: une armée.

Le forgeron qui forge de temps en temps des faux pour faucher les blés sera engagé pour forger des armes et équiper une armée professionnelle de "soldats".

De nos jours on parlerait d'une armée de "salariés", en effet, le "soldat" est "celui qui reçoit une solde". La "solde" c'est le "salaire" du soldat. Le mot "solde" vient de la pièce de monnaie romaine le "solidus". Tandis que le mot "salaire" vient de "salarium", la partie de la solde que les légionnaires romains recevaient en sel. (sal en latin)

Ainsi le seigneur se retrouve gratuitement ou presque à la tête d'une armée de nombreux professionnels bien entrainés. L'alternative est une armée de paysans nombreux, mais mal équipés et pas entrainés, ou une armée de noblesse bien entrainée et équipée mais en très faible nombre.

Ainsi indirectement le système de pièce de monnaie + impôts crée une armée plus efficace que les autres qui peut conquérir aisément les pays voisins.

Un autre avantage militaire de la pièce de monnaie jeton valeur, c'est que la valeur est uniquement dans la pièce. Ce n'est pas une monnaie sociale. Ce système ne demande pas d'être inséré dans un tissu social avec de multiples reconnaissances de dette entre les gens. Avec un tel système on ne va pas massacrer la personne qui a une reconnaissance de dette envers soi. En agissant ainsi on détruit de la valeur.

Tandis que dans un système à pièce de monnaie, le vol paie !
Et en terrain ennemi, sans aucune relation sociale, il est encore possible d'être payé par son seigneur.

De plus en terme de logistique de guerre, il est plus simple de transporter de la monnaie et d'acheter aux paysans en marge de son empire la subsistance nécessaire que de la transporter avec soi.

On comprend ainsi comment Alexandre le grand a conquis en à peine 10 ans un empire de la Macédoine à l'Inde en englobant tous les grands empires agraires de l'époque.

L'économie de marché

Revenons à notre forgeron qui devient marchand d'armes. Le seigneur va l'embaucher à plein temps. Il n'aura plus le temps de s'occuper de cultiver pour ses propres besoins. Il pourra acheter du blé chez ses voisins avec les pièces reçues directement du seigneur. On franchit un pas de plus dans la spécialisation.

Les paysans étant soumis à l'impôt se voient obligés de vendre leur production. Ainsi des places des marché se créant. Auparavant elles n'étaient pas nécessaires. Dans l'économie du don on produit de quoi assurer sa subsistance et on donne les surplus. Dans une économie domaniale (ou palatiale), la productions est suivie par l'administration et directement stockées dans les entrepôts et greniers, prête à être redistribuée.

Le marché met en concurrence les personnes pour obtenir les rares pièces de monnaie en circulation. Ainsi les gens sont obligés d'augmenter leur efficacité à la production. Il vont se spécialiser là où ils sont les meilleurs. De plus ils vont inventer des techniques pour augmenter leur rendement.

Bien qu'étant plus efficace, ce n'est pas gagné pour autant. Le seigneur peut à tout moment augmenter le montant de l'impôt pour s'assurer de bénéficier en permanence des gains de productivité à son profit. La course à la croissance économique est en marche.

Il est également intéressant d'avoir une quantité de personnes qui n'arrivent pas à payer l'impôt ça permet de les mettre en esclavage et de les envoyer dans les mines.

En effet, l'électrum du fleuve Pactole ne suffit plus à alimenter les besoins pour la création des pièces de monnaie. Il faut aller chercher les métaux au plus profond des mines. On sait qu'en -400 il y avait environ 20 000 esclaves dans les mines d'argent grecques du Laurion.

Ce système est d'une apparente efficacité redoutable, mais par rapport à une monnaie grain de blé qui se mange, les dizaines de millier d'esclaves mineurs ne sont-ils pas une grosse perte de rendement juste pour crée de la monnaie ?

Il existe plusieurs traités qui étudient les relations entre monnaie, esclaves et impôts, notamment en Inde l’Arthasastra, le « cercle de souveraineté » sassanide et le Discours sur le sel et le fer en Chine.

Aristote a décrit la monnaie par trois fonctions : unité de compte, réserve de valeur et intermédiaire des échanges. Cette définition est toujours enseignée. Mais il oublie de dire que la fonction principale c'est de créer un outil pour qu'une élite vive sur le dos des autres !

….. et pourtant. Aristote était le précepteur d'Alexandre le grand…. il devait connaitre cette "fonction cachée". Car déjà du temps de Philippe II de Macédoine, le père d'Alexandre, ce principe fonctionnait très bien !

Actuellement la majorité des gens pense que la monnaie est concept qui a émergé pour favoriser le commerce et que sans monnaie pas de commerce. Mais c'est totalement faux.

Les Phéniciens étaient les champions du commerce sur la Méditerranée. Ils n'avaient pas de pièces de monnaie. Ils pratiquaient l'enregistrement de reconnaissance de dettes dans chaque port. Ce n'est pas pour rien que l'alphabet phénicien est un des plus anciens. Le commerce a surtout besoin d'écriture comptable, pas de monnaie.

Les Phéniciens se sont fait conquérir comme les autres par les empires conquérants et leur pièces de monnaies.

Limite et effondrement des empires conquérants

Quels est le revers de la médaille de la monnaie métallique de type jeton valeur ?

Et bien justement il est intéressant d'étudier la face des pièces de monnaie. C'est la marque du souverain ou même son profil depuis Jules César.

L'inscription sur la face d'une pièce de monnaie indique qui paie en dernier recours. Ainsi on remarque que la valeur d'une telle pièce vaut plus que la valeur intrinsèque du métal. Les pièces de monnaie de l'antiquité sont de la monnaie fiduciaire. (de la déesse fides, la confiance)

De nos jours on retrouve de nombreuses allégories de pays (Marianne, Dame Helvetia, Germania...) . Donc la valeur de la pièce est garantie par un état qui peut lever un impôt.

Dans le thème de la monnaie et des systèmes économiques le maitre mot c'est la confiance.

Le souci qui arrive vite avec un empire qui grandit très vite, c'est qu'il va manquer de pièces de monnaie pour payer les soldats et les fournitures pour les soldats. Comme vu ci-dessus le fleuve Pactole ne suffit plus il faut trouver d'autres sources de métaux.

Déjà ce sont les trésors des pays conquis qui sont réquisitionnés et convertis en pièce. Les métaux se trouvaient très souvent dans les temples. Si l'on se souvient bien dans les empires agraires, les métaux ne circulent que très peu. Ce sont essentiellement des unités de compte.

Le trésor des Perses a bien servi à Alexandre le grand pour continuer son expansion.

Une fois les métaux précieux existant déjà convertis en pièces de monnaie, il est nécessaire de retourner à la mine. Ce qui est de plus en plus difficile.

Mais la chute des empire conquérants est surtout un problème de succession.

Alexandre est mort très jeune (32 ans) probablement de maladie. Ses enfants trop jeunes pour régner ont été victime de la crise de confiance dans un souverain expansionniste. L'empire n'a pas survécu tel quel.

L'empire d'Ashoka en Inde s'étend à tous ce sous-continent, puis Ashoka après de nombreuses luttes de conquête devient pacifiste, il se converti au bouddhisme et devient végétarien. Mais son empire ne lui survit pas tel-quel.

Dans l'empire romain, il y a une multitude d'empereurs qui se succèdent. Mais régulièrement il y a des problèmes de confiance et des soucis monétaires. Il y a plusieurs réformes monétaires qui sont faites et une inflation régulière qui nécessite toujours plus de métal pour le même pouvoir d'achat.

Les pièces sont fabriquées de plus en plus dans des métaux de moins en moins rares. (laiton, cuivre), la teneur en argent des pièces de monnaie romaines ne fait que diminuer.

Contre toute attente, c'est le Solidus, une pièce de monnaie en or qui va perdurer pendant plusieurs siècles comme unité de compte à la chute de l'empire romain d'occident. De nos jours, le "sou" est ce qui reste du "sol" de "solidus".

Unité de compte du haut Moyen Âge

Une fois l'empire romain d'occident effondré en 476. La monnaie métallique ne circule plus en Europe. Le Solidus reste uniquement une unité de compte. Pour effectuer des paiements on utilise toutes sortes de moyens de paiement comme lors de la période des empires agraires sumériens et égyptiens.

On suppose que l'on pratiquait des reconnaissances de dette entre les personnes. Mais on ne sait pas sur quel support. Le bâton de comptage est supposé, mais pour le haut Moyen Âge on ne sait pas.

Les fouilles archéologiques sur la ville de Rome ont montré qu'entre le VIIIe et le XIe siècles les pièces de monnaie métalliques avaient quasi totalement disparues. Cependant on pratiquait encore beaucoup de commerce.

Après des siècles de flou. Charlemagne s'est attribué le monopole de la création monétaire et a instauré un nouveau système. La livre d'argent devient la nouvelle unité de compte. (qui ne circule pas). Elle se divise en 240 deniers d'argent. (qui eux circulent sous forme de pièce)

Les bâtons de comptage

Le bâton de comptage est un moyen simple d'enregistrer une reconnaissance de dette. Il y a une "souche" et un "échantillon" qui sont créés à partir de la même branche d'arbre.
Les deux parties d'un contrat enregistrent ensemble des valeurs sous forme d'encoche. Puis chacun garde sa partie.

Petit exemple d'utilisation. Une personne va acheter du pain dans une boulangerie. Elle s'y rend avec son "échantillon". Pour payer, elle va retrouver la souche qui correspond à son compte. C'est celle qui a la même "marque de famille" dessus.

Puis on va "débiter" son compte, soit ajouter une encoche. Le verbe "débiter" signifie bien couper du bois.

baton de comptage tallystick noisettier
bâton de comptage

De 1100 à 1834 le bâton de comptage est un moyen officiel pour payer les impôts en Angleterre. En France "la taille" est un impôt enregistré sur bâton de comptage.

De nos jours, le bâton de comptage est totalement méconnu, il n'apparait pas dans les manuels d'économie, et pourtant il a été un moyen de comptabilité officiel en France jusqu'en 2016 !
Il était inscrit à l'article 1333 du code Napoléonien repris dans le code civil français.

En tant que tel, le bâton de comptage est infalsifiable. Mais une des dérives que l'on observe c'est de croire que la souche a une valeur en tant que telle. De ne plus se préoccuper de qui va rembourser la dette, mais de se focaliser sur la valeur indiquée et de l'utilise directement comme moyen de paiement.

C'est fondamental à comprendre pour comprendre les billets de banque et le système bancaire.

Ainsi il existe des tricheurs, (le roi en premier !) qui créent des fausses reconnaissances de dette sur des bâtons de comptage et mettent sur le marché des souches qui ne correspondent à rien. On échange les souches. Ce qui en anglais se dit "stock exchange". C'est ainsi que l'on appelle la bourse.

Avec un système de bâton de comptage, il n'est pas nécessaire de "créer de la monnaie". La "masse monétaire" fluctue au fil des créations de reconnaissance de dette et de leur destruction. (on brûle le bâton dans son fourneau ce qui a pour avantage de nous chauffer. C'est probablement pour ça que les bâtons de comptage sont très peu connus, c'est qu'ils ont souvent fini brûlés, ne laissant aucune trace archéologique)

La "masse monétaire" correspond toujours à la somme de biens en services achetés. Ainsi il n'y a pas de risque d'inflation monétaire.
.... sauf si des gens trichent en créant de faux bâtons et donc s'octroient un droit de consommation de biens et services de la communauté sans avoir eux-mêmes contribué.

Une des questions qui reviens régulièrement quand je parle de bâton de comptage, c'est "Comment on soldait les comptes" ?

La réponse simple que j'avais un temps, c'est d'utiliser des pièces de monnaie. Mais ensuite j'ai découvert que ce n'était qu'une possibilité, pas forcément la plus utilisée.

La réponse se trouve dans les foires commerciales. Actuellement on associe volontiers une foire à une "place de marché". Mais c'est un peu différent.

Au Moyen Âge, il y avait tout un système de grandes foires, Comme celle de St Giles à Winchester. ou les foires de Champagne. C'était le lieu de rassemblement de tous les marchands d'Europe. Il était courant de faire crédit jusqu'à la prochaine foire.

Les foires étaient l'occasion de solder les comptes. Ces rassemblements de marchands était propices à solder se compte en payant en nature de toute sorte et avoir la diversité sur place pour arriver à combler ses besoins. On observe tout à fait ce genre d'échange dans le Jeu de la Monnaie.

Lors de ces foires, dès le XIIème siècle, les services financiers ce sont développés. Les marchands utilisent de plus en plus la lettre de change pour effectuer les paiements.

Cet outil de crédit permet à une personne de voyager uniquement avec une lettre et de se faire payer dans une banque plus près de chez elle.

C'est un outil que les Templiers étendront jusqu'au Moyen-Orient. D'ailleurs c'est probablement de là qu'il vient. Le monde musulman pratiquant abondamment le paiement par chèque à cette période.

Naissance des bons du trésor et obligations

C'est vers 1200 à Venise qu'un nouvel instrument est créé pour financer les guerres. Vu qu'au fil du temps, le seul pouvoir de seigneuriage du seigneur ne suffit plus à financer ses dépenses, il faut innover: On va prendre un impôt en avance !

La population a "l'obligation" (d'où le nom !) de souscrire à une dette publique. En échange, elle reçoit un papier valeur qui lui promet un intérêt. (mais aucune date d'échéance n'est spécifiée)

Cette manière de procéder met directement une pression sur la nécessité de résultats de l'entreprise qui est ainsi financée.

C'est un changement de paradigme. C'est un pari sur le futur. Je reçois mon financement tout de suite et je paie plus tard.

Ceci aura de lourde conséquence sur le monde. C'est probablement le moteur de la colonisation du monde par une poignée de pays européen. On y reviendra plus tard.

Il est à noter qu'à cette époque l'interdit religieux sur les intérêts est encore très fort. C'est dans les cités Etats autonomes comme Venise que les mœurs sont les plus libérales.

En 1520, Luther qui vient d'amorcer la réforme de l'église catholique déclare que prendre un intérêt jusqu'à 5% n'est pas de l'usure. Les protestants vont donc rapidement se mettre à la finance.

En 1570 on trouve une bourse aux bons d'État à Medina del Campo en Espagne. Le financement par le crédit et donc l'endettement (car on ne peut pas gagner à tous les coups !) est répandu dans toute l'Europe.

La dette comme moteur de colonisation du monde

Depuis toujours la dette est un moyen de pression énorme. Il est courant que cet outil mène à l'esclavage. Mais pourquoi l'obligation morale de rembourser une dette est-elle souvent plus forte que toutes les conséquences morales que va entrainer ce remboursement ? (esclavage, génocide, destruction écologique, etc...)

C'est pour tenter de répondre à cette question que David Graeber a écrit son livre "Dette 5000 ans d'histoire".

Voici ce qu'il observe:

La dette commence par un contrat de crédit. Quelqu'un reçoit tout de suite et promet de rembourser plus tard. Pour qu'un tel contrat puisse être valable. Il faut qu'il paraisse équitable. Il doit y avoir un équilibre et le contrat doit paraitre plausible. Les deux parties doivent être libres de contracter et sur un pied d'égalité.

Une fois cette base acquise. La personne qui échoue à remplir le contrat a failli. Il y a un déséquilibre qui se crée et elle se retrouve dans l'obligation morale de rétablir l'équilibre. C'est cette force de vouloir rétablir l'équilibre qui semble être très fortement ancrée dans la psychologique humaine.

Or, si l'on observe de nombreux cas d'endettement, il se trouve que le contrat était frauduleux à la base. Très souvent il s'agit d'une manipulation. La principale est à mon avis l'incapacité de notre cerveau à comprendre les relations de cause à effet autres que linéaires. Si les gens savaient mieux compter, si par exemple ils avaient une meilleure compréhension intuitive des exponentielles. La plupart des contrats de crédit ne se feraient pas !

J'observe clairement ceci dans le Jeu de la Monnaie. La plupart des gens qui finissent en prison pour cause de non remboursement du crédit me disent que s'ils avaient vraiment compris ce qu'impliquait les termes du crédit ils n'auraient jamais pris de crédit.

Petit exemple. Un crédit à intérêt composé à 3% d'intérêt, au bout de 24 ans, ça revient à dire qu'il faut rembourser le double de ce qu'on a reçu !
(Si aucun remboursement n'est fait en cours de route)

Le fait d'exprimer en pourcents les taux d'intérêt est une manière de cacher un déséquilibre. Ainsi la dette est très souvent frauduleuse dès le début.

C'est pareil pour la croissance du PIB qui n'est pas linéaire. Encore un pourcentage qui nous cache la vérité !

Donc sur cette base, on observe que dès le milieu du Moyen Âge, le crédit se répand et devient "monnaie courante" à la Renaissance.

Déjà en 1202 la Quatrième croisade part mal. Elle est déjà endettée avant de partir envers les Vénitiens qui assurent le transport en bateau des croisés. Le doge refuse de laisser les bateaux partir tant que le paiement n'est pas fait. Mais un arrangement est trouvé, le paiement de la dette est différé (donc la dette n'est même pas annulée) si les croisés vont reconquérir le port de Zara en Dalmatie pour le compte des Vénitiens. Ce qui est fait et a pour conséquence que le pape excommunie les croisées qui sont justement venus en croisade sur l'appel du pape !

L'obligation de remboursement est probablement aussi un des facteurs qui a fait que la croisade a été détournée de son but pour aller assiéger et conquérir la ville de Constantinople.

Autre histoire pour illustrer le pouvoir de la dette. C'est la conquête et la destruction de l'empire aztèque par le conquistador Hernán Cortés. On apprend par les mémoires d'un autre conquistador que Cortés était un joueur flambeur souvent endetté et dont la motivation était l'or et l'argent (probablement pour payer ses créanciers). Il a toujours été limite avec les règles de l'ordre établi en prenant des risques et en partant dans une fuite en avant permanente sans retour en arrière.

L'expédition pour le Yucatan depuis Cuba n'était pas autorisée, il l'a avancée de peur de se faire interdire l'expédition, une fois sur place, Cortès a fait saboter les bateaux pour forcer les soldats à continuer. Ces derniers ont été endettés pour payer leurs armes et matériel de rechange. Ainsi, après le partage de l'or du trésor impérial l'essentiel des soldats étaient toujours endettés. Ce qui les a forcés à rester sous les ordres de Cortés dans l'espoir de se refaire.

Cortès a aussi utilisé une technique de manipulation connue pour obtenir de la main-d’œuvre dans les mines d'or et d'argent.

Un impôt a été imposé aux Aztèques survivants (de la variole et du massacre de la ville). Evidemment l'impôt était conçu pour que tout le monde ne puisse pas le payer et un prêt a été proposé à ceux qui ne pouvaient pas payer en échange du travail dans les mines d'or et d'argent.

Le contrat pareil équitable non ?

C'est ainsi qu'a débuté la colonisation du continent américain par les Espagnols, ainsi qu'un génocide et mise en esclavage du peuple qui vivait sur ce continent.

Cortés une fois rentré en Espagne était toujours aussi endetté.

Et après la colonisation des Amériques (les Indes comme le pensaient les gens de l'époque), ce modèle est appliqué au monde entier.

Dans toute l'Europe de nombreuses "Compagnies des Indes" sont créées pour aller exploiter les richesses des colonies.

La plus importante est la Compagnie néerlandaises des Indes orientales fondée en 1602 et financée par des actions et des obligations.

Toujours le même principe de recevoir de la "monnaie" tout de suite et de payer plus tard tout en subissant la pression du devoir de résultat.

L'ère des banques centrales

Comme nous venons de le voir plus haut, les Pays-Bas sont la grande puissance commerciale du XVII ème siècle. Ceci en bonne partie grâce à la vision du monde protestante qui développe la finance. En effet, les Hollandais sont fortement protestants et lors de la révocation de l'édit de Nantes, ils vont accueillir beaucoup de réfugiés français.

Les services bancaires vont se développer. La banque d'Amsterdam est créée en 1609. C'est une des premières banques de dépôts et elle propose de faire des paiements par virement entre les comptes des clients de la banque.

Une loi est même adoptée pour obliger tout paiement de plus de 600 florins à se faire via des virements dans la banque d'Amsterdam. Ainsi c'est le succès assuré pour cette banque. On peut dire que c'est une banque d'État.

La banque d'Amsterdam est créée avec l'accord et la garantie de l'État de Hollande. Les banquiers ont un status de fonctionnaire de la ville et sous l'autorité des édiles de la ville.

La banque d'Amsterdam va inspirer d'autres banques, comme la banque de Stockholm qui sera la première à utiliser des billets de banques, et la banque d'Angleterre.

Le principe d'une banque centrale est toujours un hybride entre le droit privé et le droit publique. C'est une alliance entre l'État et des marchands.

Si l'on se souvient bien une des conséquences de la création de la monnaie métallique de type jeton valeur, imposé par l'impôt, c'est la création de l'économie de marché. Ceci favorise énormément les marchands d'armes et de fournitures militaires. Tous les progrès de la science tournent également autour de cette motivation militaire.

Au début, ce sont les seigneurs qui profitent de leur pouvoir de seigneuriage pour renforcer leur armée et faire grandir leur empire. Mais on l'a vu ci-dessus, le pouvoir de seigneuriage a ses limites. Limite que le crédit n'a pas !

Les marchands d'armes sont également assez futés pour financer les deux camps d'un conflit. Donc ils ne perdent jamais !

Les seigneurs s'endettent et les marchands d'armes s'enrichissent. A tel point qu'au bout d'un moment les marchands vont vouloir leur part du gâteau du pouvoir.
(Selon la suite logique de vouloir le pouvoir une fois qu'on a déjà la richesse.)

L'exemple de la création de la Banque d'Angleterre en 1694 est emblématique. C'est le Roi d'Angleterre William III (qui est Hollandais !) qui autorise la création de cette banque centrale.

Le principe est simple. Le roi est endetté, il y a un groupe de 40 marchands qui vont lui prêter 1,25 million de livres sterling. Il pourra ainsi prolonger sa guerre contre la France que le parlement anglais refuse de financer.

La reconnaissance de dette est enregistrée en partie sur des bâtons de comptage.
Le roi n'a pas ni l'envie ni les moyens de rembourser la dette.

Les marchands proposent de titriser cette dette, ainsi des billets de banques vont pouvoir circuler. On augmente la masse monétaire à partir d'une dette.

Le billet de banque n'est qu'un petit morceau de la grosse dette du roi. Ainsi tout possesseur d'un billet peut demander au roi de lui payer ce qui est inscrit sur le billet. (de l'or théoriquement) Un billet de banque est un chèque au porteur. Il y a encore des pays où c'est écrit sur les billets. (En Inde notamment, le gouverneur de la banque centrale s'engage à donner des roupie en échange du billet. Mais que sont les roupies à part une unité de compte ?)

Cependant cette dette est enregistrée sur un bâton de comptage et le roi n'a pas les moyens de payer si quelqu'un vient avec un billet !

Chose assez paradoxale à priori, ce sont les marchands qui vont proposer de payer la contrepartie en or que représentent les billets. Ceci en échange du monopole d'émission des billets de banque.

C'est ainsi qu'au fil du temps, par étape successives étalées sur un siècle. La banque d'Angleterre se crée.

Le principe d'une banque centrale, c'est de "rendre liquide une dette". Ainsi une banque centrale a toujours besoin d'acheter des titres, des dettes, généralement des bons d'État, pour créer de la monnaie. Elle va mettre en circulation la nouvelle monnaie en payant avec elle la dette achetée.

Les systèmes d’étalons métalliques

Depuis le Moyen Âge s’était implantée l’idée que la valeur de la monnaie résidait dans le contenu métallique (essentiellement de l’argent) des espèces monétaires.

Locke reprendra cette idée en y mêlant les conceptions libérales naissantes sur le droit naturel de la propriété. Pour lui, la valeur de la monnaie fait partie du contrat à la base de la société. Si l’État y touche et dévalue la monnaie, il rompt ce contrat. Ces idées progressivement mises en place dans le système monétaire anglais au XVIIIe siècle seront à la base des systèmes d’étalons métalliques.

Avec l’immense masse de métal précieux venue d’Amérique, il était possible d’envisager un système monétaire où la valeur de la monnaie était basée sur un poids du métal précieux. Dans un tel mécanisme, l’État ne peut créer de manière illimitée de la monnaie, il est contraint par les réserves de métal précieux disponibles.

Les possédants sont eux protégés d’une fonte de la valeur de leur avoir et de leurs rentes. Il y a dans ce système une tendance à la raréfaction de la monnaie circulante.

Il sera adopté progressivement par d’autres pays européens. La France crée en 1803 le « franc germinal », valant cinq grammes d’argent.

Avec le développement des échanges internationaux au XIXe siècle, un autre avantage se révèlera. Les devises nationales faites de papier monnaie ne valent qu’à l’intérieur du territoire national et n’ont aucune raison d’être acceptée à leur valeur à l’étranger. Par contre, tous les pays acceptent les métaux précieux en paiement. De la sorte, des monnaie nationales dont l’unité de compte est basée sur un poids d’or peuvent plus facilement commercer entre eux, pourvu que l’on soit assuré que chacune verra sa convertibilité garantie par l’État.

C’est la naissance de l’étalon-or international. On assiste à une première organisation des échanges internationaux avec une parité fixe des devises.

Mais à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, cette organisation montrera aussi ses limites. Les États sont sous la dépendance des producteurs de métaux pour leur émission monétaire ; la spéculation se développe, liée aux différences de prix entre le cours boursier du métal et son cours légal ; les pays les plus faibles économiquement ne sont pas capables de maintenir leurs réserves ; les gouvernements poussent à la création de crédit supplémentaire, et en cas de crises sévères telles que les guerres chacun revient à une monnaie de papier.

Progressivement, le lien avec l’or devient plus fictif à mesure que se développe l’émission de monnaie fiduciaire et scripturale par les banques commerciales et le système sera abandonné dans les années 1930.

L'ère des banques commerciales

L'impôt obligeant toujours les gens à se battre pour "gagner leur vie" en obtenant des moyens de paiement reconnus pour payer l'impôt, la marchandisation du monde continue à s'étendre.

Le meilleur moyen de gagner de l'argent, c'est de rendre payant ce qui était gratuit, de favoriser l'approche commerciale plutôt que le don.

La science fait évoluer la technique et la technique rend plus efficace les méthodes de captation d'argent. Cependant les nouvelles techniques nécessitent souvent un nouvel écosystème qui se rend indispensable.

La révolution industrielle faite de grandes promesses de révolutions techniques. Notamment le chemin de fer et la marine à vapeur, puis plus tard l'électrification.

La construction d'un chemin de fer nécessite d'énormes ressources, il faut créer un réseau de chemin de fer, mais avant il faut extraire du fer et le transformer en acier dans des aciéries.

Comment va être payée cette infrastructure ?

C'est là qu'on observe de nombreuses banques commerciales qui se créent pour financer les compagnies des chemins de fer par le crédit bancaire. C'est toujours la logique du "Je reçois de la monnaie tout de suite et je paye plus tard". Ainsi la vision du monde qui va avec doit nécessairement voir le futur comme meilleur que le présent et le passé.

L'exemple le plus emblématique de création d'un nouvel écosystème industriel est le cas de la création du Crédit Suisse par Alfred Escher en 1856 afin de financer le développement des chemins de fer Suisse, au nord-est et au Gothard.

Alfred Escher avait de la suite dans les idées. Une fois qu'il avait le financement, il faut des ingénieurs pour réaliser la construction du réseau ferroviaire. Il a donc également créé l’Ecole Polytechnique Fédérale.

Transports, banques, assurances et hautes écoles. Alfred Escher y est pour beaucoup dans l'identité Suisse.

En Allemagne on voit la création de la Deutsche Bank en 1870, afin d’aider le développement international d’entreprises industrielles, notamment Siemens. L’un des fondateurs de la Deutsche Bank était Georg Siemens un petit cousin du fondateur de l’entreprise électrique Siemens.

Aux USA, en 1871 Le célèbre banquier JP Morgan a créé sa banque. Il sera également très actif dans le développement industriel, acier, électricité, chemin de fer et compagnie maritime (il sera ainsi indirectement le propriétaire du Titanic !)

Ainsi la banque commerciale est très liée aux activités industrielles. La grosse industrie, notamment pétrolière, ne peut pas fonctionner sans crédit bancaire permanent.

Il est également intéressant de voir que le banquier crée le futur. Si le banquier vous est favorable votre projet est financé. Si votre banquier trouve votre projet pas rentable. Il ne sera pas financé.

Ainsi il vaut mieux être en bon terme avec son banquier pour se lancer dans l'industrie. Ce n'est peut-être pas pour rien que de grosses entreprises créent leurs propres banques. (General Electric par exemple....)

Une monnaie pour être souverain

Si l'on fait le bilan de 5000 ans d'histoire, on observe que les "monnaies" des Sumériens et des Égyptiens étaient créées par une large part de la population. Toute personne en mesure de cultiver un champ de céréales crée de la "monnaie".

Au fil du temps, on a vu que la création monétaire a été confiée à une élite. C'était clairement le but de l'invention de la monnaie métallique de type jeton valeur + impôt. La monnaie est l'instrument pour qu'une élite vive sur le dos des autres.
(Bon, à Sumer c'était pas très différent, mais ce sont les classes sociales qui séparaient les gens pas le système économique.)

Avec les grains de céréales, la masse monétaire est en lien avec la nature et le travail humain.

Avec la monnaie métallique, la masse monétaire est ajustée pour faire travailler les gens au service d'un seigneur. La masse monétaire dépend de la quantité de métaux disponibles. Il y a une limite.

Le crédit fait totalement sauter la limite et donc le lien avec une certaine réalité naturelle. Cette absence de limite est géniale pour celui qui profite de la monnaie qu'il reçoit immédiatement. Mais quand cette absence de limite se transforme en esclavage c'est moins drôle. Ça veut dire qu'il n'y a aucune limite au remboursement d'une dette exponentielle !

On en arrive à être totalement prisonnier d'une dette.
On en arrive parfois à avoir tout ce qu'il faut, des ressources matérielles et des humains pour accomplir un travail, mais pas les chiffres nécessaires pour payer ce travail.

Donc pourquoi le chômage existe si la seule chose qui manque c'est des chiffres ?
C'est la chose la plus simple à créer !

C'est selon ce constat que plusieurs systèmes sont apparus au cours de l'histoire pour qu'une communauté puisse reprendre sa destinée en main.

Expérience de Wörgl

L'expérience la plus connue est certainement celle de Wörgl en Autriche en 1932. En plein crise des années 1930, le chômage était très élevé et pourtant la ville avait plein de travaux à faire et plein de gens ayant du temps.

C'est là que le Burgmestre de Wörgl, inspiré par la théorie de Silvio Gesell décida de mettre en place une monnaie locale. Le terme de monnaie étant prohibé par la loi c'est le terme de "certificat de travail" qui a été utilisé.

Cette monnaie avait la particularité d'être fondante. Il fallait payer un timbre en monnaie officielle pour que le billet en monnaie locale soit valable. Cette particularité a accéléré la circulation de la monnaie.

La mise en place de cette monnaie locale a permis de faire baisser de 25% le chômage local, alors que dans la même période il a augmenté de 20% dans le reste de l'Autriche.

Le système a tellement bien fonctionné qu'il a été interdit !

On ne remet pas si facilement en cause le pouvoir de celui qui émet la monnaie !

Ceci fait totalement écho avec les MLC, les Monnaies Locales Complémentaires. Dont on voit un grand essor dans les années 2010, surtout suite au film "Demain".

L'énorme avantage d'une Monnaie Locale Complémentaire "nantie". C'est le fait de pouvoir doubler la masse monétaire. En recevant un billet de monnaie officielle, on peut garantir un billet de monnaie complémentaire. On a ainsi deux billets.

Ce principe a été utilisé par la Banco Palmas au Brésil pour dynamiser l'économie d'un quartier pauvre. Cette monnaie locale a par exemple permis la construction d'une école. Un fond a été collecté en monnaie officielle pour créer l'école. Cette monnaie a été utilisée pour garantir son équivalent en monnaie locale. L'essentiel de la construction a pu être fait en monnaie locale. Seule 30% du fond de base en monnaie officielle a dû être utilisé pour payer ce que la communauté locale n'arrivait pas à fournir. Ainsi on observe qu'une monnaie locale peut créer un bon effet de levier.

Cependant, vu le succès grandissant des Monnaies Locales Complémentaires. La France s'est dotée en 2014 d'une loi sur les Monnaies Locales Complémentaires qui interdit de toucher au fond de garantie qui doit rester sur un compte en banque. Ainsi on bride une des fonctions les plus intéressante de monnaies locale complémentaire et on permet aux banques commerciales d'augmenter leur potentiel de crédit. Ce qui généralement va à l'encontre des chartes des MLC.

Encore une fois, il est dur de s'émanciper de celui qui crée la monnaie.

Du Colonials scrips au Continental Dollar

Voici un autre exemple de communautés qui ont créé leur propre monnaie. Il s'agit des colonies anglaises des USA avant les USA. Ces colonies utilisaient des "colonial scrips". Chaque Etat utilisait une monnaie différente.

Dans les colonies lointaines, les pièces des monnaies métalliques étaient rares. C'est pour cette raison que l'État du Massachusetts a été le premier à émettre du papier monnaie. Une lettre de change adossée sur la dette publique et gagée sur la terre.

Ainsi le gouvernement pouvait couvrir ses frais directement en créant de la monnaie. Puis par l'impôt le surplus de monnaie est détruit. C'est le principe du "chartalisme".

Les différents États géraient plus ou moins bien leur monnaie. Les États du sud plus souvent en guerre ont subi une plus forte inflation. La Pennsylvanie semble avoir été l'état qui a le mieux géré sa monnaie en oubliant pas de la détruire régulièrement. Sur 50 ans le cours du "Pennsylvania Pound" est resté stable en regard du cours de l'or.

Le 19 avril 1764 le parlement anglais vote le currency Act, une loi interdisant aux 13 colonies de créer de la monnaie. C'est un des facteurs qui a mené à la guerre d'indépendance des USA.

Cette guerre a été financée par une autre monnaie créée pour l'occasion en 1775 par les "Colonies Unies", il s'agit du "Continental dollar".

Cette monnaie a été massivement imprimée pour financer la guerre, et de fait elle subit une forte inflation durant ces 6 années d'existence. Mais néanmoins on peut se poser la question de l'issue de cette guerre sans avoir eu ce financement ?
(La France a également beaucoup financé la révolution américaine, ce n'est pas uniquement le continental dollars qui a suffi)

Assignats de la révolution Française

Quelques années plus tard, en 1790 en France on retrouve un même type de monnaie papier créée pour financer une révolution. Il s'agit des "assignats".

L'Etat français a besoin de liquidité. Il confisque les biens de l'église par assignation (d'où le nom des assignats) et veut les vendre. Mais le processus prend du temps. Pour avoir des liquidités, l'idée est de vendre des titres qui représentent cette vente future.

Les comités révolutionnaires impriment des assignats, et pris au jeu de cette monnaie gratuite, en imprime beaucoup et négligent souvent de les détruire comme il était prévu.

De plus, les ennemis de la révolution impriment aussi des faux assignats afin de faire effondrer le système. Il y a un atelier très efficace à Londres.

Ce système a duré également 6 ans, tout comme le Continental dollar. Là aussi on peut se questionner sur le bilan. Cette monnaie n'a pas été durable, mais en temps de révolution c'est un outil très utile pour changer un système en place.

L'observation que l'on peut faire sur ces monnaies fiduciaires d'État. C'est que la gouvernance de cette monnaie est un point critique. Un gouvernement qui imprime trop de monnaie et/oui qui néglige de la détruire va rapidement faire effondrer sa monnaie.

La monnaie fondante de Wörgl ne semble pas avoir subi de problème d'inflation monétaire. Peut être grâce à son caractère fondant qui "détruit" une monnaie qui n'est plus nécessaire. Ce n'est pas avéré, mais c'est une piste intéressante.

Crédit mutuel

Le système bancaire majoritaire de nos jours crée de la monnaie par le crédit bancaire. Il s'agit d'une personne qui va présenter un projet à son banquier. Si ce dernier trouve que le projet est rentable et intéressant pour lui, il crée la monnaie en échange du remboursement avec intérêt en plus.

Il se trouve que l'accès au système bancaire n'est pas égal pour tout le monde. Comme le dit l'adage. "On ne prête qu'aux riches". Plus on est proche du robinet, plus l'accès aux liquidités est facile.

Ainsi à contrario, plus on est loin des banques moins il y a de monnaie. Ce n'est pas pour rien que les villes de Genève et Zurich sont les plus chères du monde. Ce sont des places financières internationales avec une grande densité de banque.

Donc comment créer des chiffres quand on est loin d'une banque ?

Raiffeisen

Friedrich Wilhelm Raiffeisen a créé en 1849 la "Société de secours aux agriculteurs impécunieux de Flammersfeld" afin de renforcer la coopération financière dans les communautés rurales. Il a créé une forme de banque coopérative locale au beau milieu des campagnes, là où les grandes banques commerciales liées à l'industrie (comme on l'a vu ci-dessus) ne sont pas.

Le mouvement de coopératives bancaires "Raiffeisen" va se propager en Allemagne, Autriche, Suisse (vers 1900) et en France sous le nom de "crédit Mutuel" ou "crédit agricole". (un nom à consonance Allemande ne passant pas bien après la guerre de 1870...)

Le but est principalement de faciliter l'accès au crédit pour les agriculteurs et ainsi éviter d'avoir recours à des usuriers. Ceci est possible grâce à la mutualisation. Au lieu d'avoir un seul banquier qui assume les risques de crédit, avec le "crédit mutuel" c'est toute une communauté qui assume les risques. Chacun est ainsi sautant créditeur que débiteur.

La banque du peuple

Également en 1848-1849, Pierre Joseph Proudhon lance son idée de Banque du peuple. Le but étant de réaliser une véritable démocratie économique grâce au crédit mutuel et gratuit grâce à une suppression progressive du taux d'intérêt, ainsi qu'un découplage d'avec l'or.

Le lancement de la banque va échouer malgré un grand intérêt populaire. Ceci à cause du manque de fonds propres nécessaires pour remplir les obligations légales. La raison est due plusieurs amendes qui grèvent les actifs du journal "le Peuple" qui devaient servir de fonds propres.

La banque WIR

En 1934, la Banque WIR est créée en Suisse, inspiré par les théories de Silvio Gesell. Le "Franc WIR" est une monnaie utilisable dans un réseau de ~60 000 entreprises. Le Franc WIR n'est pas convertible en Franc Suisse. C'est un crédit mutuel.

Depuis 1948, le WIR n'est plus une monnaie fondante, et depuis 1952 le modèle de "monnaie franche" (aussi appelée "économie libre") de Silvio Gesell a été abandonné, ouvrant la porte au crédit avec intérêt.

Les SEL

Les Systèmes d'Echange Locaux sont souvent organisés comme un crédit mutuel basé sur une unité de temps. (bien que certain SEL on des unités de mesures non liées au temps)

Chaque personne qui "rend un service" à une autre personne comptabilise sont temps et ainsi obtient le droit d'avoir le même temps à disposition pour un autre service offert par quelqu'un de la communauté.

Ce système est un véritable système économique parallèle et en cela il dérange aussi.

En 1996, un procès se déroule contre 3 personnes du SEL d'Ariège pour avoir fait du "travail clandestin, hors taxe". Les SEL sont tolérés par l'administration fiscale tant que l'échange reste de l'ordre du "coup de main". Si l'échange est régulier il est soumis à l'impôt.

Les SEL sont donc condamnés à rester marginaux.

Puissance du crédit mutuel

L'idée de mutualiser les ressources d'une communauté pour se créer une chambre de compensation commune est très puissante. Le principe des reconnaissances de dettes entre individus se retrouve déjà sur les bâtons de comptage et même les tablettes d'argile. Mais ce sont à chaque fois des dettes entre un binôme d'individus.

Mutualiser toutes ces reconnaissances de dettes dans un même système économique commun permet de faciliter les échanges.

L'avantage du crédit mutuel c'est qu'il n'y a pas d'inflation monétaire possible. Vu que "la masse monétaire" est créée lors d'une transaction réelle et pas en amont déconnecté de la réalité.

Un des gros avantages du crédit mutuel est la facilité d'accès au crédit. C'est en général la raison principale de la création de ce genre de système. Il y a néanmoins un risque pour la communauté. Ainsi de nombreuses communautés ont mis en place une limite de consommation à crédit. C'est surtout le cas quand il n'y a pas d'intérêt sur le crédit comme dans les SEL.

Dans les systèmes Raiffeisen et WIR un intérêt existe sur les crédits. C'est en général une manière de rémunérer la gestion du système.

Le systèmes Raiffeisen (et assimilé comme Crédit Mutuel et Crédit Agricole) n'est plus à considéré comme un crédit mutuel. Ce sont maintenant des banques commerciales comme d'autres il n'y a plus de réelle différence. La principale étant la forme juridique de la société, une coopérative. Ceci est principalement dû à deux facteurs:

  • la convertibilité de la monnaie de la communauté dans toute autre forme de moyen de paiement. (ainsi on met en concurrence les substituts monétaires issus d'une coopérative avec ceux issus du crédit bancaire )
  • les taux d'intérêt bancaires qui sont devenus tellement bas, voir négatif que l'avantage de la mutualisation ne se voit plus.

Les cryptomonnaies

En 2009, le monde encore sous le choc de la crise bancaire et financière de 2008 découvre le Bitcoin. La première crypto-monnaie basée sur une blockchain.

Le Bitcoin ne faut rien. Ce sont des jetons virtuels générés par un algorithme pour rémunérer les gens qui font "tourner" un nœud qui vérifie le réseau de transaction.

Des geeks essaient de dépenser leur Bitcoins, en 2010 l'un d'eux deux pizzas pour 10 000 bitcoins.

Puis en quelques années, des bourses d'échanges sont mise en place pour acheter des Bitcoins contre des dollars (ou autre). Gentiment le Bitcoin prend de la valeur jusqu'à passer les 10 000 $ en 2017.

Dans son code monétaire, le bitcoin n'a absolument rien d'innovant. C'est un jeton valeur au même titre qu'une pièce métallique.

La masse monétaire est fixée à l'avance et limitée à 21 millions de Bitcoins.

Là où le bitcoin est révolutionnaire c'est dans le fait que sa gouvernance est décentralisée. C'est un réseau de nœuds. Le bitcoin est un protocole. Tant que 51% des nœuds qui gèrent le réseau ont intérêt à ce que le protocole soit suivi, tout fonctionne. Le ou les concepteurs du bitcoin est toujours inconnu.

Ces facteurs font que le bitcoin est impossible a arrêter. Il n'y a aucune personne ou organisation centrale que l'on peut faire passer devant un tribunal.

On a donc là un véritable contre-pouvoir monétaire aux systèmes dominants.

La sécurité du bitcoin se base sur l'accès à l'énergie. En effet, pour pouvoir ajouter un bloc de transactions à la base de données globale, (et être ainsi rémunéré avec de la création monétaire) il faut être le premier à présenter une "preuve par le travail". Cette preuve consiste à avoir trouvé un "hash", sorte de signature-résumé d'un bloc de données, qui commence par un certain nombre de 0. Ceci ne peut se déduire mathématiquement. Il faut donc réaliser des essais au hasard jusqu'à trouver la bonne solution. On est dans l'ordre de grandeur de 200 milliards d'essais. Ce qui représente une certaine quantité d'énergie et rend le bitcoin pas très écologique.

Comme tous les blocs contenant l'historique des transactions sont chainés depuis l'origine. Celui qui veut tricher et imposer sa version de l'historique doit être capable de tout recalculer depuis le moment où il veut tricher. Ainsi il doit mettre exponentiellement plus d'énergie dans l'opération que ce qui a déjà été mis. Comme avec le bitcoin on est aux limites physiques des vitesses de calcul actuelles. C'est une opération virtuellement impossible et probablement non rentable économiquement.

La spéculation qui s'est emparée du bitcoin en fait un outil de mesure très instable. Et de par se fait très peu utilisable pour des paiements courants.

Il y a de nombreuses alternatives et variantes du bitcoin qui ont été créées, mais aucune n'a détrôné l'original.

Plus haut nous avons vu que les banques commerciales sont intrinsèquement liée au monde industriel.

Tant que les organisations les plus puissantes du monde étaient des organisations industrielles, les banques étaient fortes. Mais avec la désindustrialisation du monde occidental et la montée en puissance des entreprises liées à l'ère de l'information (les GAFAM), le monde des banques perd de sa puissance.

Il se pourrait bien que, tout comme les marchands ont demandé aux seigneurs féodaux leur part du pouvoir, les GAFAM demande leur part du pouvoir en créant des alternatives monétaire aux banques commerciales et centrales.

C'est ce que l'on commence à voir avec Facebook qui a lancé son projet de monnaie Libra, basée sur une blockchain de 100 nœuds gérés par des milliardaires et des institutions financières.

Facebook, avec Whatsapp et Instagram dispose d'une base de 5 milliards d'utilisateurs !

L'idée c'est une monnaie basée sur un panier de devise. Ainsi on résout le problème de stabilité de l'unité de compte trop volatile que l'on a dans le bitcoin.

Mais ceci n'est pas encore fait. Les autorités de surveillance des banques (affiliées aux banques elles-mêmes) ne sont pas d'accord et demandent une segmentation de Libra en plusieurs monnaies par continent ! Le monde des banques n'est pas encore mort !

Nécessité d'un système de retour à l'équilibre

Une observation dont on parle peu, mais qui est une constante dans l'Histoire, c'est la remise à zéro du système.

Dans tous les systèmes économiques depuis la nuit des temps. Que ce soit explicitement conçu ou non, il y a TOUJOURS un système de remise à zéro…

Parfois le système de retour à l'équilibre et intégré dans le système et parfois c'est l'effondrement du système qui de facto le ré-initiatilise.

Avec le "don dans une communauté de confiance", quand le temps passe, la mémoire humaine devient floue, automatiquement on oublie et remet à zéro nos reconnaissances de dette mutuelles.

Quand t'as pas été boire un verre 🍻 avec tes potes depuis longtemps, tu ne sais plus qui avait payé la dernière tournée et qui ne l'avait pas encore fait.
Il y a retour à l'équilibre naturel dans le fonctionnement humain. Le taux de retour à l'équilibre est cependant différent selon les personnes. Il y a des personnes plus ou moins rancunière, plus ou moins confiante. Celles qui lâche prise et celle qui pensent que "les bons comptes font les bons amis", vraiment ?

Quand on passe dans un système plus formel comme celui de la comptabilité sur tablettes d'argiles sumériennes. Très vite des soucis de dettes et d'esclavage pour dette apparaissent.

Graeber, nous dit que les sumériens trop endettés finissaient pas s'échapper dans le désert et se regrouper en hordes vivant de razzias sur les villes. Quand le problème n'est plus marginal, les souverains sumériens ont du trouver une solution.

Ainsi c'est en –2450 que le Roi sumérien de Lagash, En-metena crée la première annulation de dette connue de l’histoire. Le mot sumérien est "ama.ar.gi" qui signifie littéralement "retour à la mère". C'est un retour à l'état d'origine. Ce mot est souvent traduit par "liberté".

On a encore la trace de cette tradition d'annulation de dette dans la notion de Jubilé biblique qu'on trouve dans le lévitique. Tous les 7x7 ans, toutes les dettes sont annulées et tous les esclaves pour dette rentrent dans leur clan.

La fameuse pierre de rosette qui a permis de déchiffrer les hiéroglyphes égyptiens parle d'une annulation de dettes.

Durant le moyen âge les nombreux changements de systèmes monétaires ont agit comme des systèmes de retour à l'équilibre, de remise à zéro.

Les grandes périodes d'hyperinflation ont souvent servies à remettre à zéro les dettes. C'est le cas de l'hyperinflation de 1923 en Allemagne qui a permet de faire fondre les dettes et repartir à neuf.

En 1948, rebelote en Allemagne la Währungsreform refait un retour à l'équilibre pour passer au Deutsche Mark. En une semaine les Allemands de l'ouest doivent changer leur monnaie. Le taux est de 1:1 pour les 40 premiers reichsmarks, puis de 10:1 pour les suivants.

Au lieu de provoquer un retour à l'équilibre par surprise, on peut l'intégrer le principe dans le code monétaire. Ainsi tout se passe en douceur. Une des techniques existante, c'est de faire fondre la monnaie. Elle perd de la valeur avec le temps qui passe.

La monnaie fondante de Silvio Gesell fonctionne très bien pour faire tourner une économie au quotidien. Mais il n'est pas possible de thésauriser une monnaie. Si une personne conserve de la monnaie son pouvoir d'achat diminue.

Les riches n'ont donc aucun avantage à la monnaie fondante. C'est peut être une des raison de l'interdiction de la monnaie fondante à Wörgl en 1934.

Les banques centrales ont de nos jours pour mission principale la stabilité des prix et par conséquent d'éviter l'inflation. C'est une mesure qui profite surtout aux riches.

L'inflation agit comme de la monnaie fondante, la monnaie perd de sa valeur avec le temps. Durant la période de 30 glorieuses, l'inflation était élevée, mais le pouvoir d'achat conservé grâce à l'indexation des salaires sur l'inflation (En France jusqu'en 1983). C'est ainsi que les pays dévastés par la deuxièmes guerre mondiales se sont reconstruit à faible coût.

Depuis la fin des 30 glorieuses, il existe un indicateur dans les pays de l'OCDE qui s'appelle le NAIRU, c'est le "Taux de Chômage n'accélérant pas l'inflation".

Contrairement au discours courant, les politiques ne visent pas à réduire totalement le chômage, mais plutôt à atteindre le taux du NAIRU. Ceci pour éviter de déclencher l'inflation. C'est donc une politique consciente de conservation de la dette, de la fortune des riches et d'empêchement de l'accès à l'emploi de l'entier de la population.

Dans l'égypte antique on fonctionnait avec 2 systèmes parallèles, on avait des unités des comptes fixes (métaux, étoffe, céréales et huile) et des moyens de paiement divers. Mais surtout des moyens facile à produire comme le grain de céréale, le pain, la bière….
Ce sont des monnaies fondantes. Le grain ça pourri.

Si l'on sort du monde virtuel de la monnaie et que l'on observe le monde réel on constate que tout ce qui n'est pas vivant à tendance à se dégrader avec le temps. Les maisons tombent en ruine, la nourriture non consommée pourri, les vêtements s'usent, etc....

Sur un plan physique le second principe de la thermodynamique, l'entropie fait que la qualité de l'énergie disponible diminue dans le temps. De l'énergie utile à la base va se dissiper en bruit et chaleur irrécupérable.

Donc si l'on veut faire une équivalence entre la monnaie et les biens et services qu'elle permet de rendre accessible, il est nécessaire de faire fondre la monnaie au même rythme que les biens échangés.

Ainsi forcément vouloir garder une dette sur le long terme ça ne marche pas. C'est la loin de l'entropie qui veut ça.

Tôt au tard l'entropie fera son œuvre et les dettes disparaitrons….

Enseignements de l'Histoire

L'histoire ne sert à rien si elle ne nous enseigne pas, si nous n'apprenons pas de nos erreurs. Donc que peut ont tirer comme enseignements de l'histoire des systèmes économiques ?

  • Les systèmes économiques qui ont duré le plus longtemps sont ceux dont on parle le moins ! (don dans une communauté de confiance, Etat agraire organisé en maisonnée, haut moyen âge)
  • Il est tout à fait possible de séparer l'unité de compte des moyens de paiement.
  • On observe qu'il y a toujours système de retour à l'équilibre, de remise à zéro des dettes qui apparait, qu'il soit intégré dans le système économique ou qu'il arrive à l'effondrement du système.
  • Pour gagner une guerre ou une révolution, créer de la monnaie est une bonne technique à cour terme (~6 ans). (mais pas à long terme)
  • L'adoption d'une monnaie ne se fait pas naturellement. Un type de monnaie est utilisé car il est imposé par l'impôt. On a ainsi une concurrence entre différentes formes de monnaies. Les "substituts monétaires" des banques commerciales sont plus utilisés que les Monnaies Locales Complémentaires car ils sont acceptés pour le paiement des impôts.
  • Si ce n'est pas l'impôt qui impose un moyen de paiement, ça peut aussi être un créancier. C'est lui qui décide si le crédit est remboursé ou non.
  • La dette est un puissant moteur de contrainte. Le débiteur va placer le remboursement de son crédit à la tête de ses priorités. Même si ça va à l'encontre de ses valeurs. (génocide, pillage, mise en esclavage, destruction écologique, etc...) L'explication morale d'acceptation de la dette semble être la tendance humaine à vouloir retrouver une situation d'équilibre dans les relations individuelles entre humains. (être prêt à sacrifier les autres, le monde et la vie en général pour un retour à l'équilibre entre 2 parties.)
  • La "confiance" est le maître mot des systèmes économiques. (son opposé étant la peur) La confiance se déplace, de sa propre confiance en l'avenir, en sa famille, en sa communauté, jusqu'à s'incarner dans une écriture comptable sur tablette d'argile, bâton de comptage, base de données informatique, blockchain, ou dans un objet: lingot d'or, pièces de monnaie, coquillage. La confiance réside parfois dans une institution et ses symboles, l'allégorie d'un État sur une pièce de monnaie, la cravate du banquier d'une banque de confiance.
  • Toute reconnaissance de dette peut se transformer en moyen de paiement. C'est un contrat entre deux parties. Il est très fréquent que l'on ne rembourse jamais les dettes, mais qu'on paie en transférant une reconnaissance de dette. Suivant les personnes et les époques, une reconnaissance de dette a plus de valeur qu'une autre.
  • La centralisation ou la décentralisation de la création de la nouvelle monnaie détermine qui aura le pouvoir dans le système concerné. Un seigneur seul habilité à créer de la monnaie peut vivre de son pouvoir de seigneuriage. A l'opposé dans un crédit mutuel tout le monde détient dès le départ un potentiel de création monétaire.
  • Il est nécessaire de garder un équilibre entre la quantité de signe monétaire en circulation et les biens et services qu'ils représentent (la vraie richesse). La régulation peut se faire naturellement en utilisant comme moyen de paiement des marchandises utiles à tous, qui peuvent potentiellement être créée par tous, mais que personne ne peut créer en quantité infinie. C'est l'exemple du grain de céréale.
    Le crédit mutuel pose une égalité stricte entre les biens et services et les signes monétaires qui les représentes. On ne peu avoir un signe monétaire que lors d'une transaction effective. Il n'y a pas de "monnaie" créé en amont des échanges. Ça c'est le pire moyen de régulation. Surtout si il est centralisé c'est un déséquilibre total des pouvoirs.
    On trouve encore des autres méthodes de régulation comme l'algorithme du bitcoin qui prévoit 21 millions de bitcoin avec une création étalée dans le temps.

A quoi sert vraiment l’impôt ? C’est certainement pas ce que tu crois…

Dans cet article on va aller voir la véritable origine de l'impôt.

J'aime bien aller explorer le pourquoi des choses, l'intention qui est derrière les choses. Quelle est donc l'intention derrière l'impôt ? A quoi ça sert les impôts ?

Quand je pose la question, en générale, j'ai plein de réponses, mais rarement la bonne !

Quel est le rôle de l'impôt ?

Donc le principe de l'impôt, c'est que chaque personne doit donner à l'Etat une certaine quantité de monnaie. C'est obligatoire. Si une personne ne paie pas ses impôts elle encourt une sanction.

Lors de soirées Jeu de la Monnaie, je pose cette question, à quoi sert l'impôt ?

Voici les réponses que j'ai:

  • à financer des infrastructure en commun
  • à payer les fonctionnaires
  • à financer les écoles et les hôpitaux
  • à financer l'armée
  • à assurer une certaine redistribution sociale des richesses
  • à payer les services sociaux
  • etc...

Toutes ces réponses ne sont pas fausses, mais c'est très rare qu'on me donne la réponse que j'attends !

Toutes ces réponses sont le reflet de ce que la plupart des gens pensent être le rôle de l'Etat. J'en ai déjà parlé dans mon article sur le contractualisme.

Les gens de gauche voient l'impôt comme un moyen de redistribution de l'argent.

La véritable intention derrière l'impôt, c'est imposer...

Le nom impôt est clair pourtant, ça sert à imposer... mais imposer quoi ?

Voici donc la réponse que j'attends:

L'intention derrière l'impôt, c'est d'imposer l'utilisation d'une certaine monnaie.

Une croyance courante c'est que les humains ont besoin de monnaie pour s'organiser dans une économie. (étymologiquement: règles de la maison !)

Mais en fait les humains s'organisent très bien tout seuls avec du don et des reconnaissances de dette mutuelles.

Mais voilà que vers -700 à -600 suivant les endroits, une forme de monnaie a été inventée comme outils de domination. Comme outil pour une caste pour vivre sur le dos des autres. Cette forme de monnaie ne fonctionne que si on l'impose.... avec l'impôt !

banque police

Invention de la monnaie métallique et de l'impôt

Vers -700 à -600 simultanément en Chine, en Inde et en Lydie (Grèce antique) des "chef de gang" ont innovés et inventé une technique très efficace pour vivre sur le dos des autres.

C'est l'invention de la monnaie métallique, des pièces de monnaie.

frapper la monnaie celtes
En europe les pièces de monnaie sont "frappées". Alors qu'en Inde elles sont poinçonnées et en Chine elles sont moulées.

Historiquement, il y avait des chefs de gang, des seigneurs (saigneurs !) locaux qui s'arrangeaient dans un système mafieux pour vivre sur le dos des autres:

Tu me donne une partie de ta récolte et je te massacre pas..... et mieux encore je te protège des autres gangs qui veulent te piquer ta récolte...

Vivre de razzia et racket c'est pas très efficace. Ça donne une mauvaise image et très souvent ça conduit à tuer les gens sur le dos des quels on aimerait vivre. Pas terrible.

C'est ainsi que la monnaie est un meilleur système.
Prenons un exemple tout à fait historique.

Le roi Crésus, allait (faire) chercher de l'électrum, un alliage d'or et d'argent, dans la rivière Pactole. Avec cet électrum il fabriquait des pièces de monnaie.

Pièce de monnaie du roi Crésus
Pièce de monnaie du roi Crésus

Ces pièces d'or vont lui permettre d'acheter la récolte des paysans. Voilà donc l'innovation majeure, acheter au lieu de piller....

Mais est-ce très différent ?

Non pas vraiment, car ces pièces de monnaie ne coûtent pas grand chose à Crésus. Juste le coût d'extraction de l'électrum et de frappe des pièces.

La différence entre la valeur nominale attribuée à une pièce et son coût de fabrication est appelée le seigneuriage.

C'est en bref, le pouvoir d'achat "gratuit" qui revient de droit au seigneur qui a le monopole d'émission de la monnaie.

Donc c'est pas très différent d'aller voler aux paysans leur récolte ou de l'acheter avec de la monnaie qu'on a eu gratuitement... pour le seigneur, ça ne coûte rien ! C'est gratuit !

Une économie de marché est-elle possible sans impôts ?

Donc notre ami Crésus se dit qu'il va être gentil, au lieu de réquisitionner chez ses sujets ce qu'il lui faut, il va acheter.

Mais il va acheter à qui ?

Est-ce qu'il y a un marché ? Est-ce qu'il y a des gens qui vendent ?

Et bien non... si tout le monde est autonome, que tout le monde vit de sa récolte et complète ses propres récoltes par des dons entre les habitants. Pourquoi avoir envie/besoin de vendre au seigneur ?

Tout le monde s'en fiche !

Donc Crésus l'a dans l'os. Pas de marché.. rien à acheter !

Il faut donc créer un marché ! Comment on fait ?

Et bien il faut mettre en place un impôt !

marche-aux-epices
Marché aux épices. Une économie de marché n'émerge pas tout seule.

Exemple du premier achat de récolte de blé

On va démontrer tout ça en racontant la petite histoire du premier achat de l'Histoire.

C'est l'histoire du soldat qui va acheter une récolte de blé à un paysan pour le compte de son seigneur:

« L’année dernière on a tué ton frère pour lui prendre sa récolte. Cette année tu as de la chance on a changé le système. On ne va pas te tuer, on va juste t’acheter ta récolte ! »

Mais le paysan à qui on fait cette proposition n’est pas d’accord.
La rondelle de métal qu’on lui propose ne se mange pas ! Alors que se récolte oui. Il refuse donc de se faire acheter sa récolte.

C’est là qu’intervient l’impôt.
Voici ce que répond au paysan le soldat chargé d’acheter la récolte:

« Tu veux pas te faire payer ? C’est dommage, car c’est ton seul moyen d’avoir de quoi payer l’impôt ! Oui oui..
En fait mon chef, le Seigneur dans son château, à la fin de l’année il va demander qu’on lui rende un certain nombre de rondelles. Si tu peux pas lui payer cet impôt, là on te met en prison.
T’as le choix ! »

Le paysan, accepte... sans en réaliser totalement les implications futures...

Voici donc l’origine de l’impôt. En effet, sans ce mécanisme, il y a des gens qui pourraient sortir du système. Décider qu’ils n’ont pas besoin de monnaie pour vivre.

Mais avec l'impôt, le seigneur impose l'utilisation de SA monnaie, qu'il peut obtenir quasi gratuitement.

champ de blé plaine areuse
"Avoir du blé"... signifie avoir de l'argent... mais au moins ça se mange !

L'économie de marché est une conséquence de la monnaie et de l'impôt

Notre ami paysan, premier vendeur de l'histoire est content. Il a réussi à se débarrasser des soldats sans avoir du verser une seule goutte de sang. Il a perdu une partie de sa récolte. Mais c'est pas grave. Il a reçu de l'or en échange...

Il garde ses pièces, d'or, déjà par ce qu'il ne sait pas quoi en faire. Mais surtout car il a compris qu'on allait lui en demander à la fin de l'année... combien ?? Bonne question...

Il apprendra que le seigneur va lui en demander bien plus que ce qu'il a reçu en échange de la vente de son blé.

Ainsi le paysan, si il ne veut pas finir en prison ou pire.... va devoir s'arranger pour trouver encore quelques pièces d'or.

Ça tombe bien, notre ami paysan n'est pas le seul à avoir reçu des pièces d'or. En effet le seigneur à aussi été faire des emplettes dans chez d'autres paysans, et même chez quelques rares artisans, notamment un forgeron pour acheter quelques épées. ⚔️ 🗡

(ouais, le seigneur local a besoin d'équiper quelques soldats pour être certain de contraindre les paysans à payer l'impôt !)

Ainsi le forgeron a pas mal de boulot, il va gagner plein d'argent et d'or en vendant des épées. Mais du coup il n'a plus le temps de s'occuper de son jardin et de faire à manger pour lui.

Heureusement notre amis forgeron dispose de plein de monnaie et peut acheter ce dont il a besoin pour vivre (de la nourriture !) chez d'autres paysans.

Ainsi notre amis paysan 1er vendeur de l'histoire va vendre un peu de blé au forgeron. Tout le monde est content. Le forgeron a de quoi manger et le paysan de quoi payer son impôt.

Le seigneur est aussi très heureux. Car ainsi il obtient gratuitement à manger et de quoi équiper son armée. C'était pas si simple de voler des armes, car les forgerons expérimentés qui font de bonnes armes c'est plutôt rare et c'est dommage de les tuer. Avec la monnaie il est beaucoup plus heureux !!

Vu que maintenant dans le village tout le monde vend des choses. Il est décidé d'organiser officiellement une place de marché. Les gens qui ont des choses à vendre peuvent venir tous les samedi matin sur la grand place pour exposer leur produits. C'est nettement plus efficace pour mettre en relation des vendeurs et des acheteurs.

Voilà, l'économie de marché est née.

place-de-marché-bibelots-à-Dakar
Biblots sur une place de marché à Dakar. Chacun vend ce qu'il peut pour "gagner sa vie" !

La monnaie un outil au service de l'expansion territoriale et technique

Le seigneur ayant vu que la place du marché se rempli bien il a décidé de mettre une taxe sur l'occupation d'un emplacement. Taxe payable uniquement dans sa monnaie. Génial une nouvelle forme d'impôt !

Du coup, pour encaisser les taxes et faire pression sur ceux qui rechignent à payer. Le seigneur (toujours plus saigneur...) a besoin de quelques soldats de plus dans son armée.

Il va donc pouvoir engager quelques soldats de plus grâce à son pouvoir de seigneuriage.

Progrès technique et concurrence : la spécialisation

Les nouveaux soldats du seigneur devront être équipés d'armes. Ce qui va donner encore du boulot au forgeron du village.

Notre ami forgeron occupe déjà tout son temps à fabriquer des épées, mais aussi des armures. Ainsi il cherche et trouve des techniques pour gagner du temps et améliorer son efficacité.

Il va aussi engager un apprenti pour l'aider et lui apprendre le métier.

Son voisin d'en face, même si il n'est pas forgeron chevronné, se dit qu'il y a du fric à se faire, donc il se met aussi à son compte comme forgeron....

La concurrence dans un marché libre est inventée.

economiste monnaie neutre
Extrait de la BD Economix, qui raconte très bien l'histoire de l'économie. Et montre bien que les économistes, comme ici Ricardo, ont toujours simplifié la monnaie et l'on vue comme neutre alors que c'est elle qui génère les dynamiques principales !

Plus tard des corporations, avec des maitres, des compagnons et des apprentis se formerons pour contrôler et réguler le marché. Des écoles seront crées, la corporation deviendra une personne morale.... mais tout ceci est une musique d'avenir...

Tout comme le fait que le forgeron va fabriquer des épées, puis d'autres armes, et on va passer de l'arme blanche à la poudre à canon, puis des armes à feux aux fusées 🚀... (pour les missiles...)

Ainsi ici, le forgeron 🔨 est le premier employé de l'industrie de l'armement... et l'astronaute 👩‍🚀 en est toujours un... la conquête de la lune 🌔 s'est faite par des militaires...

Je te laisse méditer sur l'intention derrière le progrès technique.....
... besoin de fric... et financement de l'industrie de la mort.... 💀

Besoin de croissance infinie.....

Armée professionnelle

Revenons à notre seigneur qui est très content d'avoir plusieurs marchands d'armes à disposition pour équiper son armée.

Historiquement, ce n'était pas simple d'avoir une armée. Il n'y avait que des "nobles", le chef de gang, sa famille et quelques compagnons (étymologie du titre de noblesse "comte") qui avaient le temps de s'entrainer au maniement des armes.

Donc ça donne une armée, forte, mais très très petite en nombre.

Il y avait aussi parfois des armées composées de paysans. Donc en grand nombre, mais sans vraies armes, et sans entrainement.

L'invention de la monnaie, permet de payer de gens pour ne devenir que soldat: des mercenaires.

Le mot salaire vient du latin salarium, qui désigne justement le sel donné aux soldats en payement de leur service.

Les soldats deviennent les premiers salariés de l'histoire.

... et quand on a une grande armée, il se passe quoi ?

vote bataille sans violence
Légionnaires romains. Les premiers salariés de l'Histoire.

Expansion territoriale, naissance des empires

Quand un seigneur dispose d'une grande armée, il est vite tenté d'aller imposer sa monnaie sur un territoire un peu plus grand.

Avant la monnaie, c'était dur, notamment pour les raisons évoquées ci-dessus, l'armée était trop petite ou trop mal entrainée.

Mais aussi car les systèmes économique utilisés, des reconnaissances de dettes mutuelles, impliquaient d'être intégré dans un tissus social.

Or, le soldat en territoire ennemi qui massacre tout le monde n'est pas très bien intégré dans un tissus social.

De plus, plus la conquête avance, plus faire venir de la nourriture depuis le château du seigneur est de plus en plus compliqué. Ainsi les anciennes conquêtes étaient limitée en distance. Mais la possibilité d'acheter la nourriture sur place, permet une expansion territoriale énorme.

Le processus devient simple:

  • conquérir un territoire avec une armée professionnelle
  • mettre en place l'obligation de payer un impôt
  • acheter tout ce dont tu as besoin avec des pièces de monnaie

Ainsi on obtient de nouvelles ressources qui vont étendre le territoire du seigneur.

La notion d'empire est inventée.

Empire d'Alexandre de le Grand, avec le tracé de son parcours de conquête
Empire d'Alexandre de le Grand, avec le tracé de son parcours de conquête

Un des exemples les plus emblématique est celui d'Alexandre le grand. Un prince Macédonien qui a passé sa courte vie à conquérir des territoires et les soumettre à l'impôts de son empire.

Pièce de monnaie en or d'Alexandre le Grand
Pièce de monnaie en or d'Alexandre le Grand

Les premières pièces de monnaie trouvée en Suisse étaient des pièces de monnaie à l'effigie de Philippe II de Macédoine. Le père d'Alexandre le Grand.

Minage et esclavage

Le pouvoir de seigneuriage a permis à notre petit seigneur d'acheter quasi gratuitement tout ce qu'il lui faut pour vivre et pour financer son armée et ainsi devenir empereur.

Marchand d'arme est devenu la profession la plus lucrative dans un empire en expansion.

Mais qui dit expansion des achats, dit aussi expansion des paiements et donc des pièces d'or et d'argent !

D'où vient tout ce métal précieux utilisé pour faire des pièces de monnaie ?

lingot d'or BCN
Lingot d'or

Et bien la rivière Pactole dont nous avons parlé plus haut disposait de ressource en alliage électrum facile à obtenir.

Mais avec le temps, c'est devenu toujours plus dur. Le pouvoir de seigneuriage est devenu plus faible. Et si en plus il faut payer des gens pour aller cherche de l'or et de l'argent, ça diminue le pouvoir de seigneuriage.

Ainsi la solution trouvée pour assurer une grande création monétaire et un grand seigneuriage, c'est l'esclavage.

En effet, que faire de tous les gens qui ne paient pas les impôts ?

La prison ça coûte cher. La mort c'est pas très efficace. Ainsi l'esclavage pour aller chercher des métaux précieux, c'est nettement mieux.

Après l'orpaillage dans les rivières, c'est l'industrie minière qui a débutée.

Donc on ajoute au processus de conquête, une phase de prélèvement de quelques esclaves qu'on va mettre avec les gens qui n'ont pas réussi à payer leurs impôts.

Pour avoir un ordre de grandeur de l'esclavage pratiqué on sait que 20 000 esclaves sont sont échappés en -413 des mines d’argent du Laurion grec, selon Thucydide, dans Histoire de la guerre du Péloponnèse, VII, 27.

piece-de-monnaie-argent-1200px-Silver_tetradrachm_Athens_new_style_reverse
Pièce de monnaie Athénienne en Argent. Cet argent provenait généralement des mines d'argent du Laurion.

L'expansion d'un empire dépend donc directement de sa capacité à produire de la monnaie.

Une autre source de métal possible était aussi toutes les statues et idoles religieuses qui se trouvaient dans les temples. Beaucoup ont été recyclées en pièces de monnaie.

Les empires ayant une monnaie basée sur le bronze et le fer (en Chine) ont eu plus de facilité à s'étendre que les empires avec une monnaie basée sur l'or et l'argent (Grèce).

Sources historiques sur l'histoire des impôts

Cette jolie histoire est sympathique. Mais est-ce qu'on a la preuve que ça s'est passé ainsi. J'ai jamais entendu ça dans mes bouquins d'histoire, ni dans mes bouquins d'économie !!

En effet, l'histoire de la monnaie est très méconnue. Et pourtant elle influence toujours nos vies.

Personnellement, c'est surtout le livre de l'anthropologue David Graeber: Dette 5000 ans d'histoire qui m'a permis de découvrir l'histoire de la monnaie. Voici mon résumé de ce magnifique livre.

Voici quelques extraits de ce livre et les références vers les sources historiques pour appuyer cette version méconnue de l'histoire.

dette-5000-ans-dhistoire-graeber

L'impôt permet aux états (et leur souverain) de supplanter les systèmes économiques précédents

« Au fil de l’histoire, la raison la plus fréquente de s’endetter a toujours été la nécessité de réunir les sommes nécessaires pour payer l’impôt. »

« En décrétant que seules leurs propres pièces seraient acceptables pour régler les redevances, les amendes et les impôts, les Etats ont réussi à submerger les innombrables monnaies sociales qui existaient sur leur territoires et à instaurer une sort de marché national unifié. »
D.Graeber

Chapitre 9: l’âge axial (p277 de Dette 5000 ans d’histoire)

Les souverains de l'antiquité se sont beaucoup intéressés aux liens entre monnaie, armée, esclaves et impôts

Aux quatre coins du monde la caste des gens qui avaient envie de vivre sur le dos des autres ont beaucoup étudié la monnaie et comment la mettre en place à leur profit.

« Il suffit de jeter un coup d’œil au traité de Kautilya, l’Arthasastra, au « cercle de souveraineté » sassanide ou au Discours sur le sel et le fer chinois pour constater que la plupart des monarques antiques passaient beaucoup de temps à réfléchir sur la relation entre mines, soldats, impôts et denrées alimentaires.

Presque tous ont conclu que créer des marchés n’était pas seulement commode pour nourrir les soldats, mais utile à bien d’autres fins : les gouvernants n’auraient plus à réquisitionner directement chez leurs sujets tout ce qu’il leur fallait, ou à trouver comment le produire sur les domaines ou dans les ateliers royaux. »

Extrait de: David Graeber. « Dette : 5000 ans d’histoire (Les Liens Qui Libèrent) (French Edition). » iBooks. p107…. mais p64 de mon édition papier»

monnaie_dollars_renminbi_yuan
Il n'y a pas que les souverains de l'antiquité, de nos jours encore la monnaie est une arme de domination au profit de celui qui la crée...

Exemple de mise en place de l'impôt colonial à Madagascar pour soumettre les habitants de l'île

Un exemple de mise en « esclavage civilisé par le marché » avec la colonisation de Madagascar par les français.

« C’était particulièrement fréquent dans le monde colonial. Revenons un instant à Madagascar : j’ai déjà signalé qu’une des premières initiatives du général français Gallieni, quand il a achevé la conquête de l’île en 1901, a été d’imposer un impôt personnel. Il était très élevé, mais aussi payable «uniquement en francs malgaches, la monnaie qu’on venait d’émettre. Bref, Gallieni a bel et bien imprimé de la monnaie, puis exigé que tous les habitants du pays lui en rendent un peu. »

« Mais le plus frappant a été le vocabulaire dont il s’est servi pour décrire cette capitation. Il l’a appelée l’« impôt moralisateur ». Autrement dit, cette fiscalité visait – pour adopter le langage de l’époque – à inculquer aux indigènes la valeur du travail. »

« On pourrait ne voir dans l’ensemble du projet qu’un mécanisme cynique pour soutirer à la paysannerie une main-d’œuvre bon marché, et c’était bien le but […]»

La suite de cette phrase que j’ai tronquée explique que le second but, c’est de créer de nouvelles habitudes de « luxe » qui rendrait dépendante Madagascar pendant longtemps de la France…

Extrait de: David Graeber. « Dette : 5000 ans d’histoire (Les Liens Qui Libèrent) (French Edition). » iBooks. p107  »

La Françagrique est une longue tradition. La colonisation continue, notamment à travers le Franc CFA, monnaie africaine contrôlée par la France.

Histoire de la monnaie en vidéo: l'invention de la monnaie métallique et de l'impôt

La monnaie métallique n'est qu'un des nombreux épisodes de l'histoire de la monnaie, si tu veux en savoir plus je peux encore t'en raconter beaucoup. Mais sur un autre article, et même en vidéo:

Voici l'épisode 4 de ma série sur l'histoire de la monnaie. C'est l'épisode dans lequel j'y évoque l'origine de la monnaie métallique et de l'impôt:

Rôle de l'impôt de nos jours

Ainsi maintenant tu connais l'histoire. Tu connais l'origine de l'impôt. Tu sais que l'impôt n'est qu'un outil pour imposer l'utilisation d'une monnaie dont personne ne veut.

Depuis l'époque de l'invention de la monnaie métallique, 2700 ans se sont écoulé. La situation à un peu évolué, mais pas tant que ça !

Bref résumé de 2700 ans d'histoire

  • Grâce à l'utilisation de monnaie et de l'impôt des petits seigneurs locaux sont devenus de grands empereurs.
  • La monnaie s'est répandue partout. Le monde entier à été converti à l'utilisation de monnaie centralisée. Les moyens de règlements de dette et de comptabilité mutuelle ont été éradiqués, tellement la pression à "gagner sa vie" avec de la monnaie imposée est forte.
  • En vendant à tous les camps les marchands d'armes sont devenus plus riches que les seigneurs qui les engagent.
  • Les seigneurs ruinés se sont endettés auprès de riches marchants (d'armes...) pour continuer à faire la guerre.
  • Les créanciers des seigneurs ont acceptés de différer quasi à l'infini le remboursement de la dette, en échange du monopole donné par l'Etat de titriser la dette sous forme de billet de banque => la notion de banque centrale est née.
  • Les marchands sont devenus plus forts que les Etats. Grâce à la dette infinie, ils peuvent créer des quantités infinies de billets de banques.
  • La technique s'améliore toujours pour être plus efficace que la concurrence et ainsi obtenir plus facilement de la monnaie.
  • Un grand saut technique est franchi lors de la révolution industrielle qui permet d'exploiter l'énergie fossile plutôt que la force musculaire des esclaves.
  • Les infrastructures de la révolution industrielle coûtant très cher, (aciéries, train, navires, usines, etc...) les banques commerciales ont été inventées pour fournir tout de suite, un crédit en monnaie scripturale à rembourser plus tard.
  • Les banques commerciales ont pris le dessus de la création monétaire.
  • Les Etats ne font plus rien avec leur seigneuriage. (si il en reste un ! ... En suisse c'est le cas. L'Etat émet les pièces de monnaie, mais en France c'est la banque centrale qui le fait. L'Etat n'a donc plus rien !)
  • Les Etats ont conservé la notion d'impôt. Mais le circuit ne leur profitent plus.
  • Les Etats se financent via l'impôt, mais aussi via le crédit bancaire.
  • Les banques commerciales sont les grandes gagnantes.
  • Les cryptomonnaies et Monnaie Locale Complémentaire sont inventées, mais ne servent pas à payer les impôts... vont elles prendre ?
banque montreux
Les banques commerciales créent la majorité de la monnaie de nos jours

L'Etat a augmenté ses dépenses et ne les finances plus par la création monétaire !

De nos jours la situation est beaucoup plus complexe. L'Etat a augmenté son train de vie, surtout depuis qu'il sert à autre chose que financer une armée.

L'impôt est utilisé pour financer le train de vie de l'Etat. (Armée, fonctionnaire, écoles, hôpitaux, subvention à l'économie, services sociaux, protection de l'environnement, etc..)

Propagande pro-achat d'avion de combat Gripen qui montre que le budget militaire est minime dans la répartition des impôts
Propagande pro-achat d'avion de combat Gripen qui montre que le budget militaire est minime dans la répartition des impôts

L'Etat impose toujours l'utilisation d'une monnaie en particulier, mais les citoyens ne peuvent plus payer les impôts avec la monnaie de l'Etat !

(Bon, techniquement, il est toujours possible de faire un versement en pièces de monnaie à un guichet de poste. Mais ensuite l'Etat va récupérer de la monnaie scripturale, soit des substituts monétaires sur un compte en banque...)

Conclusion, l'Etat a augmenté ses dépenses et ne les finances plus par la création monétaire.

Donc l'Etat dépend des banques commerciales.

Ainsi on comprend pourquoi personne ne répond juste à ma question "à quoi sert l'impôt". Tout le monde a l'habitude de la situation actuelle. Peu de gens connaissent l'intention de base de l'impôt.

Cependant cette fonction d'imposer l'utilisation d'une forme de monnaie existe toujours.

Les différentes formes d'impôts de nos jours

Si l'on considère qu'un impôt est ce qui impose l'utilisation d'une forme de monnaie, alors quelles sont les impôts existants de nos jours ?

Si je prend mon cas en Suisse. J'ai trouvé les impôts suivant:

  • impôt sur le revenu (communal, cantonal, et fédéral)
  • impôt sur la fortune (communal, cantonal et fédéral)
  • TVA (à chaque achat on paye l'utilisation de la monnaie !! L'acheteur pourrait acheter dans une autres monnaie, mais le vendeur lui doit payer la TVA dans la monnaie officielle)
  • redevance radio-TV
  • impôt anticipé (prélèvement à la source de 35% des gains en capitaux sur les compte bancaires pour inciter les gens à déclarer leur compte aux autorités fiscales)
  • Assurance maladie (Cette assurance est obligatoire et les assurances n'acceptent pas, à priori qu'on les paie en autre monnaie que le CHF )
  • Assurance ménage (éventuellement Responsabilité Civile car c'est très fortement conseillé)
  • Taxe déchet suivant les lieux... 
  • Taxe foncière suivant les lieux (les cantons de ZH, SZ, GL, ZG, SO, BL et AG ne pratiquent pas)
  • Valeur locative, même un propriétaire paye en impôt la valeur estimée d'un revenu si il avait loué son immeuble !!
  • les diverses taxes incitatives.... (Alcool, tabac, carburant, chauffage, autoroute, chien, etc..)  Il suffit de suivre l'incitation.. on est moins libre d'un côté.. mais de l'autre oui !
  • (la taxe d'habitation française, n'existe pas sous cette forme en suisse)
  • (La taxe professionnelle française n'existe pas en suisse)

Pour tous savoir sur le système fiscal suisse et sur les impôts existant en Suisse au niveau cantonal, communal et fédéral, voici le tout réuni dans un document pdf...

Voici le portail des impôts français, histoire de comparer...

billet franc suisse mille impots

La Suisse est probablement le seul pays au monde où les gens votent massivement pour être imposés !

Le système Suisse fait que l'on vote régulièrement, environ tous les 3 mois sur divers sujets.

En mars 2018, un des sujets soumis en votation demandait en substance:

  • est-ce que vous voulez toujours la TVA ?
  • est-ce que vous voulez toujours des impôts fédéraux ?

En Suisse, l'impôt fédéral et la TVA sont inscrits dans la constitution de manière provisoire. Ainsi tous les 15 ans le peuple doit dire si il veut toujours de ces impôts ou pas.

Ce "Nouveau régime financier 2021" a été accepté par 84% des votants.

Ce qui m'étonne c'est qu'il n'y a pratiquement eu aucun débat sur le sujet ! Le parlement était à l'unanimité pour ces impôts !
L'immense majorité des partis étaient pour.

Aucun débat public n'a eu lieu ! C'est quand même incroyable !

PLR est pour les impôts.
regime financier et no billag votation suisse mars 2018
Le PLR est pour les impôts malgré ce qu'il dit à longueur d'année !

Ceci alors qu'à longueur d'année les partis de droites comme le PLR tapent sur les impôts trop élevés...

... et les partis de gauche comme le POP tapent sur la TVA, cet impôt injuste qui frappent tout le monde de la même manière que l'on soit riche ou pauvre.

Mais là, POP et PLR ont recommandé de reconduire ces impôts !! Incroyable!

4 mars 2018 régime financier et no billag
POP est pour le TV
Le POP est pour la TVA, même si il tape dessus régulièrement en disant que c'est un impôt injuste

Mais il faut préciser quand même que le même jour il y avait un autre sujet de votation qui a fait grand bruit. Probablement une des votations qui a fait le plus de débat ces dernières années.

C'était la votation sur l'initiative "no billag" qui proposait de supprimer la redevance Radio TV.

Evidemment, les journalistes (surtout ceux dont le jobs dépend directement du résultat de la votation) ont beaucoup plus parlé de cette votation et organisé de nombreux débats.

Alors que fondamentalement, si l'on regarde les montants en jeu. La décision à propos de la redevance radio-TV est beaucoup moins importante.

proportion des montants en jeux votation 4 mars 2018 impôt ifd tva et billag

Bref, le même jour, le 4 mars 2018, les Suisses on voté avec une très large majorité pour la continuité de 3 formes d'impôts différentes qui vont les piéger encore longtemps dans un système monétaire précis.

... et 3 mois plus tard, les mêmes ont refusé l'initiative monnaie pleine qui proposait de crée de la monnaie sans dette et de donner la possibilité de la distribuer aux personnes directement.

Ainsi la majorité des Suisse, probablement par ignorance, plébiscitent un système monétaire qui leur est majoritairement défavorable !

L'impôt empêche les systèmes économiques alternatifs

Il y a des nombreuses personnes qui aimeraient changer de système économique.

Il y a des gens qui aimeraient utiliser des monnaies plus vertueuses. Notamment les gens qui crées des Monnaies Locales Complémentaires.

Il y a les gens qui aimeraient vivre sans argent. 💰

Mais voilà, que ça ne marche pas. Ça ne prend pas. Il y a toujours l'impôt pour obliger à utiliser la monnaie officielle.

J'ai participé en 2018 aux rencontres des Monnaies Locales Complémentaires de France et 10 jours après à l'équivalent de Suisse.

Chaque fois c'est le même discours, il faut investir massivement pour inciter les gens à utiliser les Monnaies Locales Complémentaires, et ça ne marche pas....

monnaie locale complementaire

J'ai organisé à chaque fois une partie du Jeu de la Monnaie. Donc il n'y a que des fans des Monnaies Locales Complémentaires, des gens qui se battent pour les faire utiliser.

Quand on introduit une MLC dans le jeu de la monnaie, et bien les fervents défenseurs des Monnaies Locales Complémentaires ne sont pas très intéressés par celle-ci....

Je veux pas des tes cacahuètes 🥜, une monnaie de singe 🐵 J'ai un crédit à rembourser et des impôts à payer dans une autres monnaie. C'est déjà assez dur comme ça...

Voilà on a tout résumé.

Ainsi pour faire fonctionner une économie autrement. Il ne suffit pas de proposer des monnaies alternatives (Ça me fait penser aux inconditionnels de la monnaie libre Ğ1 qui pensent que tout va se résoudre en utilisant cette monnaie !)

Il faut également réduire, voir supprimer sa dépendance à des monnaies prédatrices qui permettent à une caste de vivre sur le dos des autres en profitant de leur pouvoir de seigneuriage.

Ceci peut se faire, soit en échappant le plus possible aux impôts, soit en permettant de payer des impôts dans des monnaies moins prédatrices.

Les créateurs de Monnaies Locales Complémentaires devraient penser à ça.

farinet
Des Farinets. La monnaie locale valaisanne.

Conclusions

On a donc vu dans cet article, que l'intention première de l'impôt, c'est d'imposer une forme de monnaie dont personne ne veut sauf le seigneur (saigneur) qui en a le monopole d'émission et qui profite de son pouvoir de seigneuriage pour vivre sur le dos des autres.

On a vu que ce système monnaie métallique + impôts génère la création d'une économie de marché, ainsi que la concurrence entre les personnes pour gagner plus d'argent et ainsi tenter de se libérer au maximum de l'impôt.

Une autre conséquence d'avoir à "gagner sa vie" sous la forme de "gagner de la monnaie" pour payer les impôts, c'est que l'on favorise le progrès technique, la recherche de l'efficacité par le progrès technique.

On peut se poser la question de savoir si notre civilisation serait autant "avancée" sur le plan technique si on avait eu un autre type de monnaie ?

monopoly maison
Le but du jeu du monopoly est de faire gagner une seule personne. Peu importe qui sont les joueurs, des escrocs ou des moines vertueux..... ainsi changeons le système.

Encore une autre conséquence de ce système monétaire de type jeton-valeur métallique et non de reconnaissance de dettes mutuelle dans une communauté de confiance, c'est le fait qu'il est très efficace pour favoriser la création d'une armée efficace. Ceci d'autant plus que la course à la technique et l'économie de marché avec des acteurs en concurrence va d'autant plus favoriser la création de nouvelles armes plus efficaces.

Il n'est donc pas étonnant de voir que le moment de l'invention du système monnaie métallique + impôt est le moment de l'émergence de grands empires basé sur l'expansion guerrière.

Le grand public et même les soi-disants spécialistes de la monnaie et de l'économie, ne connaissent pas la véritable origine de l'impôt. (ainsi te voilà maintenant plus au courant que 90% des économistes !)

C'est pour cette raison que le peuple vote quasi systématiquement contre ses intérêts dans les votations sur ce genre de sujets.

J'espère ainsi contribuer la moindre à une meilleure compréhension du sujet des impôts et de la monnaie et faire émerger un système qui me semble plus juste et qui ne nécessite pas d'impôt !
... même pour réaliser les tâches que l'on attribue généralement à l'Etat..

Si tu veux en savoir plus c'est par ici... Il s'agit du kong, une nouvelle monnaie de singe... 🐵 C'est du low-tech basé sur des carnets où l'on pratique une comptabilité, on sécurise le tout avec des signatures croisées comme pour un contrat.

Et chaque mois, chaque personne reçoit son revenu de base. Pas besoin de banquier, ni de saigneur, pour faire la monnaie....

Tout est possible, garde l'esprit ouvert !

Le Kong: encore une autre monnaie de singe

En juillet 2011, j'ai lancé une monnaie qui s'appelait le Kong. C'était dans le cadre de mon site YopYop.ch. A la base ce site était une plateforme de location de tout ce que l'on utilise pas souvent... perceuse, machine à coudre, déguisements, etc...

Pour payer leur location, les gens utilisaient la monnaie crée pour l'occasion: le Kong.

Comme cette plateforme monétisait l'économie du don, j'ai tout arrêté.

Aujourd'hui je relance le Kong. Mais avec un autre principe.

Pour l'historique complète voir en fin de page.

Kesako le Kong ?

Comme dit dans le titre de cet article. Le Kong c'est une monnaie de singe..🐒.. En fait comme toutes les monnaies !

La monnaie ce n'est que de la confiance.

Singe aux yeux kawai kong monnaie

Le Kong est une monnaie qui repose sur les principes suivants:

  • Low-tech → tout le monde peut la comprendre et vérifier le principe de fonctionnement: pas de boite noire réservée aux geek.
  • 📉Résiste à un effondrement économique → si plus rien ne marche après une catastrophe, un effondrement économique, technique... cette "monnaie" fonctionne encore. Pas besoin d'électricité, ni d'ordinateur.
  • Totalement décentralisée → autant la création monétaire, que la gouvernance, que la gestion des utilisateurs est décentralisée et même répartie au niveau de l'individu.
  • Propose un Revenu de Base Inconditionnel → chacun reçoit de quoi vivre. Et c'est la personne elle même qui décide du montant de son RBI! (basé sur ce qu'il lui faut pour combler les 9 premiers besoins des 14 besoins fondamentaux selon Virginia Henderson)
  • Assure une "égalité saptio-temporelle" entre les utilisateurs → C'est le jargon TRM (pour ceux qui connaissent) qui signifie qu'une génération n'est pas favorisée ou prétéritée d'arriver à une époque différente. (Avec le crédit bancaire, c'est souvent une génération qui consomme le crédit et la suivante qui paye le crédit....). Mais c'est aussi l'assurance qu'en tout endroit la monnaie arrive, pas seulement dans les grandes capitales économiques qui concentre toutes les grandes banques.
  • Pas de risque d'inflation monétaire → Le principe étant basé sur une forme de crédit mutuel, la quantité de "monnaie" est crée au moment des transactions, donc pas besoin de créer en amont une masse de monnaie qui est déconnectée des besoins et crée de l'inflation.
  • Un potentiel de crédit sans intérêt accessible pour tous → encore une fois c'est la notion de crédit mutuel qui permet d'avoir un potentiel de crédit sans intérêt. Ce qui permet d'investir dans son avenir sans surcoût.
  • Une monnaie fondante → Une monnaie qui circule, qui ne stagne pas et favorise une économie fluide. Telle que Silvio Gesell l'avait imaginée. C'est cette astuce qui permet l'existence d'un revenu de base!
  • Une monnaie à l'abri des crises cycliques → la fonte, le Taux de Retour à l'équilibre assure qu'en tout temps on équilibre les comptes avec une exponentielle décroissante et pas une exponentielle croissante comme dans le cas du crédit bancaire. C'est mathématique, toute fonction exponentielle est source d'instabilité.
  • Chacun est libre de choisir ses paramètres → toute valeur est exprimée dans un référentiel. Ici chaque personne est libre de choisir son référentiel. Elle doit juste l'expliciter. En fait, elle peut même choisir le nom de sa propre monnaie... moi j'utilise le kong.... mais toi tu préfères peut être un autre nom ? .. et malgré tout on pourra commercer ensemble de façon juste.

Principes théoriques

Le Kong est juste le nom que j'ai donné à ma version d'une "monnaie", d'un système économique basé sur le principe du SME, le Système Monétaire Equilibré ou Système de Mesure Equilibré.

C'est une sorte de crédit mutuel amélioré avec une fonte périodique à l'image du jubilé biblique qui annule les dettes pour stabiliser la société.

J'ai déjà bien décrit la théorie du SME dans mon article sur l'histoire de la monnaie, ainsi que dans une réflexion sur l'implémentation d'un tel système de manière informatique.

Mais ici je propose de le faire en mode low-tech, sur papier !

C'est une démarche autant pratique que pédagogique.

Concrètement comment je fais pour utiliser la monnaie Kong ?

Le principe est très simple. Il suffit de:

  • se créer un carnet de comptabilité/identité. 📘
  • définir les paramètres de son référentiel
  • utiliser le carnet pour des transactions avec d'autres utilisateurs

Le carnet peut être fait à la main, sur papier. Mais je propose de télécharger des fichiers pdf, de les imprimer (recto-verso) et de te constituer un carnet.

Il y a 3 pages A4 à plier et mettre ensemble pour former un carnet:

Ce carnet (encore très brouillon ! Je t'invite à créer le tiens ci-dessous) comporte un côté qui sert à enregistrer les transactions. Et si l'on retourne le carnet, l'autre côté sert à y indiquer son identité et la faire signer par d'autres utilisateurs. Ainsi chaque personne vas se retrouver reliée à d'autres dans une Toile de Confiance.

Sur le principe, il n'y a qu'un seul carnet par personne. La toile de confiance sert à vérifier que c'est le cas. Les gens honnête sont invités à ne signer qu'un seul carnet par personne.

Aperçu de la page de comptabilité d'une transaction. On remarquera la notation du montant en absolu, (comme on en a l'habitude), mais aussi relativement au Revenu de Base Inconditionnel.

Je me suis pas un pro de la bureautique... et j'avais pas envie de passer trop de temps à créer un design parfait de carnet (surtout que c'est un casse tête pour faire 4 page de carnet sur une page A4.. et coordonner l'alignement pour avoir un bout de carnet dans un sens.. et un bout dans l'autre...)

Donc ce carnet est très brouillon... mais c'est volontiers que je cherche quelqu'un qui serait motivé à en faire un tout beau tout joli ! 🙂

Moi je l'ai réalisé avec Apple Pages... Je te mets les fichiers source ci-desous. J'ai fait une conversion automatiques en fichier word... ça doit pas être top. Mais c'est une base pour le reprendre et jouer avec.... bonne chance ! 🙂

FAQ Kong

Voici les réponses aux questions les plus courantes:

Comment utiliser le carnet ?

Ce carnet est ton portemonnaie.
Ce carnet sert à enregistrer toutes les transactions que vous faites. Dans un sens et dans l'autre (achat - vente, ainsi que les fontes périodiques du solde.)

Le Système de Mesure Equilibré est un Crédit Mutuel. Mais il a une particularité. Régulièrement le solde "fond". Qu'il soit positif ou négative et diminue en en direction de l'origine. (Le zéro).

Ainsi les avoirs fondent et les dettes fondent. Cette astuce permet de généré périodiquement un Revenu de Base Inconditionnel.

Pour en savoir plus: martouf.ch/SME

Comment noter une transaction ?

Lors de chaque transaction:

  • Vérifiez que l'autre partie n'a pas atteint sa limite de consommation à crédit.
  • Vérifiez que l'autre partie a bien effectué sa fonte conformément à son référentiel.
  • Inscrivez la transaction dans votre carnet. (L'autre partie inscrira la même transaction dans son propre carnet.)
  • Signez la transaction dans votre carnet
  • Signez la transaction dans le carnet de l'autre.

Qu'est-ce qu'un référentiel ?

Toute transaction est faite dans un référentiel. Trop souvent on ne préciser pas le référentiel. Les monnaies internationales courantes sont flottantes les unes par rapport aux autres.

Dans le cadre du SME on explicite le référentiel. Ce qui permet d'exprimer les prix relativement à son revenu de base.

Chaque personne peut potentiellement utiliser un référentiel différent. Chaque personne peut potentiellement utiliser sa propre monnaie. Mais dans ce cas, lors d'une transaction il faut faire correspondre les prix en les comparants en mode relatif au revenu de base.

Le revenu de base est l'invariant commun à tous.

Mode compensatoire ou mode direct ?

Que signifie le + de ma colonne ?
Tout est relatif... tout dépend de l'observateur, donc il est possible de voir les choses vu d'un côté où de l'autre. Il faut juste être au clair sur le référentiel utilisé.

Avec les monnaies on est formaté par le mode compensatoire:
- Je vends une courgette 🍆 , donc je transferts cette courgette, et j'obtiens de la monnaie en compensation. Je comptabilise ce transfert dans ma colonne +

J'ai utilisé ce mode pour faire des exemples car il est plus parlant pour le commun des mortels utilisateur de monnaie. Mais c'est pas forcément le mieux !
Dans le mode compensatoire, la fonte de ma dette correspond à un écart d'avec ma limite de consommation à crédit que j'appelle un revenu de base.

Mais dans le mode direct c'est autre chose.

Le mode direct s'appelle ainsi car au lieu de comptabiliser le flux de ce qui compense mes transferts d'objets, je mesure directement mes transferts d'objets.

Petit exemple:
- Je vends une courgette 🍆, donc je transfert une courgette ailleurs, hors de mon stock. Mon stock diminue. Je vais donc comptabiliser ce transfert dans ma colonne -

Ma limite de consommation à crédit devient une limite de stockage. J'ai une étagère, et elle est pleine. Je ne peut plus rien acheter. Par contre un mois plus tard, ma fonte agit. J'ai 10% des courgettes qui ont pourries.. Je les mets au compost, j'ai ainsi à nouveau de la place par rapport à ma limite. C'est l'équivalent de mon revenu de base mais vu depuis le mode direct et pas le mode compensatoire.

La richesse, c'est les courgettes et pas le jeton qui les représentes.

Si on s'intéresse un peu à l'histoire de la monnaie et des systèmes économiques, le fondement de ce genre d'intermédiaire de confiance, c'est de créer un climat de confiance. On sait que cette comptabilité va faire que personne ne pourra abuser du système.

En mode direct c'est très claire. Il y a une production. Un stock de ressources pour une communauté, il est fini. Il est limité. Une personne n'a pas le droit de tout prendre pour elle. Ainsi pour créer la confiance, on donne à chaque personne un droit de tirage sur ces ressources. Mais il y a une limite.

Donc concrètement, en mode direct on va utiliser une unité de mesure unique pour ma gestion de stock. On ne va pas noter 3 🍏 🍎, 2 🍌 , 5 🍆, 3 🍅 etc...

La valeur de chaque produit sera évaluée dans la même unité de mesure de transfert de stock, pour mois c'est le kong 🐵 <

Comparaison de prix dans différents référentiels

Prix relatif réf.1 = Prix absolu réf.1 / RBI1
Prix absolu réf. 2 = Prix absolu réf.1 /RBI1 * RBI2

Un référentiel est défini par les paramètres:

  • origine
  • montant du Revenu de Base Inconditionnel (avec le signe + ou -)
  • Taux de Retour à l'équilibre

Exemple de référentiel:

Origine = 0
Revenu de Base inconditionnel = 1000
Taux de Retour à l'Equilibre = 10% => 10/100

Limite de consommation à crédit:
Limite = RBI * 1/TRE + RBI
Limite = 1000 * 1/(10/100)) + 1000 = 11000

Qu'est-ce que la Toile de Confiance ?

La monnaie n'est finalement qu'un intermédiaire de confiance. Cet intermédiaire peut prendre plusieurs formes, jeton-valeur, mais aussi de la comptabilité.

Naturellement, quand la confiance règne, les humains organisent leur économie avec un système de don.

Ex:payer la tournée au bar 🍻On a pas besoin de comptabilité.

Si la confiance se brise, si il y a un abuseur qui consomme et ne produit rien. Il sera exclu.

Le SME propose aux gens qui ont peur des abuseurs d'utiliser une comptabilité pour étendre la notion de communauté de confiance.

La limite de consommation a crédit va limiter le risque d'abuser du système.

La notion de Revenu de Base Inconditionnel va permettre à tous de vivre dignement.

Pour éviter qu'une personne reçoive plusieurs Revenu de Base Inconditionnel. On crée une Toile de Confiance.

Le carnet de chaque personne est signé par d'autres utilisateurs qui certifient qu'une personne n'a qu'un seul carnet. (Évidemment on remplace les carnets pleins ! )

👩🏻👧🏼🧓🏻🧔🏻👱🏻‍♀️🧑🏻👨🏼

On note la proximité avec la personne.
Ex: "1ère rencontre, rencontre régulière, copain, amis, je vis avec".

Quel est le symbole de l'unité monétaire Kong ?

La mascotte du Kong, c'est le singe aux yeux Kawai:

singe aux yeux kawai

Il existe un symbole raccourci:

ex: 10 kong s'écrit: 10<

le Symbole: < est en référence au K de Kong.... mais sans le confondre avec d'autres unités de mesure, comme le Ko ou le Kg... ou le KN.....

< se trouve sur tous les claviers. C'est le symbole de la Rune Kenaz. La rune qui symbolise la maitrise du feu créateur et sa focalisation dans du concret. C'est le pouvoir de la forge qui forme, qui crée, qui transforme.

Ainsi le Kong est un outil qui permet de maitriser et focaliser l'énergie créatrice d'une communauté au service de projets.

Le symbole < est la moitié du symbole ᚷ, la rune Gebo. Cette rune symbolise la rencontre, l'échange. Le nom Gebo signifie "don".

C'est donc un symbole parfait pour représenter un système économique qui veut tendre vers le don. Qui est une béquille au don dans une communauté de confiance.

Histoire du Kong de 2011 sur la plateforme YopYop.. pourquoi j'ai tout recyclé...

Autour de 2010, j'étais très impliqué dans les projets de décroissance. Je me questionnait sur les moyens de consommer moins et partager plus.

"Moins de biens, plus de liens"

L'idée de créer une plateforme de partage d'objets m'est venue en été 2010. Il n'y avait rien de tel à cette époque.

Début 2011, après un reportage TV dans lequel on me voyait visiter une déchetterie, je me suis vraiment décidé à sortir le projet (bon c'est long de tout coder !!)

En juillet 2011, un an après avoir eu l'idée, j'ai ouvert la plateforme yopyop.ch. Ce site était une plateforme de location de tout ce que l'on utilise pas souvent... perceuse, machine à coudre, déguisements, etc...

Pour payer leur location, les gens utilisaient la monnaie crée pour l'occasion: le Kong.

La création monétaire se faisait en donnant 10 Kong à chaque personne qui ajoutait un objet sur la plateforme.

J'y parlais aussi déjà de l'idée de donner un Revenu de Base Inconditionnel, idée qui n'était pas encore très connue à l'époque.

Finalement cette expérience m'a montrée que les transactions se faisaient principalement entre amis, histoire d'avoir un grand niveau de confiance, les objets sont loués et pas vendu donc ça pose le soucis de ne pas laisser ses objets entre les mains de n'importe qui.

Donc conclusion: j'ai créé une plateforme qui monétisait (en monnaie de singe 🐵) l'économie du don qui se pratique naturellement entre les gens d'une même communauté de confiance.

Je m'en suis voulu de détruire ainsi l'économie du don qui est la plus simple, la plus joyeuse et la plus efficace ! (le Jeu de la Monnaie nous le prouve.)

De plus ma déformation professionnelle de développeur web m'avait induit à développer une plateforme web, alors qu'en fait le plus simple et efficace pour se partager des objets c'est de le faire avec ses voisins et pas sur le web avec des inconnus de l'autre bout du monde....
(J'ai eu un gars qui voulais louer une perruque... il était tellement loins que les frais de ports étaient plus cher que d'en acheter une neuve !!)

De plus le projet pumpipumpe.ch est arrivé. Il propose de mettre des autocollants sur sa boite aux lettres pour montrer à ses voisins ce que l'on propose comme objets en partage. C'est un concept nettement plus logique, il crée un vrai lien local et encourage l'économie du don.

J'ai trouvé que ça avait plus d'inconvénients que d'avantages de continuer.

J'ai fermé la plateforme au bout de quelques mois. J'ai recyclé le design pour martouf.ch et j'ai recyclé le nom de domaine yopyop.ch pour y mettre mes expérience de cuisine amusante.

Aujourd'hui il est temps de recycler l'ancienne monnaie Kong pour en faire une nouvelle monnaie Kong basée sur un concept un peu différent.

En 2011, j'avais une vision du monde très liée à la technologie high-tech. Je parlais de voir si il est possible de faire du change de Kong en Bitcoins !! ... c'était en 2011... seuls quelques geeks avaient entendu parler du bitcoin lancé en 2009. A l'époque la blockchain qui contient l'entier des transactions effectuées faisait 20Mo !! en 2019 elle fait plus de 210 Go ...

Aujourd'hui j'ai une vision du monde nettement moins technologique.. ainsi je propose non pas une monnaie électronique, mais une monnaie papier !! Un truc low-tech, qui marche et surtout qui est compris et compréhensible par tous. Pas une boite noir pour geek...

Donc voilà, je te laisse essayer le Kong !

Système Monétaire Equilibré

Le Système Monétaire Equilibré est un système de comptabilité des transferts économiques entre des membres d'une communauté.

Système Monétaire Equilibré

Il s’agit d’un système de comptabilité mutuelle de la même famille que le système des sumériens sur tablette d'argile, dans le même genre que l’ardoise de bistrot ou la comptabilité mutuelle qui se pratique dans certains SEL. (Système d'Echange Locaux)

Cependant nous allons pousser le concept un peu plus loin.

Dans une comptabilité mutuelle, rien n’empêche de consommer à l’infini et de ne jamais contribuer à la collectivité. A quel moment un restaurateur va mettre une limite à une ardoise ouverte ?

Dans le SME, c’est la limite en importation qui définit la limite de consommation à crédit maximale qui est acceptée.

Ainsi une personne qui abuse du système est vite coincée. Mais que faire si ce n’est pas une personne qui abuse du système ? Si c’est une personne qui a des raisons communément acceptées de ne pas contribuer plus qu’elle ne reçoit ? (enfants, vieux, handicapés, malades, les aléas de la vie…)

C’est là que l’on introduit une avance de crédit récurrente qui permet d’aller temporairement au-delà de la limite. C’est le principe d’un revenu de base mensuel qui permet de vivre.

C’est là la raison d’être du principe de la contraction périodique de la courbe du solde: créer le revenu de base. Mais pas seulement. C’est aussi ce qui fait fondre l’ancienne monnaie, ce qui favorise l’échange économique au détriment de la thésaurisation (voir la monnaie fondante de Silvio Gesell). Puis, c’est aussi ce qui réalise une égalité temporelle face à la monnaie.

Une génération n’est pas favorisée par rapport à une autre (contrairement à la monnaie dette qui permet d’obtenir tout de suite de la monnaie en faisant payer le double à la génération suivante!). Ce retour à l’équilibre forcé, c’est la version lente mais certaine, du jubilé pratiqué dans l’antiquité tous les 7x 7ans. L’annulation de toutes les dettes.

Un réseau de monnaie locales individuelles interconnectées par un protocole commun (c'est un peu l'internet de la monnaie!)

Dans la pratique, le bon fonctionnement d’un tel système se fait grâce à la vérification mutuelle de la comptabilité de l’autre lors d’une transaction, et à sa validation par une signature. C’est le principe d’un contrat où chaque partie signe le document de l’autre.

Ainsi il est possible de construire une toile de confiance et de réaliser un système totalement décentralisé et fiable.

Le SME permet même d’aller encore beaucoup plus loin. En tant que système par nature sans aucun centre, totalement décentralisé, on peut le voir comme un système dans lequel chaque personne émet et utilise sa propre monnaie !

Ça complique les transactions. Mais tant que les paramètres de base du référentiel utilisé sont connus, il est possible lors d’une transaction de la transposer dans un autre référentiel. C’est ainsi que l’on réalise le change entre des monnaies de zones économiques différentes.

Ainsi chaque personne ajuste les paramètres de son systèmes monétaire à sa guise et peut/doit faire un ajustement d'échelle pour comparer sa monnaie à celle d'une autre personne.

Avec la connaissance d'un tel système nul n'a besoin de se faire escroquer en "achetant" des unités de mesures ou en subissant une dilution de son outil de mesure par une création monétaire qui n'est pas la sienne.

Paramétrage du système monétaire équilibré

La référence du système qui sert d'échelle est toujours le niveau du revenu de base local.

L'autre variable importante pour calibrer le système est le Taux de Retour à l'Equilibre. Ce taux est choisi pour qu'une dette soit annulée (amortie plutôt) au bout de 49 ans (= 7x 7ans comme le jubilé biblique). Ainsi avec un Taux de Retour à l'Equilibre de 1% mensuel, facile à calculer, on obtient qu'une dette est oubliée à 99% au bout de 42 ans. (au bout de 5 * 1/TRE on a 99,33% de fonte)

La limite d'importation, qui est la limite de consommation à crédit, est déterminée par le niveau du Revenu de Base et le Taux de Retour à l'Equilibre.

La limite d'importation =  ((1/ Taux de Retour à l'Equilibre)  * le revenu de base)+ le revenu de base

Les math qui se cachent la derrière ne sont rien d'autre qu'un amortissement du type de celui que l'on trouve en physique avec la décharge d'un condensateur. Une équation du type: Solde(t) = soldeInitial * e^-t*TRE

Conférences sur le Système Monétaire Equilibré par Bernard Dugas

Bernard Dugas a présenté le SME lors d'un conférence au Gull à Genève en 2015.

Vidéo de la présentation du système monétaire équilibré au Gull en septembre 2015.

Conférence du 11 juillet 2012 durant les RMLL 2012, les Rencontre Mondiales du Logiciel Libre à Genève.

Références à propos du Système Monétaire Equilibré

Simulation du Système Monétaire Equilibré

Afin de mieux comprendre ce qu'est le Système Monétaire Equilibré, voici 2 résultats de simulation de transferts économiques réalisés avec un tel système.

Voici:

Un jeu pour comprendre le Système Monétaire Equilibré

Le jeu de la monnaie, est un jeu d'éveil de conscience à ce qu'est la monnaie et les systèmes de transfert de biens et de services entre des personnes. => jeu-de-la-monnaie.org

Il se compose de 4 jeux de 12 minutes:

  • le don
  • le troc
  • la monnaie dette (système majoritaire actuel)
  • le SME

Le 4ème jeu est une partie utilisant le Système Monétaire Equilibré. Il est très intéressant de voir l'ambiance en comparaison avec les autres jeu. (à voir direct en vidéo ici....)

Toutes les informations nécessaires pour organiser un jeu de la monnaie sont disponibles par ici... dont un kit de préparation du jeu de la monnaie, un manuel du meneur de jeu, une vidéo qui montre le déroulement d'une soirée jeu de la monnaie, etc...

Bientôt un logiciel pour mesurer ses transferts économiques avec le SME

Bon... et quand, comment et où peut-on utiliser ce système de comptabilité des transferts économiques ? ...

On peut déjà y jouer, là on voit que sur papier c'est simple. Mais il faut que chaque personne comprennent et intègre le protocole, notamment pour les changement de référentiels, c'est pas si simple.

Du coup, un logiciel est le bienvenu pour faciliter l'utilisation.

Un prototype est en cours de développement, il se nomme Equilibra.

Une conférence (en anglais) sur le sujet du SME et équilibra est disponible par ici...

Une version papier du SME: le Kong

Les logiciels high-tech, c'est bien, mais c'est pas très résilient, plus d'électricité et pouf.. plus de monnaie...

Ainsi on peu utiliser le papier. C'est plus fiable et c'est aussi plus compréhensible par le commun des mortels. Moi je suis pour l'éveil à la monnaie et pas passer d'une boite noire (les banques commerciales) à une autre boite noire (les cryptomonnaies)

Ainsi j'ai créer le Kong, une monnaie de singe ! 🐵 

Le Kong est un carnet papier à utiliser comme "monnaie". C'est l'implémentation la plus simple du SME.

Donc je te laisse aller voir sur la page dédiée au Kong... télécharge ton carnet et c'est parti !

Pour terminer dans la bonne humeur

Et pour terminer sur une note humouristique, Gérard Foucher nous explique les 3 fonctions de la monnaie... (ce ne sont pas celles qui sont dans les bouquins d'économie) ainsi que sa vision du futur d'un système de transfert de biens et de services qui est "étrangement" très proche du SME...

Scroll to top